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Full text of "Nosologie méthodique. Tome premier"

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NOSOLOGIE 


MÉTHODIQUE, 

OU  317' 

DISTRIBUTION  DES  MALJDIES 


EN  CLASSES,  EN  GENRES  ET  EN  ESPECES, 


Suivant  VEÇprit  de  Sy  D  EN  H  AM  y  &  la 
Méthode  des  BOTANISTES.  .  - 

Par  François  Bôissièr  de  Sauvages  7 
Confeiller  &  Méilecin  du. Roi ^  &  ancien  Pro- 
feffeur  de  Boranique  dans  FUniverfité  de  Mont¬ 
pellier,  des  Àcadétniés  de  Montpelfiër,  de  Lon¬ 
dres-,  d’Upfal,  de  Berlin,  de  Florence,  &c. 

T  RA  nu  î  TE  fur  la  dernîererédition  kuïne,  par, 
M.  Gouvion  ,  DoUeur  en  Médecine. 


On  a  joint  à  cet  Ouvrage  celui  du  Chev.  VoN 
Linné,  intitulé  Généra  Morhorum  ,  aveft^- 
Traduâion  françolfe  à  côté. 


TOME  PREMIE 


A  LYON, 


Chez  Jean-Marie  Bruyset,  Imprimeur-^ 


M.  D  C  C.  L  X  X  I  1. 

ÂrSG  Approbatior  et  P&ikjeecs  dv  Rot* 


Si  morbî  ciîiuüibet  hiftoriam  diligenter  perf- 
peâam  haberem  ,  par  malo  remediuai 
nwmquam  non  fcirem  adferre. 

Sydenham, 


AVIS 

DE  L’ÉDITEUR. 

NO  US  avons  appris  au  mo*« 
ment  où  nous  allions  ren* 
dre  publique  la  traduftion  de  la 
Nofologie  de  M.  de  Sauvages  , 
qu’il  en  paroiffoit  une  autre  à 
Paris,  fous  le  nom  de  M. 
Chirurgien  ,  avec  des  notes  en 
forme  de  commentaires  ;  nous 
aurions  craint  avec  raifon  une 
concurrence ,  dont  l’effet  eût  tout 
au  moins  été  de  rendre  l’acheteur 
indécis,  &  de  préfenter  au  public 
une  fécondé  traduélion  d’un  mê^ 
me  ouvrage  ,  fi  les  négligences 
'qu’on  rencontre  à  chaque  page 
dans  celle  de  M.  N***  n’euffent 
'éloigné  nos  appréhendons .  Plu- 
-ffeurs  Èleves  de  l’illullre  Sauva- 
Tomc  /.  ^  V 


iv  Avis  DE  l’Éditeur. 
ges  n’ont  pu-  voir  fans  indigna¬ 
tion  UU' ouvrage’^  aiiquélil  devra 
fa  gloire ,  paroîtrè  ainli  défiguré 
dans  la  Ikngue  d’une  nation  qui.’ 
s’honore  de  l’avoir  vu  naître  j  ils 
ont  regardé  comme  une  injure 
faite  à  la  mémoire  de  ce  grand, 
homme,  une  traduâion  dont  là 
îiegligence  &  l’infidélité  ne  trou¬ 
vent  aucun  exemple.  Nous  ne 
craignons  pas  de  l’avancer ,  Mi 
N’*'**  a  traduit  la  Nofologie  fans 
lavoir  jamais  lue  avec  la  feule 
application  néceffaire  pour  fai- 
fir  la  chaîne  ,&  i’enfemble  des 
principès  de  l’Auteur.  On  cher- 
cheroit  vainement  dans  fa  traduc¬ 
tion  cette  exaftitude  dans  le  fiyle 
indilpenfable  pour  tout  écrivain, 
mais; qui  l’efi  encore  plus  dans  des 
ouvrages  didaéliquçs,  - fur.*tcut  de 
Tefpece  de  celui- ci- j  les; citations 
.de  la  nomenclature  des  Auteurs, 
placées?  a  la  tête  de  chaque 
maladie ,  ont  à  peine  été  fidér 


AyiS/DE  l’Éditeipr. 
lement'îranfcntest;  des  noms  va-^ 
gués  font  iubftitués-  aux.  phrafes’ 
des  Naturaiiftes  ;  une  eonfufion: 
pareille  fe  retrouve  à  tout  inftant 
dans  les  définitions  &  dans,  les 
principes  miêmes  pofés  par  Fau¬ 
teur  de  la  Nofoiogie  5  la  préci¬ 
pitation  que  M.  N'*'**  a  mife  dans 
fon  travail  Fe  montre  de  tous 
côtés  ;  dans  vingt  pages  que 
nous  ,  avous  pnfes  au  hafard 
dans  la<  Feptieme  ClafTe  ,  tome 
II  de  fa  traduélion ,  on  trou¬ 
ve  trois  omiffipns  ,:  page  _  466 
du  volume  cité,  qui  répond  à  la 
page  70  du  tome  lî  de  l’ouvrage 
latin  ,  une  partie  du  traitement  de 
l’Ophtalmie  phlyâéneufe  manque 
totalement  ;  page  478  ,  I.  Dyf- 
phagie  fpafmodique  ,  le  Traduc- 
-teur  omet  un  alinéa  entier  de  M. 
de  Sauvages  ;  pn  peut  voir  un 
oubli  pareil  à  la  page  48  2.  Peut- 
être  eft-ce  autant  à  la  multiplicité 
des  oublis  de  cette  efpece ,  qu’à  la 
a  iij 


VJ  Avis  de  l'^ÊdîtEur. 
petiîeffe  du  carâftere  qua  ein-I 
ployé  rEditeur  de  Paris ,  que^  la 
fubftance  des  dix  volumes  que 
nous  publions  fe  trouve  réduite  k 
trois  gros  volumes  dans  la  traduc¬ 
tion  de  M.  -N***. 

L’examen  de  quelques  pagèÿ 
p'riïes  datîs  lé  même  volume  & 
dans  le  mêrneendrôit ,  noiis^  mis 
à  portée  de  relever  dans  un  auffi 
petit  efpaee  un  nombre  confidé- 
rabie  de  fautes  ri  groriieres ,  qu’il 
parôat  incGncevàbl'é  qu’on  ait  pü 
porter  :jürqu’æ-  ce  point  le  défaut 
de  refpeft  pour  le  public.  Lè  T ra^ 
duéteur ,  par  des  omiriions  moins 
conridérables  que  celles  que  nous 
'Venons  de  citer,  mais  plus  impor¬ 
tantes  peut-être,  tronque  des  phra- 
fes  entières  ^  altéré  ,  énerve ,  af- 
foibiit  le  fèns  de  l’Auteur ,  quei- 
quefois  il  lui  en  fubititue  un  autre 
avec  plus  de  hardiefFe  que  de 
fuccès  5  c’eri:  ainri  qu’à  la  page 
5  40  ,  M.  N***  veut  qu’on  con- 


Avis  de  l’Èditeue.  vij' 
foîe  une  femme  en  travail '/àr 
refpérance  d'une  nohïbreufc  pofié- 
nté  ;  c’eft  ainfî  qu’il  rend  le  texte; 
fpe  pulchræ  pralis  fixûr  quèm  rnU- 
lier  cupit.  Pag.  462.  il  rend  pât 
le  raccourcïffefnent  de  la  pdupiefe-^ 
la 'brièveté  de  cette  partie  pro¬ 
venant  de  naiffance ,  ndtiVam  hVè- 
vitatem  i  page  463  ,  il  rend  pab 
les  tuniques  internes  de  là  co/rlée  ^ 
les  lames  qui  compofent  cette 
partie  de  l’œil ,  qui  eft‘eile-mêîfte 
une  tunique  464  ,  li^e  2 , 

il  traduit  -par  fk'rfonnes  attàquée's 
du  fcorbut ,  le  niot  fèrophulojl^  qui 
dé  ligne  ceux  qui  ont  les  écrouel¬ 
les  ;  page  466 ,  il  annonce  le  quin¬ 
quina  comme  fpécitique  dans 
l’Ophtalmie  fébrile  ,  tandis  que  le 
texte  porte  feulement  qu’elle  a  été 
guérie  par  le  quinquina ,  &  cela 
d’après  une  feule  obfervation  in- 
fuffifante  pour  le  faire  envifager 
comme  fpécifique  dans  ce  cas; 
page  470 ,  ces  mots  dans  le  texte 
fl  ïij 


viij  A  V  I  s  -  D  E  D-I  T  E  U  r; 

hj-rudines  aurihust,  admovere  fuadet 
Ar^ieus.y  Çont  rendus  par  ceux-ci  j 
AAl-ée  ^fionJèilLe  -  de  ff  jervçr  d'%ir 
rondelle.  p}i''udes  .  la  fangfue  & 
idairondelle  font  apparemment  aux' 
ÿepx  de  ÎV*  'deux,  animaux 

Tl  ypi%s.'aans.  Iecneiie,cle.s  êtres^ 

Gii'îiXui  r"|vGrte  ppu  de- des  con? 
fondre,;  page  476 ,  il  nous, apprend 
qu’on  détruit  l  agacement  des  dents 
en, mâchant  QU  papier  ;  il  confond 
la.fiaceidité^avçc  la  duidité^page 
479  ,  en  pariant  ,des  parties  voi? 
fines  des  organesde  la  déglutition  ; 
page  480,  la  luette  avec  l’oefo- 
phage;  page -  4 8 4.  jl’aftipn  de  te- 
ter  avec  celle,  d’avaler  ;  même 
page ,  la  glotte  avec  l’épiglotte  ; 
page  490 ,  les  cavités  droites  avec 
les  cavités  gauches  du  cœur  ;  pag. 
491  ,  la  figure  avec  le  volume  du 
même  vifcere  ;  page  494  ,,  ie  py¬ 
lore  avec  l’eftomac  ;  page  5 14  ? 
les  gros  inteftins  avec  les  intefliiis 
grêles;  page  551  ,  i’intefiin  iléon 


Avis  de  l’Éditeur.  ix 
avec  le  colon;  même  page  ,  la 
veffie  avec  les  uréteres  ;  à  la 
page  5  o6  ,  veficulas  pediculis  ple~ 
nas  eil  rendu  par  des  véficules 
pleines  de  pédicules^  au  lieu  de 
poux  i  page  524,  ces  mots  in- 
termittentes  febres  diuturnæ  ,  des 
fievres  intermittentes  opiniâtres, 
font  rendus  par  des  jievres  inter^ 
mittentes  diurnes ,  &c.  &c.  &c. 

Parmi  les  bévues  de  cette  ef- 
pece  ,  nous  ne  citons  point  toutes 
celles  qu’un  leêleur  attentif  pour- 
roit  trouver  dans  le  petit  nombre 
de  pages  d’où  nous  les  avons  ti¬ 
rées  ,  tout  l’ouvrage  en  fourmille  ; 
on  en  trouvera  pluùeurs  autres 
exemples  à  la  fuite  de  notre  tome 
X  ,  page  3  9 1  &  fuiv.  Cette  criti¬ 
que  plus  détaillée  d’un  petit  nom¬ 
bre  de  paffages  de  M.  N***,  pour¬ 
ra  achever  de  convaincre  ceux  à 
qui  i’expofé  que  nous  venons  de 
faire  laifferoit  des  doutes. 

Une  traduêtion  aufii  mal  faite 


X  Avis  t)E  ^’ÊDiTWft. 
que  celle  de  M.  N***,  devoît 
lailTer  tout  le  mérite  de  la  nou¬ 
veauté  à  celle  que  nous  publions  j 
elle  eft  due  aux  foins  éclairés  de 
M.  Gouvion  Dofteur  en  Méde¬ 
cine,  dont  les  lumières  font  au¬ 
tant  le  fruit  d’une  longue  étude 
que  d’une  pratique  conlfante  & 
heureufe  ;  Difciple  lui-même  de 
M.  de  Sauvages,  il  a  affifté  à  fes 
leçons ,  &  l’a  fuivi  exaê^ement 
dans  la  pratique  pendant  quatre 
années  confécutives  ;  imbu  des 
principes  de  ce  grand  homme  il  a 
îaifi  le  vrai  feus  de  Ion  ouvrage  , 
&  l’airendu  avec  cette  clarté  d’èx- 
preffion  qui  eft  la  fuite  &  l’effet  de 
la  netteté  des  idées  avec  lefquelles 
on  s’eft  long  temps  familiarifé  : 

Selon  que  notre  Idée  eft  plus  ou  moins  obfcure,  ; 

L’expreSîon  la  fuit  ou  moins  nette  ou  plus  pure  j 

Ce  que  l’on  conçoit  bien  s’énonce  élaireroent. 


Boileau  ,  Anpoét.  ehap.  t.  . 

Ce  feroit  fans  fondement  que 
V  les  notes  en  petit  nombre  de  M. 


Avis:  de  L’ÈD^TE-üRi,  xJ 
pompeufèment  annoncées 
fous  le  nom  de  commentaire  ,  6c 
adroitement  confondues  avec,  cel¬ 
les  de  M.  de  Sauvages ,  &  les  cita¬ 
tions  de  divers  A-uteurs  qu’il  rap¬ 
porte  ,  feroient  croire  au  Leâeur- 
non  prévenu  que  l’édition  de  M. 
N***  mériteroit  à  cet  égard  queL 
que  préférence  fur  la  nôtre  ;  nous 
en  appelions  avec  confiance  au 
jugement  des  Leéleurs  éclairés;, 
ces  notes  peu  importantes:  rou¬ 
lent  pour  la  plupart  fur  l’étymo¬ 
logie  des  mots  empruntés  du  grec.^ 
à  peine  en  compteroit-on  une 
douzaine  qui  renferment  des  ob- 
fervations  de  quelque  importance.^ 
ou  qui  ne  foient  la  répétition  de  ce 
que  l’Auteur  même  a  dit.  Un  com¬ 
mentaire  de  cette  efpece  peut-il 
dédommager  le  Leéfeur  de  l’alté- 
ration  continuelle  du  fens  de  M. 
de  Sauvages?  Comment  d’ailleurs 
peut-on  commenter  un  Àüîeur 


xij  Avis  de  l’Éditeur. 
qu’on  ne  s’eft  pas  feulement  appli¬ 
qué  à  entendre  ? 

Nous  avons  cru  enrichir  notre 
édition  par  une  addition  plus  effen- 
tielle,  en  y  joignant  l’ouvrage  du* 
Chev,  von  Linné,  intitulé  Généra 
morborum  ,  accompagné  d’une 
TraduéHon  françoife  5  ce  mor¬ 
ceau  digne  de  la  célébrité  &  du 
génie  du  Reftaurateur  de  la  Bota¬ 
nique,  nous  a  paru  placé  naturel¬ 
lement  à  la  fuite  de  la  Nofologie 
de  M.  de  Sauvages  qui  le  cite 
fouvent,  &  les  Lefteurs  y  ver-: 
ront  fans- doute  avec  plaifir  un 
ouvrage  déjà  fort  connu  ,  mais 
ttès-rare  en  France. 


♦ 


A  MONS- 


J  MONSEIGNEUR  . 


CACHET 

DE  GARNERAND, 

Premier  Préfident  du 
Parlement ,  &  Inten¬ 
dant  de  la  Principauté 
de  Dombes. 


^M^onseigneur, 

L  OUURAGE  dont  j*ai 
I  honneur  de  vous  oj^rir  Icl 
traduction^  comprend  deux 
Tome  I.  A 


^  E  P  I  T  R  E. 

mille-  quatre  cents  efpeces  de 
maladies  obfervées  jufqu  icL 
Que  d'ennemis  à  la  fois  dé¬ 
chaînés  contre  le  genre  hu¬ 
main  !  &  peut-on  Je  jlatter 
de  les  connaître  tous  F  Com¬ 
bien  d'autres  maladies  échap¬ 
pées  jufqu  à  préfent  à  la  fa- 
gacité  des  plus  habiles  Obfer- 
vateurs  ?  Je fuis fiifi  d’effroi 
à  la  vue  d’un  nombre  aujji 
prodigieux  de  maux  auxquels 
L  humanité  ef  en  butte.  Ce 
qui  n  augmente  pas  peu  ma 
frayeur ,  c  ef  la  difîcuké  de 
les  connoùrc  &  de  les  dlfiln-. 


EPITRE.  5 
gutrles  uns  des  autres  k  tra¬ 
vers  ces  nuances  prefque  im¬ 
perceptibles  qui  Couvent  les 
confondent  :  ce  nef  qu  en 
faififant  ces  nuances  fuon 
peut  parvenir  a  fixer  les  limi¬ 
tes  qui  fiéparent  chaque  efipece 
de  maladie.  Ce  n  ef  que  par 
ce  moyen  qu  on  peut  s'élever 
a  la  connoijfiance  des  caufies 
ê  des  principes  qui  leur  don¬ 
nent  naifance ,  &  qui  ficuls 
préfientent  les  indications  cu¬ 
ratives  capables  d' en  triom¬ 
pher.  Les  plus  habiles  Mé¬ 
decins  ont  fiénti  la  nécefifté 


4  E  P I T  R  E. 

d! une  méthode  qui,  éloignée  de 
toute  hypothefe  ,  &  fondée 
uniquement  fur  U ohfervation 
la  plus  exaBe  des  fymptômes  y 
préf entât,  d’une  maniéré  çlai~ 
re  &  précife  ,  le  caraBere 
diflinBf  de  chaque  genre  & 
de  chaque  efpece  de  maladie* 
Ils  ont  regardé  cette  méthode 
comme  le  feul  moyen  de  dé¬ 
brouiller  le  chaos  des  maladies 
&  de  porter  la  Aiédecine  â  ce 
degré  de  perfeBion  ou  nous 
voyons  l’Hifoire  Naturelle 
parvenue  de  nos  jours* 

L’exécution  d’un  pareil 


E  P  I  T  R  E.  5 

projet  exigeait  un  homme  qui^ 
à  r étude  approfondie  de  tou¬ 
tes  les  parties  de  la  Médecine 
joignît  r efprit  ohfervateur 
f/’Hippocrate ,  &  toute  la  fu¬ 
gacité  du jugement  de  Galien: 
tel  fut  rUluflre  Boiffier  de 
Sauvages,  V  honneur  &  la  gloi¬ 
re  de  VUniverfté  de  Mont¬ 
pellier.  Après  trente  ans  d’un, 
travail  opiniâtre ,  il  ft  enfin 
paroitre  cet  Ouvrage  f  jufe- 
ment  célébré ,  dans  lequel  tou¬ 
tes  les  maladies  connues  fc 
trouvent  difrihuées  en  clajfes^ 
en  genres  y  ê  en  efpeces  ,  & 


’é  êpître:  ■  - 

déjîgnées  chacune  par: des  ca* 
racler  es  évtdens  qui  leur  font 
propres  &  qui  les  difinguem 
les  unes  des  autres  :  Ouvrage 
immortel  qu  on  peut  confidér, 
rer  comme  le  dénouement  du 
nœud  gordien  de  la  MédecU 
jie  y  comme  un  fécond  fil  d  K~ 
riadne  5.  dirigeant  les  pas  du 
Médecin  dans  le  labyrinthe 
dl  la  pratique.  _ 

Cette  efpece  de  Préface  pour- 
roit  paroître  déplacée  dans 
une  P  pitre  dédicatoire ,  fi  elle 
etoit  adrejfée  h  un  Grand  qui 
n  eût  d’autre  mérite  -  que  fa 


EPÏTRE.  7 

naiffanceou  fes  dignités;  mais 
tous  ceux  qui  ont  U  honneur 
de  vous  çonnoitre ,  favent , 
Monseigneur.  ,  que  celui 
à  qui  elle  s^adreffe  ^  joint  d 
r  élévation  du  génie  ^  V  étendue 
des  connoiffances  &  F  amour, 
le  plus  vif  pour  les  arts  ,  fur- 
tout  pour  ceux  qui  tendent 
plus  direclement  au  bien  de 
Fhumanité  ;  df  à  ces  titres 
que  V  Ouvrage  dont  j'ai  V  hon¬ 
neur  de  vous  pré f enter  la  tra- 
ducliony  a  droit  devons  plaire^ 
&  qu  on  peut  vous  en  entre¬ 
tenir  ;  je  ferai  au  comble  de 


1 

8  EPITRE.  , 

mes  vœux ,  Jî  cette  TraducHoti 
efl  digne  de  V Auteur ,  du  Pu¬ 
blic  y  &  de  celui  a  qui  elle  ejl 
offerte. 

Je fuis  avec  le  plus  profond 
reJpeSy 

MONSEIGNEUR, 


F nre  trh  -  humhle  &  trks^ 
obéijfant  fervitcur, 

Gouvion  ,  Dofteiir  en 
Médecine  penfîonné  de 
l’Hôtel -Dieu  de  Tré¬ 
voux. 


9 


ÉLOGE 


DE  MONSIEUR 

DE  SAUVAGES, 

Lu  dans  une  Affemblée  publi¬ 
que  de  la  Société  Royale 
des  Sciences  de  Montpel¬ 
lier ,  par  M.  de  Ratte  ,  Se¬ 
crétaire  perpétuel  de  cette 
Compagnie. 

François  Boissier  de 
Sauvages  de  la  Croix  , 
fixieme  fils  de  François  Boilîier , 
Seigneur  de  Sauvages ,  ancien  Ca¬ 
pitaine  du  Régiment  de  Flandres , 
&  de  Gillette  Bianchier  ,  naquit 


10  Eloge 
à  Alais  ie  iz  Mai  i  jo6 ,  jour 
fameux  dans  FEiftoire  de  la  So¬ 
ciété  Royale  ,■  par  eue  éclipre 
totale  de.foleil,  époque  demos 
pfèmiers  travaux.  Ce  qu  il  y,  eut 
ici  de  plus  remarquable ,  c’eft  qu’il 
vint  au  monde  au  moment  précis 
oii  ie  fcieil  difparuî  entièrement 
circonftaoce  qui  n’eut  pas  pafle 
pour  indifférente  dans  ces  temps 
oiù  les  affres ,  prépofés  par  l’aveu¬ 
gle  ignorance  au  gouvernement 
des  chofes  d’ici-bas  j  préffdqient 
particuliérement  à  la  naiffance 
des  hommes  célébrés ,  &  te  fai* 
foient  un  devoir  aux  yeux  du  pré¬ 
jugé  d’annoncer  leurs  deftinées. 

Les  difpofitions  de  M.-de'  Sau¬ 
vages  firent  naître  en  fa  faveur 
des  préfages  plus  sûrs  que  toiè, 
ceux  qu’on  tiroit  autrefois  des  co¬ 
mètes  &  des  écîipfeSi  îlfutaiféde 
s’appercevoir  qu’il  mérkoit  une 
excellente  éducation  :  celle  qu’il 
te^ut  à  Alais  fut  cependant' afez 


DË  M.de  Sauvages,  ii 
défeâueufe  ;  on  n  y  ayoit  pas  en¬ 
core  établi  de  College  public  ,  &: 
il  n’eut  pour  guide  dans  les  Hu¬ 
manités  &  la  Philofophie  que  des 
Maîtres  d’un  mérite  obfcur,  plus 
propres  à  nuire  qu’à  contribuer 
aux  progrès  de  leurs  Difciples, 
Ce  défavantage  ,  très  -  grand  en 
lui- même;,  le  fut  moins  pour  l’A¬ 
cadémicien  que  nous  regrettons  : 
fes  talens  furent  le  réparer  ;  iis  ap- 
planiffoient  par  d’heureux  efforts 
les  difficultés  les  plus  confidéra- 
blés  J  &  embeiiiiToient  les  diffé¬ 
rentes  routes  qu’il  étoit  obligé  de 
fe  frayer. 

Ces  premiers  ffîccès  excitèrent 
vivement  la  tendreffe  d’iin  pere 
dont  les  foins  pour  l’éducation  de 
fes  enfans  fe  trouvoient  malheu-^ 
reufement  bornés  par  fa  fortune  ^ 
qu’un  procès  de  trente  ans ,  qu’on 
lui  avoit  injuftement  ffifcité ,  avoir 
fort  dérangée.  Dans  cette  fîtua- 


Il  Eloge 
lî’étoit  pas  fans  fondement ,  que 
le- mérite  ôr  les  talens ,  fuppléant 
par  eux -mêmes  à  Fimperfedlion 
de  leur  première  culture ,  releve- 
roient  une  famille  originairement 
noble  &  très- bien  alliée ,  pleine 
d’honneur  &  de  vertu ,  jouiffant 
depuis  plus  de  trois  fiecles  de  Fef 
time  &  de  la  confidé ration  publi¬ 
que  ,  comme  par  un  droit  héré¬ 
ditaire. 

Déterminé  par  un  penchant 
qu’on  étoit  bien  éloigné  de  com¬ 
battre  ,  M.  de  Sauvages  après  la 
Philofophie  ,  vint  étudier  en  Mé¬ 
decine  à  Montpellier  ,  ce  fut  au 
commencement  de  1722.  L^’U- 
niverlité  de  cette  Ville  comptoit 
alors  ,  entre  les  Profefleurs  à  qui 
le  dépôt  de  fa  réputation  avok 
été  confié ,  Mrs.  Aftruc ,  Deidier, 
Haguenot ,  Chicoyneau.  M.  de 
Sauvages  faiht  avidement  &  re¬ 
cueillit  avec  foin  les  inftruéfions 
de  ces  grands  Maîtres,  &;  l’on 


DE  M.  DE  Sauvages,  i  3 
peut  dire  qu  après  la  nature  ^  ils 
eurent ,  à  certains  égards,  la  gloire 
de  l’avoir  formé. 

Du  caraftere  dont  il  étoit ,  il 
ne  pouvoit  fe  promettre  des  pro¬ 
grès  médiocres  j  il  eût  voulu  tout 
épuifer ,  du  moins  tout  approfon¬ 
dir.  L’Anatomie ,  la  Chimie  ,  la 
Botanique  ,  pour  laquelle  il  prit 
une  forte  paffion  ,  toutes  les  con- 
noiflances ,  qui  font  la  bafe  natu¬ 
relle  de  la  profeffion  qu’il  devoir 
exercer  ,  ne  lui  fuffiibient  pas. 
Des  recherches  ,  que  beaucoup 
d’autres  négligeoient  fans  fcrupu- 
le ,  lui  paroiffoient  importantes  & 
même  néceffaires  :  par-tout  il  dé- 
couvroit  des  rapports  plus  ou 
moins  fenûbles  avec  l’art  de  gué¬ 
rir.  Il  fuivit  la  Phyiique  dans  tou¬ 
tes  fes  branches  ,  &  jufques  dans 
fes  moindres  détails  ;  &  à  l’égard 
des  Mathématiques,  dont  Ton  frere 
aîné,  qui  ne  fe  contentoit  pas  d’en 
connoître  le  prix ,  lui  avoir  déjà 


ï-4  Eloge 
communiqué  le  goût_,  il  les  appre- 
noit  de  lui-même  ,  &  s’y  livroit 
totalement  dans  le  temps  des  va¬ 
cances  qu’il  ailoit  paffer  à  Alais  : 
il  Je  rendoit  inieniiblementlaGéo- 
métrie  allez  familière  pour  être  en 
état  de  l’appliquer  à  la  Médeci¬ 
ne,  comme  il  a  fait  depuis  avec 
tant  de  fuccès  dans  une  muldtiide 
d’Ecrits. 

.  ,  îl  fat  reçu  Dofteur  de  Montpel¬ 
lier  en  1726.  Sa  Thefe  de  Licen¬ 
ce  lit  du  bruit  j;  il  agita  cette  queE 
tion  :  Si  V  amour  peut  être  guéri  par 
des  remedes  tirés  des  plantes  ;  ma¬ 
tière  très-fufceptibie  d’agrément  ^ 
&  dont  le  choix  feui  pouvoit  in¬ 
diquer  un  amateur  de  la  Botani¬ 
que.  La  maladie  ,  dont  il  ofoit 
attaquer  les  funeftes  lymptômes , 
fouvent  plus  dangereufe  que  les 
iievres  les  plus  violentes  n’elf 
pas  communément  comprife  dans 
ce  qui  fait  proprement  l’objet  de 
la  Médecine  ;  ii  eft  vrai  que  le 


D  E  M.'  DE  SaU  V  KX^ES, 
Médecin  du  jeune  Antiodius  dé- 
GGuvrit  la  folie  pailic-n  de  ce  Prin¬ 
ce  par  l’application  des  réglés  de 
{on  art  ;  mais  il  ne  s’avifâ  nulle¬ 
ment  de  foupçonner  que  les  plan¬ 
tes  en  pareil  cas  pulTent  avoir 
l’honneur  de,  la  guérifon  ^  oi  le 
remede  qu’il  propofa,  comme  feul 
infaillible ,  s’offrit  fans  doute  plus^ 
naturellement  Comme  tout  in- 
téreflé  dans  la  vie  des  hommes 
d’un  mérite  rare  &  didingué  , 
nous  ne  ferons  nulle  difficulté  de 
dire  ici  que  la  Thefe  de  M.  de 
Sauvages  lui  valut  pour  quelque 
temps  le  ffirnoin  de  Médecin  d& 
V amour,  Ce.n’eft  pas  fous  ce  titre; 
que  l’Ailemagna^  i’îtalie  ,  l’An¬ 
gleterre  &  les  autres  Pays  ffiyans 
l’ont  connu  depuis. 

M.  de  Sauvages ,  dans  fa  patrie 
plus  qu’ailleurs ,  fut  le  Médecin  de 
Pamour  til.  eut  dans  fa  jeunedê,, 
ou  parut  avoir,  ile  ;sçeuî  tendre  5 
ümfoit  des  vet^ ,  pn  ;ne',per’?^ 


ï6  Eloge 
loit  à  Alais  que  des  pièces  de 
Poéfie  qui  lui  échappoient  fré¬ 
quemment  ,  pour  ou  contre  le 
E^au  fexe  ,  félon  qu’il  en  étoit 
bien  ou  mal  traité.  Les  pièces 
qu’uï\  peu  de  dépit  lui  arrachoit , 
tenoiént  fouvent  lieu  de  remede 
pour  une  guérifon  que  les  plantes 
n’auroient  pas  opérée  ,  &  jufti- 
fioient  en  quelque  forte  le  nom 
dont  on  l’a  voit  décoré.  On  peut 
juger  de  fon  talent  pour  les  vers 
par  plufieurs  morceaux  de  fa  com- 
pofition  inférés  dans  les  Mercu- 
res  de  ce  temps- là  :  ce  font  des 
Madrigaux ,  desEpigrammes,  des 
Sonnets ,  des  Elégies ,  &  d’autres 
Ouvragés  de  cette  efpece,  tous 
affez  bons  pour  permettre  à  leur 
Auteur  d’afpirer  à  la  réputation 
de  Poète  j  mais  il  eut  le  courage 
de  renoncer  à  cette  gloire ,  dont 
l’appas  eft  fi  féduifant.  Sa  profef 
fion  ,  qu’il  ne  perdoit  point  de 
Tue ,  l’occupa  bientôt  plus  que 


DE  M.  DE  Sauvages.  17 
jamais  ;  il  regarda  comme  des 
diftraâions  importunes  tout  ce  qui 
pouvoir  le  détourner  de  cet  objet 
principal  :  les -petits  vers  furent 
facrifiés  à  fon  devoir  ;  il  les  ban¬ 
nit  impitoyablement  de  Tes  amu- 
femens ,  &  le  Dieu  du  Parnaffe  ne 
fut  plus  pour  luiÆe  le  Dieu  de 
la  Médecine.  ^ 

Les  grands  talens  doivent  fe 
perfeftionner  dans  la  Capitale. 
M.  de  Sauvages ,  qui  s’y  rendit 
vers  1 7  3  O ,  y  paffa  environ  quinze 
mois  au  milieu  des  Sciences  &  des 
Savans ,  &  probablement  il  s’y 
feroit  fixé  ,  fi  les  attaques  fréquen¬ 
tes  d’un  mal  d’yeux  ,  mal  trop 
cruel  pour  .un  homme  de  lettres , 
ne  l’eulTent  ramené  malgré  lui 
dans  fa  patrie.  Il  attribubit  à  l’air 
&  au  climat  de  Paris  cette  incom¬ 
modité  qui ,  en  fe  diffipant ,  lui 
laifla  le  relie  de  fes  jours  un  peu 
de  foiblefîe  dans  l’organe  de  la 
vue  :  peut-être  devoit-3  s’en  pren- 


ï'8  - . E-£  o  g  e  ' 

dre  à  fa  grande  application  au 
travail  ,  prodigieufement  redou¬ 
blée  dans  la  Capitale  par  les  occa- 
fîons  plus  multipliées  de  s’inirrui- 
re  ;  mais  il  eft  rare  que  ceux  qui 
ont  commis  des  excès  en  ce  genre, 
s’en  accufent  de  bonne  foi. 

Ce  qui  ed;  terrain  ,  c’eft  que 
pendant  ce  féjôur  de  Paris  il  con-, 
eut  &  exécuta  fheureufe  idée 
d’un  Ouvrage  ,  où  les  maladies , 
exaélement  diftinguées  par  leurs 
genres  &  leurs  elpeces ,  fe  trou¬ 
vent  didribuées  en  différentes  ciaf 
fuivant  la  méthode  employée 
pour  les  plantes  par  les  Botaniftes. 
11  avoir  d’abprd  communiqué  fon 
plan  à  l’illuffre  M.  Boerhaawe , 
qui,  en  louant  le  projet ,  n’avoit 
point  diffimuié  les  difficultés  de 
l’exécution  ;  mais  les  obftacles , 
loin  de  rebuter  M.  de  Sauvages^ 
fervoient  à  l’animer.  Il  pourfuivit 
fon  entreprife  avec  vivacité  ;  il 
lut  une  infinité  de  livres  que  les 


DE  M;  DE  SAUrXGES.  •  ï 
îîombreuiès  Bibliothèques  de  Pa¬ 
ris  iui  fournifîbient  j  ii  confulta  les 
perîonnes  les  plus  expérimentées, 
dans  la  profeiîîon  5  il  amaffa  des 
matériaux  j  il  les  mit  en  oeuvres. 
Tout  cela  fe  fit  en  peu  de  temps  j 
&  à  peine  fut-il  de  retour  en  Pro¬ 
vince  ,  que  le  Public  reçut  de  lut. 
le  Traité  des  Claffes  des  Mala¬ 
dies,  en  un  volume  in-iz,  com- 
pofé  en  François. 

Ici  commence  la  réputation  de 
M.  de  Sauvages  parmi  fès  Con¬ 
frères  &  dans  le  monde  favant. 
Son  livre,  quin’eft  que  le  germe 
d’un  autre  beaucoup  plus  confî- 
dérable  qu’il  a  publié  dans  la  fui^e 
fur  la  même  matière,  le  fit  con- 
noître  dès-lors  avantageufement. 
Il  n’eut  pas  befoin  d’un  autre  titre 
pour  monter  au  grade  de  Profefi- 
feur  en  Médecine  dans  i’Univer- 
fiié  de  Montpellier ,  fans  pafTer 
par  les  épreuves  ordinaires  du 
concours  &  de.  la.  difpute.  Les 


to  *  Eloge 
Ciafles  des  Maladies  parurent  en 
1731  ,  &  trois  ans  après  le  Roi  lui  ^ 
donna  la  furvivance  de  la  Chaire 
qu’occupoit  dans  cette  Univerhté 
feu  M.  Marcot ,  l’un  de  nos  Aca¬ 
démiciens  ,  premier  Médecin  or¬ 
dinaire  de  S.  M.  Sc  Médecin  des 
Enfans  de  France. 

Placé  à  vingt-huit  ans  à  côté  de 
ceux  qu’il  avoir  eu  pour  Maîtres, 
deftiné  à  former  comme  eux  de 
dignes  Eleves  ,  il  jugea  bientôt 
que ,  pour  donner  fur  toutes  les 
parties  de  la  Médecine  d’utiles 
inflruftions ,  il  falloir  en  reélifier 
d’abord  la  théorie  ,  étrangement 
défigurée  par  plufieurs  opinions , 
dont  la  railon  &  l’expérience  confi 
pirent  également  à  démontrer  la 
fauffeté.  Ces  opinions,  on  eft  forcé 
de  le  dire ,  dominoient  dans  l’U- 
niverfité  de  Montpellier  :  M.  de 
Sauvages  les  y  avoir  trouvées  lorfi 
qu’il  étoit  venu  pour  étudier  en 
Médecine  5  lui -même  ,  dans  les 


DE  M.  DE  Sauvages.  21 
commencemens ,  les  avoit  peut- 
être  adoptées  fur  la  foi  d’autrui  ; 
mais  au  moins  on  lui  doit  cette 
juftice  ,  qu’il  s’étoit  bientôt  dé¬ 
trompé  ,  fans  abandonner ,  fur  une 
infinité  d’autres  points  très-elTen- 
tiels  ,  la  doéirine  confiante  de 
cette  même  Ecole ,  doftrine  qu’il 
avoit  reçue  avidement  &  foigneu- 
fement  recueillie  , .  comme  nous 
l’avons  déjà  dit.  Il  efi  nécefiaire 
d’obferver  que  les  opinions  fpé- 
culatives  qui  le  choquoient  tant , 
n’étoient  point  particulières  à  cette 
Ecole  fi  renommée  ;  c’étoient  les 
dogmes  favoris  de  beaucoup  d’au¬ 
tres  Facultés ,  enfeignés  par  des 
hommes  célébrés ,  à  qui  la  Mé¬ 
decine  a  d’ailleurs  les  plus  grandes 
obligaiions.  CeS  autorités  refpec- 
tables  n’impofoient  plus  à  M.  de 
Sauvages  :  l’erreur  lui  parut  au 
contraire  plus  dangereufe  par  le 
crédit  que  lui  prêtoient  des  noms 


22 


Eloge  ■  ' 

-  Lés  Médecins  qui  foutenoient 
5vec  le  plüs  de  confiance  la  fauffe 
doftrine  dont  nous  parlons ,  fe 
paroient-  volontiers  du  titre  de 
Médecins  Mécaniciens ,  fe  diftin- 
guant  par  là -de  ceux  de  leurs  pré- 
déceffeurs  qui  n’avoient  vu ,  dans 
les  phénomènes  de  l’économie 
animale,  qu’une  fermentation  ima¬ 
ginaire  ,  un  combat  chim.ériquey 
des  alkalis  avec  les  acides.  Pour 
eux  ,  ils  faifoient  profeffion  de 
n’admettre  que  des  idées  claires , 
des  principes  diftinéfement  con¬ 
nus.  Ils  appelloient  à  leurdecours 
la  Phyfique  expérimentale,  larMé^ 
chanique  hydraulique ,  la  Géomé¬ 
trie  5  mais  par  malheur  ils-en  abu- 
foient  J  &  c’etoit  la  four  ce  dé  leurîs 
egàremèns.  l'is  îiroient  ibuvent 
d’une  expérience  certaine  ou  d’un 
principe  vrai ,  de^faulfës  conle^ 
quenees  .*  féuvent  -,  auffi  la  mé- 
prife*&>Pe#euî?  vendit  du  pnncipé 
jnême.  On  m-ettoit  fur  le*  ecSpitè 


i5E  M  DE  Sauvages.  îf 
des  Méchaoiques  &  de  îa  Géo¬ 
métrie  ,  des  théorèmes  prétendus , 
des  axiomes  qui  ne  le  furent  ja¬ 
mais;  efpece  d’outrage  que  l’on: 
faifoit  impunément  à  des  fciences 
dont  le  partage  eil  la  certitude.- 
On  avançoit  avec  une  entière 
alTurance  qu’un  fluide  ,  mû  par 
une  force  donnée ,  reçoit  toujours 
fur  fon  paffage  un  accroiffement 
de  vîteffe,  à  mefure  que  ce  paf- 
fage  efl  plus  rétréci  :  on  foutenoit 
que  les  machines  augmentent  les 
forces,  tandis  quelles  ne  font  que 
les  appHquer  &  les  modifier  :  on 
ne  vouloit  tenir  aucun  compte  des 
pertes  caufées  par  les  frottemens: 
on  admettoit  des  reffbrts  fupérieurs 
à  la  force  qui  les  avoit  comprimés, 
des  mouvemens  fans  moteurs,  des 
effets  plus  grands  que  leurs  caufes. 
Ainfi,  quand  il  étoit  queftion  d’ex¬ 
pliquer  comment  le  mouvement 
du  fmig  continue,  nonobftant  les 
réfiftances  .  accumulées  _qui  de^ 


14  Eloge 
violent ,  ce  femble ,  en  peu  d’inf- 
tans  l’anéantir  5  on  difoit  qu’en 
vertu  de  la  ftruéhire  particulière 
du  cœur ,  ce  mouvement  une  fois 
imprimé  devoit,  à  l’aide  des  ali- 
mens  que  nous  prenons  ,  de  l’air- 
qui  nous  environne  &  que  nous 
refpirons ,  durer  toute  la  vie  :  & 
fi  l’on  fentoit  malgré  cela  la  né- 
ceffité  de  remonter  la  machine , 
on  attribuoit  cette  fonftion  au  flui¬ 
de  nerveux ,  qui  s’en  acquittoit  mi- 
raculeufement  j  car  on  étoit  bien 
éloigné  de  penfer  que  ce  fluide , 
qui ,  empruntant  fa  vîtefTe  du  fang, 
n’a  pu  prendre  d’ailleurs ,  dans  les 
fuppofitions  les  plus  favorables  , 
qu’une  petite  portion  de  la  force 
que  le  fang  a  perdue ,  ne  peut  lui 
rendre ,  félon  les  lois  ordinaires 
de  la  nature ,  plus  de  mouvement 
qu’il  n’en  a  reçu.  Pour  rendre  rai- 
fon  de  l’augmentation  du  mouve¬ 
ment  du  fang  dans  la  fievro ,  on 
difoit  que  les  obflruétions  des 
petite 


DE  M.  DE  Sauvages,  if 
petits  vaiffeaux,  de  cela  feul  qu’el¬ 
les  rétréciffoient  &  gênoient  le 
paflage  de  ce  liquide  ,  lui  don- 
noient  plus  de  vîteffe  ;  &  fi  l’on 
avoit  quelque  honte  de  faire  naî¬ 
tre  fi  mal-adroitement  la  force  de 
la  réliilance  même ,  on  faifoit  réa¬ 
gir  les  vaiffeaux  fur  le  fang  ,  en 
fuppofant  dans  le  tiffu  de  leurs 
fibres  un  reffort  fi  merveilleux  & 
fi  parfait ,  que  nul  effort  n’étoit 
capable  de  tenir  ces  vaiffeaux  dif* 
tendus,  ou  du  moins  de  les  em¬ 
pêcher  de  fe  rétablir.  La  théorie 
ordinaire  de  l’inflammation  n’étoit 
pas  moins  vicieufe  :  la  même  illu- 
fion  régnoit  par-tout  ;  les  mêmes 
principes  ,  par  un  enchaînement 
néceflaire ,  mais  malheureux ,  ra- 
menoient  toujours  les  mêmes  con- 
féquences. 

L’amour  de  la  vérité  dominoit 
dans  M.  de  Sauvages.  Il  fuivit  la 
pente  de  fon  caraSere  ,  quand  il 
prit  la  généreufe  réfolution  de 
Tome  h  B 


l6  E  L  O  G  E  * 

combattre  ces  erreurs  ,  depuis 
iong-temps  accréditées.  Quelque 
déterminé  qu’il  fût  à  les  poursui¬ 
vre  fans  relâche ,  &  s’il  étoit  poffi- 
l>le  ,  jufqu’à,  leur  entière  extinc¬ 
tion,  il  cacha  d’abord  une  partie 
de  fon  projet  par  égard  pour  les 
Proféffeurs ,  fes  Confrères  ,  qu’il 
voyoit  tous  plus  ou  moins  atta¬ 
chés  à  ces  fauffes  explications. 
Rien  de  plus  firople  en  apparence 
que  fon  début  :  il  propofoit  avecla 
modeftie  d’un  nouveau  venu  quel¬ 
ques  difficultés  en  forme  d’éclair- 
ciffemens.  Bientôt  il  fe  montra 
plus  hardi  ,  &  comme  on  avoit 
dû  le  prévoir  ,  on  ne  fut  pas  long¬ 
temps  fans  en  venir  de  part  & 
d’autre  à  une  guerre  déclarée.  M. 
de  Sauvages  attaquant  toujours , 
.&  fes  adverfaires  mettant  en  œi> 
vres  tout  ce  qu’ils  avoient  de  ref- 
fources  pour  le  défendre  ,  la  dif 
pute  s’anima  de  plus  en  plus ,  les 
Subterfuges  &  -le  bruit  de  l’école 


DE  M.  DE  Sauvages.  27 
troublèrent  plus  d’une  fois  ia  mar¬ 
che  compaffée  &  géométrique  de 
M.  de  Sauvages  ;  mais  il  ne  fe 
contentoit  pas  d’argumenter  fur 
les  bancs ,  il  expofoit  fes  préten¬ 
tions  dans  pludeurs  Difîertations 
imprimées,  qui  fe  füccédoient  les 
unes  aux  autres  avec  rapidité ,  en- 
forte  que  ceux  qui  avoient  refufé 
de  l’écouter ,  fe  trouvoient  forcés 
de  le  lire.  Infenfîblement  il  gagnoit 
du  terrein  ;  fes  adverfaires  mal¬ 
gré  la  bonne  contenance  qu’ils 
afFeéloient  ,  étoient  pouffés  de 
pofte  en  pofte  :  leur  embarras , 
dans  de  certains  momens ,  étoit 
extrême  ;  ils  ne  vouloient  pas  ref- 
fufciter  la  fermentation  pour  ja¬ 
mais  abolie  ,  &  ils  ne  favoient 
guere  plus  où  fe  réfugier. 

Il  fallut  reconnoître  que  M.  de 
Sauvages  avoit  raifon  fur  bien  des 
points ,  &  que  plufieyrs  des  ex¬ 
plications  qu’il  Gombattoit ,  pou- 
voient  fans  le  moindre  inconvé- 

Bij 


28  E  L  O  GE  i 

nient  lui  être  facrifiées  ;  on  lui 
demanda  feulement  ce  qii’ il  pré- 
tendoit  mettre  à  la  place.  Il  pou¬ 
voir  répondre  ^  &  il  le  fit  d’abord, 
qu’une  erreur  n’efi:  ni  plus  ni  moins 
erreur ,  foit  qu’on  la  remplace  ou 
non  par  des,  vérités  j  mais  il  com¬ 
prit  bientôt  que ,  dans  la  pofition 
où  il  étoit ,  cette  réponfe  fi  foli- 
de  J  fi  vraie  ,  ne  feroit  pas  long¬ 
temps  fatisfaifante.  Le  perfonnage 
de  fimple  defiruéleur  n’efi:  pas  i 
toujours  propre  à  foumettre  ou  à 
gagner  les  efprits  :  on  n’habite  pas 
volontiers  fur  un  tas  de  ruine  ;  on 
cherche  un  petit  édifice  ,  où  l’on 
puiffe  loger  avec  quelque  fureté, 
Prefîe  par  cette  confidération ,  il 
fe  réfolut  enfin  à  mettre  au  jour  I 
fon  fentiment  fur  toute  cette  ma¬ 
tière,  tel  que  nous  allons  l’expofer. 

Les  phénomènes  de  l’économie 
animale  ,  en  préfentant  à  chaque 
inftant  une  force  qui  croît  comme 
la  réfiftance  même ,  fe  montrent 


DE  M.  DE  Sauvages.  29 
füpérieurs  aux  lois  ordinaires  de 
la  méchanique  ;  il  eft  d’ailleurs 
fort  naturel  que  des  puiffanees  ani¬ 
mées  augmentent  leur  effortà  me- 
füre  qu’on  leur  réfifte  ,  &  dans 
l’homme  corporel  &  fpirituel  tout 
enfemble ,  il  exifte  certainement 
une  puiffance  de  cette  efpece. 
L’ame ,  de  l’aveu  de  tout  le  mon¬ 
de,  eft  le  principe  des  mouve- 
mens  volontaires  du  corps  hu¬ 
main  ;  elle  l’eft  auffi ,  félon  M.  de 
Sauvages  ,  des  mouvemens  invo¬ 
lontaires  &  naturels.  Excitée  par 
le  fentiment  confus  de  fès  befoins, 
occupée  en  tout  temps  de  la  con- 
fervation  du  corps  auquel  elle  eft 
unie ,  poufîee  par  le  défît  inné  d’é¬ 
loigner  le  terme  fatal  qui  doit  rom¬ 
pre  cette  union  ,  elle  agit  dans 
cette  vue  par  une  efpéce  d’inftinâ, 
fans  fe  rendre  fenfîblement  té¬ 
moignage  de  fon  aélion-;  elle  eft 
le  moteur  qui  remonte  la  machi¬ 
ne  5  elle  combat  efficacement  les 
B  iij 


1 

30  E  L  O  G  E  ; 

réfiftances  ordinaires ,  qui  tendent 
à;  fuppriffier  k  cours  de  nos  îiqpi^  ; 
des  5  elle  fait  eireuler  le  fang;  :  à 
de  nouveaux  obftacles  ,  elle  op-  • 
pofe  de  nouveaux  efforts &  c’eft 
dans'  ces  fortes'd’elkr-ts  redoublés 
que  Gonffffe  la  fievre  j  efforts  heu- , 
reux  GU  iBalheurteux  ielon  les  cir-  - 
conftances  5  efforts^  dent  l’unique 
bût  eff  notre  guériibn  meme  :  on’ 
reconnoit  ici  cette  natuie,  dont 
le  Médecin  dok  étudier  laimarehe 
&  feconder  les  opératioi^.  Tel  ; 
eff  k%ffêMe  qp€'  M'.  de  Sauva-' [ 
gpsr  fe  fit-  unO  gloiîe':d:’ adopter.  A  i 
peine  s’étoit-ii  expliqué  dans  une  : 
Differtation^  qui  en  promettoit 
beaucoup  d’autres ,  que  les  ad- 
verfaires ,  à  qui  là  guerre  défen-  . 
five  avoir  afféz  mal  réuffi^ ,  furent  ■ 
agreffeurs  à  leur  tour  ^  fe  flattant 
de  prendre  bientôt  leur  re vaacbe. . 
Les  objeéiions  ne  manquèrent 
pas  :  ils  oppoferent  à  M.  de  Sau¬ 
vages  que  fon  opinion  Je  condui-  . 


DE  M,  DE  Sauvages.  ^<i’ 
{oit  à  donner  non-feulement  aux 
bétes,  mais  aux  plantes  même^,  une 
ame  intelligente  y  ilrépondit,  Su  de 
vive  voix ,  &  dans  pIufieurs^The- 
fes  ou  Differtations  imprimées^ 
qu"ii  n’avoit  jamais  eru  que  les 
bêtes  fliflent  de  pures,  machines , 
&  qu’à  l’égard  des  phénomènes 
de  la  végétation ,  on  favoit  affez 
que  la  chaleur  du  feleil  ^  celle  des 
feux  fouterreins  ,  l’aélion  des  fucs 
de  la  terre  ,  en  étoient ,  fans  au¬ 
tre  principe  moteur ,  les  vérita¬ 
bles  caufes  :  on  lui  nia  que  Famé 
peut  agir  fans  s’appercevoir  de  fon- 
aélion.  Il  eut  recours  alors  à  tout 
ce  que  la  Métaphyfique  pouvoir 
lui  fournir  fur  les  perceptions  obf- 
cures  &  les  affeftions  confufes  de 
Famé  ;  il  cita  Fexemple  des  paf- 
fions  ,  dont  les  eiiets  les  plus  fou- 
dains  &  les  plus  indépendans  de 
la  volonté  font  fi  fenfibles  fur  nos 
organes.  Si  Fobfcurité  du  fijjet  fai- 
foit  naître  des  objeélions ,  elle  les 
B  iv 


32  E  L  O  GE 

rendoit  moins  concluantes.  Uim 
certitude  des  coups  portés  pen¬ 
dant  la  nuit  eft  fouvent  une  ref- 
fource  heureufe  pour  les  éviter  : 
on  eft  vivement  prefîé  ,  &  l’on 
échappe  à  la  faveur  des  ténèbres. 

M.  de  Sauvages  n’avoit  pas  le 
premier  propofé  cette  opinion  ^ 
qui  étoit  celle  de  plufieurs  moder¬ 
nes  ,  fans  parler  de  tous  les  feâa- 
teurs  qu’elle  a  eu  dans  l’antiquité  ; 
mais ,  s’il  n’eft  pas  l’inventeur  du 
fyftême ,  il  fe  l’eft  rendu  propre , 
en  lui  donnant  une  nouvelle  for¬ 
me  ,  en  cherchant  à  l’appuyer  par 
des  preuves  nouvelles ,  en  travail¬ 
lant  plus  que  perfonne  à  le  mettre 
en  crédit  :  il  s’en  eft  occupé  dans 
la  plupart  de  Tes  ouvrages,  il  y 
reveiioit  continuellement  5  il  en  a 
tant  parlé  ,  qu’il  nous  a  mis  dans 
la  nécelïité  d’en  parler  beaucoup 
nous-mêmes. 

Après  plufieurs  années  que  dura 
cette  difpute ,  les  efprits  agités  fe 


DE  M.  DE  Sauvages.  53' 
calmèrent.  Qu’a-t*il  enfin  réfulté 
de  cette  controverfe  d’école  ? 
Rien  d’utile  pour  la  pratique ,  il 
le  faut  avouer  :  les  Médecins  Ani- 
mifies  OU  non  ,  emploient  dans 
les  mêmes  occafions  les  mêmes 
remedes  j  &  la  nature  de  fon  côté, 
l’ame ,  fi  l’on  veiât ,  n’en  fait  ni 
pluî  ni  moins.  Pour  la  Théorie*de 
la  Médecine  ,  M.  de  Sauvages  l’a 
réformée ,  comme  il  l’a  voit  pro¬ 
jeté  ;  la  fauffe  doêfrine  qu’il  a 
combattue  ,  éft  aujourd’hui  tota¬ 
lement  décréditée  à  Montpellier , 
&  il  n’y  a  pas  d’apparence  qu’elle 
s’y  rèleve  jamais.  A  l’égard  du 
fyftême  qui  attribue  à  l’aêfion  de 
l’ame  le  mouvement  même  du 
cœur  &  la  ;  circulation  du  fang  , 
on  peut  croire  auffi  qu’il  ne  fera 
jamais  univerfellement  reçu  :  il 
eft  plus  aifé  de  le  défendre ,  quand 
on  a  bonne  envie  de  le  foutenir, 
que  de  perfuader  ceux  qui  feront 
naturellement  portés  à  le  rejeter. 

B  V 


34  E  L  a  GE  - 
La  pkpart  des  Médecins  üè  conten¬ 
teront  de  reconnoître  en  général 
un  principe  des^mouve  mens  vit  aux, 
fupérjeurs  au  mécanirraeordmai^ 
re  :  quel  que  £bit  ce  principe,  il  exif 
te ,  c  eft  affez  ;  la  curiofité  biert  ré¬ 
glée  fe  dirpenîera  d’aller  plus  loin. 

Et  au  fond ,  c’efl;  ici  la  marche 
&  refprit  de  la  Phyfique  moder- 
'ne  3  tout  s’y  réduit  en  derniere 
analyfe  à  quelques  principes  d’ex¬ 
périence,  incônnuS'en  eux  mêmes,, 
ainii  que  dans  leur  liaifon  avec  la 
caufe  première ,  &  manifeÆés  feu¬ 
lement  par  leurs  elFets.  De -là 
le  reproche  de  renouvelkr  les^ 
qualités  occultes  ;  reproche  dont 
on  eft  auiourd’hui  fort  :  peu  tou¬ 
ché.  M.  de  Sauvages  admettgiê 
trois  principes  de  ce  genre  :  l’im-, 
puhîon;  elle  eft  obfcure,  quoiqu- 
elle  tombe  fous  les  fons  ;  l’attrac¬ 
tion  ;  la  raifon  &  l’expérience  l’a- 
voient  fait  Nevtonien,  avant  que 
k  mode  même  invitât  de  l’être;- 


D Ë  M.  DS  Sauvages.  3  5, 
la  farculîé  motrice  de  l’ame  ;  elle: 
fe  découvre  dans  les  mouvemens 
volontaires,  &  nous  avons  vuqu’ili 
faifoit  dépendre  de  la  meme  caufe 
les  mouvemens  néceffaires  &  na¬ 
turels. 

Pendant  qu’il  étoit  le  plus  oc¬ 
cupé  de  la  conteâation.  dont  nous 
venons  de  rendre  compte ,  il  fe 
ménageoit  du  temps  pour  appren-? 
dre  rAnglois ,  devenu  £  utile  k 
ceux  qui  ambitio-nnent  la  gloire 
d’exceller  dans  les  fciences  ;  &, 
en  l’apprenant,  il  traduilit  en  Fran¬ 
çois  FHémaftatique ,  ou  la  Stati¬ 
que  des  Animaux  du  célébré  M. 
Haies.  Il  y  joignit  un  Commen¬ 
taire  ,  qui  fut  imprimé  à  Geneve 
en  1744  ^  avec  la  traduétiondu 
texte  ,  &  deux  Differtations  du 
Traduéleur ,  l’une  fur  la  fièvre , 
&  l’autre  fur  l’inflammation.  L’in- 
fuflifance  des  explications  préten¬ 
dues  mécaniques  efl  démontrée 
.dans  cesDiffertaiions.,  où  rame ^ 


^6  Eloge 

principe  des  mouvemens  du  coeur, 
parok  jouer  le  principal  rôle.  M. 
de  Sauvages  développe  ici  les 
mêmes  idées  quil  vouloir  faire 
régner  dans  l’école ,  &  il  les  ex- 
pofe  à  rUnivers  favant. 

Sa  Traduêrion  de  THémaftati- 
que  ne  pouvoir  être  d’ailleurs  que 
favorablement  accueillie.  Elle  fut, 
avec  tout  ce  qui  l’accompagne , 
mife  à  fon  tour  en  Italien  par  une 
jeune  Napolitaine,  &  en  Allemand 
à  Leipfick ,  avec  les  notesparticu- 
lieres  que  MademoifeTle  Ârdin- 
gheli ,  c’eft  le  nom  de  cette  fa- 
vante  Italienne  ,  avoir  ajoutées  à 
celles  du  Traduêleur  François. 

En  174a,  M.  de  Sauvages  fut 
nommé  par  le  Roi  pour  faire  ,  à  la 
place  de  M.  Chieoyneau  le  fils, 
qui  venoit  de  mourir ,  les  démonf 
trations  des  plantes  au  Jardin  royal 
de  cette  Ville  ,  alternativement 
avec  M.  Fitz-Gerald ,  qui  étant 
mort  lui-même  en  1748  ,  lelai^ 


DE  M.  DE  Sauvages.  37 
pour  plufieurs  années  chargé  de 
tout  ce  travail.  Il  eut  en  175  2  un 
Brevet  de  SaMajefté,  qui,  avec 
le  titre  de  Profeffeur  royal  de  Bo¬ 
tanique  ,  lui  en  attribuoit  plus  par¬ 
ticuliérement  les  fonébons  pen¬ 
dant  la  jeuneffe  de  celui  que  ces 
mêmes  fondions  regardoient  na¬ 
turellement.  Cétoit  fervir  M.  de 
Sauvages  que  de  fournir  de  l’ali¬ 
ment  &  de  l’exercice  au  goût  qu’il 
avoit  toujours  témoigné  pour  la 
Botanique.  Ses  leçons  fur  cette 
fcience  eurent  beaucoup  d’éclat  : 
on  couroit  en  foule  pour  l’enten¬ 
dre  ;  on  le  fuivoit  dans  fes  her- 
borifations  à  la  campagne ,  d’oti 
il  rapportoit  de  temps  en  temps 
différentes  plantes ,  dont  ce  pays 
s’étoit  cru  jufqu  alors  dépourvu. 
Il  en  faifoit  venir  en  même"  temps 
quantité  d’étrangeres.  Avec  nos 
richeffes ,  çroiffoit  le  nombre  de 
ceux  qu’il  rendoit  capables  d’eri 
faire  ufage  :  on  voyoit  'naitrè  fur 


'1 

^8  Eloge 

fes  pas  des  plantes  &  des  Bota- 

niftes. 

Il  fit  paroître  en  1 75,  i  Ton  Ou¬ 
vrage  intitulé  :  Metkodus  Folio- 
rum ,  ou  Expofition  d  une  nouvelle 
Méthodo  pour  connoître  les  efpe- 
çes  par  les  feuilles.  Là  fe  trouve 
le  Catalogue  d’environ  5  00  plan¬ 
tes  des  environs  de  Montpellier 
qui  manquent  dans  le  Botanicum 
Monfpelienfe  de  M.  Magnol.  Ce 
meme  Catalogue  ,  fous  le  nom; 
Flora  Monfpelienjis  ,  eft  encore 
inféré  dans  le  quatrième  tome  des 
jimœnïtates  Aeademicæàe  M.  Lim 
næus.  Cet  illuftre  Chef  des  Bota- 
niftes  de  nos  jours ,  déjà  depuis 
long -temps  en  eorrefpondance 
'  avee  M.  de  .Sauvages ,  marquoii 
publiquement  en  toute  occafion 
îiefiime  qu’il  avoir  pour  lui.  il  faut 
remarquer  que  des  500  plantes 
dont  nous  parlons ,  il  y  en  a  plu- 
fieurs  que  M.  de  Sauvages  a  carac^ 
léri^es  &  nommées,  fi  a  fait  cinq 


de  Mr  n-E  Sauvages.  ^9^ 
genres  nouveaux ^  XeTricmkemum^ 
Xahenus,  le  Camphorofma,  \é  Buf- 
jonia  &  le  Reaumuria  :  ces  deuX 
derniers  font  oonraerés  à  deux 
hommes  célébrés  :  les  Botani%& 
font  dans  l’ufage  de  faire  de  ces: 
fortes  de  |îréfens  ,  non-foulement 
à  leurs  pareils ,  mais  encore  à  d’au¬ 
tres  perfonnes  difonguées.  Il  étoi^ 
jufte  que  M.  de  Sauvages  en  eût 
un  de  cette  efpece  ;  il  le  dût  à  M. 
Linnæus  ,  qui  .  donna  le  nom  de 
Sauvagefia  à  une  plante  venue  de 
la  Cayenné.  M.  Boerhaave  avoit 
de  même  autrefois  gravé  for  une 
plante  le  nom  de  feu  M.  Kiffolle  ^ 
un  des  plus  fav  ans  BotaniHes  de 
cette  Gompagriie. 

L’ordreehronologiqüe  des  pror 
duêiipns  de  M.;  dé  Sauvages  nous 
conduit  à  fos  Elémens  de  Phyfîo 
logie  &  à  fa  Pathologie  métho¬ 
dique  ^  deux  Trakés  ou  la  force 
■motrice  de  l’ame  n’eÉ  pasotkjUée^ 
eempofés  'en  ütm.pourÊi0âîiiï3^ 


40  E  L  O  G  E 

tion  principalement  des  Etudians 
en  Médecnie ,  &  publiés  en  175  5 
&  1559.  Nous  trouvons  de  plus, 
én  négligeant  ou  confondant  les 
dates  ,  un  grand  nombre  de  Dil- 
fertations  latines  fur  des  fujets  par¬ 
ticuliers  très -intéreffans.  Tantôt 
il  y  ouvre  de  nouvèlles  fources 
de  pronoftics  pour  les  maladies  5 
tantôt  il  examine  les  avantages 
que  peut  avoir  la  maniéré  dont 
ôn  pratique  la  Médecine  chez  les 
Chinois  :  ici  fon  objet  eft  d’établir 
rinfkience  des  aftres  fur  le  corps 
humain  ;  influence  phyfique ,  bien 
différente  de  celle  que  nous  avons 
traitée  au  commencement  de  cet 
Eloge  d’aveugle  fuperffition  :  là  , 
voulant  dévoiler  la  nature  du  flui¬ 
de  nerveux ,  il  imagine  le  pre¬ 
mier,  &  prou  ve  ,  autant  qu’on  le 
peut ,  par  la  plus  exaéle  analogie, 
ue  ce  fluide  eft  le  m-ême  que  lè 
uide  éleéfriqûe  ;  fentiment  adop- 
térièpuis  prefgüè  uni  verfellement. 


de  M.  de  Sauvages.  41 
&  qui  conïpte  entre  fes  partifans 
le  fameux  Phyficien  de  Philadel¬ 
phie  ,  M.  Franklin ,  dont  le  fuf- 
frage ,  dans  tout  ce  qui  concerne 
l’éleélricité  ,  ne  peut  être  que  d’un 
grand  poids. 

On  trouvera  dans  le  quatrième 
tome  de  la  Colleêtion  de  M.  de 
Haller  une  Differtation  de  M.  de 
Sauvages  (  )  ,  où  il  a  raffemblé 
tout  ce  qu’il  avoit  dit  ailleurs  de 
plus  fort  pour  établir  fon  fyftême 
de  l’aftion  de  l’ame ,  comme  prin¬ 
cipe  des  mouvemens  du  cœur.  Cet 
Ecrit  lui  attira  une  critique  très- 
polie  de  M.  Eberhard ,  Profeffeur 
de  Mathématiques  àWittemberg, 
&  aujourd’hui  de  Médecine  à  Hall 
en  Saxe.  M.  de  Sauvages  répondit 
avec  la  même  polireffe ,  auffi  éloi¬ 
gnée  de  l’ancien  ton  des  Ecoles , 
qu’aflbrtie  au  ton  moderne  des 
Académies. 

(  )  Cette  Differtation  eft  intitulée  :  Ds 
I^aturâ  redivivâ  feu  de  imperio  anima  in  cou 


42  Eloge 

li  avoit  pris  ce  ton  de  bonne’ 
heure ,  &  il  avoit  aifément  acquis 
toute  la  perfeftion*  Il  s’étoit  vu 
dès  1731  attaché  ,  fous  le  titre 
de  Correfpondant  ,,  à  la  Société 
royale  des  Sciences ,  qui,,  i’ayant> 
nommé  Adjoint  quelque  temps 
après ,  l’avok  enfin;  élevé  en  1 740 
au  grade  d’Allocié  dans  la>  elafie 
des  Botaniftes.  Peu  d’Académè- 
ciens ,  nous  pouvons  le  dire  ,  ont. 
été  plus  affidus  que  lui,,&:  ce  qui 
eft  tout  autrement  important,,  plus 
utiles  à  nos  Conférences.  H  fe  pré- 
fentok  rarement  les  mains  vuides;; 
il  rendoit  la  plupart  de  nos  Séan¬ 
ces  intéreffantes ou  par  fes  pro¬ 
pres  ouvrages-,  ou  par  ceux  que 
lui  envoyoient  continuellement 
divers  Savans  de  l’Europe  ,  fes. 
Çorrefpondans. 

Un  caraftere  d’utilité ,  plus  pro¬ 
chaine  &  plus  fenfible ,  diftingue  , 
entre  tous  les  différens  Mémoires 
que  nous  avons  de  lui,  fon  Ecrit 


DE  M.  DE  Sauvages.  45 
fur  h  maladie  des;  bœtifs  du  Viva- 
rais ,  les  Oblèrvations iiir  les  eaux 
minérales  d^’Alais  le  détail  qu’il 
nous  a  donné  des  guérifons  opé¬ 
rées  à  Montpellier  par  le  moyen 
de  l’EIeélrieiîé  ^  fon  Mémoire  fur 
la  maniéré  d’élever  les-vers.à  foie , 
fujet  qu’il  abandonna  bientôt  à  M» 
l’Abbé  de  Sauvages ,  fou-  frere  , 
qui  l’a  traité  ,  comme  l’on  fait , 
avec  le  plus  grand  fuccès. 

Les  Recueils  de  l’Académie  des 
Sciences  de  .  Paris  offrent  deux 
Mémoires  de  M.  de  Sauvages, 
envoyés  en  1739  ^  *74^  pour 
notre  tribut  annuel.  L’^un  de  ces 
Mémoires  met  en  évidence  les 
qualités  nuifiblesde  certaines  plan¬ 
tes  ;  l’autre  eft  la  Relation  de  la 
maladie  d’une  fille ,  tout  à  la  fois 
fomnambule  &  cataleptique. 

Un  fait  particulier  à  notre  Aca¬ 
démicien  ,  c’eft  qu’ après  la  mort 
de  M.  de  Plantade ,  la  place  de 
Secrétaire,  ayant,  vaqué  dans  la 


44  Eloge 
Compagnie  environ  un  an  &  de¬ 
mi  ,  il  en  fit  durant  ce  temps-là 
Tes  fondions ,  fans  que  le  foin  qu’il 
prenoit  de  raffembler  &  de  met¬ 
tre  en  ordre  les  produâions  des 
autres  ,  l’empêchât  de  produire 
beaucoup  lui-même. 

Quoique  fes  recherches  fe  foient 
étendues  fur  prefque  toutes  nos 
Sciences ,  nos  volumes  prouve¬ 
ront  que ,  même  dansl’Académie, 
Tapplication  des  Mathématiques 
à  la  Médecine  fut  toujours  un  de 
fes  grands  objets  ;  ce  qui  lui  donna  ‘ 
plus  d’une  fois  occafion  de  nous 
entretenir  de  fes  difputes  avec,  les 
Profefleurs,  fes  Confrerès,  dont 
plufieurs  étoient  auifi  lés  nôtres , 
comme  Académiciens.  La  Socié¬ 
té,  prife  pour  juge  de  certains 
points  conteftés ,  d^écida  toujours 
en  faveur  de  M.  de  Sauvages  , 
en  s’abftenant  de  toucher  à  des 
queftions  métaphyfiques ,  qui  ne 
font  nullement  de  fon  refîbrt. 


de  M.  D E  SaUV^AGES.  4  f 
Les  Compagnies  favanres^tran- 

feres  ornèrent  leurs  liftes  du  nom 
e  M.  de  Sauvages.  Il  étoit  des 
Sociétés  royales  de  Londres ,  d’U- 
pfal  &  de  Stockolm ,  de  l’Acadé¬ 
mie  de  Berlin  ,  de  celle  de  l’Infti- 
tut  de  Bologne ,  des  trois  Sociétés 
établies  à  Florence ,  de  l’Acadé- 
mie  Impériale  des  Curieux  de  la 
Nature,  qui,  en  l’agrégeant ,  lui 
donna  le  nom  de  Straton  fécond. 

Ces  différentes  adoptions  aca¬ 
démiques  ,  en  le  rendant  plus  cé¬ 
lébré  ,  augmentoient  Je  nombre 
de  ceux  qui  recherchoient  fa  cor- 
refpondance.  On  ne  finiroit  point, 
û  l’on  vouloit  fimplement  nom¬ 
mer  les  Savans ,  tant  du  Royaume 
que  des  Pays  étrangers ,  qui  fe  fai- 
foient  honneur  d’être  en  commer¬ 
ce  avec  lui. 

Aux  Académies  empreffées  de  fe 
l’affocier ,  il  faut  joindre  celles  qiii 
couronnèrent  fes  travaux.  If  rem¬ 
porta  le  prix  en  1748 ,  au  juge- 


46  E  l  O  GE  .  ! 
ment  de  T  Académie  des  Sciences  ; 
&  Belles  -  Lettres  de  Touloufe, 
par  une  Differtation  fur  la  rage. 
Deux  favans  Traités  dont  l’un  a 
■pour  objet  l’aélîon  des  médica- 
mens  ,  &  l’autre ,  les  effets  de 
Tair  fur  le  corps  humain ,  lui  firent 
déGer-ner  les  memes  récompen- 
fes  littéraires  par  l’Académie  de 
Bordeahx.  Celle  de  Rouen  lui 
donna  une  femblable  couronne 
pour  l’Ecrit  qu’il  lui  avoit  envoyé 
•fur  les  animaux  venimeux  de  Fran¬ 
ce.  Il  -concourut  pour  le  prix  pro- 
pofé  par  l’Académie  de  Berlin, 
fur  la  queftion  célébré  de  la  caufe 
du  mG’uvement  mufculaire ,  & 
TOuvrage  qu’il  avoit  prëfenté  fut 
imprimé  4  la  fuite  de  celui  qui 
-avoit  eu  la  préférence. 

Nous  ne  faifons  qu’indiquer  des 
Ecrits  fufîifamment  connus.  Les 
-deux  Differtafions  couronnées  4 
"Bordeaux  ,  ont  été  traduites  en 
Ttâlien  >  de  .  commentées  par  M. 


DE  M.  DE  Sauvages.  47 
Manetti ,  favanî  ProfeiTeur  de  Fio- 
rence.  La  DilTertation  fur  la  rage 
a  reçu  jufqu’à  trois  fois  l’honneur 
des  éditions  poftérieures. 

On  demandoit  à  M.  de  Sau¬ 
vages  depuis  long-temps  :une  nou¬ 
velle  édition  du  Traité  des  Claffes 
des  Maladies  qui  étoit  devenu  ra¬ 
re  ,  &  il  avoit  promis  de  la  don¬ 
ner  :  il  fit  bien  plus  que  de  tenir 
Simplement  fa  parole ,  lorfqu’il  pu¬ 
blia  fongrand  Ouvrage ,  intitulé  : 
Nofologia  rrnthodica  fifiens  Moj^ 
borum  ciajfes ,  généra  &  fpecies ,  &C, 
en  cinq  volumes  in-S^,  miprimé 
à  Amfterdam  en  1 7  ^3.. 

Il  efl:  vifîble  en  effet  que  ce  der¬ 
nier  Ouvragelemporte  infiniment 
fur  celui  qu’on  avoit  redeman¬ 
dé  :  c’eft  toujours  le  même  projet 
d’une  difiribution  méthodique  des 
maladies  en  elaffes ,  en  genres  & 
;en  efpeces  j  mais  ici  la  matière 
s’eft  prodigieufement  accrue  dans 
i  exécution-,-  &  la  forme  efl:  pref- 


4§  Eloge 
que  nouvelle.  L’arrangement  total 
eû.  mieux  entendu  j  les  obfer va¬ 
rions  font  en  bien  plus  grand  nom¬ 
bre  &  plus  variées.  L’Auteur  in¬ 
dique  les  fources  oà  il  a  puifé  : 
il  a  reçu  des  fecours  d’un  de  fes 
Confrères  dans  l’Académie  ,  M. 
Cuffon ,  Dofteur  en  Médecine  de 
Montpellier ,  qui  lui  a  fourni  l’idée 
&  les  principaux  détails  d’une  des 
Claffes^  avec  certaines  efpeces 
&  certains  genres  dans  les  autres 
Claffes ,  &  quelques  ordres  par¬ 
ticuliers. 

Dix  claffes  comprennent  295 
genres ,  fous  lefquels  viennent  fe 
ranger  environ  2400  efpeces  de 
maladies  jufqu’ici  obfervées.  Quel 
nombre  prodigieux  d’ennemis  l 
M.  de  Sauvages  ne  fe  flattoit  ce¬ 
pendant  pas  de  les  connoître  tous. 

SaNofologie  eft  dédiée  à  la  fa- 
vante  Mademoifelle  Ardingheli  : 
il  fe  fouvenoit  d’avoir  été  traduit 
par  elle ,  &  même  embelli. 

On 


IDE  M.  DE  Sauvages.  49 
On  peut  dire  avec  vérité  que 
M.  de  Sauvages  a  donné,  dans 
fa  Nofologie  méthodique^  un  Dic¬ 
tionnaire  des  maladies  univerfel 
&  raifonné ,  une  introduftion  gé¬ 
nérale  à  leur  connoiffance  ;  un 
Traité  ,  qui  tient  le  milieu  entre 
la  Pathologie  ,  qui  confidere  nos 
maux ,  &  la  Thérapeutique  ,  qui 
s’applique  à  les  guérir  ;  un  Ou¬ 
vrage  vraiment  claffique ,  nécef- 
faire  aux  Commençans  ,  &  que 
les  plus  expérimentés  dans  l’Art 
doivent  eux -mêmes  fans  cèffe. 
confulter;  le  Bréviaire  des  Mé¬ 
decins  ,  comme  on  a  dit  autrefois 
d’une  des  Tragédies  du  grand 
Corneille ,  qu’elle  étoit  le  Bré¬ 
viaire  des  Gourtifans. 

Doit  -  on  s’étonner  après  cela 
que  la  réuffite  de  cet  Ouvrage 
ait  été  des  plus  marquées  y  qu’on 
l’ait  imprimé  déjà  plus  d’une  fois  ; 
que  plufieurs  fameux  ProfeiTeurs 
Tome  /.  C 


50  E  L  O  G  E 

fe  foient  empre:fôs  d’en  adopter 
entièrement  refprit  &  ia  métho¬ 
de  ;  ,  que  le  célébré  M.  Linnaeus 
ait  pris  ia  Nofologie  méthodique 
pour,  bafe  de  fes  leçons  de  Méde-. 
eine  dans  FUniveruté.  d’Upfai. 

Ce  favant  Suédois  ,  l’un- de  nos 
AfFociés  étrangers  ,  avec  qui  M. 
de  Sauvages  entretenoit  toujours 
une  exaéle  correfpondance ,  doit 
fixer  ici  plus  particuliérement  no¬ 
tre  attention.  Il  admiroit  les  Ou¬ 
vrages  dont  nous  avons  parlé  j  il 
aimoit  tendrement  &  même  paf- 
fibnnément  l’Auteur ,  qui  de  fon 
côté  lui  avoit  voué  les  mêmes  fen- 
timens  :  c’efl  une  efpece  de  phé¬ 
nomène  que  cette  vive  amitié  de 
deux  perfonnes  ,  qui  ne  s’étoient 
jamais  vues.  Nous  ne  doutons 
point  que  M.  Linnæus  n’ait  donné 
des  larmes  fur  une  perte  que  nous 
avons  tant  de  fujets  de  déplorer.  Il 
parloit  fans  ceffe  de  M.  de  Sauva- 


DE  M.  DE  Sauvages.  ^  t 
ges ,  comme  d’un  des  plus  grands 
omemens  qu’ait  jamais  eu  la  Fa¬ 
culté  de  Montpellier  j  il  le  préfé- 
roit  fans  héfiter  à  des  hommes 
fublimes  ,  qui  ont  fait  auffi  la 
gloire  de  ce  fecle.  En  lui  écrh 
vant ,  c’étoit  tantôt  ,  au  grand, 
à  rillu'jlre  Sauvages  ,  tantôt ,  au 
Prince  des  Médecins,  Il  favoit 
bien  qu’il  blefferoit  par-là  l’ex¬ 
trême  modeftie  de  fon  ami  ;  mais 
il  ne  pouvoir  fe  réfoudre  à  fup- 
primer  l’hommage  qu’il  croyoit 
devoir  en  toute  occafion  à  un 
mérite  fi  éminent. 

Il  étoit  ordinaire  à  notre  Aca^ 
démicien  de  recevoir  ces  épi¬ 
thètes  honorables  des  étrangers , 
dont  plufieurs ,  voyageant  dans 
d’autres  parties  de  la  France  ^  fe 
détournoient  pour  le  venir  voir 
à  Montpellier  ,  où  fa  chaire  de 
Profeifeur  le  fixoit. 

On  fe  fouvient  encore  d’un 
C  ij  ' 


Çi  Eloge 

Seigneur  Pruffien  ,  qui  en  arri¬ 
vant  dans  cette  ville ,  demanda 
qu’on  le  conduisît  chez  celui  qu’il 
appelloit  le  Grand  Sauvages  ,  & 
qui  témoigna  fa  furprife  &  fon 
indignation  même  ,  en  voyant 
que  ceux  à  qui  il  s’adrefîbit ,  ne 
fav oient  d’abord  à  quel  perfon- 
nage  il  donnoit  ce  nom. 

Xes  Ecrits  qui  lui  a  voient  ac¬ 
quis  cette  réputation  ,  étoient  les 
réfultats  précieux  de  fa  vafte  lec¬ 
ture  ,  de  fes  méditations  profon¬ 
des  ,  de  fes  obfervations  fur  fon 
Art ,  de  fes  calculs  mathémati¬ 
ques,  d’un  grand  nombre  d’ex¬ 
périences  de  Phyiîque ,  &  d’Hy- 
draulique ,  fouvent  faites  par  lui- 
même.  Il  compofoit  du  reftê  avec 
une  extrême  facilité.  Dès  qu’il 
avoit  une  fois  conçu  &  bien  mé¬ 
dité  fon  fujet,  il  lailfoit  aller  fa 
plume  avec  une  rapidité  prodi- 
gieufe  j  de  là  des  négligences 


DE  M.  DE  Sauvages,  53 
dans  fon  ftyle ,  qui  pourroit  en 
général  être  plus  châtié.  Il  flii- 
voit  d’ailleurs  très  -  fcrupuleufe- 
ment ,  en  écrivant  fur  les  Scien¬ 
ces  ,  certains  principes  rigoureux 
qu’il  s’étoit  faits  ;  il  rejetoit ,  au 
mépris  de  fon  ancienne  Poéfie  , 
la  plupart  des  expreffions  figu¬ 
rées  y  plufieurs  métaphores  mê¬ 
me  ,  dont  l’ufage  efi:  familier , 
&  qui  donnent  au  difcours  plus 
d’agrément  &  de  vivacité  :  ce 
défaut  d’ornement  étoit  au  fond 
un  inconvénient  allez  médiocre , 
&  les  étrangers  fur- tout  n’en  ont 
jamais  paru  choqués. 

Quelque  attaché  qu’il  fût  à  fon 
cabinet  ,  à  fes  livres,  à  fes  ex¬ 
périences  ,  il  quittoit  tout  pour 
les  malades  qui  réclamoient  fon 
fecours.  Ik  furent  d’abord  en  pe¬ 
tit  nombre  :  ce  n’efl:  pas  qu’il 
n’eût  du  talent  pour  la  pratique  j 
mais  il  ignoroit  entièrement  l’art 
C  iij 


54  Eloge 
de  fe  faire  valoir ,  &  il  falîoit 
du  temps  pour  réduire  au'fîlen- 
ce  ceux  qui  prétendoient  borner 
fon  mérite  à  la  limple  fpécula- 
tion.  Les  étrangers  lui  rendirent 
bientôt  juftice  :  il  lui  venoit  de 
toutes  parts  un  nombre  infini  de 
confultations  :  &  même  il  com- 
mençoit  à  pratiquer  dans  la  ville 
plus  c|u’auparavant  ,  lorfque  la 
mort  nous  l’a  enlevé. 

Sa  màladie ,  qui  dura  près  de 
deux  ans  ,  fe  manifefta  par  une 
difficulté  de  refpirer ,  qui ,  réfîf- 
tant  à  tous  les  remèdes,  &  aug¬ 
mentant  toujours ,  ne  Fempêcha 
pas  néanmoins  de  vaquer,  pen¬ 
dant  un  temps  ,  à  fes  travaux 
ordinaires.  Il  continua  de  fré¬ 
quenter  &  les  Ecoles  de  Méde¬ 
cine  ,  &  l’Académie  5  il  prépara 
quelques  augmentations  pour  une 
nouvelle  éfiition  de  la  Nofolo- 
gie  méthodique  j  il  mit  la  der- 


de  M.  de  Sauvages.  55 
niere  main  à  un  grand  nombre 
de  Mémoires  ,  deftinés  par  cette 
Compagnie  à  l’imprefEon  :  ces 
Mémoires,  aind  perfeétionnés  , 
me  furent  remis  par  lui -  même 
deux  mois  avant  fa  mort. 

Il  étoit  alors  obligé  de  gar¬ 
der  la  chambre  ,  &  enfin  il  fut 
forcé  de  s’alliter  :  fa  poitrine  , 
vivement  attaquée  ,  fit  pronon¬ 
cer  qu’il  étoit  fans  refiburce.  Il 
ne  s’occupa  bientôt  plus  que  de 
l’autre  vie  j  &  muni  des  fecours 
de  la  Heligion ,  il  mourut  dans 
les  difpofitions  les  plus  édifiantes , 
le  19  Février "^767  ,  âgé  de  foi- 
xante  ans  &  neuf  mois.  Il  avoit 
enfeigné  la  Médecine  dans  la  Fa¬ 
culté  de  Montpellier  pendant  près 
de  trente-trois  ans  ,  foit  en  qua¬ 
lité  de  furvivancier  de  M.  Mar- 
cot ,  foit  après  la  mort  de  ce 
dernier,  comme  Profeffeur  Ti¬ 
tulaire. 


5^  Eloge  j 

Les  fentimens  qu’il  a  fait  pa-  } 
roître  en  finiffant  J  étoient  la  fuite 
de  ceux  qu’il  avoit  eu  toute  fa 
vie.  Les  vérités  de  la  Foi  le  trou¬ 
vèrent  dans  tous  les  temps  plein  ‘ 
de  refpeéf  &  de  foumiiîion.  Il 
avoit  étudié  les  preuves  du  Chrif- 
tianifme,  pour  être  en  état  de 
montrer  ,  dans  l’occafion ,  qu’el- 
les  font  dans  leur  genre  auffi  con¬ 
cluantes  que  les  démonftrations 
géométriques  :  il  ne  s’en  étoit  pas 
tenu  ,  fur  cette  importante  ma¬ 
tière  ,  à  la  théorie  J  &  long  temps  j 
avant  fa  mort ,  on  l’a  vu  vivre,  I 
non- feulement  eÈ  honnête  hom¬ 
me  ,  mais  encore  en  très  -  bon  , 
Chrétien. 

ïi  étoit  fimpîe  dans  fes  moeurs 
comme  dans  fon  caraélere.  Il 
communiquoit  fans  peine  ce  qu’il 
favoit ,  &  il  recevoir  des  autres 
auffi  volontiers,  ce  qu’ils  étoient 
en  état  de  lui  apprendre.  Ses 


de  M.  de  Sauvages.  57 
connoiffances  paffoient  fans  fafte 
dans  fes  converfations  5  nulle 
envie  d’étaler.  Il  portoit  quel¬ 
quefois  dans  le  monde  cet  air 
que  l’on  prend  dans  le  Cabinet, 
&  ’qui  s’oppofe  fi  fouvent  mal¬ 
gré  nous  à  l’enjouement  &  aux 
grâces. 

Il  avoit  époufé  en  1748  Jeanne 
Yolande  Foucard  d’Oiimpies , 
fille  de  Nicolas  Foucard  d’Ôlim- 
pies,  Capitaine  au  Régiment  Dau¬ 
phin  ,  Dragons ,  Chevalier  de  S. 
Louis,  &  fœur  de  Mônfieur  le 
Lieutenant  de  Roi  de  Montpel¬ 
lier,  avec  laquelle  il  a  vécu  dans 
la  plus  parfaite  union.  Il  en  a  laifle 
deux  fils  &  quatre  filles. 

Plufieurs  freres  qu’il  avoit  fe 
font  tous  diftingués  dans  diffé¬ 
rentes  profefiions  :  on  a  déjà  parlé 
du  goût  de  l’ainé  pour  les  Ma¬ 
thématiques.  M.  l’Abbé  de  Sau¬ 
vages  ,  l’un  d’entr’eux ,  connu  par 


^8  Eloge,  &c. 
plufîeurs  Ouvrages ,  eft  Affocié 
Vétéran  dans  cette  Compagnie: 
il,  eft  fâcheux  pour  nous  que, 
yetenu  par  d’importans  devoirs, 
il  ne  puifte  nous  confoler  par  fa 
préfence  de  la  perte  d’un  frere, 
dont  nous  regretterons  long¬ 
temps,  &  les  talens  fubUmes, 
&  i’utüe  affiduité. 


DISCOURS 

PRÉLIMINAIRE. 


I.  L  n’y  a  point  de  Médecin 

T  quelque  inftruit  qu’il  foit 
wn  des  principes  qu’on  enfei- 
gne  dans  les  Ecoles ,  qui  , 
lorfqu’il  en  vient  à  la  pratique ,  ne  ren¬ 
contre  prefque  tous  les  jours  des  diffi¬ 
cultés  ,  &  ne  refle  incertain  fur  le  parti 
qu’il  doit  prendre ,  foit  à  caufe  de  la  di- 
verfité  des  maladies ,  de  la  confiifion  des 
fignes  ,  ou  de  la  nouveauté  des  fymç- 
lômes  ,  foit  à  caufe  de  la  contrariété  qiiî 
régné  dans  les  fentimens  des  Auteurs. 
Dans  cette  iacheufe  extrémité  où  j’ai 
été  réduit  ainfi  que  les  autres ,  fi  je  m’a- 
drefîbis  à  mes  Collègues  ,  ils  me  ren- 
voyoient  à  l’ufage  &  à  l’expérience  ;  fi 
je  confultois  les  Auteurs ,  j’y  trouvois  à 
la  vérité  beaucoup  d’infirudions ,  mais 
gui  n’avoient  aucuù  rapport  à  mon 
C  vj 


1 

58  Discours 
fujet.  En  effet,  ii  eff  affez'  ordinaire  de 
trouver  dans  les  livres  ce  que  l’on  fait, 

.&  de  ne  point  y  trouver  ce  que  l’on 
ignore.  J’ai  enfin  rencontré  des  Prati¬ 
ciens  très-habiles  &  d’une  probité  re¬ 
connue  ,  qui  m’ont  avoué  qu’ils  s’é- 
toient  eux-mêmes  trouvés  dans  cet  em-  i 
barras ,  &:  qu’ils  euffent  renoncé  pour  1 
toujours  à  la  Médecine ,  fi  quelque  main  ' 
fecourable  ne  les  eût  foutenus  ,  &  s’ils^ 
n’euffent  eu  la  çonfolation  de  partager  i 
ce  malheur  avec  tous  ceux  qui  font  j 
nouveaux  dans  la  pratique.  Cette  foi- 
blé  çonfolation ,  la  feule  qui  relie  aux  ! 
malheureux,  me  touchoit  peu  ;  comme 
je  fentois  tout  le  poids  de  mon  far¬ 
deau  ,  j’ai  cherché  à  m’en  débarraffer , 

&  je  m’ai  épargné  ni  peine  ni  foins 
pour  trouver  un  fil  qui  pût  m’aider  à 
îbrtir  du  labyrinthe  de  la  pratique. 

2.  J’ai  d’abord  fenti  que  la  première 
difficulté  eonfifie  à  découvrir  l’efpece 
de  la  maladie  qu’on  traite ,  &  la  fecon*- 
de ,  à  découvrir  l’indication  curative 
ou  la  méthode  la  plus  propre  pour  la 
guérir  :  mais  où  trouve-t-on  des  livres 
qui  indiquent  les  efpeces  de  chaque 
maladie ,  &  les  méthodes  convenables 
pour  y  remédier?  Si  l’on  en  croit  les 


Préliminaire.  59 
Auteurs  ÿ  l’ufage  de  la  Théorie  efl:  de 
diriger  les  pas  du  Médecin  dans  les  cas 
infinis  &  variés  que  fournit  la  pratique, 
&  de  fuppléer  au  défaut  des  obferva- 
tions  5  de  maniéré  qu’un  jeune  Médecin 
qui  la  poffede  ,  puiffe ,  en  fuivant  le 
fyftême  qu’il  a  adopté  ,  non- feulement 
diftinguer  les  différentes  efpeces  de  ma¬ 
ladies  qu’il  rencontre ,  mais  encore  les 
guérir ,  à  l’aide  des  indications  que  la 
Théorie  lui  fournit.  Cette  opinion  a  lî 
fort  prévalu ,  qu’il  n’y  a  point  d’ap¬ 
prenti  ,  qui ,  au  fortir  des  Ecoles ,  & 
après  s’être  muni  d’un  petit  nombre  de 
noms,  de  difiinâiions  &  d’hypothefes, 
ne  méprife  prefque  tous  les  Auteurs , 
fans  en  excepter  Hippocrate  &  Galien  , 
&  qui  n’attaque  avec  audace  cette  foule 
de  maladies  "qui  affligent  l’humanité  , 
dans  l’efpoir  de  les  vaincre  avec  le  feu! 
fecours  de  fa  théorie  ;  mais  il  n’efl:  pas 
long-temps  à  reconnoître  fa  témérité: 
effrayé  du  nombre  des  ennemis  qui 
l’affaillent ,  rebuté  par  les  difficultés 
qu’il  rencontre ,  peu  s’en  faut  qu’il  ne 
prenne  la  fuite.  La  honte  le  retient; 
incapable  de  recourir  à  fes  maîtres ,  le 
défefpoir  ranime  fon  audace  ,  fur-tout 
s’il  s’apperçoit  que  certains.  Médscinsi 


1 

D  I  C  O  ÏJ  B.  s 

aiifli  ignorans  qua  lui,  ont  acquis  .du  * 
bien  &  de  la  réputation  par  leur  char- 
latanerie ,  ce  qui  malheureufement  n’ar-  ^ 
rive  que  trop  fouvent.  Séduit  par  leur 
exemple ,  notre  apprenti  prend  la  mê¬ 
me  route ,  il  compote  fon  vifage  &  fes 
gefles ,  il  alFeéle  un  air  grave  &  férieux, 
&  couvrant  fon  ignorance  &  fes  dou-  ! 
tes  fous  un  dehors  impofant ,  il  débite  i 
d’un  ton  de  maître  des  phrafes  trivia-  ^ 
les  ;  &  après  en  avoir  long-temps  im- 
pofé  à  autrui ,  il  s’en  impofe  enfin  à 
lui -même,  il  en  vient  au  point  de  fe 
méconnoître ,  &  de  fe  regarder  comme 
un -perfonnage  important. 

3  .  Un  Médecin  qui  ne  fonde  point 
fa  fortune  fur  l’ignorance  du  vulgaire, 
&  qui  veut  fe  rendre  habile  dans  fon 
Art  par  des  voies  honnêtes  ^  n’adopîe 
point  indiftinâement  les  théories  qui 
ont  cours  dans  la  pratique  de  la  Me-  ' 
decine ,  ni  les  rejette  pas-non  plus  fans 
examen ,  à  l’exemple  des  Èmpyriques. 
Pvejetez  avec  foin  toute  théorie ,  dont 
les  principes  précaires  font  plutôt  fon¬ 
dés  Air  le  caprice  que  fur  une  expé¬ 
rience  réitérée ,  &  qui  efl;  appuyée  fur 
des  poflibilités ,  plutôt  que  fur  des  faits 
&  des  expériences  inconteflables.  N’é- 


Préliminaire.  63 
tabliffez  jamais  pouir  principes  de  votre 
Art  des  chofes  dont  on  n’eft  point  af- 
furé,  &furlefquelles  vous  ne  voudriez 
point  fonder  votre  fortune  ;  la  vie  des 
hommes  pourroit-elle  vous  être  moins 
chere  que  l’argent?  Ne  nous  donnez 
jamais  pour  certain  tout  ce  qui  peut 
être  contefté  dans  la  rigueur  mathéma¬ 
tique,  &  par  un  efprit  libre  de  pré¬ 
jugés  ,  ou  du  moins ,  comme  dit  Pit^ 
carn ,  tout  ce  qui  n’atteint  pas  au  degré 
de  certitude  que  nous  acquérons  par 
le  témoignage  de  nos  fens. 

4.  Mais  qu’il  s’en  faut  beaucoup  que 
la  Médecine  foit  fondée  fur  de  pareils 
principes  !  Vous  convenez  vous*  mê¬ 
mes  qu’avant  qu’on  eût  découvert  la  cir¬ 
culation  du  fang ,  elle  étoitfauffe  &  rem¬ 
plie  d’erreurs.  O  vous  Syftématiques , 
vous  Partifans  de  la  fede  mécanique  î 
qui  tenez  aujourd’hui  le  premier  rang ,, 
vous  prétendez  qü’avant  notre  fiecle 
la  Médecine  étoit  remplie  d’erreurs ,, 
&  obfcurcie  par  la  fumée  des  fourneaux; 
des  Chimiftes.  Voyons  donc  fi  cette 
théorie  à  laquelle  vous  donnez  le  beau 
nom  de  Mécanique ,  approche  plus  de 
la  vérité  ,  eft  affez  fure  pour  initier 
en  Qjoins  de  temps  les  Commengans  à 


64-  Discours 
la  pratique ,  &  leur  tenir  lieu  des  inf, 
truûions  qu’on  acquiert  par  l’ufage  & 
par  l’expérience?  Concluons  donc  que 
les  théories  que  les  anciens  ont  fuivies 
ne  font  d’aucune  utilité  dans  la  prath 
que ,  à  caufe  des  erreurs  &  des  fauf< 
fêtés  dont  elles  font  remplies ,  &  que 
ceux  qui  les  ont  adoptées  ,  &  qui  ont 
prétendu  avoir  porté  la  Médecine  à  fon 
comble ,  ainfi  que  s’en  vantent  les  Mé¬ 
caniciens  modernes  ,  ont  été  jufqu’ici 
dans  l’erreur. 

5 .  Je  conviens  cependant  avec  les 
modernes ,  que  la  pratique  a  été  portée 
un  peu  plus  loin  dans  notre  temps  que 
dans  celui  des  anciens  ;  mais  on  auroit 
tort  de  croire  que  notre  théorie  eft 
‘meilleure  que  la  leur,  &nous  ne  fom- 
mes  redevables  de  cet  avantage  qu’au 
temps  &  aux  expériences  que  les  Pra¬ 
ticiens  ont  eu  occafion  de  faire  pen¬ 
dant  cette  longue  fuite  de  fiecles  qui 
nous  ont  précédés.  En  effet,  les  prin¬ 
cipes  auquel  on  donne  le  beau  nom 
de  Mécaniques  ,  font  fi  oppofés  à 
ceux  de  la  Mécanique ,  h  remplis 
d’erreurs ,  qu’on  auroit  tort  de  les  pré¬ 
férer  à  ceux  des  anciens  Galéniftes ,  & 
fur-tout  à  ceux  de  Balioni ,  de  Duret 


Pe.  ELI  MINAI  RE. 

&  de  Riviere.  C’ell  une  opinion  géné¬ 
ralement  reçue  chez  tous  les  moder¬ 
nes  ,  que  le  cœur ,  femblable  à  un  mo¬ 
bile  perpétuel ,  fe  meut  de  lui  '  même 
fans  le  fecours  d’aucun  moteur ,  &  que 
fon  mouvement  ne  fauroit  être  ralenti 
par  la  vifcofité  des  fluides ,  ni  par  le 
frottement  des  vaiflèaux  ;  qu’il  n’y  a 
aucun  équilibre  outre  les  corps  élafli- 
ques  &  les  obftacles  qui  leur  réfiflent, 
&  que  plus  la  diftention  de  ces  corps  eft 
grande ,  &  plus  ils  ont  de  facilité  à  fe 
remettre  dans  leur  premier  état  ;  que 
les  fluides  ont  dans  des  conduits  étroits 
une  plus  grande  vîtefîe ,  non  point  refl 
peclive ,  mais  abfolue ,  quoique  la  force 
motrice  demeure  la  même;  ils  veulent 
ei:fin  que  l’économie  animale  foit  ab- 
folument  gouvernée  par  certaines  lois 
imaginaires  de  fympatbie  &;  d’irrita¬ 
tion  ,  ou  ,  ce  qui  revient  au  même  , 
par  une  certaine  fatalité  aveugle ,  &  ils 
donnent  à  cette  Théorie  le  nom  de 
Mécaniqiie  ,  quoiqu’elle  foit  entiére- 
m.ent  contraire  aux  principes  de  cette 
Science  ,  les  plus  inconteftablement 
reçus. 

6.  11  n’efl:  donc  pas  étonnant  que  les 
modernes  ,  quoiqu’attachés  à  la  même 


1 

66  Discours 
£ecl:e ,  ne  foient  pas  plus  d’accord  en- 
tr’eux  qu’avec  les  vrais  Géomètres , 
qu’il  ayent  des  opinions  différentes  fur  ■ 
la  même  maladie  ,  non-feulement  dans 
différens  pays ,  mais  encore  dans  la 
même  Ecole.  La  fievre  nous  en  four-  i 
nira  un  exemple ,  vu  qu’elle  compofe 
une  claffe  de  maladies  à  part.  L’un  l’at-  , 
tribue  à  l’irritation  &  au  picotement 
du  cœur  un  fécond ,  à  la  prefïion  & 
à  la  diffention  qu’éprouve  ce  vifcere 
de  la  part  du  fang  ;  un  troiüeme ,  à 
l’obftruélion  des  extrémités  des  vaif- 
feaux  fanguins  ;  un  quatrième  ,  à  celle 
des  arteres  lymphatiques  -,  un  cinquie-  ' 
me  ,  à  la  comprelîlon  des  greffes  vei-  i 
nés  ;  un  fixieme ,  à  la  mauvaife  qua¬ 
lité  du  fuc  nerveux  ;  un  feptieme  enfin, 
à  la  tenuon  &  à  l’ébranlement  du  fyf- 
tême  nerveux  &c.  Quelle  efl:  celle  de 
ces  théories  qui ,  fondée  fur  des  princi- 
pes  incontefiables  d’ Anatomie  Sc  d’Hy- 
draulique ,  rende  raifon  de  tous  les  phé¬ 
nomènes  ,  &  puiffe  fèrvir  de  bafe  fure 
à  la  pratique  ?  Toutes  ont  un  cours 
depuis  environ  dix  ans  ;  il  n’y  en  a  pas 
une  qui  n’ait  été  combattue  par  des 
Géomètres;  pas  une,  dont  l’expérien¬ 
ce  ,  qui  eff  la  mere  des  Sciences ,  ait 


Préliminaire.  67 
montré  l’utilité  &  la  néceffité  dans  la 
pratique.  U  y  a  plus;  on  voit  des  Mé¬ 
decins  dont  les  fenîimens  font  difté- 
rens  fur  la  théorie  de  la  fievre ,  &  qui 
emploient  cependant  les  mêmes  reme- 
des  contre  cette  maladie.  Un  Médecin 
aime-t-il  le  fang  ,  il  s’efforce  de  guérir 
la  fievre  par  plufieurs  faignées  réité¬ 
rées.  Un  autre  ,  pour  me  fervir  de  l’ex- 
preffion  de  Gédcon  Harvey  ^  efi-il  Ster¬ 
coraire,  il  a  recours  aux  cathartiques 
&  aux  lave  mens ,  quoique  ni  l’un  ni 
l’autre  ne  l’attribuent  ni  à  la  pléthore  , 
ni  à  la  cacochylie ,  mais  à  l’obftruâion 
des  vaiffeaux  capillaires.  J’ai  connu  il 
y  a  quelque  temps  un  célébré  Prati¬ 
cien  appellé  Verny ,  qui  vient  de  mou¬ 
rir,  lequel  attribuoit  toutes  les  mala¬ 
dies  tant  les  aiguës  que  les  chroniques 
au  trop  grand  épaifliffement  du  chyle  , 
&  qui  cependant  employoit  pour  les 
guérir  la  même  méthode  que  ceux  qui 
les  attribuent  à  d’autres  caufes ,  par 
exemple ,  que  Mrs.  Wieujfens  &  Chirac , 
qui  les  attribuoient  à  la  fermentation  , 
&  M.  Deidier,  qui  leur  affignoit  pour 
eaufe  un  vice  dans  la  circulation. 

7.  On  voit  donc  qu’il  n’y  a  jufiqu’ici 
aucune  connexion  entre  la  théorie  & 


1 

? 

é8  Discours 
la  pratique.  On  acquiert  celle-ci  par 
tradition,  &  il  n’y  a  aucun  Médecin, 
quelque  affuré  qu’il  foit  de  fes  princi-  ' 
pes  théoriques ,  qui  ofe  s’y  fier  lorf. 
qu’il  eft  quefiion  de  la  vie  des  hommes, 
en  quoi  certes  ils  ont  raifon ,  car  nous 
avons  très-peu  de  principes  auxquels 
on  puiffe  fe  fier  dans  une  matière  auffi 
grave  &  auffi  importante.  D’où  vient 
donc  que  la  Médecine  ,  qui  efl:  le  plus 
noble  &  lé  plus  ancien  de  tous  les  Arts  , 
a  fait  jufqu’aujourd’hui  fi  peu  de  pro¬ 
grès  ,  que  fa  théorie  ne  peut  initier  les 
Candidats  à  la  pratique ,  ne  leur  four- 
niflant  que  très-peu  de  principes  cer¬ 
tains  &;  incontefiables  ?  C’eft  là  une 
preuve  des  difficultés  de  l’Art  &  de  la 
négligence  impardonnable  de  ceux  qui 
l’exercent.  11  y  en  a  peu  qui  s’attachent 
à  devenir  favans  ,  ôc  qui  emploient  la 
méthode  qu’il  faut  pour  l’être.  (*) 

(*)  A  moins,  dit  Galien,  qu’il  n’arrive  quelque 
tévclution  étrange  dans  les  affaires  humaines ,  c’en 
eft  fait  des  bonnes  études  ,  tant  il  y  régné  de  dé- 
fordre  &  de  confufîon.  On  s’attache  bien  moins  à 
découvrir  la  vérité ,  qu’à  acquérir  la  réputation  de 
Savans.  La  plupart  méprifent  l’étude  de  la  Logique 
&  des  Mathématiques  ;  les  uns  n’apportent  pourtour 
mérite  dans  la  difpute  qu’un  air  grave  &  impofant } 
les  autres  n’aiment  que  les  contes  &  les  febles  ; 
les  autres  éludent  les  raifons  qu’on  leur  oppofe ,  ou 


Préliminaire.  6^ 
Covame  le  peuple  greffier  &  ignorant 
s’arroge  le  droit  de  juger  les  Médecins , 
il  arrive  que  ceux  qui  n’ont  que  le  gain 
&  leur  réputation  en  vue ,  s’efforcent 
de  lui  plaire  ;  mais  comme  il  n’aime  ni 
l’étude  de  la  vérité ,  ni  la  vérité  même  , 
le' Médecin  évite  cette  voie  comme 
dangereufe  ,  ou  du  moins  fuperflue  , 
perfuadé  que  le  plus  court  moyen  de 
le  faire  un  nom  eff  d’acquiefeer  aux 
préjugés  des  femmelettes  &  des  Apo¬ 
thicaires. 

8.  On  ne  doit  admettre  d’autres  prin¬ 
cipes  dans  la  Médecine  que  ceux  dont 
la  certitude  efl;  égale  à  celle  que  nous 
acquérons  par  le  témoignage  des  fens. 
Or  ces  principes  ne  font  autres  que  les 
expériences  &  les  fyllogifmes  déduits 
les  uns  des  autres ,  félon  la  méthode 
des  Géomètres. 

9.  On  dit  que  nous  expérimentons 
une  chofe  ,  lofqu’étant  attentifs  à  nos 
fenfations ,  nous  appercevons  l’impref- 
fion  qu’elle  fait  fur  nous.  Si  nous  ob- 
fervons  les  faits  fpontanés  qui  arrivent 

les  tournent  en  plaifanterie.  Si  quelqu’un  affilié  à  nos 
leçons  &  à  nos  démonftrations  ,  ou  il  n’y  entend 
rien  du  tout  ;  ou  fuppofé  qu’il  les  entendè,  &  qu’elles 
luttent  fes  principes  ,  il  fe-  fâche-  &  accable  les 
DialeRiciens  des  plus  affireufes  imprécations.  Gateru 

Mtth.  Mid.Lih.  Z.  ■  - 


1 


70  Discours  1 

dans-FU nivers  par  l’entr emife  de  la  vuej  î 
du  toucher ,  de  Fouie ,  &c.  cette  ob-  i 
fervation  fe  nomme  Expérience.  Si  ces  ' 
faits  fpdntanés  dépendent  abfolument 
de  notre  entremife  ,  fi  nous  y  contri-  j 
buons ,  &  qu’ils  ne  puiflent  point  arri-  | 
ver  {ans  nous ,  cette  obiervation  s’ap-  | 
pelle  un  Ejfai  ou  une  Epreuve.  On  nom-  j 
me  Phénomènes  tous  les  faits  qui  tom-  I 
bent  fous  la  connoiiTance  des  fens ,  foit  j 
qu’ils  arrivent  d’eux-mêmes  ,  ou  que  j 
Fart  y  ait  part.  On  voit  donc  que  l’ex-  I 
périence  n’efi  autre  chofe  que  la  con- 
noilTance  des  phénomènes  que  nos  fens 
apperçoivent ,  ou ,  ce  qui  revient  au 
même ,  une  obfervation  attentive  de 
ce  que  nous  voyons.  On  l’appelle  Conf- 
tante ,  lorfque  nous  connoilTons  un  phé¬ 
nomène  avec  toutes  les  circonfiances 
qui  en  font  une  fuite  néceffaire',  &  Con- 
tingente,  lorfqu’on  n’apperçoit  d’autres 
circonfiances  que  celles  qui  l’accompa¬ 
gnent  fortuitement  ;  &  Faujfe ,  lorfque 
Fon  fait  entrer  dans  l’expérience  des 
circonfiances  que  nos  fens  n’ont  point 
apperçues ,  ou  ne  peuvent  apperce- 
voir ,  ou.qu’on  en  omet  quelques-unes 
qui  en  font  une  fuite  néceffaire.  Les 
erreurs  quç  Fon  peut  commettre  lorf- 


Préliminaire.  71 
qu’il  s’agit  de  conftater  une  expérien¬ 
ce  fe  réduiienî  aux  fuivantes.  La  pre¬ 
mière  eft  lorfqu’on  rapporte  des  cir- 
conftances  qui  ne  contribuent  en  rien 
à  l’exiftence  du  phénomène  ,  &  qui 
entant  que  telles ,  font  abfolument  inu¬ 
tiles.  La  fécondé,  lorfqu’ôn  en  oublie, 
quelques-unes  qui  en  font  une  fuite 
néceffaire.  La  troifieme  ,  lorfqu’on  ne 
détermine  point  le  nombre  des  circonf- 
tances  qui  fervent  à  en  donner  la  con- 
noiffance  complette. 

10.  C’ed:  une  erreur  très-ordinaire 
aux  hommes  de  confondre  leur  juge¬ 
ment  avec  l’expérience  ;  &  cette  erreur 
a  lieu  toutes  les  fois  qu’on  décrit  un  phé¬ 
nomène  ,  de  maniéré  que  telle  ou  telle 
chofe  y  èft  repréfentée  comme  la  caufe 
ou  l’effet ,  ou  même  comme  le  principe 
d’un  autre.  Nos  fens  feuls  ne  fauroient 
appercevoir  la  connexion  qu’il  y  a  en¬ 
tre  une  caufe  &  l’effet  qu’elle  produit , 
je  veux  dire ,  qu’ils  ne  peuvent  apper¬ 
cevoir  une  caufe  entant  que  telle.  Ceux 
qui  veulent  s’inftruire  des  autres  con¬ 
ditions  requifes  dans  une  expérience, 
n’ont  qu’à  voir  la  Thefe  de  Mufchen- 
broek  &  la  Préface  d’Hamberger  fur  la 
Phyûque,  Si  l’on  emploie  les  fyUogifr 


Discours 
mes  pour  démontrer  une  propofition 
par  le  moyen  de  quelques  autres  que 
l’on  connoît  déjà,  cela  s’appelle  une 
Preuve  &  une  Démonjlration,  \oï{ç:^Qx\. 
ne  fe  fert  pour  prémiffes  que  de  Z)«- 
finitions  ,  ^Expériences  incontefiabhs , 
èi  Axiomes  &  de  Propojitions  déjà  dé¬ 
montrées. 

1 1 .  La  Définition  eft  une  énuméra¬ 
tion  des  lignes  intrinfeques  qui  fervent 
à  nous  faire  connoître  une  chofe,  & 
à  la  diftinguer  des  autres.  Si  après  avoir 
©bfervé  attentivement  une  maladie, 
nous  faifons  l’énumération  des  lignes 
intrinfeques  qui  lui  font  propres  &  qui 
îa  font  diftinguer  de  celles  qui  lui  ref- 
femblent  ;  nous  avons  la  définition  de 
cette  maladie. 

IJ Axiome  eft  une  propofition  théo¬ 
rique  qui  n’a  pas  befoin  de  démo  nilra¬ 
tion  ,  &  qu’il  fuffit  d’énoncer  pour  en 
faire  connoître  la  vérité.  Telles  font 
les  propofitions  dans  lefquelles  on  n’at¬ 
tribue  au  fujet  que  ce  qui  .eft  énoncé 
.  dans  fa  définition;  par  exemple ,  le  tout 
efi  plus  grand  que  fa  partie.  Tout  ce 
qu’on  peut  affirmer  d’un  genre  ,  peut 
également  s’affirmer  de  tout  ce  qu’il 
comprend  ,  &  c’eft  fur  cet  Axiome 


P.R  É  L  î  M  I  N  A  I  R  E.  75 
qu’eû  fondée  la  dodrine  des  fyllo- 
gifnies.  , ,  . 

I  Z.  Enfin ,  la  Medecine  doit  eni' 
prunter  de  la  Philofophie  ,  de  la  Mé¬ 
canique  ,  de  la  Géométrie  &  des  autres 
Sciences  générales ,  non- feulement  les 
termes ,  mais  encore  les  principes  j  c’efi: 
d’elles  que  les  Médecins  empruntent 
les  propofitions  démontrées  ,  &  ils  ne 
font  pas  obligés  de  les  démontrer  eux- 
mêmes. 

13.  Tant  que  les  Médecins  néglige¬ 
ront  la  méthode  démonftrative  ,  on 
n’aura  aucun  principe  fur  lequel  on 
puifle  faire  fond  dans  la  pratique ,  & 
qui  ait  la  certitude  qu’elle  exige  ;  la 
théorie  de  cet  Art  fera  toujours  incer¬ 
taine  ,  &  chacun  fera  valoir  fon  opi¬ 
nion  à  proportion  de  l’efprit  &  du 
crédit  qu’il  aura. 

14.  La  caufe  des  erreurs  &  des  bé¬ 
vues  que  commettent  les  Médecins  , 
n’eft  autre  ,  félon  moi ,  que  le  mépris 
qu’ils  ont  pour  les  obfervations  évi¬ 
dentes  &  les  phéndïnenes  connus ,  qui 
avec  le  fecours  de  la  Logique  ,  pour- 
roient  leur  fournir  des  corollaires  aufli 
certains  qu’utiles.  Ils  afpirent  fans  ceffe 
aiLx  chofes  cachées  &  qui  pafient  leur 

Tome  /»  D 


74  Discours 
intelligence  ,  &  moins  elles  font  à  por¬ 
tée  de  leur  efprit ,  plus  ils  s’opiniâtrent 
à  les  atteindre  par  la  force  de  leur  ima¬ 
gination  ,  &  à  les  exprimer  par  des  pa- 
rôles.  Ce  n’efl:  que  par  une  obforvation 
confiante  &  afîidue  qu’on  découvre  les 
phénomènes  de  telle  ou  telle  maladie  ; 
ces  phénomènes  font  évidens  ,  il  ne 
faut  aucun  effort  d’efprit  pour  les  ap- 
percevoir ,  &  c’efl  cette  facilité  même  i 
qu’on  a  de  s’en  inflruire ,  qui  fait  mé-  '  j 
prifer  l’hifloire  exaâe  des  maladies;  on 
ne  la  donne  qu’en  paffant  &  à  la  hâte., 
quoique  ce  foit  leltul  moyen  de  dé¬ 
duire  une  bonne  théorie  fondée  fur  la 
vérité  ;  de  même  que  c’efl  de  l’obfer- 
vation  exaâe  des  phénomènes  célefles, 
que  les  Aflronomes  ont  tiré  leurs  meil¬ 
leurs  fyflêmes.  S’agit-il  de  difcourir  de 
caufes  cachées  &  qui  paffent  notre  in¬ 
telligence ,  on  trouve  aufS-tôt  des  mil¬ 
liers  d’Œdipes ,  qui  s’appuyant  fur  des 
principes  puifés  dans  leur  imagination , 

&  non  dans  la  nature  des  chofes ,  in¬ 
ventent  quantité  *  d’hypothefes  ingé- 
jîieufes  ,  qu’ils  ne  fauroient  prouver  fi 
on  les  leur  nie,  &  que  piufieurs  ce¬ 
pendant  regardent  comme  des  réglés 
iiifeilUbles  dans  la  pratique.  Par  exem- 


PRELIMINAIRE.  75 
pie ,  Wïllis  voulant  expliquer  d’où  vient 
que  l’Apoplexie  sSehe  les  fens  &  les 
jnouvemens  volontaires ,  tandis  que  les 
mouvemens  vitaux' confer vent  leur  vi¬ 
gueur  &  augmentent ,  a  imaginé  des 
nerfs  deftinés  aux  mouvemens  volon¬ 
taires  dont  il  met  l’origine  dans  le  cer¬ 
veau  ,  &  d’autres  deftinés  aux  mouye- 
mens  vitaux ,  dont  l’origine  félon  lui , 
eft  dans  le  cervelet.  11  prétend  que 
l’Apoplexie  n’aftede  que  le  cerveau, 
&  n’agit  point  fur  le  cervelet ,  où  elle 
ne  caufe  ni  engorgement  ni  oppreft- 
fion.  Pour  mieux  établir  fon  fenti- 
ment ,  il  a  avancé  que  le  cervelet  eft 
plus  folide  que  le  cerveau,  &  fi  nécef- 
faire  à  la  vie,  qu’il  fiiftit  de  l’enlever 
ou  de  le  comprimer  pour  faire  moiirk 
un  animal  dans  la  minute.  Tout  ce 
qu’il  avance  eft  ou  gratuit ,  ou  entiè¬ 
rement  faux,  ainfi  que  je  m’en 'fuis 
convaincu  par  l’expérience  ,  &  .que 
s’en  convaincfont  tous  ceux  qui  vou¬ 
dront  l’éprouver.  Mais  peu  de  gens 
veulent  fe  donner  cette  peine.;  &  la 
raifon  en  eft  qu’il  eft  plus  aifé  d’inven¬ 
ter  tranquillement  dans  un  cabinet  j  que 
de  fe  tranfporter  dans  un  amphithéâtre 
pour  y  faire  des  expénencés  avec  le  foin 


76  Discours 
&  l’exaâitude  qu’elles  requièrent.  J’ai 
toujours  étéfurpris  de  voir  que  les  ma¬ 
ladies  dont  la  caufe  nous  efl:  la  plus 
cachée ,  &  que  les  plus  fameux  Méde¬ 
cins  ont  le  plus  de  peine  à  guérir,  telles 
que  l’Epilephe  ,  l’Ephialte ,  la  PalEon 
liyftérique  ,  l’Apoplexie  ,  &c.  font 
celles  pour  lefqueiles  les  ignorans  ont 
un  plus  grand  nombre  de  Spécifiques, 
&  à  la  théorie  defquelles  les  jeunes 
Médecins  s’attachent  le  plus  ,  &  dont 
ils  expliquent  le  plus  aifément  la  caufe; 
aulîi  remarque-t-on  que  la  plupart  igno¬ 
rent  les  premiers  élémens  de  la  Méca¬ 
nique  &  de  l’Anatomie. 

15.  On  en  voit  qui  ofent  expliquer 
&  développer  d’un  ton  de  maître  la 
-  machine  du  corps  humain, laquelle  eftfi 
compliquée ,  &  qui  cependant  ignorent 
la  théorie  des  machines  les  plus  fim- 
ples,  telles  que  le  levier,  la  balance. 
Ils  portent  l’aiuface  jufqu’à  méprifer 
.ces  fciences;  ils  regardent  les  Mathé¬ 
matiques  ,  qui  fervent  de  fondement 
à  la  Phyfique  &  à  la  Philofophie ,  com¬ 
me  une  fcience  vaine,  propre  àinduire 
en  erreur  les  Médecins  ;  ils  leur  en 
défendent  l’étude ,  &  la  bannififent  des 
Ecoles  comme  indigne'd’y  avoir  entrée. 


Préliminaire.  77 
H  n’efl  point  de  témérité  plus  punif- 
fabIe,difok  autrefois  Sanôorius ,  que 
de  fe  refbfer  à  l’expérience  lorfqu’on 
n’en  a  aucune  :  on  peut  en  dire  autant 
de  ceux  qui  méprifent  les  Mathéma¬ 
tiques  qu’ils  ignorent ,  à  moins  qu’ils 
ne  veuillent  imiter  le  renard,  qui  ayant 
laiffé  fa  queue  dans  un  piege ,  con- 
feilloit  'à  fes  camarades  de  fe  défaire 
de  la  leur  comme  d’un  fardeau  inutile 
&  incommode ,  &  qui  ,  comme  dit 
Bernoulli ,  fe  vit  accablé  de  huées.' 
J’attribue  encore  les  erreurs  que  l’on 
commet  dans  la  Médecine ,  à  l’igno¬ 
rance  des  Mathématiques,  ou  plutôt  de 
la  méthode  que  fuivent  les  Géomètres. 
Il  elt  vrai  qu’il  y  a  plufieurs  parties 
dans  cette  Science ,  telles  que  l’Aftro- 
nomie  ,  la  Gnomonique ,  la  Trigono¬ 
métrie  ,  &c.  dont  un  Médecin  &  un 
Phyficien  peuvent  fe  paffer;  cepen¬ 
dant  i’ofe  dire  que  celui  qui  n’étudiera 
point  dans  l’Hydraulique  les  propriétés 
générales  des  fluides  ,  la  façon  d’ap¬ 
précier  leur  vîteflé  &  leur  force,  ou 
qui  ne  puifera  point  dans  la  Géomé¬ 
trie  &  dans  la  Mécanique  la  connoif- 
fance  de  la  capacité  des  vaifleaux ,  de 
leurs  diamètres  ôc  de  leurs  furfaces 
D  iij 


y8  Discours 
aiïîfi  que  la  connoiffance  de  la  dureté 
des  foîides  ,  du  mouvement^  du  ton 
des  fibres;  celui-là ,  dis-je ,  ne  parvien¬ 
dra  jamais  à  connoître  parfaitement 
i’économiè  animale.  Perfonne  n’ac^ 
querra  la  théorie  de  l’ouie  &  de  la  , 
vue,  s’il  n’étudie  i’Acoufiique  &  l’Op¬ 
tique  ;  en  un  mot ,  perfonne  ne  com¬ 
prendra  les  expériences  qu’on  a  faites, 
ne  fera  eij  état  d’en  faire  de  nouvelles , 
d’en  tirer  des  conféquences ,  de  rai- 
fonner  avec  certitude  tant  en  Phyfi- 
que  qu’en  Médecine  s’il  ignore  la 
Géométrie  ,  qui ,  comme  M.  Wolf  l’a 
fort  bien  démontré,  efl:  la  meilleure 
de  toutes  les  Logiques.  Quiconque 
ignore  la  Géométrie  &  l’Arithmétique , 
peut  fe  difpenfer  de  lire  les  excellens 
morceaux  contenus  dans  les  Mémoires  ; 
des  Académies,  &  dans  les  Ecrits  des 
plus  fameux  Médecins  de  notre  fiecle, 
il  n’y  entendra  rien. 

i6.  On  ne  doit  point  conclure  de  ce 
que  je  viens  de  dire ,  qu’un  Médecin  ne 
puifie  devenir  habile  dans  fon  Art ,  ni 
l’exercer  avec  fuccès,  s’il  ignore  les  Ma¬ 
thématiques,  ni  qu’il  lui  fufiife  de  les  pol- 
féder ,  pour  exceller  en  peu  de  temps 
dansfaprofeilion  ;ilfaudroit  être  infeafé 


Préliminaire.  79 
pour  avoir  une  pareille  idée.  Je  fuis 
cependant  perfuadé  qu’on  ne  peut  éta¬ 
blir  aucune  théorie  certaine  de  l’éco¬ 
nomie  ^imale ,  fans  la  connoiflance 
de  la  Pl^fique  &  des  Mathématiques, 
&  qu’un  homme  qui  joindra  à  la  con- 
noiffance  de  ces  Sciences  celle  de 
l’Anatomie  &  de  la  matière  Médicale  , 
fera  infiniment  plus  en  état  qu’un  au¬ 
tre  de  pratiquer  la  Médecine  avec  fuc- 
cès.  En  un  mot,  je  foutiens  qu’il  n’y 
a  que  l’étude  de  l’Anatomie ,  de  la  Phy- 
fique  expérimentale  &  des  Mathéma¬ 
tiques  ,  qui  puilfe  fournir  une  théorie 
affurée  ;  &  comme  la  plupart  des  Mé¬ 
decins  ignorent  ces  Sciences,  il  n’efi: 
pas  étonnant  que  l’Æthiologie  four¬ 
mille  d’erreurs  :  or  une  Æthiologie  erro¬ 
née  n’eft  pas  plus  utile  à  un  Médecin , 
que  la  Mufique  à  un  Architeûe  ;  elle 
ne  fauroit  le  diriger  dans  la  pratique , 
ni  fuppléer  à  l’étude  des  fymptomes  , 
à  l’obfervation  &  à  l’expérience,  quoi¬ 
que  la  plupart  des  Médecins  prétendent 
le  contraire. 

17.  Tout  le  monde  convient  que  îa 
Médecine  eft  encore  aujourd’hui  une 
Icience  conjeôurale ,  d’oii  il  fuit  qu’on 
ne  peut  la  poliéder  qu’on  ne  fe  foiî 
D  iy 


So  D  I  s  C  O  U  R  S 
rendu  habile  dans  l’art  des  conje£hîres. 
Or,  qui  efî-ce  qui  a  jamais  enfeigné 
cet  art, h  ce  n’eft  les  Mathématiciens, 
favoir,  Hughens^  Bernoulli^  Montnvort 
&  s''Grave]andc  ?  Quiconque  ignore 
les  Mathématiques  ,  ne  raisonnera  ja¬ 
mais  pertinemment  fur  les  conjedures 
qui  nous  fervent  fi  fouvent  de  guides 
dans  la  pratique  de  la  Médecine. 

i8.  Je  ne  puis  finir  cet  article  fans 
infifter  fur  un  autre  défaut  qui  régné 
dans  la  théorie  de  la  Médecine.  On 
efl:  aujourd’hui  dans  l’ufage  de  traiter 
les  chofes  d’une  façon  vague  &  géné¬ 
rale  ,  de  ne  point  diftinguer  les  circonf- 
tances  &  les  caufes  qui  entrent  dans 
l’expofition  d’un  phénomène  ,  &  de 
me  point  déterminer  au  jufte  les  quan¬ 
tités.  C’efi:  cependant  de  cette  exac¬ 
titude  que  dépend  la  connoiflance  de 
la  vérité.  Dans  la  Géométrie ,  un  fi^ne 
omis ,  une  petite  quantité  négligée , 
rendent  la  foîution  d’un  problème  tout- 
â-  fait  faufîe  ou  contradiâoire ,  &  pofi- 
tif  ce  qui  étoit  négatif ,  ou  au  con¬ 
traire.  Or,  combien  d’erreurs  ne  doit- 
on  pas  commettre  dans  les  calculs  de 
Médecine  ,  lorfque  fans  méthode  ,  & 
fur  des  principes  le  plus  fouvent  ima- 


Préliminaire.  Si 
ginaires ,  on  entreprend  de  débrouiller 
les  difficultés  qu’on  rencontre  fur  fa 
route  I  Si  quelqu’un  examinant  la  lym¬ 
phe  qui  eft  dans  une  palette  ,  Sc  la 
voyant  féparée  du  fang  qu’on  a  tiré 
à  un  homme  attaqué  d’une  pleuréfie  , 
veut  prouver  qu’elle  a  été  figée  par 
la  chaleur  inflammatoire  ,  il  foutient 
que  le  fang  efi;  extrêmement  échauffé; 
il  exagere  le  frottement  des  folides  & 
des  fluides  dans  les  fievres  aiguës,  & 
n’eft  point  furpris  qu’il  arrive  à  la 
lymphe  qui  efl:  dans  le  corps ,  la  même 
chofe  que  dans  l’eau  bouillante.  Cepen¬ 
dant  fi  l’on  s’en  rapporte  aux  expé¬ 
riences  ,  il  n’efl;  pas  difficile  de  réfuter 
cette  erreur;  car  il  faut  pour  coaguler 
la  lymphe  une  chaleur  de  cinquahte-fix 
degrés,  au  lieu  que  celle  du  fang  dans  un 
homme  vivant,  n’exce de  pas  le  trente- 
troifiemie  degré  du  thermomètre  de 
M.  de  Réaumur.  Quelques-uns  préten¬ 
dent  que  la  preffion  de  l’air  fur  deux 
cylindres  plans  de  marbre  de  vingt- fix 
lignes  de  diamètre  ,  entre  lefqueis  on 
a  verfé  du  fuif  fondu ,  &  qu’on  a  en- 
fuite  expofés  à  la  gelée  ,  fuffit  pour 
les  jinir  au  point,  qu’il  faut  une  force 
de  6co  livres  pour  les  fé parer;  d’où 
Dv 


gi—  Discours 
ils  concluent  que  la  preffion  de  Pair 
eü  immenfe  ,  oC  que  c’efl:  à  elle  feule 
qu’on  doit  attribuer  l’adhérence  des 
corps.  Ceux  qui  raifonnent  ainfi  con¬ 
fondent  leur  jugement  avec  l’expé¬ 
rience  ,  &  iis  éviteroient  cette  erreur, 
s’ils  vouloient  obferver  que  la  preflion 
de  l’air  n’excede  point  la  pefanteur 
xi’une  colonne  de  mercure  de  même 
bafe,  &  dont  la  hauteur  efl  de  vingt- 
huit  pouces ,  &  que  ce  poids ,  fur  une 
bafe  de  vingt-llx  lignes  de  diamètre, 
ne  paffe  pas  5  8  livres ,  ou  la  dixième 
partie  des  <joo  livres  ;  &  ils  en  con- 
ciuroiènî  que  la  preffion  de  l’air  eft 
dix  fois  plus  petite  qu’il  ne  faut  pour 
pouvoir  unir  ainû  ces  deux  pièces  de 
marbre. 

19.  Les  Médecins  théoriciens  qui  ne 
prennent  point  l’expérience  pour  gui¬ 
de  ,  &  qui  ne  jugent  des,  faits  que  par 
les  hypothefes  qu’ils  ont  adoptées ,  dé- 
duifent  tous  les  effets  qu’ils-obfervent 
de  la  poffibîlité  qu’ils  ont  fuppofée  , 
ou  de  pareils  autres  principes  vagues 
&  indéterminés  ;  mais  ils  gqurroient 
également,  s’ils  le  vouloient,  en  tirer 
une  conféquence  contraire  :  cela  doit 
être  ^  donc  cela  eff  leur  argument 


PRELIMINAIRE.  85 
ordiTiake  ;  îTiais  cet  arguiKcnt  eû  très- 
faux  en  Phyf  que ,  &  à  peine  admet- 
elle  le  contraire  :  cda  eji,  donc  cda  doit 
être;  d’eii  je  conclus  que  les  confé- 
quences  qu’on  tire  des  faits ,  &  que 
Ton  confirme  par  de  nouvelles  expé¬ 
riences  ,  peuvent  feules  produire  quel¬ 
que  certitude  phyfique. 

2.0.  H  efl  fâcheux  que  la  Médecine 
ait  emprunté  fi  tard  le  fecours  des 
Mathématiques  ,  par  l’entremife  à’M- 
phonfe  Bordli.  Il  y  a  lieu  de  croire  que 
la  poftérité  jouira  des  travaux  de  Bdlini, 
de  Jurin^  de  Bernoulli^  de  Michdot^ 
A' Hamberger ,  s’il  fe  trouve  beaucoup 
d’hommes  pareils  zHaks  ;  mais  en  atten¬ 
dant,  je  ne  confeiile  à  aucun  homme 
foge  de  prendre  pour  guide  une  théorie 
aufli  foible  &  aufii  hypothétique  què 
celle  qi*  a  cours  dans  notre  fiecle.  Il 
y  a  environ  cent  ans  qu’on  a  décou¬ 
vert  la' circulation  du  fang,  mais  oa 
n’en  connoît  pas  encore  toutes  les  lois, 
Ü  n’y  a  pas  long-temps  que  Jacques 
KeiU  a  prouvé  qu’elle  efl:  infiniment 
plus  lente  dans  les  petits  vaifTeauxque 
dans  l’aorte  ,  m.ais  on  ne  connoît  point 
encore  parfaitement  fa  vîtefle  abfclue. 
Nous  apprenons  de  l’hydrauliquequeîie. 


g4  Discours 
eft  la  preilion  du  fang  en  repos  dans 
les  vaifi'eaux  ÿ  mais  ce  n’ell  que  depuis 
peu  que  M.  Bernoulii  nous  a  inftruits 
dans  fon  Hydrodynamique  de  laprefîîon 
qu’il  exerce  contre  ces  mêmes  vaif- 
leaux  dans  fon  mouvement  progreffif, 
Harnberger  vient  de  nous  faire  con- 
noître  les  effets  de  fon  adhérence  Sc 
de  fa  vifcofiîé ,  mais  il  refte  encore  à 
favoir  jufqu’à  quel  point  fon  mouve¬ 
ment  eû  retardé  par  cette  vifcofité  & 
par  fon  frottement  contre  les  petits 
vailfeaux.  H  s’enfuit  donc  qu’on  ne 
ccnnoit  point  encore  parfaitement  la 
circulation  du  fang ,  &  que  par  confe- 
quent  notre  théorie  eft  encore  obfcure 
&  incertaine. 

2. 1 .  Que  fera  donc  un  Médecin  parmi 
cette  foule  de  difficultés  qu’il  rencontre 
dans  la  pratique  ?  De  quelle  houflbie 
fe  fervira-t-il  pour  fe  conduire  parmi 
les  ténèbres  que  caufent  les  orages 
des  maladies  ?  Qui  efl-ce  qui  fuppléera 
à  cette  longue  expérience  qui  ne  s’acÿ, 
quiert  qu’aux  dépens  de  la  vie  de  plu- 
fieurs  milliers  d’hommes  ?  Ne  conful- 
tons  point  là  -  deffus  indiflinâement 
tous  les  Médecins.  Les  uns  fe  vantent 
d’aYoir  atteint  le  but  par  la  force  de 


PRELIMINAIRE. 
leur  efprit  &  par  leur  application  ;  d'au¬ 
tres  attribuent  leurs  fuccès  dans  la  pra¬ 
tique  à  leurs  fecrets,  d’autres  aux  hypo- 
thefes  qu’ils  ont  adoptées ,  &  il  y  en  a 
peu,  fl  l’on  en  excepte  ceux  qui  ont 
vieilli  dans  le  métier ,  &  qui  îe  font 
fait  une  grande  réputation ,  qui  ofent 
avouer  qu’ils  n’en  font  redevables  qu’à 
la  perte  réitérée  de  leur  honneur,  à 
des  expériences  fiineftes  ,  &  à  une 
obfervation  affidue  des  maladies.  Con- 
fuîtons  plutôt  ce  Maître  ingénu  de 
notre  Art  ,  cet  heureux  Praticien  , 
Thomas  Sydenham ,  la  lumière  de  l’An¬ 
gleterre  ,  l’Apollon  de  la  Médecine  , 
qu’on  n’oferoit  nommer ,  comme  dit 
Boerhaave  ,  fans  lui  donner  les  plus 
grands  éloges  ,  encore  n’égaleront-iîs 
jamais  ce  que  m^éritent  -les  fervices 
fignaîés  qu’il  a  rendus  à  cette  Profeffion 
qu’il  exerça  avec  tant  de  -dignité. 

22.  »  Je  fuis  convaincu,  dit  ÏHippa- 
»  crate  Angleterre ,  que  le  plus  court 
»  moyen  de  perfeûionner  notre  Art, 
»  eft  de  donner  i  ® .  une  hiHoire  ou  une 
»♦  defcripîion  des  maladies ,  auffi  bien 
>»  faite  hc  auffi  naturelle  qu’il  eft  pof- 
»  fible  ;  2^.  d’établir  une  pratique  ou 
»  une  méthode  de  les  guérir,  fixe  & 
»  confirmée  par  l’expérience. 


86  Discours  1 

23.  Quant  à  rHiiloire  des  maladies^, 
il  convient  «  dei;îes  ranger  fous 
»  des  efpeces  certaines  &  définies , 
avec  le  même  foin  &  la  même  exac- 
»  titude  que  le  pratiquent  les  Bota- 
»  niftes  ;  car  on  trouve  certaines  œa- 
»  ladies  qui  étant  rangées  fous  un 
»  même  genre  &  fous  un  meme  nom,. 

»  &  qui  fe  reffemblant  par  quelques 
»  fymptomes  ,  .différent  néanmoins 
»  par  leur  effence ,  &  demandent  une 
»  méthode  curative  différente.  Per- 
H  fonne  n’ignore  que  le  nom  àe  Ckar- 
»  don  eft  un  nom  générique  qui  con- 
»  vient  à  plufieurs  efpeces  de  plantes; 

»  mais  un  Boîanifle  pécheroit  contre 
»»  i’exaôitude ,  fi  en  donnant  la  def- 
»  cription  générale  de  cette  plante , 

»  il  fe  bornoît  à  indiquer  les  fignes 
«  généraux  qui  la  diftinguent  des  au- 
»  très  genres  de  plantes  ,  &  s’il  nég'i- 
»  geoit  de  fpécifier  les  fignes  &  les 
»  caraftefes  particuliers  qui  diftinguent 
»  les  différentes  efpeces  de  chardon 
»  les  unes  des  autres. 

»  De  même ,  il  ne  fufîit  pas  d’cb- 
»  ferverles  fymptom-es  généraux  d’une 
■»  maladie  qui  comprend  fous  elles  plu- 
w  fleurs  efpeces.  Il  eft  vrai  qu’on  ne 
»  remarque  pas  la  même  variété  dans 


Préliminaire.  2j 
»  toutes  les  maladies  ;  mais  il  y  en  a 
pluâeurs  que  les  Auteurs  rangent 
fous  la  même  ciaffe ,  fans  diôinguer 
^  leurs  efpeces,  qui  different  effen- 
^  tieliement  entr’efles  ,  ainfî  qu’on  le 
H  verra  dans  la  fuite.  Il  y  a  plus  :  dans 
»  les  cas  mêmes  oü  l’on  range  les  ma- 
yy  ladies  félon  leurs  efpeces ,  c’eff  tou- 
»  jours  relativement  à  une  hypothefe 
»  qu’on  fubftitue  à  la  vérité  des  phé- 
»  nomenes  ,  de  forte  que  cette  dif- 
»  tindion  eft  bien  moins  fondée  fur 
>♦  le  vrai  caradere  de  la  maladie ,  que 
>)  fur  Fhypothele  que  l’Auteur  a  adop- 
M  tée.  »  Par  exemple ,  les  Galéniftes  , 
préoccupés  de  leurs  quatre  humeurs  ,  _ 
ont  divifé  les  maladies  en  fanguines  , 
bilieufes,  pituiteufes  &  mélancoliques  ; 
mais  cette  diffindion  eft  bien  moins 
fondée  fur  des  lignes  évidens  de  la 
furabondancede  ces  humeurs,  que  fur 
l’exillence  imaginaire  d’une  matière 
morbifique.  Paracelfe  a  de  même  dif- 
tingué  les  maladies  en  falines,terreftres 
&  mercurielles  ;  d’autres ,  en  acides 
en  alkalines ,  par  une  fuite  de  la  théorie 
qu’ils  avoient  adoptée,  d’où  il  eff  arrivé 
que  rHiftoire  des  m-aîadies  eff  deve- 
ûue  une  forêt  immenfe  ,  dont  iss 


1 


88  Discours 

arbres  ont  donné  jufqu’ici  très-peu  de 

fruits. 

24.  Il  faut  en  fécond  lieu  que  celui 
»  qui  écrit  fHidoire  des  maladies  ,  re- 
»  nonce  pour  quelque  temps  à  l’hypo- 
»  thefe  philofophique  dont  il  eft  pré- 
»  occupé  ,  &  qu’enfuite  il  obferve 
»  avec  attention  les  phénomènes  clairs 
»  &  naturels  des  maladies  quelque 
»  peu  intérelTans  qü’ils  lui  paroiffent. 

»  U  doit  en  cela  imiter  les  Peintres, 

»  qui,  lorfqu’ils  font  un  portrait,  ont 
»  foin  de  marquer  jufqu’aux  lignes  & 

»  aux  plus  petites  taches  ,  naturelles 
H  qui  fe  rencontrent  fur  le  vifage  de 
»  la  perfonne  qu’ils  peignent.  0§,  ne 
»  faurqiî  croire  à  combien  d’erreurs 
»  ces  hypothefes  philofophiqiies  ont 
»  donné  lieu.  Les  Auteurs  qui  en  font 
w  imbus ,  trompés  par  les  fauffes  cou- 
»  leurs  qu’elles  répandent  fur  les  ob- 
»  jets ,  apperçoivent  dans  les  maladies 
»  des  phénomènes  qui  n’exiftent  que 
.  »  dans  leur  cerveau ,  oc  qu’ils  euffent 
»  réellement  apperçus  ,  fi  l’hyp.othefe 
»  qu’ils  ont  adoptée  eut  été  véritable. 
»  Si  la  maladie  préfente  réellement 
»  quelque  fymptome  qui  quadre  avec 
J»  leur  hypothefe, ils i’enfient au-delà 


Préliminaire.  §9 
M  de  toute  expreffion ,  &  trasforment 
»  comme  l’on  dit,  le  rat  en  éléphant, 

»  comme  fi  c’étoit  le  principal  nœud 
^  de  l’affaire.  Si  le  phénomène  ne  s’ac- 

corde  point  avec  leur  hypothefe, 

»  ou  ils  le  paffent  fous  filence ,  ou  ils 
»  n’en  difent  qu’un  mot,  à  moins  qu’à 
H  l’aide  de  quelque  fubtilité  philofo- 
»  phique,  ils  ne  trouvent  moyen  de 
»  les  concilier. 

25.  »  Il  faut  en  troifieme  lieu  que 
>»  celui  qui  décrit  une  maladie  ait  foin 
»  de  diftinguer  les  fymptomes  qui  l’ac- 
»  compagnent  néce  flaire  ment  &  qui 
»  lui  font  propres ,  de  ceux  qui  ne  font 
»  qu’accidentels  &  fortuits ,  tels  que 
»  ceux  qui  dépendent  du  tempérament 
»  &  de  l’âge  du  malade ,  &  de  la  mé- 
»  thode  curative  qu’on  emploie  ;  car 
»  il  arrive  fouvent  que  la  maladie  varie 
»  félon  la  méthode  dont  on  fe  fert ,  & 
»  que  les  fymptomes  font  bien  moins 
»  lefFet  du  mal  que  celui  de  la  con- 
»  duite  que  tient  le  Médecin.  Pour 
»  ce  qui  efl:  des  circonftanees  déta- 
»  chées,  on  doit  les  omettre.  En  décri- 
»  vant  les  carafteres  de  la  fauge  ,  un 
w  Botanifie  ne  s’avife  pas  de  parler 
>*  de  la  morfore  des  chenilles.  On  ne 


ço  Discours 
»  fauroit  croire  ,  dit  Sydenham^  de 
»  quelle  utilité  feroit  une  pareille  Hif- 
»  toire  ;  elle  l’emporteroit  de  beau- 
»  coup  lur  ces  bagatelles  &  fur  ces 
»  recherches  fubtiles  dont  nos  livres 
»  modernes  font  remplis. 

26.  Ce  font  là  les  trois  réglés  que 
îa  fagefie  elle-même  diéle  à  quicon¬ 
que  écrit  fur  les  maladies.  Elles  feré- 
duifent  à  diftinguer  d’une  maniéré  pu¬ 
rement  hiftorique  leurs  efpeces  & 
leurs  genres,  à  bannir  de  rHiûoire 
qu’on  en  donne  toute  hypothefe  phi- 
lofophique ,  &  à  tirer  leurs  caraâeres- 
des  fymptomes  qu’elles  préfentent 
conftamment.  11  faut  bien  fe  garder  de 
confondre  les  faits  purement  hiEori- 
ques ,  avec  les  opinions  philofophi- 
ques ,  aütrement  il  n’y  a  plus  -à  comp¬ 
ter  fur  l’expérience  (10);  ni  .  établir 
la  théorie  philofophique  pour  bafe  de 
l’hiftoire,  car  un  pareil  fondement  eft 
ruineux,  ainïi  qu’on  ne  J’éprouve  que 
trop  (6-10).  Et  comme  dans  la  re¬ 
cherche  de  la  vérité,  il  faut  toujours 
partir  des  chofes  certaines  pour  parve¬ 
nir  à  la  connoiffance  de  celles  qu’on 
ignore ,  il  s’enfuit  que  l’HiUoire  doit 
lervir  de  bafe  à  la  Üiéorie,  &  - jamais 


Préliminaire.  9I 
celle-ci  à  FHiltoire.  Latroifienie  réglé 
eft  fondée  fur  ce  principe  ,  que  les 
fvmptomes  étant  plus  aifés  à  connoître 
que  les  caufes ,  vu  qu’ils  frappent  les 
fens ,  ils  font  infiniment  plus  propres, 
fur-tout  s’ils  font  conftans ,  à  nous 
faire  connoître  le  vrai  caraftere  des 
maladies ,  à'  nous  les  faire  diflin- 

2,7.  Nous  n’avons  que  trois  voies 
pour  nous  infiruire  pour  étendre 
nos  connoifiances  ;  favoir  ,  l’Hiftoire  , 
la  Philofophie  &  les  Mathématiques. 
L’Hifloire  eft  la  conftoiflance  des  faits  : 
Par  exemple  ,  elle  nous  apprend  que 
la  Pleuréfie  efl  accompagnée  de  la  fîe-- 
vre  ,  de  la  difficulté  de  refpirer ,  de  la 
toux  &c  de  douleurs  de  poitrine.  La 
Philofophie  efila  connoiflance  des  cau¬ 
fes  &  des  principes  ;  ainfi  celui  -  là  a 
une  connoiflance  philofophique  de  la 
Pleuréfie  ,  qui  conncît  les  caufes  &  les 
principes  des  quatre  fymptômes  qui' 
l’accompagnent  ;  qui  fait ,  par  exem¬ 
ple  ,  qu’ils  proviennent  de  l’inflamma¬ 
tion  de  la  pleure  ou  des  poimons.  La 
connoiflance  mathématique  confifte  à 
connoître  les  quantités  &  à  favoir  les 
mefiirer  ;  par  exemple  ,  à  déterminer 


91  Discours 
la  force  oc  la  vîteffe  du  pouls ,  le  de¬ 
gré  de  la  chaleur ,  l’intenfité  de  la  dou^ 
leur,  la  violence  de  la  tpux,  &  de  tels 
autres  fymptomes. 

xS.'La  cosnoiffance  Hiftorique  eft 
très-fimple  &  très-aiiee  à  acquérir,  & 
elle  doit  précéder  toutes  les  autres.  La 
connoiflance  Phiîofophique  des  mala¬ 
dies  eft  e^rêmement  curieufe  ,  & 
diftingue  le  dogmatique  de  l’empyri- 
que.  Enfin  la  connoiflance  Mathéma¬ 
tique  eft  la  plus  certaine  &  la  plus  utile 
dans  la  pratique  ;  mais  comme  elle  eft 
moins  cultivée ,  il  eft  rare  qu’on  puiffe 
y  parvenir.  ) 

29.  Tous  ceux  qui  font  verfés  dans 
les  Mathématiques  &  dans  l’étude  de 
la  Médecine ,  favent  que  la  connoif- 
fance  que  nous  avons  des  choies  fe 
réduit  à  celle  des  rapports  qu’elles  ont 
entr’elles,  des  lois  &  des  propriétés 
des  forces  qui  produifent  en  elles  les 
changemens  qu’on  y  remarque.  Je  ne 
parle  ici  que  des  chofes  corporelles. 
**  Or,  on  connoît  ces  forces  &  ces  lois 
»  du  mouvement  par  les  aélions  qu’el- 
»  les  exercent  mutuellement  les  unes 
»  fur  les  autres ,  &  ce  font  ces  allions 
»  &  les  eftets  qui  en  réfultenî,  qui 


Préliminaire.  95 
nous  conduifent  à  la  connoifîance 
»  des  lois  qu’elles  obfervent.  A  i’é- 
»  gard  de  la  caufe  phyfique ,  que  les 
»  Philofophes  recherchent  avec  tant 
»  de  foin  ,  &  qu’ils  regardent  comme 
»  le  principe  de  ces  forces ,  on  l’ignore 
»  entièrement.  Comme  donc  on  ne 
»  peut  la  connoître  ,  qu’on  ne  con- 
»  noiffe  auparavant  fes  forces  &  les 
»  lois  qu’elles  gardent  entr’elles,ils’en- 
»  fuit  que  û  ces  forces  font  inconnues, 
»  la  caufe  phyfique  l’efi;  de  même  ,  & 
»  que  la  connoifiance  de  celle-ci  feroit 
»  inutile  à  ceux  qui  connoîtroient  ces 
»  forces.  Les  Médecins  doivent  donc 
»  fe  borner  à  connoître  les  forces 
»  des  médicamens  &  des  maladies  au 
»  moyen  de  leurs  opérations  ;  ils  ,doi- 
>»  vent  les  obferver  avec  foin  ,  &  s’é- 
»  tudier  à  en  connoître  les  lois ,  &  ne 
»  point  fe  fatiguer  à  la  recherche  des 
»  caufes  phyfiques  ,  qu’on  ne  peut 
»  connoître  qu’on  ne  foit  inlîruit  des 
»  lois  que  ces  forces  fuivent,  &;  dont 
»  la  conûoiffance  eft  inutile  au  Méde- 
»  cin ,  lorfqu’il  eft  une  fois  inftruit 
»  de  ces  lois.  Pitcairn.  Préf.  pag.x. 

30.  On  connoît  le  rapport  qu’il  y 
a  entre  la  pefonteur  fpécifique  dé  l’or 


94  Discours 
&  celle  de  l’eau mais  on  ignore  en¬ 
core  en  quoi  conMe  la  gravité  du  pre- 
mier.  On  eft  parvenu  à  connoître  les 
lois  &  les  propriétés  de  la  pèiànteur 
dont  les  Horlogers  &  les  faifeurs  d’inf- 
trumens  Aftronomiques  &  tant  d’au¬ 
tres  ,  font  un  fi  grand  ufage  en  obfer- 
vant  &  en  calculant  les  effets  qu’elle 
produit  ;  ce  font- là  les  feules  lois  dont 
la  connoiffance  foit  utile  :  quant  à  la 
caufe  de  la  gravité  ,  il  ne  leroit  bon 
de  la  connoître ,  qu’autant  qu’elle  nous 
conduiroit  à  la  connoiffance  des'  lois 
de  la  pefanteur-,  de  la  vîteffe  ,  &  des 
efforts  ,  &  à  les  déterminer  avec  pré- 
cifion.  Cependant  /  quoiqu’on  ignore 
cette  caufe ,  on  n’a  pas  laiffé  de  décou¬ 
vrir  les  lois  des  forces  à  l’aide  des  phé¬ 
nomènes  ,  &  ces  forces  étant  connues, 
îes  Artiftes  pourront  fe  paffer  de  la 
connoiffance  pHlofophiqiie  de  la  pé- 
fanteur.  On  peut  en  <fire  autant  de 
celle  des  maladies  &  des  remedés  que 
îes  Médecins  s’ëfforcent  d’acquérir ,  vu 
qu’il  fuffit  de  î’Hiftorique  &  de  la  Ma¬ 
thématique  qui  en  efi:  une  fuite  ,  pour 
être  inffruit  de  fout  ce  qu’il  y  a  d’utile , 
de  certain  &  de  néceflaire  danslapra- 
rique.  •  : 


P  R  É  L  I  M  I  N  AIRE. 


9) 


Fondemens 

De  la  Nofologie  Hijîorique, 

.  31.  La  Nofologie  eft  la  fcienee  des 
maladies ,  ou  l’art  de  démontrer  tout 
ce  qui  les  concerne ,  foit  d’itne  maniéré 
affirmative  ou  négative  ,  &  elle  fait 
partie  de  la  Pathologie.  Pour  que  la 
démonftration  foit  fore  ,  le  raifonne- 
ment  doit  être  fondé  for  des  expérien¬ 
ces  ou  des  faits  hiftoriques  indubitables, 
fur  des  définitions  ,  for  des  axiomes  8c 
des  propofitions  démontrées.  Elle  exige 
des  définitions  des  maladies  ,  des  def- 
criptlons  hiftoriques ,  &  des  principes 
certains  puifés  dans  l’Anatomie ,  la 
Chymie  ,  l’Hydraulique  Sc  la  Mécar 
nique. 

31.  Lorfque  le  nombre  des  chofes 
qu’on  veut  connoître  eft  confidérable , 
il  eft  néceffaire  de  foivre  un  ordre  , 
tant  pour  en  faciliter  l’intelligence ,  que 
pour  aider  la  mémoire ,  obfervant  au¬ 
tant  qu’on  le  peut  celui  qu’elles  gar¬ 
dent  entr’elles.  L’ordre  qu’on  fuit  en 
traitant  d’une  Science  ,  fe  nomme  Me- 
thodi..  Or  comme  il  y  a  un  grand  nom- 


^6  Discours 
bre  de  maladies ,  il  convient  pour  en 
feciliter  la  connoiffance ,  d’obferver  la 
meilleure  méthode  que  l’on  peut  dans 
i’hiftoire  qu’on  en  donne. 

3  3 .  Les  mots  font  les  fignes  de  nos 
idées  ;  &  comme  nous  ne  parlons  & 
nous  n’écrivons  que  pour  communi¬ 
quer  nos  idées  à  autrui  &  lui  faire  part 
de  ce  que  nous  penfons  ,  &  que  nous 
ne  pouvons  le  faire  que  nous  n’ayons 
auparavant  déterminé  la  valeur  de  ces 
fignes  &  que  nous  ne  leur  en  ayons  don¬ 
né  connoiffance ,  ce  qui  exige  une  dé¬ 
finition  ,  il  s’enfuit  que  lorfque  nous 
voulons  nous  faire  entendre  ,  nous  de¬ 
vons  faire  enforte  que  la  valeur  des 
mots  foit  fixe ,  confiante  &  connue , 
ou  ce  qui  revient  au  même ,  ne  nous 
fervir  que  de"  ceux  dont  la  définition 
’eft  connue. 

34.  La  définition  des  mots  &  des 
termes  d’un  Art  fe  nomme  Nommcla’ 
turc.  Si  celle-ci  eft  vague  &  incertai¬ 
ne  ,  elle  excitera  dans  l’efprit  des  Lec¬ 
teurs  des  idées  différentes  de  celles  de 
l’Auteur ,  ce  qui  caufera  une  équivo¬ 
que.  Pour  l’év'-ter ,  il  faut  donner  à  cha¬ 
que  chofe  différente  un  nom  propre, 
qui  ne  convienne  qu’à  elle  feule  ; 

ne 


Préliminaire.  57 
ne  point  comprendre  fous  le  même 
nom  des  chofes  différentes  ,  ni  une 
même  chofe  fous  différens  noms.  Lorf- 
qu’on  fuit  une  route  contraire ,  on  a 
beau  parler  &  écrire ,  perfonne  ne  nous 
entend. 

3  5.  LaNofologie  hiftorique  a  pourfon- 
dement  la  Méthode  &  la  Nomenclature. 

I  ®  De  la  Méthode  Nofologique, 

36.  La  méthode  Nofologique  eft  de 
deux  fortes ,  Synoptique  &  Syftéma- 
tique.  La  Synoptique  eft  la  divilion 
des  maladies  en  deux  parties  oppofées  j 
que  l’on  divife  de  nouveau  en  deux 
autres ,  comme  fi  l’on  divife  les  mala¬ 
dies  en  externes  &  en  internes ,  & 
chacune  d’elies  en  particulières  &  en 
univerfelles.  Les  maladies  particulières 
externes  &  internes ,  en  maladies  de 
la  tête ,  de  la  poitrine ,  du  bas  ventre 
&  des  membres.  Cette  méthode  em¬ 
ploie  les  livres ,  les  chapitres ,  les  arti¬ 
cles  &  les  paragraphes  ;  mais  les  Na- 
turaliftes  ,  &;  fur  -  tout  les  Botaniftes , 
ont  remarqué  depuis  long -temps  qu’¬ 
elle  eft  moins  claire  &  moins  aifée  que 
la  Syftématique. 

Tome  I.  E 


Discours 

37.  La  méthode  Syilématique  joint 
enfemble  les  maladies  qui  fe  reffetn- 
bient ,  &  les  fépare  de  celles  qui  ne 
leur  reffemblent  point;  elle  réduit  tou¬ 
tes  les  maladies  particulières  à  leurs 
efpeces,  ces  efpeces  à  leurs  genres, 
les  genres  en  ordres ,  &  ceux-ci  à  un 
petit  nombre  de  claffes.  Ceux  qui  cul¬ 
tivent  i’Hiftoire  Naturelle  ont  aban¬ 
donné  depuis  long-temps  la  méthode 
Synoptique ,  &  ont  adopté  la  Syûé- 
matique. 

387  J’appelle  Signes,  les  qualités  in- 
trlnfeques  des  choies  qui  fervent  à  les 
faire  connoître ,  &  à  les  diilinguer  les 
unes  des  autres.  JFolf.  Logic,  LaNc- 
fologie  a  pour  but  de  nous  faire  con¬ 
noître  les  maladies  ,  &  de  nous  les 
faire  diftinguer  :  or,  comme  on  ne  peut 
atteindre  à  ce  but  qu’en  employant 
des  moyens  convenables ,  qui  ne  font 
autres  que  les  lignes  en  quedion  ;  il 
s’enfuit  qu’un  Médecin  qui  cultive  la 
Nofologie  doit  principalement  s’atta¬ 
cher  à  connoître  les  lignes  des  mala¬ 
dies.  Les  Boîanides  donnent  à  ces  fi- 
gnes  le  nom  de  CaraHeres. 

39.  La  Définition  ed  l’énumération 
des  fignss  nécefîaires  &  fulBfans  po«t 


Préliminaire.  99 
{^e  connoître  îa  chofe  définie,  8c 
pour  la -diflinguer  des  autres, 

£og.  Elle  donne  une  notion  com- 
plette  8c  déterminée  du  terme  auquel 
elle  répond.  Afin  donc  d’avoir  une 
idée  complette  ôc  déterminée  d’une 
maladie ,  il  faut  la  définir ,  ou  faire  l’énu* 
mération  des  fignes  8c  des  caraderes 
qui  lui  font  propres. 

40.  Pour  qu’un  ligne  nous  condiiife 
à  la  connoiffance  d’une  maladie ,  il  faut 
qu’il  foit  plus  clair  &  plus  évident  que  ce 
qu’on  cherche;  &  pour  que  cette  cor.- 
noiffance  foit  certaine  ,  elle  doit  être 
fondée  fur  des  fignes  certains  8c  indu¬ 
bitables  ,  d’oü  il  luit  que  les  définitions 
des  maladies  doivent  être  tirées  de 
fignes  certains  &  évidens. 

41.  Le  Genre  &C  la  différence  fpéci- 
fique  nous  fourniffent  des  fignes  pour 
connoître  la  chofe  définie ,  8c  pour  la 
diftingiier  des  autres.  JFo//.  Logic.  >8^, 
Il  fiîhr'de  là  que  le  genre  &  la  diffé¬ 
rence  fpécifique  conftituent  la  défini¬ 
tion.  Si  donc  on  réduit  les  maladies 
à  leurs  genres  &  à  leurs  efpeces  ,  ces 
genres  &  ces  efpeces  fe  trouvent  par 
là  même  définis ,  &  on  en  acquiert  une 
connoiffance  complette  8c  déterminée. 


1 


lôô  Discours^ 

4^.  La  reffemblance  des  maladies 
particulières  &  individuelles  s’appelle 
Efpcce  ,  là  reffemblance  des  efpeces 
confliîue  le  Genre.  ,  celle  des  genres 
V  Ordre ,  ôc  la  convenance  des  ordres 
la  C/a/è. 

Si  je  confidere  les  caraâeres  qui  font 
communs  à  piufieurs  plantes  particu- 
culieres ,  par  exemple ,  que  tpus  les 
jafmins  ont  la  fleur  faite  en  .  forme 
d’entonnoir ,  le  lymbe  partagé  en  cinq 
parties  ,  le  calice  fait  en  forme  de  tuyau 
fendu  en  cinq ,  deux  étamines ,  un  îeiil 
piftile ,  &C  la  baie  à  deux  noyaux  ;  j’ai 
l’idée  du  jafmin  en  général  :  que  fi  je 
;  remarque  dans  piufieurs  efpeces  parti¬ 
culières,  des  caraderes  qui  les  diftin- 
guent  des  autres ,  par  exemple ,  que 
les  unes  ont  les  feuilles  oppofées  faites 
en  forme  d’ailes;  que  dans  d’autres, 
elles  font  oppofées  de  trois  en  trois  ; 
j’ai  alors  l’idée  d’une  efpece  détermi¬ 
née  ,  &  je  connois  fa  différence  fpéci- 
fique. 

43 .  On  peut  de  même  fe  former  une. 
idée ,  non-feulement  des  genres ,  des 
ordres  ôc  des  claffes ,  mais  encore  de 
la  maladie  en  général  ,  en  oljfervant 
.  ce  qui  efl  commun  à  toutes  les  mala- 


Préliminaire.  loi 
dies  5  en  quoi  elles  different  de  la  fanté, 
&  en  la  définiffant  félon  l’idée  que  nous 
nous  en  fommes  ainfi  formée.  Mais 
comme  la  définition  efi:  l’énumération 
des  fignes  ,  qui  doivent  être  plus  clairs 
que  la  chofe  définie ,  il  efi:  aifé  de  voir 
que  ceux-là  fe  trompent  qui  définiffent 
les  maladies ,  leurs  genres  &  leurs  ef- 
peces  ,  non  point  par  des  principes 
certains  &  évidens ,  mais  par  des  fi¬ 
gnes  inconnus  ,  obfcurs  ,  litigieux  & 
incertains. 

44.  On  doit  donc  regarder  comme 
ffuffes  les  définitions  des  maladies  que 
l’on  tire  de  la  difpojition  des  parties 
qur ^échappent  fouvent  aux  fens ,  la¬ 
quelle  eil  fouvent  hypothétique,  ou 
du  moins  obfcure  ;  d’un  Jiegc  fouvent 
fuppofé,  -OU  établi  gratuitement  dans 
des  parties  qu’on  ne  peut  appercevoir, 
foit  parce  qu’elles  font  internes ,  foit 
parce  qu’elles  font  trop  petites  pour 
être  apperçues  ;  d’une  caiifc ,  qui  en¬ 
tant  que  telle  ,  ne  peut  tomber  fous 
les  fens  ;  enfin  de  principes ,  proégu- 
menes  ou  procathartiques  extrinfeques 
au  corps,  ôi  qui  par  conféquent  ne 
caraâérifent  point  la  m-aladie  (58.) 

45.  On  divife  en  particulier  les  ma- 

E  iij 


102  Discours 
ladies  de  plufieiirs  façons  ,  mais  pour 
l’ordinaire  fuivanî  quatre  diverfes  mé¬ 
thodes ,  favoir,  V Alphabétique  la  tem¬ 
poraire,  V Anatomique  &  ^Etiolo^am- 
mais  aucune  de  ces  méthodes ,  ne  vaut, 
félon  moi ,  îa  Symptomatique. 

46 .  La  méthode  Alphabétique  eft  celle 
q  li  range  les  maladies  qui  ont  les  mê¬ 
mes  noms  ,  relativement  à  cette  ref- 
femblance  .des  noms  ou  à  celle  des 
lettres  initiales.  C’ell  celle  que  fuiverxt 
Manget  &  James ,  le  premier  dans  fa 
Polyalthea  ;  le  fécond ,  dans  fon  Dic¬ 
tionnaire  univerfel  de  Médecine. 

•  Mais  comme  le  nom  efl  un  ligne  ex- 
trinfeque  qu’on  n’apperçoit  point  dans 
lès  malades ,  &:  qui  dépend  de  la  vo¬ 
lonté  des  hommes  ,  &  que  les  Com- 
mençans  ne  connoilTent  pas  les  noms 
de  toutes  les  maladies ,  il  s’enfuit  qu’ils 
ne  fervent  de  rien  pour  les  connoître. 
D’ailleurs,  en  fuivant  cette  méthode, 
on  joint  enfemble  des  maladies  qui 
n’ont  rien  de  femblable  ,  comme  l’À- 
poplexie  &  l’Alopécie  ,  la  Paralylie  & 
la  Paronychie;  &  l’on  fépare  celles 
qui  ont  le  même  caraûere  ,  comme  la 
Pîeurélîe  &  l’Hépatite ,  la  Goutte  &le 
Rhumatifme  ;  d’où  il  âiit  qu’elle  doit 


Préliminaire.  103 
êîîe  rejetée  par  tous  ceux  qui  cultivent 
la  Nofologie. 

47.  La  méthode  Temporaire  eft  celle 
qui  divife  les  maladies  relativement  à 
leur  durée ,  en  chroniques  &  en  aiguës, 
félon  qu’elles  durent  plus  ou  moins  de 
temps.  C’eft  celle  qu’ont  fuivie  Aretée, 
Codius ,  Aurelianus ,  &  pluiiëurs  autres. 

48.  Cette  méthode  peche  en  ce 
qu’elle  n’établit  aucun  caractère  évi¬ 
dent  par  oîi  l’on  puiffe  didinguer  le 
premier  jour  une  maladie  chronique 
d’une  maladie  aiguë.  Car  comme  l’une 
&  l’autre  ne  different  que  par  la  quan¬ 
tité  du  temps ,  &  que  cette  quantité 
ne  trouble  point  leuï  reffemblance ,  on 
ne  peut  connoître  par  ce  principe  ni 
le  genre ,  ni  l’efpece  ;  en  effet  deux 
chofes  femblables ,  fans  celTer  de  l’être  , 
peuvent  différer  quant  à  la  quantité  , 
de  forte  qu’une  maladie  .,  foit  qu’elle 
foit  plus  longue  ou  plus  courte  ,  péüî 
être  du  même  genre  &  de  la  même 
claffe  ,  ce  qui  fait  dire  avecraifon  dans 
les  Ecoles  que  le  plus  &  le  moins  ne 
changent  point  l’efpece.  Ajoutez  à  cela 
qu’il  n’y  a  aucune  limite  naturelle  en¬ 
tre  de  chronique  &  l’aigu  ,  que  cette 
limite  eff  arbitraire,  &  qu’on  a  le  même 


104  Discours 
drqit  de  la  rejeter  qu’on  a  eu  de  l’éta¬ 
blir  ,  y  ayant  des  maladies  qu’on  peut 
également  ranger  fous  la  claffe  des  ai¬ 
guës  6c  des  chroniques.  Or  toutes  les 
fois  qu’on  n’établit  aucune^limite  entré 
les  genres  èc  les  efpeces ,  on  eft  en 
droit  de  regarder  les  premiers  comme 
étant  du  même  ordre  ,  6c  les  fécondés 
du  même  genre  ,  autrement  il  faudrolt 
multiplier  les  genres  6c  les  efpeces  à 
l’infini ,  ce  qui  feroit  abfurde.  D’ail¬ 
leurs  il  y  a  des  maladies  aiguës  qui  vont 
au-delà  de  quarante  jours ,  6c  des  chro¬ 
niques  qui  fe  terminent  en  moins  de 
temps;  enfin  enfuivant cette  méthode, 
on  ne  connoît  la  claffe  de  la  maladie 
que  lorfqu’il  en  eff  le  moins  befoin , 
c’eft-à  dire,  lorfqu’elle  a  ceffé. 

49.  La  méthode  Jlnatomlque  divife 
les  m.aladies  felort  les  parties  du  corps 
oîi  elles  établiffenî  leur  fiege  ,  6c  par 
conféquent  en  externes  6c  internes, 
en  générales  6c  en  particulières ,  en 
maladies  de  l’âge  ,  du  fexe ,  6c  enfin , 
en  maladies  de  la  tête ,  de  la  poitrine  ^ 
du  bas  ventre  6c  des  membres.  Elle 
décrit  enfuite  les  maladies  de  chaque 
partie  ,  6c  détaille  leurs  fymptonies 
particiiîier-s.  Ceux  qui  fuivent  cette 


Préliminaire.  105 
ciethode  mettent  au  rang  des  m.aladies 
ce  que  tous  les  Praticiens  ne  regardent 
que  éomme  des  vices  ,  des  principes 
éc  des  caufes  de  maladies  ,  &  ils  don¬ 
nent  le  nom  de  fymptomes  à  ce  que 
les  Praticiens  appellent  des  maladies. 
Voyez  ridée  univerjèile  de  la.  Médecine 
de  J.  Jcnjîon ,  imprimée  à  AmÇierdam  en 
i6'44.  On  n’y  regarde  point  l’Apople¬ 
xie  ,  la  Manie  ,  la  Rage  ,  la  Céphalal¬ 
gie  ,  &c.  comme  des  maladies  ;  on 
garde  ce  nom  pour  les  verrues,  les 
lentilles ,  une  petite  plaie ,  les  jambes 
cagneufes ,  &c.  Tous  les  Praticiens 
condamnent  cette  Nomenclature  ;  iln’y 
a  que  le  jargon  des  Scholaftiques  qui 
puifie  la  fupporter. 

Exposé 

De  la  Méthode  de  Jonjlon  &  de 
Sennen, 

50.  îiy  a  deux  fortes  de  maladies, 
dont  les  unes  tiennent  le  premier  rang, 
&  les  autres  le  fécond.  Les  premières 
fe  divifent  en  fimilaires  ,  organiques  & 
foluîions  de  continuité  ou  communes. 

51.  A.  Les  Similaires  font  les 
maladies  d’intempérie  ,  avec  matierç 

E  y 


iq6  Discours 
GU  fans  matière ,  &  les  maladies  cau- 
fées  par  des  qualités  occultes. 

L’intempérie  fans  matière  tient  aux 
qualités  chaudes  ,  humides  ,  froides 
Lches  5  &  à  leur  com.binaifon. 

L’intempérie  avec  m.atiere  tient  au 
fang,  à  labile ,  à  la  mélancolie  ,  &  aux 
férofités. 

-  Les  qualités  occultes  ont  leur  origine 
dans  l’infeclion  de  l’air ,  dans  l’eau ,  la 
contagion ,  le  venin ,  les  charmes. 

5  2.  B.  2*^.  Les  organiques  giffent  dans 
la  conformation ,  le  nombre  ,  la  gran¬ 
deur  &  la  fiîuation. 

La  conformation  fe  divife  en  figure , 
cavité  &  fuperficie  vicièufes. 

La  grandeur  peche  par  défaut  ou  par 
excès  ,  comme  dans  la  tumeur  humo¬ 
rale  ,  flatueufe  ,  folide ,  purüleufe. 

Le  nombre  peche  par  défaut  ou  par 
excès. 

La  fituation  change  dans  la  luxation 
&  l’hernie. 

53.  C.  Les  maladies  communes  îoni 
les  plaies  ,  les  ulcérés  ,  les  fraôures. 

Les  maladies  du  fécond  rang  fe  divi- 
fent  en  externes  &  en  internes. 

5  4.  D.  Les  maladies  externes  font  les 
tumeurs^  les  maladies  cutanées-,  les  ul- 


PrÉLÎ  MIKÀÎS.E.  107 
ulcerss  ,  les  luxations ,  les  fraâiires. 

Les  tumeurs  fanguims  font  la  corpu¬ 
lence  ,  le  phlegmon  ,1e  bubon  ,  le  phy- 
cstlum  ,  la  parotide ,  la  paronychie  , 
fes  engelures ,  réchjmiofe  ,  le  charbon. 

Les  tumeurs  biikufcs  font  f  éryfîpele , 
Therpe. 

Les  tumeurs  pituiteufis ,  Toederne. 

Les  imùQm's  mélancoLiques ,  le  fquirre, 
le  cancer. 

Les  tumeurs  faljb -féreufis  -  bilieufis  ^ 
la  gale ,  les  phlyflenes  ,  les  échaubou- 
lureSjles  cirons  ,  les  boutons, i’épinyc- 
tide  ,  i’alphus  ,  la  leucé,  la  grateiie,  la 
goutte  rofe. 

Les  tumeurs  enky  fiées  ,  les  écrouel¬ 
les  ,  le  ganglion ,  le  méiiceris ,  le  ftéa- 
tome ,  l’athérome. 

Les  tumeurs  dures ,  les  verrues ,  les 
cors  ,  les  calus. 

Les  tumeurs  caufées  par  La  prejjion 
des  foüdes ,  Tanevrylme  ,  les  varices. 

Les  tumeurs  malignes ,  l’élephantia- 
fis  ,  le  charbon ,  la  petite  vérole ,  la 
rougeole. 

55.  E.  Les  maladies  cutanées^  font 
les  rouffeurs  ,  les  éphélides ,  les  taches 
de  la  peau ,  les  taches  hépatiques  ,  les 
démangeaifons  5  iamauvaife  odeur,  l’a- 
E  vj 


iq8  Discours 
lopécîe ,  la  gale  ,  la  plique ,  la  gan- 
grene ,  &c. 

Les  maladies  internes  fe  divifent  en 
générales  &  en  particulières. 

56.  F.  Les  maladies  univerfelles , 
font  les  fievres  n'bn  putrides ,  les  fievres 
putrides ,  malignes  &  peftiientieiles. 

.  Les  fievres  non  putrides  ou  pures, 
font  la  fievre  éphémère  ,  la  fievre 
fynoque. 

Les  putrides  continentes ,  la  fyno- 
que  putride  ,  le  caufus. 

Les  putrides,  périodiques  premières, 
la  tierce  continue  ,  la  quarte  continue, 
la  quotidienne  continue. 

Les  putrides ,  périodiques  fecondai- 
res  caufées  par  Finfiammaîion  d’un  vif- 
cere,  la  lipyrie  lente  produite  parla 
corruption  d’un  vifcere  ou  du  lait. 

Les  intermittentes  fimples,  la  fievre 
tierce ,  la  fieyre  quarte ,  la  fievre  quo¬ 
tidienne. 

Les  intermittentes  compofées,  la 
tierce  double ,  la  quotidienne  double , 
la  quarte  double  ,  triple  ,  demi-tierce. 

La  fievre  heâique. 

Les  fievres  malignes,  la  petite  vé¬ 
role,  la  rougeole ,  la  fievre  petechiale, 
la  maladie  d’Hongrie ,  la  fueur  Angloife» 


PRÉLÏ  M  IN  AIRÊ.  10^ 

Les  fievres  peflüentielles ,  la  pefte. 

Les  maladies  particulières  font  non 
venimeufes  ,  ou  venimeufes. 

57.  G.  Les  maladies  non-venimeufes 
font,  l'^.  ks  maladies  de  la  tête  ^  que 
l’on  divife  en  maladies  du  cerveau ,  & 
en  fymptomes  du  cerveau  bleffé  dans 
fes  fondions. 

1°.  Les  maladies  du  cerveau  font,  fon 
intempérie,  la  petiteffe  des  conduits, 
fa  commotion ,  fon  inflammation ,  l’hy- 
drocephale ,  les  contufions  de  la  tête, 
les  plaies ,  les  fradures. 

Les  fymptomes  du  fens  externe  ,  la 
céphalalgie  ;  du  fens  commun ,  la  veille^ 
le  coma  ;  de  l’imagination  ,  le  vertige  ; 
de  la  ralfon ,  V oubli ,  le  diüre ,  la  phré- 
néfe ,  la  manie ,  la  rage  ;  du  fens  inter¬ 
ne  ,  le  coma  vigil ,  la  léthargie  ;  du  mou¬ 
vement  animal ,  la  laffîtude ,  Y  inquiétude  , 
\t frijfonnement ylo.  tremblement,  la  pa~ 
ralyjîe ,  le  fpafme  ;  fymptomes  mixtes  , 
X incube  ,  la  catahpfe ,  Xépilepfk ,  le  carus^, 
V apoplexie  ;  fymptomes  dans  les  excré¬ 
tions  ,  le  cataire, 

2®.  Les  maladies  des  yeux  font ,  le 
trachoma  ,  l’emphyfeme,  le  cancer, 
l’hydatide  ,  l’orgeolet ,  le  grando  ,  le 
trichiaûs ,  le  phalsDgofis ,  le  phîhiriafis , 


I  ïo  Discours 
îa  madarofe  ,  i’encanthis  ,  i’ægilops  ; 
la  fiftuie  ,  l’ophthalmie  ,  l’unguis  ,  le 
pannus  ,  l’hypophafie ,  la  nebula  ,  l’al- 
bugo ,  les  pullules  ,  les  ulcérés ,  la  my. 
driafe,  la  caîaraâe,  l’atrophie,  i’hy- 
pochime. 

Les  fymptomes  ,  la  douleur ,  le  llra- 
bîfme  ,  la  myopie  ,  la  ny^alopie ,  l’a- 
maurofe ,  la  goutte  fereine,  la  presbyo- 
pie  ,  l’amblyopie. 

3^.  Maladies  des  oreilles  ^  l’inflamma¬ 
tion,  les  ulcérés. 

Symptômes  ;  la  douleur ,  la  furdité , 
le  tintement ,  le  bruit  confus- 

4^.  Maladies  des  narines ;  V.\AQQXt 
îa  punaifie  ,  le  polype. 

;  Téter numenî  ,  Thémor- 
rhagie  ,  Tanofmie,  le  cory^za. 

5  .  Maladies  de  la  bouche  ;  la  grenouil* 
dette ,  les  aphthes ,  les  le  vres  fendues,  la 
parulie  ,  les  excroiflanees ,  les  ulcérés. 

Symptômes ,  le  bâillement ,  le  ptya- 
lifme  ,  le  mal  de  dents  ,  la  puanteur , 
la  noirceur  des  dents  ,  la  ftapeur. 

58.  H.  l-.es  maladies  du  ventre  TrtoyiJi 
font ,  les  tumeurs  ,  les  ulcérés  ,  les 
plaies  ,  &c.  du  pharynx ,  du  gofier ,  de 
la  trachée  artere  ,  des" poumons,  du 
thorax  ,  du  cœur ,  des  mamelles ,  &c. 


Préliminaire.  iiî 

Les  j(ÿ/7z/AJ/we5;  l’angine,  la  pîeuréfie, 
le  tabes,  la  phthifie  ,  i’afthme,  la  toux  , 
rhémoptyfie,la  palpitation,  la  lyncope. 

I.  Les  maladies  du  bas  ventre  font , 
les  différentes  efpeces  de  tumeurs ,  les 
inflammations  ,  les  abfcès ,  les  defcen- 
tes ,  les  hernies ,  les  ulcérés ,  les  fiftu- 
les ,  les  plaies ,  les  rhagades ,  les  obf- 
traclions  ,  la  mauvaife  difpofition  ,  &c. 
de  i’œfopbage  ,  du  ventricule ,  des  in- 
teftins  ,  de  l’anus  ,  des  pariiçs  génita¬ 
les,  &c. 

Les  fymptomes  font ,  la  difficulté  d’a¬ 
valer,  la  douleur,  l’ardeur d’eftomac , 
l’anorexie ,  le  trop  grand  appétit ,  l’ap¬ 
pétit  dépravé  ,  une  foif  ardente ,  le  dé¬ 
faut  de  coâion  ,  le  hoquet,  les  rap¬ 
ports  ,  les  naufées ,  le  vomitTement ,  le 
choiera  morbus ,  la  paillon  iliaque  ,  la 
colique ,  la  conflipation ,  la  lienterie ,  la 
paffion  coeliaque ,  ladiarrhée,  lady  fie  n- 
terie  ,le  flux  hépatique ,  des  démangeai- 
fons  au  fondement ,  le  tenefme ,  les  hé- 
morrhoïdes ,  la  cachexie  ,  l’hydropifie 
afcite  ,  tyœpanite ,  anafarque ,  l’idere  , 
l’atrophie,  l’afleôion  hypochondriaque, 
le  fcorbut ,  le  diabètes  ,  l’ifchurie ,  la 
dyfurie  ,  le  piflement  de  fang ,  le  défit 
du  coït  ,  le  priapifme  ,  le  fatyriafis-. 


II2.  Discours,  -fl 
la  gonorrhée ,  la  foibleffe  ou  la  douleur 
de  i’uterus  ;  le  üux  menftruêl ,  immo¬ 
déré  ,  fufpendu,  ou  difficiie  ,  les  fleurs 
blanches  ,  les  pâles  couleurs ,  la  fuffo- 
cation  de  la  matrice  ,  la  fureur  utérine, 
la  mélancolie  dans  les  fenlmes ,  la  fté- 
rilité,  &c. 

Appendix  de  la  goutte. - 

K.  Dis  maladies  venimeujès.  De  la 
vérole  ,  des  venins  tirés  des  fofliles  , 
des  végétaux ,  des  animaux. 

L.  Des  maladies  des  enfans.  Des  ma¬ 
ladies  de  la  tête ,  de  l’eflomac ,  du  bas 
ventre.  ■ 

■  60.  Cette  méthode  eil  confufe,  trom* 
peufe  &  incommode.  Elle  eûco72fufe; 
car  les  parties  fimilaires  telles  que  les  ar¬ 
tères,  les  veines ,  les  nerfs ,  les  fibres,  les 
fluides ,  étant  intimement  mélés  avec  les 
mufcles  &  les  vifceres  ,  &  par  CQnié- 
.quenî  confondues  entr’elles,  il  ne  s’en¬ 
fuit  pas  de  ce  qu’un  nerf  ell  affeâé , 
que  telle  ou  telle  partie  ,  ou  tel  ou  tel 
vifcere  ne  le  foit  point  :  bien  loin  de 
là ,  toutes  fe  reffentent  du  mauvais  état 
de  la  partie  affeûée ,  de  maniéré  qu’on 
ne  peut  diflinguer  le  fiege  du  mal,  ou¬ 
tre  que  toutes  les  parties  font  conti¬ 
guës,  Sc  ne  font  point  déterminées  de 


Préliminaire.  113 
façon  qu’on  puiffe  leur  alSgner  des 
limites.  En  effet ,  qui  eft-ce  qui  peut  en 
établir  entre  les  parties  internes  &  celles 
qui  font  externes?  La  peaueft-elle  par¬ 
tie  interne ,  pour  être  cachée  fous  l’é¬ 
piderme  ?  Une  partie  peut- elle  s’en¬ 
flammer  fans  que  celle  qui  lui  eft  con¬ 
tinue  èc  adhérente  par  des  veines  & 
des  arteres  ne  s’enflamme  auffi?  Qui 
eft-ce  qui  peut  afligner  des  limites  dans 
un  homme  vivant  entre  l’inîeftin  ilcon 
&  le  jéjunum ,  tandis  qu’elles  font  ar¬ 
bitraires,  même  dans  le  cadavre  ?  Qui 
éft-ce  qui  peut  en  afligner  entre  le  foie 
&  la  rate  ?  Il  y  a  plufieurs  maladies  que 
l’on  regarde  comme  particulières ,  que 
l’on  pourroit  également  mettre  au  nom¬ 
bre  des  générales.  De  ce  nombre  font 
les  maladies  inflammatoires  accompa¬ 
gnées  de  fievre ,  les  maladies  foporeu- 
îes  qui  abattent  totalement  les  forces , 
&  privent  les  membres  de  tout  fenti- 
ment  &  de  tout  mouvement ,  la  ca¬ 
chexie  ,  les  pâles  couleurs ,  la  lepre  , 
la  confomption. 

61.  La  méthode  anatomique  eû  in¬ 
commode  en  ce  qu’elle  fuppofe  dans  les 
Commençans  la  connoiflance  de  l’A¬ 
natomie  3  &  parce  qu’en  nous  donnant 


II4  D  I  s  c  O  üli  s 
celle  de  la  partie  dans  laquelle  la  ma¬ 
ladie  a  établi  fon  fiege  ,  nous  ne  fom- 
mes  pas  mieux  infiruits  de  fa  caufe  & 
de  fon  caraâere,  non  plus  que  de  la 
méthode  qu’on  doit  employer  pour  la 
guérir.  En  elFet ,  le  même  vifcere  peut* 
être  afFedé  par  des  maladies  tout- à- fait 
dilFérentes ,  par  exemple  ,  par  la  phré- 
néfie  ou  l’apoplexie  ,  la  fievre  ou  la 
fyncope ,  l’anorexie  ou  la  boulimie’, 
le  phlegmon  &  l’œdeme ,  l’intempérie 
feche  &  humide,  peuvent  également 
alFoiblir  la  même  partie.  D’ailleurs ,  la 
correfpondance  qui  régné  entre  les 
nerfs  fait  qu’on  appercoit  les  fympto- 
‘  mes  dans  une  partie  ,  tandis  que  la 
caufe  réiide  dans  une  autre,  comme 
il  arrive  dans  les  maladies  fympathi- 
ques ,  outre  que  les  parties  ayant  une 
certaine  étendue  ,  la  maladie  peut  fe 
communiquer  à  plufieurs  en  même 
temps  ,  témoin  l’obflruâion  du  reûum, 
qui  occafionne  une  douleur  &  une  ten- 
fion  dans  le  bas- ventre ,  &;  un  vomif- 
fement  de  la  matière  fécale.  Mais  le 
y  plus  grand  défaut  que  je  trouve  dans 
cette  méthode  eft ,  qu’il  n’y  a  aucune 
reffemblance  entre  les  maladies ,  eu 
égard  à  la  partie  afFedée  ;  &  ,qùe  raf- 


Préliminaire. 
femblant  des  maladies  tout-à-fàit  diffé¬ 
rentes,  on  eft  fouvent  obligé  de  répé¬ 
ter  la  même  théorie  générale  8c  la 
même  méthode  curative.  Toutes  les 
parties  en  général ,  par  exemple ,  8c 
chacune  d’elles  en  particulier  pouvant 
être  affeftée  d’un  fentiment  de  douleur, 
on  eft  obligé  de  répéter  la  théorie  de 
la  douleur  dans  chaque  claffe  ,  toutes 
les  fois  qu’il  en  eft  queftion  ;  il  arrive 
de  là  que  la  connoiffance  de  la  claffe 
ne  fert  prefque  à  rien  pour  acquérir 
celle  des  genres,  vu  le  peu  de  reiTem- 
blance  qu’il  y  a  entr’eux. 

6z.  Enfin,  cette  méthode  eft  trom- 
peufe  dans  Üùat  ou  dk  en  ce  qu’elle 
ne  rapporte  point  toutes  les  maladies  , 
par  exemple  ,  celles  des  mufcles  ,  des 
glandes  ,  des  vifceres ,  du  cerveau ,  de 
la  moelle  épineufe ,  de  la  véiicule  du 
fiel ,  du  thymus  ,  des  capfules  atrabi¬ 
laires,  de  la  moelle  des  os  ,  8zc.  Elle 
eft  trompeufe  encore  ,  fût- dk  comme, 
elle  doit  être ,  parce  que  le  fiege  de  la 
maladie  varie ,  eft  douteux ,  ou  entiè¬ 
rement  inconnu ,  8c  qu’elle  le  fuppofe 
connu  ,  puifqu’autrement  elle  ne  pour- 
roit  pas  nous  faire  parvenir  à  la  con- 
noîû'ance  des  maladies.  Prenons  le  vo- 


1 


îi6  Discours 
miiTement  pour  exemple  :  quel  eft  le 
fiege  de  cette  maladie  ?  Eft-ce  la  bou¬ 
che  par  où  les  matières  fortent,  ou 
i’œfophage  par  où  elles  paffent ,  ou  le 
ventricule ,  comme  plufieurs  le  croient, 
&  en  ce  cas  laquelle  de  fes  membra¬ 
nes  ?  Eft-ce  la  veloutée ,  la  mufculeu- 
fe  ou  la  nerveufe  }  Ou  bien  font-ce  les 
inteftins  ,  comme  dans  le  vomiffement 
iliaque  caufé  par  le  bubonoceie  }  Mais 
le  vomiftentent  bilieux  vient  du  foie  , 
l’urineùx  ,  des  reins  ,  &  ainfi  des  au¬ 
tres  :  om.voit  donc  que  cette  maladie 
peut  avoir  fon  fiege  dans  plufieurs  en¬ 
droits;  &  comme  l’Ecrivain  ignore  à 
quelle  partie  il  doit  la  rapporter ,  le 
Leâeur  ignore  bien  plus  fous  quel  titre 
il  la  cherchera.  Quel  eft  le  fiege  de  la 
manie,  de  la  mélancolie,  de  l’oubli, 
du  fomnambulifme ,  du  tarantifine  ,  du 
vertige ,  de  la  caîalepfie,  du  cochemart, 
du  pica  &  de  quantité  d’autres  mala¬ 
dies?  On  ne  le  détermine  que  parhy- 
pothefe,  &  comme  on  ne  connoît  point 
la  partie  âffeârée  ,  on  ne  fauroit  jamais 
parvenir  à  cette  évidence  qui  conftitue 
le  caraâere  de  la  maladie.  C’eft  l’igno¬ 
rance  où  l’on  eft  du  fiege  des  maladies 
qui  fait  que  Lower  place  le  fiege  du 


Préliminaire,  i  17 
chemart  dans  le  quatrième  ventricule 
du  cervelet ,  Dddier  dans  les  mufcies 
de  la  poitrine  ,  les  uns  dans  i’eftomac , 
les  autres  dans  le  poumon.  Cælius  Au- 
nüanus  demande  quel  eft  le  liege  de 
l’hydrophobie  ,  &  quelle  eft  la  partie 
qui  fouftre  dans  ceux  qui  en  font  affec¬ 
tés  ?  II  répond  que  ce  font  les  nerfs ,  fui- 
vant  Démocrite;  les  méningés^  fuivant  les 
Seftateurs  Ôl  Afclépiade  ;  le  diaphragme  , 
félon  d’autres  ;  l’eftomac ,  fuivant  Ar^ 
torius  &  Artemidore  ;  le  ventre ,  fuivant 
Gaius  difciple  à’Hérophile  ;  le  cœur,  les 
flancs,  la  tête  &  le  diaphragme  enfem- 
ble ,  fi  l’on  en  croit  Magnus  d’Ephefe. 
La  fievre ,  la  plus-  fréquente  de  toutes 
les  maladies  ,  a  fon  fiege  dans  le  cer¬ 
veau  ,  fuivant  Morton;  dans  le  cœur, 
fuivant  Galien  ;  dans  les  extrémités  des 
artères,  fuivant  plufieurs  modernes  ;  le 
plus  fouvent  dans  le  méfentere,  au  rap¬ 
port  de  Baglivi;  dans  le  pancréas,  fui¬ 
vant  Sylvius  ;  dans  Veflomac ,  félon  plu¬ 
fieurs  Praticiens.  Suivant  M.  Afiruc,  la 
greffe  vérole  a  fon  fiege  dans  la  lym¬ 
phe  &  dans  la  femencc  ;  Mercurialis  la 
place  dans  les  efprits  naturels  ;  Perdulcis, 
dans  le  foie  ,  &c.  Cette  variété  de  fen- 
timens  prouve  que  le  fiege  des  maladies 


ii8  Discours 
n’efl  pas  affez  évident  pour  établir  un 
caraâefe  auquel  on  puili’e  les  connoître 
&  les  diftinguer,  &  que  la  méthode 
à  laquelle  il  fert  de  fondement  n’eft 
d’aucune  utilité  pour  cet  eftét. 

63.  La  méîkode  Etiologique  àéûnk  Sc 
didingue  les  maladies  par  leurs  caufes 
&  leurs  principes  ,  ou  ,  ce  qui  revient 
au  même ,  elle  fuppoie  la  connoiffance 
de  ces  caufes  &:  de  ces  principes ,  & 
en  emprunte  des  lignes  pour  connoître 
&  diftinguer  les  maladies. 

Les  Galéniftes  ont  attribué  la  fievre 
à  une  chaleur  qui  s’allumoit  dans  le 
'  cœur ,  qui  fe  répandoit  dans  les  mem¬ 
bres,  &  fe  eommuniquoit  aux  humeurs, 
aux  efprits  &  aux  foiides.  Sur  ce  prin¬ 
cipe  ,  ils  ont  diviié  les  fievres  en  cketi- 
ques^  lefquelies  font  occafionnées  par 
la  chaleur  des  humeurs  &  des  efprits , 
&  en  heUiques ,  qui  le  font  par  celle 
des  foiides.  Ils  ont  encore  divifé  celles 
qui  proviennent  de  l’inflammation  des 
humeurs,  en  fanguines  ,  biiieufes , 
pituiteufes  &,  mélancoliques. 

Les  Difeiples  de  Paracelfe ,  les  attri¬ 
buant  au  foufre ,  à  la  terre  ,  au  fel,  au 
mercure ,  ou  à  l’efprit  &  à  l’influence 
des  allres,  les  ontdiyifées  en  terreflres, 


Préliminaire.  119 
üHnes ,  mercurielles  &  afirales  ,  &  les 
ont  définies  par  ces  principes.  Tachenius 
Lia  prefque  toutes  divifées  en  acides  , 
alkalines  &  neutres. 

64.  Il  eft  aifé  de  fentir  la  faulTeté  des 
caraderes  qui  ne  font  fondés  que  fur 
une  caufe  hypothétique  &  arbitraire, 
tels  que  font  ceux  dont  on  vient  de 
parler  ;  mais  on  ne  fent  pas  dé  même 
l’erreur  que  peut  occafionner  un  ca- 
'raâere  étiologique  que  l’on  s’efforce 
de  concilier  avec  les  lois  du  raifonne- 
ment  &  de  l’expérience.  Je  m’expli¬ 
que ,  &  je  dis  1°.  qm  la -Médecine  ne 
fera  jamais  aucun  progrès ,  à  moins  qu'elle 
ne  fait  fondée  fur  des  principes  certains  & 
incontefables  ;  &  en  effet ,  fi  les  fon- 
demens  font  changeans  &  muables  , 
il  faut  néceffairement  qu’elle  le  foit 
auffi.  Or  les  meilleures  Etiologies  des 
maladies  que  nous  avons  iufqu’ici  , 
telles  que  font  celles  de  Sennert^  de 
Sydenham  ,  de  Riviere  ,  de  Botrhaave  ^ 
à' Hoffman ,  de  Pitcairn ,  &c.  ne  s’ac¬ 
cordent  point  entr’elles  ,  fe  com¬ 
battent  les  unes  les  autres ,  changent 
tous  les  dix  ans  ,  &  ne  fauroient 
par  conféquent  fervir  de  fondement 
à  la  Médecine.  Je  dis  a®,  que  quand 


îlo  Discours 
me?^s  P  Etiologie  des  maladies  ferait  cer¬ 
taine  ,  elle  ne  fauroit  fournir  des  carac¬ 
tères  pour  les  coTipoitre  &  pour  les  dif 
tinguer.  La  raifon  en  efl,  que  la  caufe 
en  tant  que  telle  ne  pe«t  être  apperçue 
par  les  fens  (  Hamberg.  Phyf.  Præf. 
pag-  &  que  des  principes  ou  des 
caiifes  .  éloignées  d’une  maladie,  on  ne 
peut  coticlure  que  fa  poffibilité  &  non 
-fon  exiftence.  Que  diroit-on  d’unBota- 
nille  ,  qui  voulant  nous  donner  les 
carafteres  des  plantes ,  les  définiroit 
&  les  diviferoit ,  ou  voudroit  nous 
les  faire  connoître  par  des  qualités  dou- 
teufes  ,  obfcures ,  qui  échappent  aux 
fens  ,  ou  par  leur  ftrufture  intime  & 
hypothétique ,  par  leurs  follicules,  leurs 
trachées  ,  &c.  ?  On  en  riroit,  &  avec 
raifon ,  car  il  y  a  de  la  folie  à  vouloir 
découvrir  ce  qui  eft  caché  par  le  moyen 
des  chofes  qu’on  ignore.  Les  fignes 
doivent  être  plus  clairs  que  la  chofe 
que  l’on  cherche  à  défigner.  C’elt  pour 
éviter  cette  erreur,  que  les  Botaniftes 
déterminent  les  claffes ,  les  genres  & 
les  efpeces  des  plantes  par  le  nombre, 
la  figure  ,  la  fituation  &  la  proportion 
des  parties  externes  que  tout  le  monde 
apperçoit,  &  n’ont  recours  aux  racines 
que 


PRÉLÎMI.NÂÎRE.  lai 
que  ie  plus  rarement  qu’ils  peuvent, 
&  lorfque  les  autres  caraâeres  devien¬ 
nent  infufHfans.  On  fe  moqueroit  d’un 
Zoologue ,  qui  décrivant  les  genres 
&  les  efpeces  des  animaux,  emprun- 
teroit  leurs  caraâeres  des  œufs  ou  des 
animalcules  répandus  dans  la  femence, 
&  des  autres  myÆeres  de  la  généra¬ 
tion  ;  parce  que  les  genres  &  les  efpe¬ 
ces  font  des  chofes  lenfibles,  &  qu’un 
caraâere  qui  n’a  ni  évidence  ni  clarté, 
ne  peut  fournir  ni  définition  ni  divifion. 

65.  Comme  donc  les  principes  & 
les  caufes  des  maladies  font  fouvent 
cachées  dans  l’intérieur  du  corps ,  in¬ 
connues  ou  extrinfeques  à  l’homme  , 
&  ne  prouvent  tout  au  plus  que  la 
poffibilité  du  mal ,  quelque  certaine 
que  foit  la  caufe ,  elle  ne  fauroit  four¬ 
nir  aucun  caraé^re  évident,  &  quelque 
évidens  quefoient  les  principes  ,(155) 
iis  ne  fauroient  fournir  aucun  caraélere 
certain.  Si  un  Général  ou  un  Capi¬ 
taine  ne  fpécifîoit  dans  le  fignalement 
qu’il  donne  de  fes  Soldats  que  les  mar- 
<jues  cachées  qu’ils,  ont  fur  le  corps , 
ou  tel§  autres  fignes  obfcurs  &  incon¬ 
nus  qui  échappent  à  la  vue ,  on  auroit 
beau  chercher  les  deferteurs ,  on  nç 
Tomi  /,  F 


122  Discours 
les  découvriroit  jamais.  De  même  fi 
celui  qui  écrit  FHifioire  des  maladies 
fe  contente  de  les  défigner,  de  les 
finir ,  &  de  les  divifer  par  leurs  caufes 
&  leurs  principes ,  il  perdra  fon  temps 
&  fa  peine ,  perîbnne  ne  les  reeon- 
noîtra. 

66.  Je  fuis  perfuadé  que  rien  n’eft 
plus  utile,  &  plus  nécelTaire  fi  l’on  veut, 
que  la  connoiflance  des  caufes  &  des 
principes  des  malacfies  ;^ais  cette  con¬ 
noiflance  efi:  encore  à  acquérir,  &  à 
l’égard  des  caufes  prochaines ,  les  Mé¬ 
decins  les  plus  heureux  dans  la  prati¬ 
que  qui  ont  vécu  avant  Harvey^  les 
ont  entièrement  ignorées.  En  un  mot, 
quiconque  entreprend  une  Hiftoire  des 
maladies-,  doit  renoncer  à  toute  hypo- 
thefe  &  à  toute  théorie  philofophique, 
étudier  leurs  caufes  d’après  cette  hiftoire, 
&  imiter  les  Géomètres  qui  fe  fervent 
des  quantités  connues  pour  découvrk 
les  inconnues. 

67.  Enfin  la  méthode  Symptomatique 
eft  celle  qui  emprunte  les  carafteres 
des  maladies,  des  phénomènes  inva¬ 
riables  ,  &  des  fymptomes  évidens 
qui  les  accompagnent. 

»  y  a-t-il,  dit  ï Hippocrate  Ànglohy 


Pr  ELI  MIN  AIRE.  XIJ 
»  une  voie  plus  fure  &  plus  courte 
tf  pour  découvrir  les  caufes  morbifi- 
»  ques,  au  devant  defquelles  il  faut 
»»  aller  ,  ou  les  indications  curatives 
n  dont  on  a  befoin ,  que  la  connoif- 
»  fance  certaine  &  diftinâe  des  fymp- 
M  tomes  particuliers  ?  Il  n’y  a  point 
»  de  circonftance  ,  quelque  légère 
M  qu’elle  foit  ,  qui  n’ait  fon  utilité 
»  dans  l’un  &  l’autre  cas.  Je  conviens 
H  que  les  différens  tempéramens  des 
>»  individus,  &  les  différens  traitemens 
»  qu’on  emploie  ,  peuvent  occafion- 
»  ner  quelque  variété  ;  mais  d’un  autre 
»  côté,  la  nature  eft  fi  uniforme  6c 
H  fi  femblable  à  elle-même  dans  la 
^  produélion  des  maladies ,  que  malgré 
»♦  la  différence -des  corps,  les  fymp- 
»  tomes  font  prefque  toujours  les 
»  mêmes  dans  la  même  maladie  ;  il  en 
H  eft  d’elles  comme  des  plantes ,  dont 
»  les  caraéleres  généraux  font  inva- 
»  riables  dans  les  individus  de  la  mê- 
»  me  efpece.  Celui  qui  décrit  exafte- 
H  ment  une  violette,  &  qui  définit 
»  fon  caraélere  d’après  les  phéno- 
»  menés  conftans  qu’il  y  remarque , 
M  par  exemple ,  d’après  la  figure ,  le 
?»  nombre ,  la  fituation  ôc  la  oroporr 

F  n 


124  Discours' 

»  tion  des  parties  qui  fervent  à  k 
»  fruâ;ification ,  s’appercevra  aifément 
que  ceîte  hiftoire ,  ou  ce  çaraâere 
»  tant  générique  que  fpécifique ,  con- 
»  vient  aux  individus  de  la  même 
efpece  qui  font  répandus  dans  tout 
»  Tunivers. 

68.  »>  Je  fuis  perfuadé  ,  continue 
»  l’Auteur,  que  la  raifon  pour  laquelle 
»  nous  n’avons  point  encore  une  hif- 
toire  exaâe  des  maladies,  eft  que 
»  la  plupart  des  Auteurs  ne  les  ont 
»  jufqu’iei  regardées  que  comme  les 
H  effets  confus' &  cachés  d’une  nature 
M  mal  difpofée  &  déchue  dé  fon  état, 
»  &  qu’ils  auroiênt  cru  perdre  lair 
H  temps  s’ils  s’étoient  amufés  à  ks 
»  décrire.  Cependant  l’Eîre  fuprême 
»  ne  s’eff  pas  âffujeîti  à  des  lois  moins 
»  certaines  en  produifantffes  maladies, 
»  ou  en  mûriffant  les  humeurs  mor>' 
»  bifiques  ,  qu’en  créant  les  plantes 
'»  &  les  animaux.  Bien  plus,  comme 
»  il  ÿ  a  certaines  qualités  particulières 
»  qui  font  propres  à  chaque  plante 
»  &  à  chaque  animal,  de  même  il  y 
»  a  dans  le  développement  dé  tous 
}»  les  fens  morbifiques  j  Certaines  pro- 
g  priétés  dont  oii  s’appe-rçok-fans  peine 


Préliminaire..  12,5 
»  après  que  l’efpece  eft  une  fols  pro- 
duite.  Celui ,  par  exemple  ,  qui  ob- 
»  fervera  attentivement  l’ordre  ,  le 
»  temps ,  l’heure  où  commence  l’accès 
>>  de  la  fievre  quarte ,  les  phénomènes 
»  de  friffon ,  de  chaleur ,  en  un  mot , 
»  tous  les  fymptomes  qui  lui  font  pro- 
près,  aura  autant  de  raifon  de  croire 
»  que  cette  maladie  eft  une  efpece  , 
»  qu’il  en  a  de  croire  qu’une  plante 
»  conftitue  une  efpece ,  parce  qu’eUe 
»  croît ,  fleurit  &  périt  toujours  de  la 
»  même  maniéré  ;  avec  cette  dlffé- 
»  rence  néanmoins  que  les  efpeces 
»  des  plantes  ,  à  l’exception  des  para- 
»  fîtes ,  fubfiftent  par  elles-mêmes,  au 
»  lieu  que  les  efpeces  des  maladies 
»  dépendent  des  humeurs  ou  des  cau- 
»  fes  qui  les  engendrent. 

69.  »  Pour  revenir  à  mon  fujet,  je 
H  fuis  perfuadé  que  les  fymptomes 
»  mêmes  les  plus  légers  d’où  le  Mé- 
H  decin  a  tiré  fon  diagnoftic ,  peuvent 
»  également  lui  fournir  les  indications 
M  curatives  dont  il  a  befoin;  Si  j’ai 
»  fouvent  penfé  que  fi  j’avois  une 
»  hiftoire  exafte  de  chaque  mala- 
»  die  ,  il  ne  me  feroit  pas  difficile 
H  de  la  guérir,  en  fuivant  la  route 


ji6  Discours 
»  que  m’indiqueroient  les  phénome- 

nés ,  &  qui  eft  toujours  sure.  Si 
w  l’on  avoitfoin  de  comparer  ces  plié^ 
»  nomenes  les  uns  avec  les  autres, 
»  ils  nous  conduiroient  comme  par 
»  la  main  à  des  indications  évidentes, 

qu’on  doit  plutôt  chercher  dans  la 
»  nature  ,  que  dans  les  caprices  d’une 
»  folle  imagination. 

70.  »  C’eH  en  fuivant  cette  route 
»  que  le  Fondateur  de  la  Médecine , 
»  le  favant  Hippocrate  ,  efl  parvenu 
»  au  plus  haut  période  de  fon  Art. 
»  Convaincu  que'  la  nature  guérit  les 
»  maladies ,  &  voulant  établir  la  Mé- 
»  decine  fur  des  fondemens  certains 
»  &  inébranlables  ,  il  a  eu  foin  de 
»  décrire  les  phénomènes  qui  font 
M  propres  à  chaque  maladie ,  fans  em- 
»  ployer  le  fecours  d’aucune  hypo- 
»  thefe ,  comme  on  peut  le  voir  dans 
»  fes  Livres  des  maladies ,  des  affeBions. 
»  Voilà  à  quoi  s’eft  réduite  la  théorie 
»  de  ce  divin  Vieillard.  »  Ce  font  là 
les  termes  de  Sydenham. 

7 1 .  Si  l’on  prend  la  peine  de  com¬ 
parer  les  parties  externes  &  internes 
entr’elles ,  on  verra  que  les  corps  hu¬ 
mains  font  des  machines  femblables 


Préliminaire.  127 
ou  très-approchantes  les  unes  de  au¬ 
tres  ,  du  moins  dans  lès  perfonnes  du 
même  âge ,  du  même  fexe  &  du  même 
tempérament ,  &  c’efl:  de  la  certitude 
de  cette  propofition  que  dépend  celle 
que  l’on  admet  dans  la  pratique  de  la 
Médecine,  &  dans  les  affaires  de  1^ 
vie  humaine.  Par  exemple ,  c’eft  une 
chofe  certaine  que  Titius  a  le  cœur, 
les  poumons ,  le  ventricule  qu’on  ne 
volt  point,  placés  dans  le  même  en¬ 
droit  que  Mævius ,  &'que  ces  vifceres 
ont  la  même  figure  &  la  même  gran¬ 
deur  dans  le  premier  que  dans  le  fé¬ 
cond  ;  que  la  même  dofe  de  féné  , 
prife  dans  les  mêmes  circonftances , 
doit  produire  dans  tous  deux  les  mêr 
mes  effets  ;  que  le  pain  leur  fert  égale¬ 
ment  de  nourriture  ;  que  certains  poi- 
fons  font  nuifibles  à  tous  deux  ,  &c.  ; 
&  cette  certitude  morale  fuffit  pour  les 
ufages  de  la  vie. 

72.  Il  fuit  de  là  que  les  mêmes  cau- 
fes  &  les  mêmes  principes  doivent  leur 
caufer  les  mêmes  maladies  dans  les  mê¬ 
mes  circonftances,  &  comme  il  eft 
certain  que  l’excrétion  de  la  férofité 
lixivielle  du  fang  fe  fait  dans  tous  les 
deux  par  les  urines  ,  &  celle  de  la 
F  iv 


iiS  Discours 
bile  par  le  foie ,  il  y  a  tout  lieu  de 
croire  que  la  matière  morbifique  doit 
altérer  également  en  eux  les  mêmes 
fondions  ,  les  mêmes  excrétions  &  les 
mêmes  qualités.  Ce  font  ces  léfions, 
ces  changemens  fenfibles  auxquels  on 
donne  le  nom  de  fymptomts  ,  &  il 
fufiit  d’en  admettre  la  caufe ,  pour  être 
afîuré  qu’ils  en  réfulteront  comme  des 
effets  néceffâires;  car  rien  ne  fe  fait 
par  hafard  dans  l’univers ,  &  le  hafard 
n’eft  qu’un  nom  imaginaire  qui  ne  doit 
fon  origine  qu’à  l’ignorance  des  caufes. 
11  s’enfuit  donc  que  les  caufes  des  ma¬ 
ladies  une  fois  admifes ,  il  en  doit  ré- 
fulter  des  fymptomes ,  lefquels  varient 
félon  la  diverfité  de  ces  caufes. 

73 .  Il  y  a  une  connexion  certaine  & 
îiécefl’aire  entre  les  caufes  &  les  fymp- 
îomes;  &  comme  ceux-ci  font  des 
changemens  évidens  &  fenfibles ,  & 
comme  autant  de  fignes  ou  de  carac¬ 
tères  qui  nous  çonduifent  à  la  connoif- 
fance  des  caufes ,  il  s’enfuit  que  ce  ne 
font  ni  les  caufes  ni  le  fiege  des  ma¬ 
ladies  qui  doivent  nous  conduire  à  la 
connoiffance  des  fymptom.es  ,  mais 
mi’au  contraire  ,  nous  devons  nous 
fervir  des  fymptomes  pour  connoître 


P  R  É  L  I  M  I  K  A  I  R  Ê.  110 
le  fiege  &:  les  caufes  des  maladies ,  & 
que  ce  n’elt  qu’en  tenant  cette  con¬ 
duite  que  le  Médecin  eû  sûr  de  ne 
pas  s’égarer. 

On  peut  déduire  de  ce  qu’on  vient 
de  dire  les  réglés  fuivantes. 

74.  (  *  )  La  définition  d’une  maladie 
efi;  l’énumération  des  fympîomes  qui 
fervent  à  connoître  fon  genre  &  fon 
efpece,  &  à  la  diftinguer  de  toutes 
les  autres. 

/  75.  La  définition  d’une  maladie  eû 
donc  défeélueufe ,  lorfqu’on  y  fait  en¬ 
trer  des  chofes  qui  font  obfcures  & 
hypothétiques  telles  que  le  fiege  in¬ 
terne  &  propre ,  qu’on  ne  peut  difiin- 
guer  dans  un  homme  vivant  :  mais  on 
doit  y  faire  entrer  le  fiege  que  l’oa 
Eonnoîî  par  l’entremife  des  fens,  ou 
par  le  rapport  du  malade  ,  quand  mê¬ 
me  la  vériîahîe  caufe  &  le  vrai  prin- 
•tipe  de  la  maladie  réfideroient  ailleurs. 
Par  exemple ,  quelle  que  foit  la  partie 
jque  le  cochemart  affecle  ,  comme  le 
■malade  fe  plaint  d’une  grande  oppref- 

{’'■)  Theflaîas  s’ejî  trompé  grcffiércmcnt  lorfqu’il  a. 
jtXflu  àu  rang  des  maladies  les  léfior.s  des  actions  ,  de 
même  que  les  affeBions  qui  en  font  les  caufes  ,  &  qu’il 
a  confeillé  eux  Aiédecirs  de  s'en  tenir  eux fmples  évA* 
•ifMtwEi,- -Çàien.  - ,  .  .  - 

F  Y 


Ï30  Discours 
fion  qu’il  fent  dans  la  partie  extérieure 
de  la  poitrine ,  il  faut  inférer  ce  fymp- 
îome  dans  la  définition ,  èc  ne  point 
décider  fi  la  matière  morbifique  a  fon 
fiege  dans  le  cervelet ,  dans  les  pou¬ 
mons  ou  dans  l’eftomac;  mais  ren¬ 
voyons  la  queftion  à  PEtiologie.  Il  s’en¬ 
fuit  donc  qu’on  ne  doit  parler  dans  la 
définition  que  du  fiege  apparent  des 
fymptomes. ,  &  non  point  du  fiege 
caché  de  la  caufe ,  autrement  on  con¬ 
fond  l’expérience  avec  le  jugements 

76.  La  définition  ell  encore  défec- 
tueufe  ,  lorfqu’elle  fait  mention  de  la 
caufe  ou  des  principes  v  cette  feute  eft 
intolérable  dansla  définition  des  genres^ 
parce  que  quand  même  on  feroit  affuré 
que  ce  genre  de  maladie  eft  produit 
par  cette  caufe  ;  comme  cependant 
elle  ne  tombe  point  fous  les  fens.  ri 
du  Médecin  ni  du  Malade ,  elle  ne  peut 
fournir  aucun  figne  ni  aucun  caraâ:ere* 
C’eft  mal  à  propos ,  par  exemple ,  que 
Gorrée  définit  la  Pleuréfie  une  inflam¬ 
mation  ou  une  tumeur,  qui  fe  forme 
dansla  metebrane  qui  tapifîe  les  côtes, 
accompagnée  de  rougeur ,  de  choeur 
'  Qc  dé  douleur,  parce  qu’on,  ne  peut 


PRELIMINAIRE.  131 
appercevoir  que  la  chaleur  &  la  dou¬ 
leur  ,  &  que  la  rougeur  &  la  tumeur 
ne  font  point  fenfibles ,  &  parce  qu’on 
ne  voit  pas  fi  la  membrane  eft  réelle¬ 
ment  affedée. 

yy.  C’eft  ce  qui  fait  qu’on  n’a  aucune 
définition  fixe  &  confiante  des  mala¬ 
dies.  Par  exemple  ,  Arifiou  définit  la 
Pleuréfie  ,  une  codion  ou  un  épaiffif- 
fement  de  la  matière  liquide. 

Apollonius ,  une  affedion  pafiagere 
&  foudaine  ,  qui  a  quelquefois  fon 
fiege  dans  les  parties  du  poumon ,  & 
qui  fouvent  n’efi  accompagnée  d’au¬ 
cune  tumeur. 

Afckpiade ,  un  écoulement  d’humeur 
paflager  &  rapide  qui  a  fon  fiege  dans 
les  parties  intérieures  4u  côté,  accom¬ 
pagné  de  fîevre  &  de  tumeur. 

Soranus ,  une  douleur  violente  dans 
les  parties  intérieures  du  côté ,  accom¬ 
pagnée  d’une  fievre  aiguë  &  d’une 
petite  toux ,  qui  contribue  à  l’excré¬ 
tion  d’une  liqueur  dont  la  qualité  varie.’ 

Gordon^  (^Lilii pug.  203.  )  un  apof- 
tême  chaud,  qui, a  fon  fiege  dans  les 
tuniques  qui  tapifient  par  dedans  les 
côtés  de  la  poitrine. 

Van  Hdmont,  un  déchirement  de 
F  vj 


131  Discours 
la  plevre ,  laquelle  fe  fépare  des  côtes , 
non  point  par  le  poids  de  la  pituite  qui 
découle  du  cerveau ,  comme  les  an¬ 
ciens  l’ont  cru ,  mais  par  les  efforts 
convulfifs  de  l’archée  ,  ou  une  acidité 
étrangère  engendrée  par  ce  même  ar¬ 
chée.  Hdm,  phvra  furms  y  pag.  z43. 

JunkeruSyTab.  64,  une  fievre  aiguë, 
continue  ,  inflammatoire  du  fécond 
ordre ,  par  le  moyen  de  laquelle  le 
principe  aélif  dirige  les  humeurs  vers 
la  poitrine ,  &  cherche  à  en  procurer 
la  réfolution  dans  la  plevre. 

78.  La  définition  efl  trop  peu  éten¬ 
due  &  faufle  lorfqu’elle  ne  convient 
point  à  toutes  les  efpeces ,  &  l’efpece 
appartient  à  un  genre  donné ,  îorfqu’elle 
a  plus  d’affinité  avec  liii  par  les  fymp- 
tomes  effentiels  ,  qu’avec  les  autres 
genres. 

Par  exemple ,  les  définitions  de  la 
pleuréfie  font  trop  peu  étendues  quand 
on  n’y  fait  entrer  que  la  douleur  du 
côté ,  vu  Hippocrate  fait  mention 
d’une  pleuréfie  du  dos  ,  &  Avicenne 
d’une  pleuréfie  du  médiaftin ,  &  qu’il 
y  a  d’autres  efpeces  qu’on  ne  peut 
mettre  qu’au  rang  des  pleuréfies , 
qui  font  accompagnées  à  la  vérité  d’une 


PRELIMINAIRE.  13} 

douleur  de  poitrine  ,  mais  dans  îef- 
quelies  le  côté  ne  foufFre  point.  Pour 
fixer  les  limites  d’un  genre ,  il  faut  con- 
noître  exactement  toutes  les  efpeces 
obfervées  jufqu’ici;  fans  cette  connoif- 
fance  on  ne  fauroit  bien  définir  ce 
genre  que  par  un  effet  du  hafard. 

79.  La  définition  efl  trop  vague  , 
loriqu’elle  convient  à  d’autres  genres 
qu’au  défini;  il  faut  donc  la  rejeter, 
parce  qu’elle  confond  des  chofes  entiè¬ 
rement  diftinâes. 

Par  exemple  ,  la  définition 
tou  &  Gorréc  donnent  de  la  pleuréfie  , 
convient  à  plufieurs  maladies  diffé¬ 
rentes  de  celles-ci  ;  lorlque  le  phleg¬ 
mon  qui  affefte  la  pîevre  eff  léger,  ii 
peut  arriver  qu’il  ne  caufe  aucune  fiè¬ 
vre  aiguë ,  &  par  conféquent  qu’il  n’y 
ait  aucune  pleuréfie.  On  apperçoit  tous 
les  jours  dans  les  cadavres  de  ceux 
qui  font  morts  de  toute  autre  maladie 
que  la  pleuréfie  ,  certains  endroits  de 
la  pîevre  rouges  &  gonflés,  ce  qui 
prouve  qu’elle  a  fouffert  une  légère 
inflammation. 

80.  La  définition  eff  feuffe  lorfqu’eîle 
détermine  le  principe  ou  la  caufe  ca¬ 
chée  aitx  fens  ;  car  cette  déterminatios 


134  Discours 

eft  fouvent  fauffe ,  &  quand  même  elle 
feroit  certaine ,  elle  ne  convient  point 
à  la  définition.  Par  exemple ,  Senmn 
s’efl:  trompé ,  lorfqu’il  définit .  la  pleu- 
réfie  une  inflammation  des  côtes ,  qui 
s’étend  jufqu’aux  poumons  par  le 
moyen  de  la  veine  cave  ou  azygos, 
Jonjlon  a  été  dans  la  même  erreur, 
lorfqu’il  l’a  attribuée  à  l’inflammation 
&  à  l’épanchement  du  fan  g  ;  on  peut 
en  dire  autant  de  Van  Helmont^  qui 
l’attribue  à  un  acide.  Les  modernes 
tombent  dans  la  même  faute ,  îorfqu’ils 
parlent  de  la  flafe  du  fang  dans  les  vaif- 
feaux  capillaires  ,  en  tant  que  caufe, 
parmi  les  caraâeres  de  l’inflammation , 
vu  que  cette  flafe ,  telle  qu’elle  puifle 
être  ,  ne  fauroit  produire  par  elle-mê¬ 
me  ni  chaleur,  ni  douleur,  ni  pulfation, 
ni  diflenfion. 

8i.  Le  genre  d’une  maladie  eft  fa 
définition ,  ou  l’énumération  des  lignes 
qui  lui  font  communs  avec  toutes  les 
autres  de  la  même  clafle  &  dû  même 
ordre,  &  de  ceux  qui  l’en  diftinguent, 
Alexandre.  Trallien  définit  très-bien  la 
pleuréfie  une  fievre  aiguë  accompagnée 
de  la  dureté  du  pouls ,  d’une  douleur 
lancinante  de  la  poitrine  ,  de  la  toux 


Préliminaire. 

&  de  ia  difEculté  de  refpirer,  Lih.  F7. 
cap.  1.  La  fievre  &  la  douleur  lui  font 
communes  avec  l’hépatite ,  la  néphri- 
tique ,  la  péripneumonie  &  les  autres 
maladies  inflammatoires ,  mais  elle  dif¬ 
féré  de  tous  ces  genres  par  la  toux^ 
le  flege  de  la  douleur  &  la  difEculté  de 
refpirer.  ^ 

82.  Comme  le  genre  eft  la  refîem- 
blance  des  efpeces,  tout  ce  qu’on  a 
dit  du  genre  convient  à  chacune  de 
fes  efpeces ,  d’où  il  fuit  qu’il  efl;  inu¬ 
tile  de  répéter  dans  l’efpece  ce  qu’on 
a  dit  une  fois  du  genre  ;  or  comme 
les  fymptomes  généraux  fe  reffemblent 
dans  toutes  les  efpeces  ,  il  fuit  encore 
que  leurs  caufes  font  ks  mêmes ,  6c 
que  la  thérapeutique  générale  l’eft  aufli 
(76).  Difpofant  donc  méthodique- 
m*ent  les  genres ,  on  peut  en  même 
temps  donner  une  théorie  &  une  pra¬ 
tique  générale  ,  &  après  l’avoir  une 
fois  donnée,  il  efl;  inutile  de  la  répéter 
dans  divers  endroits  ;  faute  qu’on  ne 
peut  prefque  point  éviter  dans  la  mé¬ 
thode  Anatomique ,  non  plus  que  dans 
l’Etio logique vu  qu’on  efl  obligé,  par 
exemple  ,  de  traiter  autant  de  fois  de 
l’inflammation,  qu’il  y  a  de  parties  qui 
peuvent  s’enflammer. 


1^6  Discours 
83.  L’énmnéî-ation  doit  contenir  au¬ 
tant  d’efpeces  du  même  genre  ,  qu’on 
obferve  de  reffemblances  entre  les  ma¬ 
ladies  particulières  de  ce  genre  ,  qui 
aux  fymptomes  génériques  en  ajoutent 
d’autres  qui  leur  font  propres ,  conf- 
tans  êc  capables  de  '  les  fpécifier.  Car 
quoique  pour  être  plus  court ,  ou  pour 
fe  conformer  à  i’ufâge,  on  dénomme 
ces  efpeces  par  le  fiege,  ou  par  les 
principes  procatartiques  ou  proégume- 
nes  ,  onrfeit  cependant  enforte  que  les 
noms  ne  lignifient  que  des  fymptomes 
difierens.  Par  exemple  ,1a pleuréjîedumé- 
diajlin  dans  Avicenne ,  n’efi:  autre  chofe 
que  cette  efpece  de  pieuréfie  à  laquelle 
il  donne  ce  nom  ,  &;  auquel  il  joint  l’énu¬ 
mération  des  fymptomes  qui  lui  font 
'  propres.  Hippocrate  entend  par  pleuré^ 
dorfale  cette  efpece  de  pieuréfie ,  dans 
laquellela  douleur  fe  faitprincipaiement 
-fentir  dans  le  dos  ,  &  dans  laquelle  le 
malade  refpire  de  même  que  s’il  avoit 
Je  hoquet.  On  obfervera  tme  fois  pour 
toutes ,  qu’on  ne  prétend  point  déter¬ 
miner  par  ces  fortes  de  dénominations 
le  fiege  de  la  caufe  de  la.  maladie ,  mais 
feulement  celui  auquel  on  rapporte  les 
-principaux  fymptomes. 


Préliminaire.  137 

84.  Les  différences  des  maladies  font 
ces  fimples  relations  qui  diflinguent  les 
efpeces  entr’elles  ,  eu  égard  fur-tout  à 
la  quantité.  Par  exemple  on  différencie 
les  maladies  lorfqu’on  les  divife  en  lon¬ 
gues  &  courtes ,  en  aiguës  &  chroni¬ 
ques  ,  en  grandes  &;  petites  ,  en  légè¬ 
res  &  graves ,  en  fortes  &  foibîes  :  à 
l’égard  des  claffes,  des  ordres  ,  des  gen¬ 
res  &  des  efpeces ,  on  les  diftingue  par 
la  qualité  ,  de  maniéré  qu’on  peut  les 
connoître  par  elles-mêmes ,  &  fans  les 
comparer  à  des  termes  oppofés.  Lorf- 
qu’il  s’agit  d’une  quantité  qu’on  appelle, 
par  exemple  ,  grande  ;  on  ne  peut  la 
connoître  qu’en  la  comparant  avec  une 
autre  plus  petite  ;  mais  il  n’en  eff  pas 
de  même  de  la  qualité  :  &  l’on  connoît 
la  rougeur  ,  la  rotondité  ,  la  chaleur  , 
la  douceur ,  &c.  par  elles-mêmes ,  &: 
fans  qu’il  foit  befoin  de  les  comparer 
avec  les  qualités  oppoiées. 

8  5 .  Les  chofes  femblables  peuvent 
différer  entr’elles  par  la  quantité ,  fans 
ceffer  pour  cela  d’être  femblables  :  une 
grande  figure  ,  par  exemple  ,  peut  ref- 
fembler  à  une  plus  petite  ;  d’où  il  fuit 
que  la  quantité  ne  change  point  la  claffe, 
l’ordre,  le  genre ,  ni  l’efpece,  &  conf- 


138  Discours 
titue  feulement  la  différence  î  il  s’en¬ 
fuit  donc  que  les,  efpeces  des  maladies 
&  leiu-s  différences  ne  font  pas  la  même 
chofe  ,  malgré  la  coutume  oîi  l’on  eft 
de  les  confondre  dans  les  Ecoles ,  ainli 

Argentier  s’en  eft  plaint  il  y  a  long¬ 
temps. 

86.  Les  degrés  font  les  quantités  des 
qualités ,  (  Wolf.  Ontologie ,  pag.  ) 
de  forte  qu’on  ne  peut  les  connoître 
que  par  comparaifon  ;  mais  les  qualités 
peuvent  différer  en  degrés ,  l’identité 
&  la  reffemblance  reftant  les  mêmes  ; 
d’où  il  fuit  que  le  degré  ne  change  ni 
le  genre ,  ni  l’efpece.  il  fuit  encore  de 
là  que  les  maladies  dont  les  fymptomes 
fe  reffemblent ,  dans  lefquelles ,  par 
exemple  ,  la  chaleur ,  la  putréfadion , 
l’extenfion  eft  plus  grande  ou  plus  pe¬ 
tite  ,  &c.  ne  different  ni  par  le  genre 
ni  par  l’efpece  ,  mais  feulement  par  le 
plus  ou  le  moins  de  violence  des  fymp¬ 
tomes. 

87.  (*)  Je  fai  que  plufieurs  perfonnes 

(*)  «  Je  foutiens  d’abord  que  celui  qui  ne  fait  pas 
»  par  méthode  le  nombre  des  maladies,  bronchera 
»  dès  le  premier  pas  qu’il  fera  dans  la  pratique  ;  car 
M  comme  il  y  a  autant  de  méthodes  curatives  qu’il 
M  y  a  d’efpeces  de  maladies ,  il  n’y  a  que  ceux  qui 
»  ont  un  véritable  efprit  de  méthode ,  qui  fâchent 


Préliminaire. 
condamneront  cette  énumération  des 
efpeces ,  fur-tout  dans  un  Art  lucratif, 
où  l’on  fe  décide  plutôt  par  l’autorité 
que  par  la  raifon ,  &  où  la  plupart  mé- 
prifent  ce  qu’ils  n’ont  point  appris  de 
leurs. maîtres,  ou  qu’ils  n’ont  point  ima¬ 
giné  eux-mêmes.  Cela  eft  arrivé  dans 
la  Botanique ,  quoique  l’intérêt  de  la 
fortune  n’y  entre  pour  rien.  Les  Her- 
boriftes  &  les  Apothicaires  ont  vu  avec 
chagrin  cette  quantité  de  nouveaux  gen¬ 
res  &  de  nouvelles  efpeces  de  plantes 
que  Tournefort  &  Linnœus  ont  données 
avec  tant  d’exaûitude  ,  ce  qui  vient , 
félon  moi,  de  ce  qu’après  s’être  fait 
un  nom  dans  la  Botanique  ,  ils  fe  font 
apperçus  qu’ils  ignoroient  ce  que  d’au¬ 
tres  favent.  A  quoi  bon ,  difent-ils , 
employer  tant  de  foin  &  de  peine, 
pour  découvrir  cette  quantité  de  peti¬ 
tes  plantes  ,  de  moufles  &  de  moufle- 
rons ,  parmi  lefquelles  il  y  en  a  à  peine 
deux  cents  dont  on  puiffe  faire  ufage 
dans  la  Médecine  ?  Les  ignorans  font 
de  même  furpris  que  les  Aftronomes 
décrivent  &  infèrent  dans  leurs  Afté-, 

»  dans  i’énutnération  qu’ils  donnent  des  maladies,  ne 
»  point  s’arrêter  aux  propriétés  individuelles,  ce  qui 
»  en  établiroit  une  infinité ,  ni  s’arrêter  aux  premiers 
»  genres  qu’il  rencontre.  Gahn^ 


140  Discours 
rifraes  une  fi  grande  quantité  d’étoiles 
dont  ils  n’apperçoivent  point  Tutilité. 
Quant  à  moi ,  je  méprife  trop  la  foule 
vulgaire  des  Cenfeurs  ,  pour  daigner 
répondre  à  ces  objeûions.  Il  y.  a  feu¬ 
lement  cette  différence  entre  les  Âfiro- 
norhes  ,  &  les  Zoologues  ,  &  nous , 
qu’ils  peuvent  ignorer  impunément  tel 
ou  tel  afire  ,  tel  ou  tel  inîeâe ,  au  lieu 
qu’un  Médecin  qui  ignore  les  efpeces 
des  maladies  qu’il  traite ,  lave  fa  faute 
dans  le  fàng  d’un  millier  d’hommes 
qui  n’en  font  point  refponfables. 

88.  Combien  de  malheureux  ne  fiic- 
combent-ils  pas  tous  les  jours  fous  le 
poids  des  remedês  de  toute  efpece  que 
leuradminifirent  les  imitateurs  officieux 
des  Médecins  ?  N’efi-ce  pas  là  un  effet 
de  l’ignorance  de  chaque  efpece  de  ma¬ 
ladie  ?  Celui  qui  ne  connoît  point  la 
Céphalalgie  Jyphilique ,  emploie  pour  la 
guérir  la  faignée,.les  émétiques,  les 
martiaux ,  les  cathartiques  ,  les  fonta¬ 
nelles  &  autres  femblables  remedes 
meurtriers.  Un  ignorant  tente  de  gué- 
ru*  la  Céphalalgie  hyjlérique  ,  appellée 
vulgairement  le  Clou ,  par  des  faignées 
réitérées ,  des  cathartiques ,  &c.  &  met 
le  malade  dans  le  plus  grand  danger; 


Préliminaire.  141 
an  iieu  que  celui  qui  connoît  la  nature 
<lu  mal ,  l’en  délivre  avec  un  grain  de 
laudanum.  Un  Empyrique  s’e&rce  de 
combattre  Vafcitc  occafiennée  par  la 
fuppreffion  de  la  gale  avec  les  armes 
inutiles  de  la  Pharmacie ,  au  lieu  qu’un 
Médecin  habile  la  guérit  en  faifant  re¬ 
vêtir  au  malade  les  habits  d’un  galeux. 
Celui  qui  ne  dillingue  point  Vanorexîc 
occafionnée  par  les  paiÉons  de  i’ame, 
par  le  chagrin ,  par  exemple  ,  des  au¬ 
tres  maladies  du  même  genre ,  emploie¬ 
ra  les  émétiques ,  les  ftomachiques ,  les 
amers  ,  pour  la  guérir ,  &  n’y  réuffira 
point. 

89.  «  Il  feroit  à  fouhaiter ,  dit  BagU- 
»  vi,  (lib.  prax.  med.  cap.  9.  )  pour 
M  le  bien  de  notre  Art ,  qu’on  Ibus- 
»  divisât  les  maladies  en  autant  d’efpe- 
»  ces  qu’il  y  a  de  maladies  premières 
»  qui  les  occaftonnent ,  ou  de  caufes 
»  efficaces  &  conflantes  qui  les  pro- 
»♦  duifent ,  qu’on  affignât  à  chaque  ef- 
»  pece  les  fignes  oui  la  caraâérifent , 
»  &  qu’on  indiquât  la  méthode  cura- 
>♦  tive  qui  convient  à  chacune ,  en  fui- 
»  vànt  à  cet  égard  la  m.êm&  méthode 
»  que  les  Botaniftes ,  lefqueîs  fous  un 
H  nom  génétal  de  plante ,  par  exem- 


î4i  Discours 
»  pie ,  fous  le  nom  de  chardon  ,  com- 
»  prennent  plufieurs  efpeces  de  char- 
>»  don ,  èc  décrivent  avec  la  plus  gran- 
»  de  exaâitude  la  grandeur,  la  figure, 

»  la  couleur ,  la  faveur ,  ainfi  que  les 
»  autres  qualités  de  cette  plante ,  afin 
»  de  bien  diftinguer  les  différentes  ef- 
peces  de  chardon.  Cette  exaftitude 
»  leur  mérite  les  plus  grands  éloges. 
»  Les  Médecins ,  au  contraire ,  com- 
»  prennent  fous  un  même  titre  géné- 
>»  ral ,  des  maladies  qu’ils  auroient  dû 
>♦  divifer  en  autant  d’efpeces  qu’il  y  a 
»  de  maladies  principales  ou  de  caufes 
»  qui  les  produifent ,  &  emploient  la 
même  méthode  curative  pour  cha- 
»  cune  ,  parce  que  les  fymptomes  fe 
>f  reffemblent  ,  quoiqu’elles  different 
»  entièrement  les  unes  des  autres, 
»  qu’elles  demandent  une  méthode 
»  curative  différente ,  &  qu’on  doive 
»  les  ranger  fous  autant  de  titres  pto- 
»  près  &  féparés  ,  comme  je  viens 
»  d’obferver  que  font  les  Botaniftes 
»  des  efpeces  de  chardon  ».  C’eft  ainfi 
que  parle  Baglivi. 

90.  Ce  Reftaurateur  de  la  Médecine 
faifoit  un  fi  grand  cas  d’une  pareille 
Hiftoire des  maladies,  qu’il  a  employé 


y  Préliminaire;  145 
deux  Livres  de  fa  Pratique  de  la  Mé¬ 
decine  pour  montrer  la  néceffité  qu’il 
y  auroit  de  fonder  une  Académie  dont 
les  membres  ne  fuffent  occupés  qu’à 
cette  feule  recherche.  L’on  n’a  qu’à 
lire  les  chapitres  4  &  5  du  livre  2.  dans 
lefquels  il  réfute  les  préjugés  des  Mé¬ 
decins  qui  font  d’un  fentiment  contrai¬ 
re ,  &  il  prouve  par  des  raifons  puifées 
dans  les  écrits  de  l’illullre  Sydenham  y 
&  dans  l’expérience ,  que  les  efpeces 
des  maladies  ne  font  ni  infinies ,  ni 
incertaines. 

Le  favant  Morton  a  fi  fort  fenti  cette 
vérité  ,  qu’il  a  donné  la  defcription  des 
différentes  efpeces  de  phthifie  pulmo¬ 
naire  ,  avant  qu’aucun  autre  eût  penfé 
à  le  faire.  Ecoutons  ce  qu’il  dit  dans 
fa  Préface.  11  feroit  extrêmement  à 
»  fouhaker ,  &  il  y  a  lieu  d’attendre 
»  que  cela  arrivera  dans  notre  fiecle  , 
»  qu’on  s’attachât  à  donner  une  hif- 
»  toire  des  maladies  plus  claire  &  plus 
>»  exafte  que  celle  qu’on  a  jufqu’à  pré- 
»  fent.  Car  il  arrive  fouvent ,  à  la  honte 
»  de  la  Médecine ,  &  au  grand  détri- 
vt  ment  des  malades ,  que  les  Médecins 
>»  confondent  plufieurs  maladies  fous 
»»  un  même  titre  général ,  &  pref- 


S44  Discours 
»  crivent  la  même  méthode  pour  les 
H  guérir;  quoiqu’elles  doivent  leur  ori- 
»  gine  à  différentes  caufes ,  qu’elles 
»  loient  accompagnées  de  dijîérens 
»  fymptomes  ,  qu’elles  fourniflent  des 
»  indications  différentes  ,  &  qu’elles 
»  demandent  une  méthode  curative 
»  différente.  Je  puis  prefque  affurer 
*»  avec  ferment ,  que  perfonne  ,  quel- 
ff  que  inftruit  qu’il  foit  dans  cette  Scien- 
»  ce  générale ,  ne  réuflira  dans  la  pra- 
tique ,  à  moins  que  par  une  péné- 
»  tration  extraordinaire  &  par  le  fe^ 
J»  cours  d’une  longue  expérience ,  il 
»  ne  fe  foit  formé  une  idée  plus  claire 
»  ôc  plus  diflinfte  des  maladies ,  des 
»  différentes  caufes  qui  les  produifenî, 
»  &  des  différens  fymptomes  qui  les 
>♦  accompagnent.  Et  de-là  vient  qu’il 
»  n’y  a  point  d’Art  qui  demandé  plus 
H  d’ufage  &  d’expérience  que  la  Mé- 
»  decine ,  &c. 

91.  «  Qui  ne  fe  moqueroit,  dit  le 
favanî  Mufgravc ,  (  Pmf.  de  Arthriâde  '^ 
»  d’un  homme,  qui  fe  deftinant  à  la 
»  profeffion  de  Lapidaire,  ne  diftin- 
gueroit  point  les  diamans  qui  por- 
»  tent  le  même  nom ,  &  les  tiendroit 
n  tous  pour  également  fins?  Ce  feroit 


Préliminaire.  145 

là  Terreur  d’un  Médecin ,  qui  ne  fau- 
»  roit  point  diftinguer  les  différentes 
»  efpeces  de  gouttes  :  il  feroit  à  crain- 
M  dre  ,  en  négligeant  cette  diffinétion, 
»  que  tandis  qu’on  s’efforce  de  remé- 
»  dierà  une  feule  &  même  maladie  , 
»  on  ne  luttât  en  avei^le  contre  plu- 
»  fieurs  autres  toutes  oifférentes  en- 
ty  tr’eiles,  &  qui  demandent  par  con- 
»  féquent  une  cure  tout-à-:&it  diffé- 
»  rente. 

92.  Je  ne  dois  point  oublier  le  fuf^ 
frage  du  célébré  D.de  Gorur^  Profeffeur 
^ans  TUniverfité  de  Leyde.  Il  eff  per- 
fuadé  ,  que  les  efpeces  des  maladies  ne 
font  pas  moins  confiantes  que  celles 
des  plantes ,  &  que  la  nature  ne  varie 
jamais  dans  fes  opérations.  «  Si  on  ad- 
»  met  cette  fuppofition,  qu’un  homme 
»  fenfé  ne  fauroit  rejeter ,  il  y  a  lieu 
>*  d’efpérer  que  la  pratique  acquerra 
»  un  jour  la  même  certitude  que  la 
M  Botanique.  Ceux  qui  cultivent  cette 
»  derniere  Science  ont  divifé  les  plan- 
>»  tes  en  genres ,  &  les  genres  en  ef- 
»  peces  ;  &  je  fuis  convaincu  qu’on 
»  peut  ^re  la  même  chofe  par  rapport 
»  aux  maladies.  Je  me  fonde  fur  Tex- 
»  périençe  ,.&fur  :lareffembiance  que 
Toim  /,  G 


146  Discours 
»  l’on  remarque  entre  ces  deux  Scien- 
»  ces,  Gomr  orat.  Jepourrois. 

m’appuyer  ici  de  l’exemple  de  M.  Chi- 
coyneau ,  Chancelier  de  -cette  Acadé¬ 
mie  &  premier  Médecin  du  Roi,  dans 
fon  Traité  de  la  Pefte  ,  &  de  celui  de 
M.  Hdvetius  ,  premier  Médecin  de  la 
Reine,  dans  fôn  Traité  de  la  petite 
vérole ,  fi  je  n’avois  prouvé  au  long 
mon  fentiment  dans  ma  Pathologie  Mé¬ 
thodique  ;  c’efl:  pourquoi  je  n’infifterai 
pas  davantage  fur  ce  fujet.  On  peut 
confulter ,  fi  l’on  veut ,  la  Pathologie 
du  célébré  Çaubius., 

2°.  Nomenclature  Nofologique, 

93,  Lorfqu’on  a  foin  de  défigner  par 
d:es  termes  particuliers  les  chofes  que 
l’on  a  ahfiraites  des  autres,  les  abftrac- 
tions  en  font  plus  claires  &  plus  difi 
îinftes ,  &  l’on  retient  plus  aifément 
&  plus  long -  temps  dans  la  ménMîire 
ce  qu’on  a  ainfi  abftrait,  C’efl:  ce  que 
Wolff" démontre  dans  la  pag.  184  de  fa 
Plychoîogie  Empyrique. 

94.  Les  genres  &  les  efpeces  de  ma¬ 
ladies  ,  font  des  notions  abflraites  ;  il 
n’y  adans  lauature-m-genres  4  ïii  efpe* 


Préliminaire.  147 
ces,  mais  feulement  des  individus.  li 
faut  donc  les  défigner  par  des  mots , 
ou  desmoms  particuliers,  afin  de  pou¬ 
voir  les  connoîfre  &  ’es  diftinguer  plus 
clairement  &;  plus  diftinâement. 

55.  On  ne  connoît  les  chofes  que 
par  leurs  noms,  dit  Ijîdore;  fans  eux, 
les  hommes  feroient  hors  d’état  de  fe 
communiquer  leurs  penfées  ;  la  con- 
noiffance  intuitive  des  objets  n’eft  pas 
faite  pour  nous  ,  ainfi  que  le  prouve 
l’expérience.  De  là  vient  que  lorfqu’on 
veut  connoître  une  chofe,  on  a  foin, 
de  retenir  fon  nom  ,  &  de  l’imprimer 
fortement  dans  fa  mémoire.  Les  Chaf- 
feurs  donnent  des  noms  à  leurs  chiens, 
les  Bergers  à  leurs  brebis  ,  les  Capitai¬ 
nes  à  leurs  foldats;  fans  cette  précau¬ 
tion  ,  ils  n’en  auroient  qu’une  connoif- 
fance  obfcure  &  confufe.  Telle  eft  la 
connoilTance  des  bêtes  ,  elles  connoif- 
fent  plufieurs  plantes ,  elles  diftinguent 
leurs  maîtres ,  mais  elles  ignorent  leurs 
noms. 

96.  On  ne  parle  &  on  n’écrit  que 
pour  fe  faire  entendre  ;  en  agir  autre¬ 
ment  ,  c’eft  parler  comme  les  perro¬ 
quets.  Les  mots  &  les  noms  font  les 
fignes  de  nos  idées ,  ils  ne  valent  quç 
G  ij 


■148  Discours 
ce  qu’ils  fignifient  ,  ou  qu’autant  qu’on 
les  définit,  Sc  qu’on  leur  donne  une  fi- 
gnification  fixe  &  certaine.  Si  donc  on 
défîgne  pkifieurs  idées  par  un  feul  & 
même  nom ,  celui  qui  nous  écoute , 
ne  fait  plus  ce  que  ce  motfignifie  ;  d’où 
il  fuit  que  quiconque  emploie  des  mots 
équivoques  ,  ne  parle  qu’afin  que  per- 
fonne  ne  l’entende.  Il  faut  pour  bien 
•  parler,  qu’un  nom.  ne  préfente  qu’une 
feule  &  même  idée. 

97.  Il  eft  inutile  d’employer  plufieurs 
moyens ,  lorfqu’un  petit  nombre  fufîit. 
Un  feul  nom  fufiit  pour  exprimer  une 
idée ,  par  conféquent  il  eft  inutile  de 
donner  plufieurs  noms  à  la  même  cbo- 
fe  :  il  s’enfuit  donc  qu’on  ne  doit  don- 
îier  à  chaque  genre  qu’un  feul  nom , 
&  encore  faut-il  qu’il  foit  le  plus  fim- 
ple  qu’il  eft  poflible  ,  &;  qu’il  faut  dé- 
îigner  chacune  de  fes  efpeces  ,  non- 
feulement  par  le  nom  générique  ,  mais 
encore  par  une  épithete  ou  par  un  nom 
fpécifique,  afin  de  la  mieux  faire  con- 
noître.  Par  exemple ,  le  nom  d’Ephe- 
mere  eft  le  nom  générique  d’une  fie- 
,vre  continente  ,  qui  faffit  pour  déii- 
gner  toutes  fes  efpeces  ;  mais  comme 
il  y  a  une  efpece  qui  eft  accompagnée 


Préliminaire;  14^ 
de  fueur ,  une  autre  qui  eft  occafion- 
née  par  le  lait  dans  les  femmes  nou¬ 
vellement  accouchées ,  ces  efpeces  de¬ 
mandent  un  nom  fpécifique,  &  de  là 
vient  qu’on  appelle  avec  raiion  la  pre¬ 
mière,  Ephemere  avec  fucur\  &  la  fé¬ 
condé  ,  Ephemere  laiteufi.  Ce  feroit  à 
tort  qu’on  appelleroit  la'  première  Hy- 
dropyretoUf  parce  que  ce  nom  donne- 
roiî  un  nouveau  genre  ,  &  qu’on  mul- 
tipîieroit  les  noms  génériques  fâns  né- 
ceffité.  Moins  les  noms  génériques  font 
nombreux  ,  &  mieux  on  les  relient.  Si 
donc  l’on  établiflbit  autant  de  genres 
que  d’efpeces ,  ori  les  multiplieroit  fans 
néceffité  :  l’Art  en  foulfriroit ,  tout 
rentreroit  dans  le  premier  chaos ,  &  ii 
n’y  auroit  plus  de  méthode. 

98.  (*)  Que  fl  par  un  caprice  de  laLan- 
gue ,  un  même  mot  a  plufieurs  fignifî- 
cations  différentes ,  ii  faut ,  à  l’exem¬ 
ple  des  Géomètres,  en  donner  la  dé¬ 
finition  ,  &  ne  jamais  la  changer.  Si  un 

(’^)  Jepenfe  que  la  clarté  demande  que  chaque  chofe 
»  ait  fon  nom  propre  dont  on  fe  ferve  conftamment; 
«  puiCque  les  noms  communs  qui  ne  fignifient  pas 
»  plus  une  chofe  qu’une  autre  ,  jettent  la  confufioa 
le  trouble  dans  l’efprit  du  lefleur,  qui  ne  fau- 
»  roit  entendre  ce  qu’on  veut  dire  ,  jufqu’à  ce  qu’on 
»  ait  ôté  l’equivoque  du  terme.  Galen.  di  Dyfpaxâ  t 
«  Ub.i. 

G  iîj 


ifô  Discours 
homme  qui  fait  un  calcul ,  empîoyoif 
le  même  caraâere  arithmétique ,  tantôt 
pour  fignifier  dix ,  tantôt  pour  ligni¬ 
fier  quatre ,  il  faudroit  le  taxer  de  folie 
ou  de  mauvaife  foi  ,  parce  qu’il  vou- 
droit  fe  tromper  ou  tromper  les  autres. 
Or  les  noms  font  les  caraâieres  de  nos 
idées  ,  &  les  àifcours  font  des  comptes 
que  l’on  rend  au  Leâeur  ;  dfoù  il  fuit 
que  celui  qui  emploie  le  même  mot 
pour  exprimer  plulieurs  idées ,  ne  veut 
ni  s’entendre  lui-même',  ni  fe  laire  en¬ 
tendre  à  autrui,  &  par  conféquent  qu’il 
fe  trompe ,  ou  qu’il  veut  tromper  les 
autres.  Les  Anciens  ont  appeilé  indif- 
tinâement  du  nom  de  Nerf,  les  nerfs , 
les  tendons  &  les  îlgamens  ;  les  Phy- 
ficiens  fe  font  fervis  de  celui  à^femun- 
tation  ,  pour  déligner  en  général  tout 
mouvement  inteliin  ;  mais  c’eft  avec 
raifon  que  les  Modernes  ne  compren¬ 
nent  pas  fous  ce  nom  ceux  ^effervtf- 
cence  &  putréfaBion,  &  en  diliin- 
guantîes  noms ,  ils  ont  donné  des  idées 
plus  diliincies  des  chofes. 

99.  C’ell:  la  coutume  des  Poëtes  & 
des  Orateurs  d’exprimer  leurs  idées  par 
des  mots  fynonymes  &  homonymes , 
parce  qu’ils  ont  pour  but-  de  flatter  l’ch 


ÊRÉLIMINÂIRÈ.  151 
teille»,  plutôt  que  l’efprit  ;  mais  il  eft 
hors  de  place  d’employer  des  mots 
équivoques  dans  une  Science  grave  ôt 
ferieufe ,  &  c’efl:  cette  mauvaife  cou¬ 
tume  qui  a  donné  lieu  à  ces  fubtilités 
&  à  ces  difputes  des  Scholaftiques , 
qui  déplaifent  fi  fort  aux  Géomètres  & 
aux  gens  fenfés ,  &  dans  lefquelles  on 
fe  joue  continuellement  fur  les  mots  ; 
car  en  employant  ainfi  inconfidérément 
eu  à  deffein  des  termes  équivoques, 
en  met  le  Répondant  ou  le  Préfident 
en  état  de  fe  îàuver  par  le  moyen  des 
difiinélions  ,  &  d’éluder  la  force  d’un 
argument,  de  façon  qu’une  difputephi- 
lofophique  dégénéré  à  la  fin  ou  en  une 
querelle  de  femmelettes  ,  ou  en  une 
difpute  d’enfans. 

100.  L’expérience  nous  apprend  (77) 
qu’il  n’y  a  prefque  aucun  genre  de  ma¬ 
ladie  ,  auquel  la  même  définition  puiffe 
toujours  convenir  ;  c’efi:  pourquoi ,  il 
eft  du  devoir  d’un  Nofologifte  d’atta¬ 
cher  une  lignification  fixe  à  chaque 
nom  générique  des  maladies. 

10 1.  Les  anciens  Médecins  n’ont 
pu  définir  exadement  les  noms  géné¬ 
riques  ,  parce  qu’ils  ont  ignoré  plu- 
fieurs  efpeces  qu’on  a  découvertes  de- 

G  iv 


iji  0  1  s  e  O  U  R  s 
puis,  &  qu’ils  n’onî  pu  les  inférei^dans 
leurs  genres.  Mais  il  faut  aujourd’hui 
définir  les  genres  de  façon  qu’ils  com¬ 
prennent  les  elpeces  qu’on  aobfervées 
jufqu’id. 

102.  Les  noms  génériques  fimples 
ne  doivent  convenir  qu’aux  feuls  gen¬ 
res  des  maladies  (99)  ;  c’en:  pourquoi 
l’on  doit  rejfeter  ceux  qui  font  com¬ 
muns  à  d’autres  fujets ,  ou  qu’on  a  pris 
dans  la  Phyfiologie ,  dans  la  Botani¬ 
que  ,  dans  la  Zoologie  &  dans  les  au¬ 
tres  Sciences  ,  pour  les  tranfporter 
dans  la  Nofologie.  Les  mots  ^ appétit^ 
de  fureur,  de  pajjîon  ,  ennui ,  font  des 
termes  de  Pfychologie  ,  qu’on  doit 
bannir  de  la  Nofologie;  il  faut  donc 
en  bannir  les  appellations  fuivantes: 

Doit  s’appeller 

Défaut  d’appétit ,  anorexie ,  anorexia. 

Fureur  utérine  ,  nymphomanie  ,  nymphomanîa» 

Paffiûa  iliacjue ,  iliaque ,  iléus. 

Ennui  de  la  vie ,  mélancolie  ,  melandiolîa. 

103.  Les  mots  de  faim  ,  de  futur, 
de  piffement ,  de  déjeàion ,  à.tflux  ;  de 
coBion ,  ^appétence ,  &c.  font  des  ter¬ 
mes  phyfiologîques  ,  qui  ne  doivent^ 
point  être  compris  dans  les  genres  des 
maladies. 


Prélïminaïre.  153 

^  Doit  s’appeller 

fsjmie'bczsf,  taaiÙTtie ,  bKliaîîa. 

Kfferaaœ:  de  facg  ,  hânntmU ,  bsmamria, 

Déjeâion  fréquente,  diarrhée,  éiarrhasa. 

Coôîs  de  rentre  ,  diarrhée  ,  diarrlsæa. 

Flecrs  blanches ,  leucorrhée  leuchorrhaea» 
lEfomnie  ,  agrypnie  ,  '  agrypnia. 

Mouvement  conmlfif ,  convulfion  ,  conruiSo, 

___  épileçtique  ,  iclamcfie  ,  eclatnpûa. 

Bacfe  de  Saint  W'iih,  jcelotyrbie  ,  fce'.oryrbe. 

Eêfcût  des  aîimens  ,  edeofitie  ,  cacoûtia. 

SsièfLement ,  cataUpJîe  ,  catalepfis, 

104.  Mdadh  ,  affeSion  ,  înSjpoJi’^ 
tion  ,  virus  ,  épidémie.  ,  douleur ,  fit- 
vre  ,  cours  de  ventre  ,  foiblejfe  ,  interju- 
périe ,  &c.  font  des  termes  de  claiies 
&  d’ordres ,  qu’on  ne  doit  point  ap¬ 
pliquer  aux  genres ,  de  peur  qu’en 
voulant  déligner  le  genre ,  le  Leefeur 
n’entende  la  claffe  ,  &  de  peur  aulîî 
mi’on  n’emploie  plufieurs  noms  pour 
œfigner  un  genre  qu’on  peut  expri-r 
mer  par  un  feul: 


C^mm^ 

Maladie  ds  Naples, 

Afeâûon  feorbutique  , 
Epidémie  peftiientielle  , 

-  de  matrice , 

—  ■  de  poitrine  , 

Fierre  ardente, 

■  quotidienne  contiüue , 

~  pcSEentïeile , 


Doit  s’appeller 

le  fyfhilis ,  fyphilis. 
fcoibict ,  feorb-atas» 

pefee  .  peiiis. 

etalgie  ,  otalgia. 

hyjîer algie  ,  hyfteralgia, 

céphalée ,  eephalæa. 

pleurodynie ,  plevtrodine» 

tritetophye ,  tritatophya. 

fyr.oque ,  fynoebus. 

quarce  ,  qnartana  , 

ampkimerine ,  amphimerina» 
pejle ,  pefiis, 

G  ^ 


154  Discours 

Coffiaie  .  Doit  s^appeiîe% 

Covss  ds  veotre  fangBinolent ,  dyjjentcrie  ,  dyffenteiîa. 

■  ■■  ■  - - - chyleuï  ,  eiliaquc  ,  cœliaca. 

•  —  ■■  féreux ,  didrrhée diarr’aasa. 

yoibleEe  du  foie  ,  cllorofe ,  cKoroâs , 

- - d’efiomach ,  ,  anorexie  ,  anorexia. 


Le  mal  ÙLCré,  I 
I  ■  d’Hercule , 

Le  haut  mal , 

Le  mal  caduc  , 

Le  mal  de  Saint  Jean , 


EpilefUie ,  epüepSa, 


Epibole  f 
Cauchemar  , 
Fnigalion , 
ChauchevieiUe  , 


^  EphialtU ,  Ephîalseî. 


105.  Il  faut  choifir  entre  les  noms 
fynonymes  génériques ,  &  n’empîoyer 
que  les  meilleurs. 

Morbus  Gallicus  de  Baglivi,  Lues  Neor 
poUtana ,  le  mal  de  Naples  ,  des  Fra||' 
çois  ,  Lues  Bavarica^  Morbus  Lufitanl- 
cus ,  Paturfa ,  Pudendagra ,  Morbus  me- 
vius  ,  Scorbutus  Neapolitanus  ,  Menta» 
gra  ,  Lues  venerea^  VarioLa  magna  de 
Jou'bert,  &c.  font  des  mots  fynonymes 
de  la  Syphilis  de  Fracallor  ,  que  les 
Indiens ,  les  Anglois  ,  les  Efpagnols  , 
défignent  par  d’autres  noms  ,  (*)  qu’il 


(♦)  Las  bnas.  Las  bnbas.  Lepian.  The  yaws.  Pua. 
Pelbroia.  Ochiarola.  Borîeaii,  Unghiarüia.  Freacb; 
P  osc'caiabakaû'aiu 


Préliminaire.  155 
eû  inutile  de  rapporter  ici  ;  parmi  ces 
noms,  ceux  qui  font  compofés  ,  qui 
font  communs  aux-  claffes ,  &  qu’on 
emprunte  des  régions  ,  par  exemple  , 
kus  vmcrca,  doivent  être  rejetés  pour 
chacune  de  ces  trois  raifons.  Ceux  de 
vdrola  &  de  paturfa ,  doivent  être  re¬ 
jetés  comme  barbares;  ceux  de  puden- 
dagra  &  de  montagra ,  font  des  noms 
trompeurs,  empruntés  de  plufieurs  Lan¬ 
gues  ;  le  meilleur  éft  celui  de  fyphilis , 
tous  les  autres  doivent  être  rejetés. 

106.  Lorfqu’il  eft  queftion  de  défî- 
gner  les  genres  ,  on  doit  préférer  les 
noms  ûmples  à  ceux  qui  font  compo« 
fés  ds  plufieurs  mots. 


Inflammation  du  foie  , 


Uicere  du  poumon  , 

■7  _  des  prollates  ,• 
— de  la  matrice  , 
r^on'httftdrîque ,  ' 
•AttsçHe,  de  colique  , 
Hÿdrcpifie  du  bas  ventre  , 
—  anafargue , 

Danfe  de  Saint  With  , 
Crachemei»  de  iang. 
Cours  de  ventre  , 
iîaiadie  mélancoliqne  , 
la  maladie  biliaire  , 
Frayeur  moaame  - 


on  doit  pt 
hépatifie  , 
néphréiiJU  , 
interifit  , 
pbrénéfie , 
gafirifii  , 
phthifie  , 
genorrhée , 
Uucorrie  pu 
hyfi^U, 
colhu,  , 
afcyte, 
anafargUe-, 
fcelotyrbU  , 
hémoptyfie  , 
diarrhée  , 
mélancolie  , 
le  choiera:, 
f  ànophohie  , 


référer 

nephr'etitîs. 

pirenitis. 

gaflritis. 

'pHthifis, 

gonorrhæa. 

}leucborr*a 
purslenta. 

hyfieria. 
colica.  , 

anafarca. 

fcelotyrbe, 

hæœoptyfis. 

ineiancfaolia. 

paaophobia. 

G  vj 


1^6  D  I  s  cou  R  S 

Ainiî  à  on  doit  préférer 

Ardeur  d’arinî ,  dy furie,  ,  dyliirîa, 

Piflement  de  feng ,  hïmaturie ,  Isimatiiri*, 

Pâles  couleurs ,  chlorofe ,  chioroûs , 

lâere  jaune ,  jauni^e ,  .  aurigo. 

lûere  noir ,  iSere ,  iÉenafiaeruï. 

Difficulté  de  refpirerj  dyfpnée ,  dyfpnæa. 

Soif  ardente  ,  polydipfie  ,  polydipfia. 

Feu  d’efiomac  ,  gyrofie ,  —  pyroiis. 

Foibleffe  d’intefiins ,  lîenterie ,  lienterîa. 


107.  Il  faut  îaiffei*  aux  Barbares  & 


aux  Garamantes ,  les  mets  barbares , 


c  en- a- dire  ,  qui  ne  lent  ni  Grecs  m 
Latins ,  tels  que  les  fuivans  : 

Gutteta ,  la  ptttste  ,  ipilepfie ,  .  epilepfia. 

HeiniYé,  :  maladie  du  pays,:  ncfialgie-,  .  noftalgia. 

Subeth ,  }  cataphore ,  cataplioraf 

Béribéri,  ieriberi ,  le  béribéri,  beriberia. 

Miraçhia  ,  vapeurs ,  hypochoudrie  ,  hypochondriafij» 

Aproxîmeron,^^  impuîffance  ,  aiiaphredifia. 

Dîevaren  ,  la  elavlue  ,  { Weftpbalien. 

Soda,  le  fer  chaud,  pyrofie ,  pÿrofis. 

Veirola  ,  la  vérole,  le  fyphilis  ,  fyphiiis.; 

108.  On  doit  auiîi  rejeter  les  noms 
faux  &  contraires  aux  èfpeces  qui  ré* 
pugnent  à  la  vérité ,  tels  que  les  dimif' 
nutifs  ,  les  pluriels.  -  ■ 

ie  flux  hépatique  quin'eft  pastoujours  tel ,  Bépatit'rhêe  ,  HcpatirrltM^^ 


PRELIMINAIRE. 


•  Quoique  les  noms  Grecs  ,  tels  que 
ceux  de  Leucorrhée ,  hepatirrhée ,  paroiG 
fent  avoir  le  même  défaut  que  les  La¬ 
tins  ,  ils  font  cependant  plus  fuppor- 
tabies,  &c  moins  fujets  à  jeter  dans 
l’erreur. 

109.  A  l’égard  des  noms  génériques 
empruntés ,  il  faut  les  rendre  aux  Arts 
&  aux  Sciences  dont  on  les  a  tirés. 

Far  exemple  ,  il  faut  rendre  aux 
Zoologiftes ,  ceux  de  tortue ,  de  taupe , 
à^loup ,  de  cancer^  àe luette,  ongle,  &c. 

Aux  Botanifles  ,  ceux  de  lichen  &C 
de  paronychU. 

<  Aux  Economes  ceux  de  clou,  de 
nœud,  de  courroie,  At  feu  perJîque,At 
drapeau  ,  de  goutte  fereine.  ^ 

-  i  to.  Les  noms  des  caufes  &  des 
principes  dont  on  fe  fert  pour  défigne? 


1^8  Discours 

génériquement  les  maiadies  ,  font  e 


Pour 

Coup  d’air,  .  .  .  PleuÆfie  ,  angine,  rîicaiatifine. 
Obftruction ...  Ciüorofe,  dyfpnée,  janniffe  ,  cépîial^e. 
Indigejiion  ,  ,  .  .  VLoiniÊrement  ,  diarrhée  ,  le  choiera , 
l’éphémere. 

Saburre  ......  Le  choiera  ,  lynoque  ,  diarrhée. 

Effort . . Pleurélie  ,  le  lumbago  ,  rhnmaîifme. 

Vapeurs  . . Hyflérie  ,  épilepûe  ,  vertige. 

Coup  de  foleil,  .  .  Céphalalgie,  phrénéfie,  o_phthalmie,  &e. 
ie  calcul ,  ....  Dyfurie  ,  îfchnrie ,  néphralgîe. 

Vers  . . Eclampfie  ,  boulimie ,  colique ,  le  carus, 

Mlafme  . . Le  fyphiiis  ,  fcorbut ,  variole. 

Supprejjîon  des  réglés,  Céphalalgie  ,  afthme  ,  vertige  ,  ano. 

Maux  d’yeux  ($7)  ,  Amaurole  ,  amblyopie  ,  ophthalnue , 
&c. 

Pigefion  dérangée ,  Anorexie  ,  cardialgie  ,  diarrhée. 
Abfcls  du  foie  ,  .  Hépatalgie. 

Vent  ,  . .  Colique  ,  météorifme, 

Kétention  d’urine  ,  Straflgurie. 

Défaut  d’éreSion ,  ImpuilTance. 

Dffaut  d’appétit ,  Anoxexie. 


Les  Auteurs  emploient  quantité  de- 
noms  de  cette  efpece  pour  défigner  les 
genres  des  maladies  ;  ils  mettent  dans 
le  nombre  des  maladies,  les  vers,  les 
calculs  ,  &c.  que  n’y  mettent- ils  auffi 
les  épées ,  les  pierres ,  les  dents  des 
.  animaux  ,  Tair ,  le  feu ,  les  excrémens  ? 
Puifqu’il  eft  certain  que  ces  chofes 
nuifent  autant  aux  fondions  du  corps 
que  les  vers ,  les  calculs ,  l’épanche¬ 
ment  du  pus  ,  qu’un  amas  d’eau  ou  de 
laburre ,  &c.  Tous  les  poifons,  les  mé-* 


Préliminaire.  159 
iicamens ,  les  alimens  en  général  oeca- 
fionnent  des  maladies;  doit-on  pour 
cela  les  regarder  eux-mêmes  comme 
des  maladies  ? 

III.  Le  défaut  &  la  privation  ne 
font  rien,  de  pofitif,  &  n’imprimenî 
dans  l’efprit  aucune  idée  de  maladie. 
Je  m’étonne  donc  que  Filix  Plaurus 
ait  ofé  établir  une  claffe  de  défauts , 
tels  que  le  d’accouchement,  de 
fueur,  d’allaitement,  de  conception, 
de  mouvement  vital ,  de  digeffion ,  de 
déjeâion ,  &c.  Il  eft  vrai  que  la  fup- 
preffion  de  certaines  évacuations  caufe 
foiivent  des  maladies ,  mais  il  ne  s’en¬ 
fuit  pas  qu’on  puifle  donner  le  nom  de 
maladie  à  cette  fuppreffion.  Il  y  a  quan¬ 
tité  de  femmes  qui  ne  font  point  ré¬ 
glées  ;  &  qui  ne  laiffent  pas  que  de  fe 
bien  porter  ;  il  y  a  des  gens  qui  font 
Quinze  jours  fans  aller  à  la  felle ,  &  qui 
fe  portent  bien  ;  il  y  a  des  hommes 
qui  ne  voient  aucune  femme ,  &  qui 
jouiffent  d’une  fanté  parfaite;  d’où  i! 
fuit  que  le  défeut  de  ces  chofes  n’eft 
point  par  lui-même  une  maladie.  On 
fait  qu’un  homme  qui  a  coutume  de 
fe  faire  faigner  ,  d’ufer  de  vomitifs  , 
de  purgatifs  &  des  cautères,  tombe 


i4o  Discours 
fouvent  malade  lorfqu’il  s’en  abllient; 
mais  s’enfuit-il  de  là  que  la  fupprefîioa 
du  vomiffement  ,  de  la  diarrhée  ,  de 
hémorrhagie  ,  foit  une  maladie  ?  Si  cela 
étoit ,  il  s’enfuivroit  qu’il  y  a  autant  de 
maladies  qu’il  y  a  de  défauts  de  maladies, 
ou  que  quelques-unes  ne  font  caufées 
que  par  l’abfence  d’un  mai,  ce  qui  eft 
abfurde.  Aucun  Médecin- Grec  n’a  mis 
ces  fuppreffions  êc  ces  défauts  au  nom¬ 
bre  des  maladies ,  &:  la  preuve  en  eil , 
qu’on  ne  trouve  chez  eux  aucun  nom 
générique  tiré  de  cette  fiippreffion.  Si 
cette  inliitution  des  genres  avoit  lieu, 
les  genres  eux -mêmes  croitroient  à 
l’innni.  Quand  même  Pidée  de  la  ma¬ 
ladie  feroit  négative,  ainfi  qu’il  arrive 
dans  les  maladies  foporeufes,  il  vaut 
mieux  la  définir  par  fes  fymptomes  po- 
fiiifs  ;  car  il  eft  plus  naturel  d’obferver 
ce  qu’on  voit ,  que  de  deviner  ce  qu’on 
ne  voit  pas  ,  qui  ne  tombe  pas  fous 
les  fens  ,•&  qui  par  conféquent  n’eft 
point  un  fymptorne. 

111.  Les  Auteurs  méthodiques  peu¬ 
vent  &  doivent  impofer  de  nouveaux 
noms  génériques  aux  nouvelles  mala¬ 
dies  ,  qui  n’appartiennent  point  aux 
genres  déjà  connus ,  ou  déterminer  la 


Prélimînai  r'e;  ï6ï 
fignificatioîi  de  ceux  dont  les  anciens 
Auteurs  fe  font  fervis  d’une  maniéré 
trop  vague  ,  &  les  appliquer  aux  gen¬ 
res  nouveaux,  Voyc:^  la  Logique  de 

Si  ceux  qui  découvrent  de  nouvelles 
plantes  n’avoient  foin  de  les  défigner 
par  un  nouveau  nom ,  comment  pour- 
roit-il  les  faire  connoître  à  autrui  }  Un 
Voyageur  qui  Ignore  le  nom  des  villes 
qu’il  rencontre  fur  fa  route ,  .ne  peut 
jamais  en  avoir  une  idée  diHinâre.  Il 
en  eft  de  même  des  maladies  ;  on  ne 
peut  les  connoître  que  par  leurs  noms. 
Si  donc  elles  font  nouvelles,  le  bon 
fens  nous  diâe  qu’il  faut  leur  donner 
de  nouveaux  noms.  Ccelius  Aurelianus 
en  a  donné  à  plufieurs ,  par  exem¬ 
ple  ,  à  la  catalepjie  ,  à  t'hydrophobie  ^ 
au  noUamhulifinz ,  à  la  maladie  pha- 
gedenique  ,  à  la  ccliaque ,  à  Véléphan- 
tiajîs^  à  rafcite^  à  la  tympanite,  Pline 
nous  apprend  que  ce  n’eft  que  de  fon 
temps  qu’on  a  connu  le  nom  de  colique. 
Nous  devons  celui  de  potopatridalgie 
Ou  de  nojlalgie  à  Zv/ingerus  ,  celui 
à^hyjleralgie  à  Baglivi ,  celui  de  gafiritis 
&  à^enteritis  à  Boerhaave ,  &  celui  enfin 
de  JyphiUs  à  Fracajior  y  &c.  Comme 


152  Ü  î  $  C  O  tJ  R  s 
donc  le  genre  eû  nouveau  ,  quand 
même  ia  définition  feroit  ancienne , 
lorsqu’on  peut  y  rapporter  de  nou¬ 
velles  efpeces  ,  &  l’approprier  à  une 
nouvelle  méthode ,  non  feulement  les 
Agronomes  ont  inventé  quantité  de 
nouveaux  noms  de  confiellations;  mais, 
les  Anatomiftes,  tels  que  Winflow  èc 
Ruyfch ,  en  ont  donné  de  nouveaux  aux 
mufcies,  aux  membranes ,  les  Botaniftes 
aux  plantes  ,  les  Zooîogiftes  aux  poif- 
fons,  aux  infeâes,  aux  oifeaux  que  l’on 
connoiÜbit  depuis  long -temps.  Les 
Géomètres^ en  ont  pareillement  donné 
à  plufieurs  clafles  &  à  pîufieurs  genres 
de  courbés  ;  en  un  mot  à  mefure  que 
ies  Sciences  ont  fait  des  progrès ,  on 
a  été  obligé  de  multiplier  les  noms  des 
genres  &  des  efpeces,  &  d’en  em¬ 
ployer  de  plus  clairs  &  de  plus  dif- 
tinÔs.  Il  eft  arrivé  la  même  chofe  dans 
la  Médecine ,  ainfi  qu’il  eft  aifé  de  s’en 
convaincre  en  comparant  ies  genres 
de  maladies  que  Calius  Aurdianus  a 
connues,  &  ceux  que  les  modernes 
ont  connus  depuis. 

113.  Les  noms  génériques  des  ma¬ 
ladies  peuvent  fervir  à  défigner  l’ef- 
pece,  lorfqu’on  a  foin  d’y  joindre  une 


PRELIMINAIRE.  16^5 
épîthete. ,  En  efFet ,  on  n’ajôute  une 
épitbete  â  ün  nom  générique  ^  qu’afirr 
qu’il  fignifie  quelque  chofe  de  dillinâ 
du  genre ,  8c  qu’il  ferye  à  déterminer 
i’efpece.  On  doit  obferver  à  l’égard 
des  épithetes  les  mêmes  réglés  que  par 
rapport  aux  noms  génériques ,  6c  l’oiï 
peut  y  ajouter  les  fuivantes. 

114.  La  diffinâiôn  de  lé^tîm&s  8c 
hâtard&s ,  de  vraies  &  fnuffes ,  ne  con¬ 
vient  pas  plus  aux  maladies  qu’aux 
plantes  ;  elle  ef!  entièrement  erronéer 
Car  quiconque  définit  exaûement  le 
genre ,  &  lui  aiîigne  un  nom ,  exclut 
par  cela  feul  les  efpeces  qui  répugnent 
à  la  définition  ;  d’où  il  fuit  qu’il  ne 
feut  point  alors  donner  à  ces  efpeces 
le  même  nom  générique.  Par  exemple, 
on  définit  la  pleuréfie  une  fievre*aiguë, 
accompagnée  d’une  douleur  de  poitrine 
lancinante ,  de  la  toux  &  de  la  difficulté 
de  refpirer.  La  divifer  enfuite  en  vraie 
&  fauffé  ,  c’eft  dire  qu’il  y  a  deux 
fortes  de  pleuréfie  ,  l’une  qui  l’eft,  ôc 
l’autre  qui  ne  l’efl:  point  ,  ce  qui  eft 
abfurde.  Les  Anciens  appelloient  ma¬ 
ladie  vraie  &  légitime,  celle  qui ,  félon 
eux ,  étoit  occafionnée  par  une  humeur 
déterminée,  comme  l’efquinancie  par 


t64  ■  Discours 
le  fang;  &  faulTe ,  celle  qu’ils  croyoieiit 
o^cafionnée  partie  par  le  fang  ,  &  par- 
lie  par  la  pituite  ,  comme  l’angine 
catharreufe.  C’eft  fur  un  fondement 
aujfli  faux  que  les  Payfans  divifent  la 
fauge  en  vraie  ,  qui  efl:  proprement  la 
fauge ,  &  en  fauffe ,  qui  ne  l’efl  point, 
&  qui  .n’eft  autre  que  le  phLomis  ou 
le  Jlachys.  * 

Il 5,  On  ne  doit  point  tirer  la  dé¬ 
nomination  des  efpeces  des  maladies 
de  la  région,  du  fuje't  ni  de  la  faifon, 
parce  que  ces  conditions  ne  font  pas 
vifibles  dans  le  malade,  &  que  la  mê¬ 
me  maladie  eft  commune  à  diverfes 
régions  ,  à  différens  fujets ,  &  à  diffé¬ 
rentes  faifons. 

La  Colique-  de  Poitou^  par  exemple,' 
régné ‘beaucoup  dans  la  Moravie  & 
la  Hongrie ,  &;  eff;  fort  rare  dans  le 
Poitou. 

Le  mal  de  Naples  eft  commua  dans 
l’Amérique ,  en  Italie ,  en  Angleterre , 
&c. 

La  Chlorofe ,  appellée  Morbus  Vir-- 
gineus ,  comme  fi  l’on  difoit  Maladie  des 
filles ,  attaque  également  les  courtifanes, 
les  femmes  mariées  ,  &  quelquefois 
même  les  hommes. 


Préliminaire.  165 
La  Ficvre  quarte  à/ Automne  ,  régné 
également  dans  le  printems ,  dans  l’éîé 
&  dans  rhiver.  On  fe  moque  des" an¬ 
ciens  Botaniftes  qui  ont  divifé  les  gen¬ 
res  des  plantes  en  plantes  des  monta¬ 
gnes  ,  des  prés ,  des  champs  &;  de  mer, 
&c.  parce  que  la  même  efpece  croît 
tantôt  dans  les  prés,  tantôt  dans  les 
champs  ,  tantôt  fur  les  montagnes  ; 
cependant  les  Nofologiftes  tombent 
encore  dans  la  même  erreur. 

116.  Les  noms  fpécifiqiies  ne  valent 
qu’autant  qu'ils  ont  un  caraélere  qui 
fert  à  faire  connoître  une  efpece  & 
à  la  diftinguer  des  autres  ;  d’où  il  fuit 
que  les  épitheîes  qui  indiquent  une 
caufe  ou  quelque  chofe  d’obfçur ,  de 
douteux ,  &;  qui  ne  tombe  point  fous 
les  fens  ,  ne  fourniflent  aucun  ligne  ni 
aucun  caratlere  ,  &  par  conféquent , 
Gu’on  doit  rejeter  ccm.me  faux  &  inu¬ 
tiles  les  noms  qui  ne  font  fondés  que 
fur  une  hypothefe ,  une  caufe  cachée , 
ou  un  fiege  inconnu. 

'  Galien  appelle  mru  légitime  ,  celle 
qui  eft  occafionnée  par  une  bile  pure» 
Tierce  bâtarde ,  celle  qui  eft  produite  ' 
par  la  bile  &  le  phlegme. 

On  admet  un  fcoîbut  caufe  par  Valide  ^ 
&  qn  feorbut  caufé  par  P^kaliK 


î66  Discours 

Une  céphalalgie  fympathique,  une  cé¬ 
phalalgie  idiopathique. 

Une  pkuréjîe  e^entklle.,  ôc  une  pleu- 
réjie  fymptomatique. 

Que  fi  l’Auteur  ne  défigne  par  ces 
noms  ni  la  caufe,  ni  le  fiege ,  mais  feu¬ 
lement  les  fymptomes  qui  doivent  en¬ 
trer  dans  la  defcription,  &  qui  diftin- 
guent  i’efpece  ,  on  peut  les  lui  paffer, 
fur- tout  s’ils  font  courts  &  reçus  dans 
le  langage  ordinaire. 

117.  On  doit  rejeter  les  épithetes 
ornées  de  tropes  &  de  figures ,  celles 
qui  font  comparatives  ,  fuperlatives , 
ou  qui  défignent  en  quelque  forte  le 
degré  &;  la  quantité ,  enfin  les  mots 
compofés  d’un  trop  grand  nombre  de 
fyllabes.  Il  n’y  a  rien  de  beau  que  le 
vrai;  évitez  donc  toutes  les  fleurs  de 
Rhétorique ,  &  n’employez  que  des 
noms  propres  à  exprimer  ce  que  vous 
voulez  dire.  Wolff.  Log.  14^. 

Tarantijmm  mirandus.  Cuiller.  Ta- 
rantijme  admirable. 

Epilepfîa  mira  abdominalis.  Heurnius. 
Epilepjîe  Jinguliere  abdominale. 

Les  noms  relatifs  n’apprennent  rien, 
parce  qu’on  ne  peut  obferver  cette 
rdation  dans  une  feule  maladie;  il  feur 


Préliminaire.  167 
droit  en  comparer  plufieurs  toutes  pré¬ 
fentes  à  ia  fois, 

Jpoplexu  légère^  apoplexie  forte. 

Ophthabnie  récente  ,  ophthalmie  invl^ 
tèrée. 

Fievre  légère  ou  bâtarde.  Bonet. 

Petite  fievre  quotidienne  fiyncopale, 
Jonfton. 

Il  faut  préférer  les  noms  courts  à. 
ceux  qui  font  compofés  d’un  trop 
grand  nombre  de  fyllabes  ;  par  exem¬ 
ple,  la  Nofialgie  de  N enter,  à  \à  P oto- 
patridalgie  de  Zwinger;  V Hyfiéralgie  de 
Baglivi ,  à  la  maladie  hypochondrique-- 
hyfiérique  de  Juncker, 

Il 8.  Les  noms  fpécifiqiies  doivent 
porter  avec  eux  les  lignes  conftans  ôc 
évidens  qu’on  eft  pour  ainli  dire  sûr 
de  découvrir  dans  le  malade. 

Ceux  qui  voudront  s’inftruire  plus 
à  fond  de  ces  réglés ,  n’ont  qu’à  con- 
fuîter  la  Botanique  critique  du  fameux 
LinnceuSyXo.  plus  grand  Botanifte  de 
notre  fiecle.  C’efl  fur  fon  exemple  que 
j’ai  donné  aux  maladies  des  épiîbetes' 
QU  des  noms  triviaux ,  pour  défigner 
leurs  efpeces  ,  &  c’eft  à  ceux  qui  vou¬ 
dront  aller  plus  loin  à  leur  donner  des 
fioms  caraâérifliques  .ou  feien^quesâ 


f68  D  I  s  c  O  ü  Pv  s 


F  O  N  D  EM  ENS 
Delà  Nofologie  P hilofophiqus, 

1 19.  La  Philofophie  eft  la  fcience 
des  chofes  poffibles  ,  ou  qui  peuvent 
exifter.  Wolff,  difc.  2.9.  La  connoiffànce 
philofophique  ne  confifte  point  ,  com¬ 
me  l’hiftorique ,  dansiafimplê  connoif- 
fance  des  faits  ;  elle  va  plus  loin,  elle 
rend  raifon  de  leur  exiftence,  afin  de 
nous  faire  connoitre  leur  poffibilke, 
ou  la  raifon  pour  laquelle  ils  exiftent 
d’une  façon- plutôt  que  d’une  autre.  Il 
s’enfuit  donc  que  la  Nofologie  philo¬ 
fophique  efl  l’art  de  démontrer  ce 
qu’on  avance  au  fujet  des  principes, 
des  caufes  &  des  relations  des  mala¬ 
dies.  Les  Grecs  l’appellent  Etiologie, 
12.0.  Les  chofes  dont  on  a  une  con- 
nciffance  philofophique ,  font  d’un  ufa- 
ge  plus;  affuré  dans  les  diirérentes  cir- 
conûances  de  la  vie  ,  que  celles  dont 
on  n’a  qu’une  connoiffànce  hiftorique. 
Wolff.  difc.  4/.  Elles  font  encore  d’un 
ufage  plus  étendu ,  puifque  la  raifon  de 
ce  qui  convient  à  l’efpece  particulière , 
eft  contenue  dans  la  notion  du  genre  , 
ff'olff.  4a,  La  connoiffànce  philofophi- 
que 


Préliminaire.  1^9 
que  diminue  le  nombre  des  propofî- 
tions,  de  forte  qu’en  nous  apprenant  à 
concevoir  une  obfervation  particulière 
fous  des  rapports  abftraits,  elle  nous 
met  en  état ,  avec  moins  de  principes^ 
de  rencontrer  moins  d’objets  nou¬ 
veaux  ,  {id.  43.)  Enfin  la  connoifiànce 
pbilofophique  facilite  la  connoifiànce 
hiftorique ,  &  mene  à  la  mathémati¬ 
que;  elle  a  je  ne  fai  quoi  de  fatisfaifant 
pour  l’efprit,  &  heureux  ceux  qui 
peuvent  parvenir  à  connoître  les  cau- 
les  des  phénomènes  qu’ils  obfervent* 
Il  s’enfuit  donc  que  la  Nofologie  phi- 
-iofophique  eft  extrêmement  utile  aux 
Médecins ,  qu’elle  l’emporte  fur  l’hifio- 
nque  ,  &  qu’elle  diftingue  les  dogma¬ 
tiques  des  empyriques ,  qui  n’ont  d’au¬ 
tre  connoifiànce  que  l’hifiorique.  Ce¬ 
pendant  fi  elle  eft  fauffe ,  &  appuyée 
fur  de  faux  principes,  èlle  eft  fort  infé¬ 
rieure  à  l’hifioriqüe  fimple;  &  en  effet, 
il  vaut  mieux  n’avoir  aucune  Etiologie, 
que  d’en  avoir  une  fâufie  ,  &  capable 
d’induire  les  Médecins  en  erreur. 

ï  2. 1 .  Mon  deffein  n’eft  point  de  don¬ 
ner  ici  les  principes  de  la  Phyfiologie  j 
de  la  Pathologie,  de  l’Hygienne  &  de 
la  Thérapeutique.  Perfonne  n’ignore 
Tome  I,  H 


ïjà  Discours 
qu’un  Médecin  a  befoin  d’avoir  ung 
connoiffance  hiftorique  &  philofophi- 
que ,  non  feuiement  des  remedes  & 
des  infînimens  ,  mais  encore  de  la 
flruâure  du  corps  humain.  Je  prétends 
feulement  donner  quelques  principes 
de  la  Nofologie  philofophique ,  ou 
que  l’on  ignore ,  ou  que  l’on  néglige 
dans  notre  fiecle ,  &  dont  on  ne  peut 
abfolument  fe  paffer,  le  plus  briève¬ 
ment  qu’il  efî  poffible ,  car  je  ne  fini- 
rois  point  fi  je  voulois  fuivre  l’ordre 
&  l’enchaînement  qu’il  y  a^entr’eux. 
■Je  fuppofe  que  ceux  qui  liront  mon 
ouvrage  fe  font  inflruits  des  autres  dans 
les  Ecrits  de  Winjlow ,  de  Boerhaave , 
de  Pitcairn^  de  Schrciberus  ^  &c.  A  l’é¬ 
gard  des  principes  d’Ontologie  ,  de 
yfychologie  &  de  Mathématique  ,  ils 
trouveront  dans  le  feul  JFolff  tant  ce 
dont  iis  peuvent  avoir  befoin.  Je  me 
fervirai  des  définitions  &  des  démonf- 
trations  qu’il  a  données,  &  je  ne  me 
chargerai  point  d’une  tâche  dont  il  s’efl 
fi  parfaitement  acquitté. 

122.  L’homme  efî:  un  agrégé  ou  un 
être  compofé  d’une  ame  vivante  & 
d’un  corps  mobile ,  ou  d’une  machine 
hydraulique  unis  enfemble. 


PRELIMINAIRE.  171 
1 13 .  Le  Créateur  a  conftruit  le  corps 
humain  de  façon  que  toutes  fes  parties 
&  fes  a£Hons  concourent  à  la  confer- 
vation  du  tout  ^  à  le  garantir  des  ma¬ 
ladies,  &  à  l’en  guérir  lorfqu’il  en  eft 
atteint. 

Par  exemple ,  l’œil  efl  conftruit  de  fa- 
çonque  chacune  de  fes  parties  confpire 
à  faire  enforte  que  les  images  des  objets 
extérieurs  fe  peignent  nettement  dans 
la  rétine ,  afin  que  l’ame  foit  avertie 
de  la  préfence  des  objets  qui  lui  font 
utiles  ou  qui  peuvent  lui'  nuire.  Les 
moyens  dont  la  nature  s’efi:  fervie 
pour  cette  fin,  font  la  convexité  & 
la  tranfparence  de  la  cornée ,  la  réfran¬ 
gibilité  des  rayons ,  &  leur  convergence 
après  s’être  rompus  dans  le  cryftallin. 
Mais  afin  que  la  cornée  confervât  fa 
tranfparence ,  il  a  fallu  qu’elle  fut  hu- 
medée  par  les  larmes ,  qu’elle  fût  ga¬ 
rantie  des  corps  extérieurs  qui  peuvent 
l’ofFenfer  parle  moyen  des  paupières, 
que  celles-ci  euffent  un  clignotement, 
que  le  globe  pût  être  dirigé  vers  les 
objets  par  des  mufcles  antagoniftes , 
&  que  pout  modérer  la  lumière,  la 
ptunelle  pût  tantôt  fe  contraûer,  & 
tantôt  fe  dilater,  &c. 


174  Discours 

12,4.  La  fageffe  de  l’agent  confifte 
à  fe  propofer  une  fin  utile^.  &  à  em¬ 
ployer  les  moyens  convenables  pour 
l’obtenir.  Puis  donc  qu’il  paroît,  en 
confidérant  attentivement  la  ftrudure 
du  corps  humain ,  que  chacune  de  fes . 
parties  eonfpire  à  fa  propre  conferva- 
tion  &  à  celle  du  tout  ,  &  agit-pour 
des  fins  prochaines,  qui  font  les  moyens 
pour  obtenir  la  fin  principale ,  on  ne 
peut  douter  que  le  corps  humain  n’ait 
été  créé  par  un  être  infiniment  fage. 

1 2  5 .  La  vie.  des  animaux  efl;  la  coexifi 
tance  des  aûions  du  cœur  &  du  pou¬ 
mon  ,  pour  ceux  qui  refpirent  avec 
celle  de  l’ame  \  toute  aélion  fuppofe 
une  force  fuffifante  pour  la  produire, 
d’où  il  fuit  que  la  vie  efl:  la  réunion 
des  forces  vitales  &  animales. 

126.  La  perfeBion  de  la  vie  confifle 
dans  l’affemblage  de  toutes  les  aûions 
qui  tendent  à  la  confervation  du  tout. 
Or  afin  qu’elles  confpirent  toutes  à  la 
même  fin  ,  toutes  les  aâions  polTibles 
ne  doivent  point  être  exercées  ni  dans 
le  même  temps,  ni  dans  le  même  âge, 
mais  il  faut  que  le  fommeil  &  la  veille, 
la  manducation  &  la  déjeâion,  l’accroif- 
fement  &  la  génération  fe  faflent  en 
diflérens  temps. 


Préliminaire.  173 

1x7.  La  perfeBion  efl:  ce  qui  fuffit 
pour  obtenir  la  fin,  ou  l’accord  de  di- 
verfes  chofes  pour  obtenir  la  même 
fin.  Or  Dieu  a  créé  l’homme  parfait , 
&  a  conftruit  fes  organes  de  feçon  que 
tous  confpirent  d’une  maniéré  admi¬ 
rable  à  la  confervation  du  tout.  Toutes 
les  fois  donc  que  les  aâions  de  tous 
les  organes  concourent  à  la  confer¬ 
vation  du  tout  comme  à  une  fin,,  on 
obtient  celle  que  Dieu  s’efl:  propofée  , 
&  la  vie  de  l’homme  qui  lui  eft  con¬ 
forme  ,  eft  dite  parfaite. 

128.  C’efi:  ainfi  que  toutes  les  ac¬ 
tions  de  l’œil  tendent  à  la  perfection, 
lorfque  fa  figure  ,  fa  tranfparence  , 
fa  mobilité  ,  fa  proportion  font  telles 
que  les  objets  peuvent  peindre  leur 
image  dans  la  rétine  aufli  grande,  aufli 
nette  &  aufii  difiinCte  qu’il  eft  poffible, 
les  paupières  le  garantir  des  chofes  qui 
peuvent  l’offenfer ,  les  fluides  &  les 
folides  fe  nourrir  &  fe  conferver 
exempts  de  la  corruption. 

129.  Lorfque  la  prunelle  eft  trop 
^atée.,  le  champ  de  la  vifion  aug- 
utente,  mais  la  vifion  eft  moins  claire 
pendant  le  jour:  lors,  au  contraire, 
qu’elle  eft  trop  reflerrée,  le  champ  &: 

H  iij 


174  D  I  s  c  O  ü  R  s 
îâ  lumière  diminuent  ;  mais  lorfque  îe 
jour  èft  grand,  îa  vifion  en  eft  plus 
àiûinâe.  il  y  a  donc  une  certaine  ou¬ 
verture  de  la  prunelle  plus  avantageufe 
qu’aucune  autre,  &  c’efl; celle  qui  rend 
leÿ objets  les  plus  grands,  les  plus  nets 
&  les  plus  (Êftinâs  qu’il  eft  poffibîe. 
Elle  fe  dilate  dans  robfcurité ,  elle  fe 
refferre  dans  le  grand  jour,  elle  fe  pro? 
porîionne  aux  diverfes  diûances  deS; 
objets  ;  il  eft  vrai  que  cette  difpofition 
limite  la  vue  ,  mais  d’un  autre  côté 
elle  îa  rend  parfaite  dans  certaines  limi¬ 
tes.  On  voit  donc  que  le  corps  humais 
peut  être  parfait  quoique  limité,  de 
même  qu’un  microfcope  l’ed:  quoiqu’on 
ne  puifie  point  s’en  feryir  pour  obfer-  . 
ver  des  objets  éloignés ,  pourvu  qu’il 
ferve  à  obtenir  la  fin  que  l’ouvrier  a 
eu  en  vue. 

130.  Les  forces  de  l’homme  font 
limitées ,  &  fes  aâions  vitales  &  ani¬ 
males  finies  ;  d’cii  il  fuit  que  oeux-là 
fe  trompent  qui  jugent  de  la  fanîé  par 
la  force  des  aâions ,  car  les  infeâes 
les  plus  foibies  font  aufiî  fains  &  aulîi 
parfaits  que  les  bœufs  &  les  éléphans, 
quoique  infiniment  plus  forts  &  plus 
robufies. 


Pré  LIMINAIRE.  175 

131.  La  fantl^  confidérée  d’une  ma¬ 
niéré  hiftorique  ,  efl:  le  concours  des 
phénomènes  qui/montrent  la  perfeâion 
de  la  vie  &  de  la  flruâure.  Galien  qui  la 
feifoit  confifter  dans  l’exercice  libre  , 
conflanî  &  facile  des  fondions ,  a  établi 
quatre  conditions  pour  la  perfedion 
de  l’animal  ;  fa  voir,  la  fantè^  V  intégrité^ 
hi  force  ^  &  Informe  ou  la  beauté. 

132.  La  fanté  conMe  dans  la  corn- 
binaifon  parfaite  de  toutes  les  parties- 
Celle  des  parties  fenfibles  fe  nomme 
fruBure  ;  celle  des  parties  infenfibles,' 
tijfü  dans  les  folides ,  &  crafe  ou  mélan¬ 
ge  dans  les  fluides.  La  ftrudure  efl  par¬ 
faite  lorfque  le  corps  a  l’intégrité,  la 
forme ,  la  proportion ,  la  force  &  la 
connexion  néceffaires  à  la  durée  des 
fondions  &  à  la  confervation  du  tout. 

133.  Mais  cette  machine  n’efl;  faine 
qu’autant  qu’elle  vit  &  qu’elle  a  un 
moteur  au-dedans  d’elle-même  ;  car 
aucune  machine  n’agit  fans  moteur, 
&  fa  vie  n’efl  parfaite ,  qu’autant  que 
les  adions  propres  au  temps ,  à  l’âge 
&  au  fexe  conspirent  , à  la  conservation 
du  tout.  ' 

.Les  chofes  qui  concourent,  ou  co- 
exiflenî,  ou  fe  fuccedent  mutuellemerit 
H  iv. 


jyô  Discours 
les  unes  les  autres  ;  il  y  a  donc  une 
raifon  de  ce  concours,  ou,  ce  qui  eftle 
même,  l’une  dépend  de  l’autre,  &  lui 
eft  nécelTairement  liée.  La  connoiffance 
philofophiqiie  de  la  fanté ,  eft  celle  qui 
donne  une  raifon  lliffifante  de  cette 
connexion  :  mais  cette  raifon  eH  diffi¬ 
cile  â  découvrir ,  comme  cela  paraît 
par  la  contrariété  qui  régné  dans  les 
îentimens  des  Médecins. 

13,4.  La  fanté,  fuivant  Afclepiade^ 
coniifle  dans  une  jufte  proportion  entre 
les  pores  &  les  fluides  ;  fuivant  Galkn.^ 
dans  le  julte  tempérament  des  qualités 
premières  ;  dans  la  liberté  &  l’égalité 
de  la  circulation  du  fang ,  fuivant  Fit- 
cairn  ;  dans  la  fermentation  égale  des 
fluides ,  fuivant  Willis  ;  dans  la  circu¬ 
lation  des  humeurs  &  dans  le  ton  con¬ 
venable  des  fibres ,  félon  Burette;  enfin 
dans  l’équilibre  des  folides  &  des  flui¬ 
des  ,  fuivant  Pecquet.  Pour  moi  je  tiens 
que  la  machine  efl;  en  bon  état  &:,bien 
réglée ,  lorfque  les  fluides  parleur  crafe , 
&  les  folides  par  leur  flruélure  ,  con¬ 
courent  avec  le  moteur  à  la  fin  pour 
laquelle  la  machine  efl:  faite ,  &  que  le 
moteur  conferve  le  plus  de  force  qu’il 
peut ,  &  en  emploie  le  moins  qu’il  efl 
poflible. 


P  R  É  L  I  M  I  N  A  I  RE.  177 
Par  exemple,  le  cœur  eft  en 
ton  état  lodqu’il  peut  fe  dilater  &  fe 
contraôer,  qu’il  reçoit  &  renvoie  alter¬ 
nativement  le  fang  avec  autant  de  for¬ 
ce  qu’il  le  faut  pour  le  faire  circuler 
dans  tous  les  vaiffeaux ,  de  maniéré 
que  le  moteur  ni  le  mouvement  ne 
languiffent  point,  comme  il  arrive  dans 
la  lyncope  ,  la  lipothymie ,  &c.  &  que 
le  premier  ne  prodigue  point  fes  forces 
•  comme  dans  la  fievre.  Par  ce  moyen, 
les  aôions  auxquelles  Dieu  a  deftiné 
cette  machine ,  s’exécutent  d’une  ma¬ 
niéré  facile  &  confiante ,  &  ce  ména¬ 
gement  des  forces  fait  qu’elles  fe  con- 
fervent  plus  long-temps. 

136.  Le  changement  qui  rend  l’état 
de  l’ame  &  du  corps  plus  parfait,  s’ap¬ 
pelle  Jàin,  &  s’il  efî:  vifible  &  que  les 
fens  puiffent  l’appercevoir ,  phénomène 
de  famé.  Ces  phénomènes  font  de  deux 
fortes  :  ou  ils  confiftent  dans  un  mou¬ 
vement  qu’on  apperçoit  par  le  moyen 
de  la  vue,  du  toucher ,  de  l’ouie,  & 
on  les  appelle  (*  ),  comme  la 

(  ’'■  )  Entre  les  feculte's  de  l’homme  ,  il  y  en  a  qui 
■font  propres  à  tous  les,  corps  animés ,  8e  qu’on  appelle 
animales  ,  comme  la  faculté  de  cbnnoître .  de  déûrer, 
•de  fe  mouvoir  j  de  refpirér-,  8e  de  battre  dans  lie  coeüt 
&  les  aiteres.De  ces  &cultés  les  unes  font  appeüéesi', 

H  V 


lyS  Discours 
parole,  la  refpiration,  la  contraclba 
des  mufcles,'  le  marcher,  la  déjeâioa, 
la  miétioi^  ,  rexpiiition  ,  &c.  ou  dans 
une  difpofition  fenfible  à  la  vérité  des 
parties ,  mais  fans  aucun  mouvement 
manifede  de  ces  parties  ,  &  les  Méde^ 
cins  les  appellent  qualités^  conune  la 
figure  ,  la  couleur-,  la  grandeur  ,  la 
fituation ,  &c. 

137.  Le  changement  qui  rend  l’état 
de  rhomme  moins  parfait ,  &  qui  le . 
.  fait  paroître  tel ,  efl:  appellé  morbifique^ 

&  s’ileft  v\(ûÂq  ,  jymptome  ou  phénor 
mene  morbifique.  Cesiymptomes  font 
de  deux  efpeces  ;  favoir ,  dans  îes/o/zc- 
tions ,  comme  l’enrouement ,  le  boite¬ 
ment  ,  la  palpitation ,  la  pulfation,  & 
l’éjeâion  fréquente,  une  fueur  excefr 
five,  &c.  ou  dans  les  qualités^  comme 
la  jaunifie  dans  l’iûere,  la  rude  ffe  dans 
la  gale,  l’odeur  dans  Pozene:,  Penfiure 
dans  Pafeite,  la  rougeur  dans  les  excré- 
mens. 

138.  La  fortie  ou  Pémiflion  d’un 

vitales ,  comme  la  refpiration  &  le  pouls  i  &  les 
autres  animales,  parce  qu’on  croit  qu’elles  dépen¬ 
dent  de  l’ame.  Les  facultés  communes  aux  végétaux» 
&  qu’on  peut  appeller  végétales  ,  font  la  Êiculté  de 
croître ,  de  fe  nourrir,  de  digérer  ,  de  féparet  & 
4’engendrer.  ,  - , 


PRELIMINAIRE.  175 
fluide  ou  d’un  folide  qui  étoit  dans  le 
corps ,  s’appelle  en  général  excrétion 
ou  évacuation  ;  mais  fiiivant  la  défini¬ 
tion  qu’on  a  donnée ,  l’évacuation 
un  mouvement  fenfible  des  parties  du 
corps ,  dont  elle  doit  être  mife  au  nom¬ 
bre.  des  fondions.  On  voit  donc  qu’il 
y  a  deux  fortes  de  fondions  ,  l’une 
qui  confiée  dans  le  mouvement  appa¬ 
rent  des  parties  folides  ,  comme  le 
marcher,  la  parole,  &c,  &  l’autre  dans 
le  mouvement  des  fluides  hors  du  corps, 
comme  dans  le  piflément ,  le  crache¬ 
ment,  &c.  C’efl;  ià*deflus  qu’efl:  fon¬ 
dée  la  divifion  que  les  anciens  ont 
faite  des  fymptomes ,  en  fondion ,  ex¬ 
crétion  &:  qualité  viciée. ,  ^ 

139.  Toutes  les  maladies  rendent 
l’éîat  de  l’homme  plus  imparfait  auflî 
long-temps  qu’elles  durent  ,  comme 
on  le  verra  par  l’énumération  que  j’en 
ferai.  Or  toutes  les  maladies  fe  rédui- 
fent  à  la  fîevre ,  â  l’inflammation  ,  à  la 
convulfion  ,  à  la  paralyfie  ,  à  l’eflbu- 
flement ,  à  la  douleur ,  à  la  folie ,  à  l’é¬ 
vacuation  &  à  la  cachexie.  Je  vais  mon¬ 
trer  que  dans  toutes  ces;  maladies  la 
ftrudure,  la  crafe  &  les  forces  du  mo¬ 
teur,  ne  concourent  point  à  proloa* 


fi8o  Discours 

ger  la  vie  comme  dans  l’état  parfait; 

140.  Dans  la  fîevre  les  fluides  étant 
plus  «épais  qu’à  l’ordinaire ,  engorgent 
les  vaiffeaux  dans  lefquels  ils  circulent, 
ou  les  irritent  par  leur  acrimonie ,  & 

*■  les  forces  vitales  augmentant  pour  les 
réfoudre  ou  les  corriger ,  il  s’en  fait 
une  diffipation  excefîive ,  &  qui  va 
fort  au-delà  de  ce  qui  peut  s’en  répa¬ 
rer  dans  le  même  efpace  de  temps. 
On  voit  donc  que  cette  jufte  dépenfe 
de  forces  (  134) ,  dont  le  ménagement 
contribue  au  maintien  de  la  vie ,  tant 
iqu’elle  n’eft  menacée  d’aucun  danger, 
ri’efl  point  obfervée  dans  ce  cas. 

141.  Les  maladies  inflammatoires 
n’épuifent  pas  moins  les  forces  vitales 
que  la  fievre ,  &  abrègent  par  confé- 
quent  la  vie  de  l’homme.  Il  y  a  plus, 
la  douleur  &  la  foibleffe  dont  elles 
font  accompagnées ,  détournent  l’hom¬ 
me  des  fondions  auxquelles  il  avoit 
coutume  de  vaquer ,  &  nuifent  à  l’in¬ 
tégrité  de  la  machine,  par  la  fuppura* 
tion  dont  elles  font  fuivies. 

141.  Les  maladies  convulfîves  font 
à  l’égard  des  nerfs ,  ce  qu’eft  la  fievre 
par  rapport  aux  vaiffeaux  fanguins; 
^iles  épuifent  extrêmement  les  forces 


Préliminaire.  iSi 

animales ,  d’oii  réfulte  la  foiblefle  èz 
le  dérangement  des  fondions  qui  con¬ 
tribuent  à  la  fanté. 

143.  Dans  la  paralyfie  ,  les  nerfs 
deftinés  à  avertir  l’ame  de  la  préfence 
des  objets  qui  peuvent  lui  être  utiles 
ou  nuifibles  ,  font  hors  d’état  de  lui 
tranfmettre  ces  impreffions  ,  &  par 
conféquent  ne  concourent  point  à  la 
confervation  du  tout. 

144.  Les  maladies  douloureufes  n’a¬ 
battent  pas  moins  les  forces  que  les 
inflammatoires;  &  l’ame  occupée  de 
la  douleur  qu’elle  reflfent ,  n’eft  plus 
capable  d’exercer  fes  fondrions ,  &  l’in¬ 
tégrité  des  nerfs  en  fouôre. 

145.  Dans  ceux  qui  ont  perdu  l’u- 
fage  de  la  raifon ,  l’ame ,  dont  la  fin 
principale  eft  de  connoître  la  vérité  , 
&  de  délirer  le  bien ,  fe  trouve  hors 
d’état  de  faire  l’un  &  l’autre  ;  fa  partie 
même  la  plus  noble  ,  je  veux  dire  l’en¬ 
tendement  ,  ne  veille  plus  à  la  confer¬ 
vation  de  la  fanté ,  en  étant  diftrait  par 
des  idées  abfurdes  &  par  des  défirs  dé¬ 
pravés. 

146.  Dans  les  maladies  évacuatoires, 
ou  dans  les  excrétions  continues  ,  les 
principales  fondrions  fe  dérangent,  les 


1 


l8^  Discours 
forces  s’épuifent  &  fe  diftrlbuent  d’ime 
autre  maniéré  que  dans  la  fanté,  ce 
qui  abrégé  la  vie. 

,  dans  les  maladies  caché- 
tiques ,  la  forme ,  la  couleur  &  les  au¬ 
tres  apparences  ,  ne  font  plus  les  mê¬ 
mes  que  dans  la  fanté  ;  elles  changent, 
de  même  que  le  tifîu  &  la  ftruâure  in¬ 
terne  des  folides  ,  &  la  crafe  des  flui¬ 
des^;  mais  comme  les  machines  ne  peu¬ 
vent  fortir  de  leur  état  de  perfeôion 
fans  tomber  dans  un  état  pire  ,  il  elî: 
évident  que  dans  ces  maladies  la  ftruc- 
ture  ni  la  crafe  n'ë  font  plus  telles  qu’el¬ 
les  doivent  être  pour  le  maintien  de 
la  vie.  (114.) 

148.  Il  fuit  de  ce  qu’on  vient  de 
dire  ,  que  toutes  les  maladies  rendent 
l’état  de  l’homme  plus  imparfait  pen¬ 
dant  tout  le  temps  qu’elles  durent,  & 
par  conféquent  qu’on  doit  les  mettre 
au  rang  des  maux  ph)^hques.  En  effet, 
,îe  mal  n’efi  autre  chofe  qu’une  imper* 
fedion. 

149.  Mais  comme  le  mal  qui  nous 
garantit  d’un  mal  plus  confidérable  efl 
un  bien  ,  eu  égard  à  celui  dont  il  nous 
a  délivré  ;  il  s’enfuit  que  les  efforts  que 
iait  la  nature  pour  nous  délivrer  des 


P  R  i  L  I  M  I  N  A  I  R  E.  183- 
caufes  morbifiques  ,  capables  de  nous 
plonger  dans  des  maladies  plus  dange- 
reufes,  doivent  être  regardés  comme 
faîutaires  ;  or ,  l’obfervation  journafiere 
nous  apprend  que  cela  arrive  dans 
rhomme  ;  mais  ces  efforts  font  des 
changemens  morbifiques  (137)  ;  donc 
il  y  a  des  maladies  qu’on  doit  regarder 
comme  un  bien  refp^Bif^  entant  qu’elles 
guériffent  ou  qu’elles  préviennent  d’au¬ 
tres  maladies  plus  dangereufes  ,  quoi¬ 
qu’elles  foient  un  malabfolu  ,  confidé- 
rées  en  elles-mêmes.  On  doit  mettre 
de  ce  nombre  le  vomiffementfpontané 
ou  artificiel  ,  qui  garantit  un  crapuleux 
de  l’apoplexie  dont  il  efi;  menacé;  la 
diarrhée ,  qui  prévient  la  fievre  inter¬ 
mittente  qui  guérit  i’épilepfie. 

150.  Le  mouvement  efi:  la  caufe  de 
tous  les  changemens  qui  arrivent  dans 
le  corps;  &  puifque  tout  fymptome 
eft  un  changement  (137),  ü  s’enfuit 
qu’il  eft  produit  par  un  mouvement  in¬ 
terne  GU  externe.  Le  changement  d’é¬ 
tat,  dont  la  raifon  fuffifante  efi  conte¬ 
nue  dans  le  fujet  dont  l’état  change  , 
s’appelle  aUion  (  O  mol. 
trouve  dans  l’homme  la  i^bn  fuffi- 
ûnte  de  prefque  tous  les  fymptoinçSe 


*184  Discours 
ainfi  qu’on  s’en  appercevra  fi  on  y  fait 
attention  ;  donc  prefque  tous  les  fymp- 
tomes  font  dus  à  l’action  des  parties 
qui  conftituent  l’homme.  Il  faut  en  ex¬ 
cepter  les  léfions  évidentes  produites 
par  des  caufes  externes  ,  telles  que  les 
plaies,  les  contufions ,  les  fraèures, 
qu’on  ne  doit  point  mettre  au  nom¬ 
bre  des  maladies ,  mais  au  rang  des 
.affedions  ou  des  vices^ 

Toute  aâion  efi;  l’effet  immé¬ 
diat  d’une  force  ;  ou ,  ce  qui  revient  au 
même ,  il  n’y  a  point  d’aâion  fans  for¬ 
ce  ;  &  celle-ci  fuppofée  ,  l’aâion  s’en¬ 
fuit  nécefiairemerit,  à  moins  qu’on  ne 
lui  oppofe  une  réfiftance  égale.  (  0;z- 
tolog,  yx8\  )  Comme  donc  la  plupart 
des  changemens  morbifiques  font  oc- 
cafionnés  par  l’aétion  des  parties  qui 
compofent  le  corps  humain ,  il  s’enfuit 
qu’il  y  a  en  lui  des  forces  capables  de 
changer  fon  état ,  &  de  produire  des 
fymptomes;  &  les  maladies  ,  fi  l’on  en 
•excepte  les  affeftions ,  dépendent  tou¬ 
tes  des  forces  de  l’homme. 

15  2.  Tout  être  qui  peut  exercer  fes 
-forces  ou  agir ,  efi  appeilé  pui^ance  ou 
faculté  active  (  OritoL  yi(S'.)  :  or  puifque 
sdaiis  i’tqmine  les  parties  tant  folides 


Préliminaire.  185 
que  fluides  ,  la  fubftance  incorporelle 
ou  l’ame  exercent  leurs  forces ,  agif- 
fent  mutuellement  l’une  fur  l’autre  ,  & 
que  c’eft  dans  cette  aâion  réciproque 
que  confifle  la  vie ,  il  s’enfuit  qu’on 
doit-attribuer  pour  l’ordinaire  les  chan- 
gemens  m-orbifiques  aux  puiflances  ou 
facultés  aftives  du  corps  &  de  l’ame. 

153.  C’efl:  de  quoi  l’on  fe  convaincra 
encore  mieux  fi  l’on  fait  attention  aux 
différentes  clafles  des  maladies  ,  telles 
que  les  fievres ,  les  inflammations ,  &c. 
car  quoiqu’elles  foient  occafionnées 
par  l’application  ou  l’introduâion  des 
corps  externes ,  elles  ne  fe  manifeflent 
jamais  ,  à  moins  que  les  forces  de 
l’homme  ne  fe  déploient ,  &  qu’il  ne 
furvienne  des  changemens  dans  le 
corps ,  lefquels  font  toujours  produits 
par  les  forces  des  folides,  des  fluides  , 
ou  du  principe  vital  &  fenfitif. 

154.  On  trouve  dans  un  cadavre  les 
facultés  communes  aux  végétaux  Sc 
aux  machines  hydrauliques  ,  telles  que 
la  gravité,  l’attradion ,  l’élafticité,  & 
ce  qui  en  dépend  peut-être  ,  le  mou¬ 
vement  putréfaclif  &  fermentatif,  la 
diffolution  ,  la  relaxation  ,  la  conden- 
fation ,  la  végétation  des  poils  &  des 


î85  Discours 
ongles ,  ia  chute  &  la  preÆon  des  flui¬ 
des  llir  les  parties  inférieures ,  le  chan¬ 
gement  de  couleur ,  d’odeur  &  de  fer¬ 
meté  ,  en  un  mot  les  fymptomes  (^i 
réfuite nt  du  changement  des  qualités, 
&^quélques-uns  de  ceux  qui  confiftent 
dans  les  excrétions ,  mais  en  très-petit 
nombre  ,  parce  qu’il  y  a  peu  d’excré¬ 
tions  qui  fe  faflfent  indépendamment 
du  fentiment  &  du  mouvement  muf- 
culaire  ;  mais  on  n’y  apperçoit  aucun 
des  changemens  qui  dépendent  de  la 
perception ,  de  l’appétit ,  du  mouve¬ 
ment  mufculaire  ,  du  mouvement  du 
pouls ,  de  la  circulation  &  de  la  refpi- 
ration ,  parce  que  ces  fonéhons  exi¬ 
gent  ia  préfence  &  l’aâion  del’ame; 
h’oii  il  hiit  que  tous  les  changemens 
fpontanés  qui  arrivent  dans  l’homme 
dépendent  des  facultés  du  corps  ou  de 
l’ame  ;  les  premières  font  communes 
aux  végétaux ,  de  les  fécondés  propres 
aux  animaux. 

155.  Le  principe,  efl:  ce  qui  contient 
en  foi  la  raifon  fuffifaate  de  l’exiftence 
poifible  d’une  chofe  ,  ou  ce  qui  la  fait 
concevoir  comme  poflible.  Les  Patho- 
loglftes  ,  qui  fe  mettent  peu  en  peine 
d’éviter  les- équivoques ,  lui  donnent 


Préliminaire.  i%<f 
le  nom  de  caujè  éloignée  ,  quoiqu’il  y 
aitbecucoup  de  différence  entre  îa  caufe 
Sc  ie  principe  ;  &  c’eft  ce  qui  occ^ 
fionne  une  confufion  étrange  dans  la 
îvlédecine.  «  La  caufe ,  dit  M.  u4^ruc  , 
»  eû  ce  qui  produit  la  maladie ,  &  nous 
)»  voudrions  bien ,  ajoute-t-il ,  reftrein- 
»»  dre  à  cela  la  lignification  de  ce  mot, 
»  fi  l’ufage  le  permettoit».  Mais  il  me 
permettra  de  lui  dire  qu’un  abus  ne  fau- 
roit  jamais  paffer  en  ulage,  &  qu’un 
homme  raifonnable  doit  plutôt  fe  laif- 
fer  guider  par  la  raifon  que  par  les  ufa- 
ges  qui  lui  font  contraires.  Il  convient 
lui- même  qu’il  eft  extrêmement  diffi¬ 
cile  de  définir  la  caufe ,  &  que  par  un 
ufage  reçu ,  on  donne  le  même  nom  , 
tant  aux  caufes  efficientes  qui  produifent 
effedivement  les  maladies ,  qu’aux  cau¬ 
fes  ,  ou ,  pour  mieux  dire ,  aux  conditions 
fans  kfquelles  les  maladies  ne  fauroient 
avoir  lieu ,  conditions  dont  la  préfence 
ne  caufe  point  la  maladie  ,  mais  dont 
l’abfence  empêcheroit  qu’elle  ne  fût 
produite. 

156.  Les  principes  font  les  condi- 
fions ,  les  oçcafions ,  les  circonffances  , 
la  matierr ,  l’inflrument ,  la  fin, ,  &  la 
caufe  évidente. 


Discours 

Suppbfons  qu’un  grumeau  de  fang 
obftrue  une  petite  artere  ,  ou  une  pe¬ 
tite  veine  ,  il  ne  s’enfuit  pas  par  -  là 
même  que  ce  vaiffeau  fe  dilate  &  s^en- 
fle.  Ce  grumeau  n’eft  donc  point  la 
caufe  de  la  tumeur  ,  mais  ce  qui  s’en¬ 
fuit  ,  c’eft  la  poffibilité  de  la  dilatation  ; 
on  peut  donc  le  regarder  comme  le 
principe  de  la  tumeur ,  6c  comme  un 
principe  matériel ,  parce  qu’il  en  fait 
partie.  Et  comme  à  fon  tour  le  vaiffeau 
enflé  eff  une  partie  organique ,  qui  em 
tre  dans  la  compofition  de  la  tumeur, 
il  doit  être  regardé  aufli  comme  le  prin¬ 
cipe  organique  ;  le  fiege  6c  Vinjirument 
de  la  tumeur. 

Si  l’adhérence  de  ce  grumeau ,  qui 
par  lui- même  ne  caufe  point  la  tumeur, 
eff  néceffaire  à  fa  production  ,  comme 
plufieurs  le  penfent,  elle  devient  alors 
une  condition  ou  un  principe  fans  lequel 
il  n’y  auroit  point  de  tumeur*  Si  le 
principe  n’efl;  point  néceffaire  pour  fa 
formation ,  comme  la  petiteffe  du  vaif¬ 
feau  ,  il  efl:  regardé  comme  Voccafion  de 
la  tumeur  ,  parce  qu’il  facilite  l’effet, 
au  cas  que  la  caufe  exiffe.  S’il  n’eft  ni 
néceffaire ,  ni  utile ,  mais  uniquement 
préfent,  comme  la  rougeur  6c  l’acri- 


Préuminaire*  189 
inonie  du  fang ,  on  l’appelle  abrs  fim- 
plement  circonjlance.  Le  but  que  fe  pro- 
pofe  un  agent  s’appelle  fin.  Par  exem¬ 
ple  ,  fi  la  tumeur  efl:  excitée  afin  de 
purger  le  fang  du  venin  qu’il  contient, 
cette  dépuration ,  que  d’autres  appel¬ 
lent  caufe  finak  y  efl;  la  fin  de  la  tumeur, 
ou  le  but  que  l’agent  fe  propofe.  Si  la 
tumeur  efl  occafionnée  par  le  relâche¬ 
ment  des  vaifleaux ,  ou  par  l’épaifiiffe- 
ment  du  fang  enfuite  d’une  mauvaife 
digeflion,  comme' ces  chofes  n’agiflent 
que  d’une  maniéré  paffive  dans  la  pro- 
duflion  de  la  tumeur  ,  &  îre  font  que 
des  difpofitions  antérieures  dans  le 
corps,  on  les  appelle  principes  proégu- 
menes,  ou  prédijpofitions  ^  &  telles  font 
la  pléthore  ,  l’épaifilflement ,  l’intem¬ 
périe  ,  l’acrimonie  ,  &c.  Si  l’occafion 
de  la  tumeur  efl  aftive ,  comme  l’im- 
pétuofité ,  l’effort ,  la  prelfion  du  fang  , 
quoiqu’infuffifante  par  elle- même  pour 
produire  cet  effet ,  ou  la  colere ,  la  vo¬ 
cifération  ,  la  courfe  ,  qui  produifent 
cette  impétuofité  ou  cet  effort;  on  Vap- 
]pé[le principe procatarSique,  ou  excitant, 
en  Grec  prophafis ,  toutes  les  fois  qu’il 
efl  évident  &  externe. 

157.  La  caufe  efl  ce  qui  feit  conce-- 


IÇO  Discours 
voir  l’exiftence  aduelle  d’une  chofe^ 
€n  quoi  elle  différé  du  principe ,  qui 
fait  concevoir,  non  point  fon  aftualité, 
niais  feulement  fa  poflîbilité.  Une  chofe  ‘ 
æA:  poflible  ;  lorfqu’elle  n’implique  au¬ 
cune  conîradidion  ;  mais  de  ce  qu’elle 
peut  exifter  ,  il  ne,  s’enfuit  pas  qu’elle 
-exifte.  De  ce  que  le  principe  exifte', 
-il  ne  s’enfuit  pas  que  ce  que  les  Scho- 
daftiques  appellent  principïatum ,  doive 
néceffairement  exifter;  mais  la  caufe 
fuppofée ,  s’enfuit  nécefiairement, 
fans  qu’il  foit  néceffaire  de  faire  d’autre 
fuppofitioh  ,  &  il  cefîe  d’exifter  ,  dès 

■  qu’elle  n’exifte  plus.  La  caufe  n’eft  telle 

■  qu’autant  qu’elle  produit  un  effet ,  ou 
:iine  chofe  différente  d’elle  ;  d’où  il  fuit 
qu’il  ne  peut  y  avoir  d’effet  fans  caufe, 
ni  de  caufe  fans  effet.  Ce  qui  exifte 
aftuellement  eft  poffxble ,  mais  la  caufe 
fait  concevoir  l’aôualité ,  donc  à  plus 
forte  raifon  la  poftibilité  ;  d’où  il  fuit 
que  la  caufe  eft  une  efpece  de  princi¬ 
pe  t  un  exemple  va  éclaircir  toutes  ces 
définitions. 

IJ  8.  La  puiffance  par  laquelle  les 
vaiüeaux  du  corps  humain  réfiftent  à 
l’effort  qu’on  fait  pour  les  allonger ,  ou 
tendent  à  fe  raccourcir,  s’appelle- «n;?- 


Préliminaire.  191 
traâiliîé;  &  celle  par  laquelle  ils  réfif- 
tent  à  leur  rupture ,  ou  iis  relient  unis , 
ùnacitL 

1 59.  La  prefîion  des  fluides ,  qui  agit 
perpendiculairement  fur  les  parois  des 
•vâfleaux ,  s’appelle  prejjîon  latérale. 

léù.  La  force  avec  laquelle  la  co¬ 
lonne  d’un  fluide  agit  fur  la  bafe  de 
celle  qui  le  devance  fuivant  l’axe  du 
vaifleau,  s’appelle  force  progrejfve  ^  on 
preflion  fuivant  l’axe. 

161.  -La  caufe  de  la  tumeur  en  gé- 
«éral  eft  l’excès  de  la  preflion  latérale 
fur  la  contra^lité  du  vafe  ou  des  vaif- 
feaux.  Dlmonf  ration.  Les  vaifleaux  ne 
peuvent  s’enfler  que  lorfqu’ils  font  dif- 
tendus  par  les  fluides  qu’ils  contien¬ 
nent  ;  mais  ils  ne  peuvent  être  diflen- 
dus  que  par  la  preflion  latérale  ;  car  les 
.fluides  agiffent  perpendiculairement  fur 
la  furface  comprimée  ;  &  les  vaifleaux 
Hans  l’état  de  fanté  ne  réfiflent  à  la 
preflion  des  fluides ,  qu’autant  que  leurs 
fibres  longitudinales  &  orbiculaires 
font  effort  pour  fe  raccourcir ,  ou  que 
la  preflion  latérale  du  fluide  efl  con¬ 
trebalancée  parla  contraftilité  des  vaif- 
feaux.  Lors  donc  que  la  force  de  la  pref- 
fion  latérale  l’emporte  fur  celle  de  la 


i9i  Discours 
contraûilité ,  U  faut  néceflairementque 
les  fibres  des  vaiffeaux  s’allongent  ;  & 
comme  la  preffion  agit  perpendiculâ, 
rement  fur  eux,  &:  que  la  direâioii 
paffe  par  l’axe  du  vaiffeau ,  il  faut  en¬ 
core  que  les  fibres  s’éloignent  de  l’axe; 
mais  les  fibres  &  les  parois  du  vaifléau 
ne  peuvent  s’écarter  de  l’axe  que  le 
vaiffeau  ne  s’enfle  ;  il  s’enfuit  que  la 
preffion  latérale  excédant  la  contraâi* 
lité  du  vaiffeau  ,  il  faut  néceffairement 
que  le  vaiffeau  s’enfle  :  ce  qu’il  falloit 
démontrer. 

162.  11  fuit  de  là  que  la  contradL- 
lité  du  vaiffeau  demeurant  la  même, 
il  s’enflera  ,  fi  la  preffion  latérale  du 
fluide  augmente. 

1(53.  Il  fuit  encore  que  la  preffion 
latérale  demeurant  la  même  ,  le  vaif¬ 
feau  s’enflera  ,  fi  fa  contraftilité  di; 
min  Lie. 

164.  U  fuit  encore  que  le  volumè 
de  la  tumeur  efl;  en  raifon  compofée  de 
la  direâe  de  la  preffion  latérale ,  &  de 
l’inverfe  de  la  contraftilité. 

165.  U  eft  évident  encore  ,  que  la 
contraéiilité  du  vaiffeau  étant  anéantie , 
comme  il  arrive  par  fa  rupture  ,  ou  ce 
qui  en  eft  une  fuite ,  que  la  preffion 

latérale 


P  îl  £  L  I  I  N  A  I  S.  E.  195 
fetéraie  des  flüides  venant  à  cefler ,  i{ 
ne  peut  fe  former  aucune  tumeur.  11 
s’enfuit  donc  que  les  limites  dans  la 
groffeur  de  la  tumeur  font  les-  mêmes 
que  celles  de  la  contraâiiité  du  vaif- 
feau,  &  celles  de  la  preffion  des  fluides. 

166.  Lapreflioa  vive  ,  ou  la  coilifion 
que  fôuflfent  les  vaifleaux  ,  à  chaque 
battement  du  cœur,  efl:  la  même  que 
celle  qui  agit  fur  la  bafe  de  la  colonne 
du  fluide  qui  va  devant  ;  or  celle-ci  efl 
comme  le  quarré  de  la  vîteflê  refpec- 
tive  des  colonnes ,  favoir ,  de  celle  qui 
précédé  &  de  celle  qui  fuit  ;  donc  l’in- 
tenfité  de  la  tumeur,  la  contraclilité 
du  vaifleau  demeurant  la  même  ,  efl 
proportionnée  à  ce  quarré  de  la  vîtefle 
ïefpedive, 

1 67.  La  prelîion  qu’un  fluide  exerce 
fur  les  parois  d’un  vaifleau ,  efl:  tou¬ 
jours  proportionnée  à  la  force  du  pif- 
ton  du  cœur  qui  le  poufle  ;  mais  celle- 
ci  efl  la  mefure  de  la  plus  grande  vî¬ 
tefle  que  le  fang  peut  acquérir  dans  le 
VaiflTeauî  car  cette  force,  fuivant  les 
principes  de  l’Hydrodynamique,  efl 
comme  le  quarré  de  fa  vîtefle  ;  d’où  i! 
fuit  que  le  fang  qui  précédé  venant  à 
retarder ,  cette  force  efl  la  mefure  de 

Tome  /.  I 


«94  Discours 

la  preffion latérale,  qui  caufe  la  tumeur 
par  fon  excès. 

i68.  Il  fuit  de-là,,  en  fuppofant  I3 
même  contraéHlité  dans  le  vaiffeau, 
que  la  tumeur  fera  la  plus  grande  qu’il 
eft  poffible ,  lorfque  le  fang  prefléra 
les  parois  du  vaiffeau  avec  toute  la 
force  qu’il  reçoit  du  cœur  ;  ce  qui  ar-i 
rive  lorfque  le  vaiffeau  eff  entièrement 
obffmé,  &  que  dans  ce  cas  la  tumeur 
augmentera  ou  diminuera  felom,  que  le 
coeur  aura  plus  ou  moins  de  force , 
àinlî  qu’il  arrive  dans  la  petite  vérole , 
dans  laquelle  les  pullules  difparoiffent 
lorfque  la  preffion  vitale  diminue. 

.  169.  Il  fuit  encore  de-là  que;  la  tu* 
meur ,  la  force  du  cœur  demèurant  la 
même ,  doit  être  plus  grande  dans  les 
veines  que  dans  les  arteres ,  parce  que 
(  Hœmafiat.  Gall.  p.  ai/.)  les  veines 
étant  obftruées ,  la  preffion  latérale  eff 
plus  forte  ,  &  la  contraftilité  moindre; 
d’où  il  réfulte  que  l’excès  qui  caufe  la 
tumeur  eff  plus  grande  auffi. 

170.  Les  effets  entiers  font  propor* 
tionnels  à  leurs  cznïes. Wolf. Mechan,2it-i 

17 1.  Voici  une  autre  réglé  pour 
connoître  la  caufe  &  la  diftinguer  du 
principe ,  ainff  qu’om  peut  s’en  çom 


Préliminaire;  195 
^ncre  par  les  exemples  d-deflus.  En 
effet ,  puifque  l’excès  de  la  prelîion  lar- 
térale  fur  la  contraâilité  du  vaiffeau 
caufela  tumeur,  il  s’enfuit  que  celle- 
ci  doit  augmenter  ou  diminuer  à  pro¬ 
portion  que  cet  excès  (  162-169.) 
augmenté  ou  diminue. 

172.  Si  l’on  coupe  un  vaiffeau  en 
travers ,  comme  le  fang  qui  précédé  & 
qui  s’écoule  n’oppofe  aucune  réfiftance 
à  celui  qui  fuit ,  ils  coulent  avec  la  mê¬ 
me  vîteffe  l’un  &  l’autre  ;  il  n’y  a  plus 
aucune  vîteffe  refpedive ,  ni  par  con- 
féquent  aucune  preffion  latérale ,  ni  fui- 
vant  l’axe  du  vaiffeau,  (166)  comme 
on  peut  le  voir  dans  V Hcemajlatiqm 
Françoife  (^pag.  2.4y.n.  too.')  &  la  tu¬ 
meur  (Éfparoît  fur  le  champ. 

173.  Lorfqu’onlie  une  veine ,  la  tu¬ 
meur  eft  beaucoup  plus  groffe  que  fî 
on  lioit  une  artere  de  même  diamètre  , 
parce  que  dans  l’état  de  fanté  la  con- 
traôilité  de  la  première  étant  moins 
grande  que  celle  de  la  fécondé  ,  & 
d’ailleurs  la  preffion  latérale  étant  la 
même  dans  l’un  &  l’autre  cas(i68.)  , 
l’excès  de  la  preffion  latérale  fur  la 
oontraéHlité  eft  plus  grand  dans  la 
veine, 

I  n 


195  Discours 

174.  Les  mêmes  caufes  produifem 

toujours  les  mêmes  effets  dans  les  mê¬ 
mes  circonftances.  Hamberger , 
num.  18.  _ 

On  prétend  dans  les  Ecoles ,  faute 
de  définitions  exaûes  ,  qu’un  même 
effet  peut  avoir  plufieurs  caufes.  Cette 
erreur  vient  de  ce  qu’on  donne  le  nom 
de  caufe ,  non  point  à  la  caufe  ent^re, 
mais  à  une  de  fes  parties  dans  un  effet 
entier  compofé ,  ou  à  l’occafion  ou  au 
fujet  de  la  caufe ,  ou  à  quelque  prin¬ 
cipe  ;  en  un  mot ,  de  ce  qu’on  con¬ 
fond  en  quelque  maniéré  la  caufe  avec 
ce  qui  ne  i’eft  point  ;  mais  c’eff  mal  à 
propos  ,  vu  qut  h  même,  effet  eji  toujours 
produit  par  la  tnême  caufe  prochaine  eff- 
dente.  Id.  ibid. 

175.  Ceux  qui  affignent  pour  caufe 
de  la  tumeur  la  ftagnaîion  du  fang  dans 
les  vaiffeaux ,  n’afîignent  pour  caufe 
(i68)  qu’un  principe;  &  s’ils  font  une 
fois  imbus  de  cette  erreur  ,  ils  croiront 
aifément  que  le  même  effet  peut  être 
produit  tant  par  cette  flagnation,  que 
par  la  prefîion  latérale  la  diminution  de 
la.  contradilité  ,  &  par  plufieurs  autres 
caufes,  ainfi  qu’ils  les  appellent;  & 
cela  étant,  il  n’efl  pas  étonnant  que 


Préliminaire;  .197 
la  confufîon  des  noms  occafionne  celle 
des  idées  (95.) 

176.  Pour  Ibutenir  cette  opinion; 
ces  Philofophes  allèguent  l’exemple  du 
foleil  qui  durcit  la  boue  &  qui  fond  la 
cire  ,  d’où  ils  concluent  qu’une  même 
caufe  peut  produire  différens  effets. 
Mais  il  efl  bon  de  remarquer  que  le 
foleil  eft  le  principe ,  mais  non  point 
la  caufe  qui  durcit  la  boue  ;  car  fi  l’hu- 
midité  ne  s’exhaloit ,  &  fi  les  molécules 
terrefires  ne  fe  rapprochoient  &  ne  fe 
touchoient  dans  un  plus  grand  nom¬ 
bre  d’endroits ,  ou  par  des  furfaces  plus 
larges  ,  le  foleil  ne  durciroit  jamais  la 
boue ,  quoique  avec  le  même  degré  de 
chaleur.  Il  n’en  efi;  pas  de  même  de  la 
cire  ,  fes  molécules  n’exhalent  aucune 
humidité  ;  mais  étant  entourées  du  flui¬ 
de  lumineux  comme  d’un  atmofpherè 
extrêmement  fubtil ,  le  nombre  &  l’é¬ 
tendue  dessmoints  de  leur  contaft ,  di¬ 
minuent  ,  ôi^r-là  elles  acquièrent  de 
la  fluidité.  Lorfqu’on  confond  les  mots, 
il  faut  néceflairement  qu’on  confonde 
les  chofes. 

177.  Il  n’y  a  point  de  fcience ,  fi 
l’on  en  excepte  la  Théologie  ,  dans  la¬ 
quelle  les  erreurs  foient  plus  dange- 

I  iij 


19$  D  i^s  c  O  XJ  R  s 
reîifes  quela  Médecine  ,  &  cependant 
il  n’y  en  a  point  où  l’on  en  commette 
davantage.  La  prmcipale  fource  de  ces 
erreurs  efl:  qu’on  prend  pour  caufe  ce 
qui  ne  l’efl:  point  ;  poji  hoc ,  ergo  propur 
hoc  ;  un  phénomène  vient  à  la  jîiite  £un 
autre  ;  il  en  ejl  donc  Veffett  Raifonne- 
ment  auffi  commun  que  pitoyable. 

.  178.  Pour  qu’une  chofe  puiffe  être 

regardée  comme  la  caufe  d’une  autre , 
il  ne  fuffit  pas  que  la  préfence  ou  l’ab- 
fence  de  la  première  amene  avec  elle 
la  préfence  ou  l’abfence  de  l’autre  ;  il 
faut  encore  qu’elle  contienne  la  raifon 
fuffifante  de  fon  exiftence  aftuelle ,  & 
que  l’elFet  foit  proportionné  àl’intenfité 
de  la  caufe  ;  &  comme  tout  effet  eft  un 
changement ,  &  que  celui-ci  ne  peut 
être  effeâiié  fans  une  force  capable  de 
le  produire  (i  50.)  ;  il  efl  néceffaire  que 
ce  qu’on  regarde  comme  caufe  ,  ait 
une  force  fuffifante  pour  produire  l’ef 
fet  qu’on  lui  attribue ,  autrement  l’un 
ne  pourroit  fervir  à  faire  conclure  l’e- 
xiftence  de  l’autre  ,  ainfi  qu’on  le  verra 
par  des  exemples.  — 

179.  Un  homme  qui  voit  cingler  un 
vaiffeau  à  pleines  voiles ,  &  qui  Je  voit 
s’arrêter  lorfqubn  les  abbat,  auroit  tort 


Préliminaire.  199 
de  ïegarder  la  tenfion  des  voiles  com* 
01e  la  caufê  de  ion  mouvoment ,  vu 
que  par  elle-même  elle  eft  incapable 
de  le  prod\iire.  Lorfque  les'hirondeiles 
paroiffent ,  les  arbres  végètent ,  &  ils 
ceâfent  de  le  faire ,  îorfqu’elies  difpa- 
roiffent;  mais  il  ne  s’enfuit  pas  de  là 
qu’elles  foie  nt  la  caufe  de  cette  végé¬ 
tation  ,  puifqu’eiles  ne  faiiroient  faire 
monter  h  feve  dans  leurs  vaiiTeaux. 
Les  caufes  que  l’on  aiîigne  à  la  plupart 
des  maladies  ne  font  pas  moins  ridi¬ 
cules.  Le  fang  qui  s’arrête  dans  .les 
vaiffeaux  retarde  le  mouvement  de  ce¬ 
lui  qui  lui  fuccede  ,  bien  loin  d’accélé¬ 
rer  fon  cours ,  ainii  qu’il  arrive  dans  la 
fievre  ;  cependant  on  affigne  cette  iïa- 
gnation  pour  caufe  de  la  fievre ,  ainfî 
que  des  tumeurs.  C’efl:  ainfi  encore 
qu’on  attribue  les  convulfions  à  la  pref- 
fion  du  cerveau ,  parce  que  l’on  con¬ 
fond  les  principes  avec  la  caufe.  De 
îReme,  les  Afirologues  attribuent  les 
événemens  à  l’afpeâ:  ou  à  la  fituation 
refpeâive  des  aftres  ,  comme  s’il  y 
avoit  quelque  nouvelle  ^force  dans 
cette  fituation. 

180.  Rien ,  entant  que  caufe  ,  ne 
peut  être  connu  par  les  fens ,  (  Ham!" 

I  iv 


200  Discours  j 

Icr^er^  Phyf.pmfat.  ji.  )  ni  par  con-  ' 
iiéquent  entaint  qu’il  eli  l’effet  d’un  au^  | 
tre  ;  &  en  effet ,  la  déduâion  des  con- 
féquences  n’eff  point  du  reffort  de  la 
Émple  perception ,  ni  une  opération  des  ' 
fens ,  mais  du  reffort  de  l’entendement, 

&  ce  n’eff  qu’à  l’aide  du  raifonnement 
qu’on  peut  tirer  des  conféquences.  Or 
puifque  la  caufe  eff  ce  dont  on  conclut 
î’exiftence  aâuelle  d’une  ciiofe ,  il  s’en¬ 
fuit  que  les  fens  ne  peuvent  l’apper- 
cevoir.  L’expérience  eff  la  connoif- 
farice  des  chofes  que  nous  découvrons 
en  ne.réfléchiffant  que  fur  nos  percep¬ 
tions  Logy(j6'4.')  ;  d’où  il,  fuit , 

quoi  qu’en  difent  les.  Scholaffiques,  que 
ni  l’obCervation ,  ni.  l’expérience  ne 
peuvent  nous  faire  cqnnoître  ni  .les 
caufes  ,  ni  les  effets  ,  entant  que  tels. 

i8i.  Le  pronoffic  eff  la  connoif- 
fance  de  la  caufe  ;  la  certitude  de 
l’un  dépend  de  la  certitude  de  l’autre.  ' 
Nous  ne  préfageons  une  chofe  avec 
certitude  qu’autant  que  nous  connoif- 
fons  celle  dont  l’événement  dépend  , 
ou  la  liaifon  néceffaire  qu’il  a  avec  elle. 
Or  toute  caufe  amene  néceffairement 
fon  effet;  donc  plus  nous  ferons  cer¬ 
tains  que  la  caufe  exiffera ,  &  plus  cer* 


Préliminaire,  loi 
tainetnent  nous  prédirons  Fexiftence 
de  fon  effet.  Le  principe  au  contraire 
ne  prouve  que  la  poffibilité  de  l’évé- 
nèment,  6c  le  principe  peut  exiffer 
fans  que  l’é\'énement  s’enfuive  ;  dé 
forte  qu’on  peut  le  conjecturer  fur  l’e- 
xiftence  du  principe ,  mais  non  point 
le  prédire  avec  certitude.  L’utilité  de 
la  ccnnciffance  de  la  caufe  l’emporte 
autant  fur  celle  du  principe ,  que  la 
certitude  l’emporte  fur  la  fimple  con- 
jeélure.  Comme  un  navire  ne  cingle 
que"  par  l’excès  de  la  force  du  vent  & 
du  courant  de  l’eau  fur  la  réfiftance 
qu’oppofënt  l’inertie  du  vaiffeau  &  la 
vîîeffe  de  l’eau,  fi  je  connois  exafte- 
ment  cet  excès  ,  je  pourrai  calculer 
au  jufte  la  vîteffe  du  vaiffeau ,  la  pré¬ 
dire  ,  &  la  déterminer ,  parce  que  la 
caufe  étant  donnée  ,  il  eft  impoffi- 
ble  qu’elle  ne  produife  fon  effet  ;  de 
même  connoiffant  la  caufe  (Fune  ma¬ 
ladie  ôz  des  fymptomes  qui  la  carac- 
térifent  ,  je  puis  les  prédire  avec 
certitude. 

182.  Le  dlagnoffic  des  maladies  efl 
fondé  fur  la  connoiffance  des  fympto¬ 
mes  ;  mais  la  définition  eft  l’énuméra-; 
tion  des  fymptomes  néceffaires  pour 
1  y 


aoi  Discours 
Ponnoître  le  genre  &  le  diffinguer 
4onc  le  diagnoftic  des  maladies  dépend 
de  la  bonté  de  la  définition. 

183.  Si  les  fymptomes  font  telle¬ 
ment  liés  avec  une  autre  chofe,  que 
leur  exiftence  aâuelle  en  dépende, 
&  que  nous  connoiffions  cette  con¬ 
nexion  ,  nous  favons  alors  qu’ils  en 
font  l’effet ,  ou  que  cette  chofe  en  eft 
la  caufe  ,  &  cette  connoiffance  exade 
que  nous  avons  des  fymptomes  &  de 
leur  connexion  avec  les  caufes,  confti- 
tue  toute  la  fcience  des  diagnoffics  & 
des  pronoffics. 

184.  Le  figne  efi:  ce  qui  fait  connoî* 
tre  qu’une  chofe  eft,  a  été,  ou  fera 
^  Ontolog.  c)32.  )  ;  mais  les  fymptomes 
font  tellement  fiés  avec  leurs  caufes, 
qu’ils  ne  peuvent  exifter  que  celles-ci 
n’exiftent  ou  ne  fuivent  ;  donc  les 
fymptomes  font  les  fignes  des  caufes 
préfentes  ou  antécédentes  ;  &  les  ma¬ 
ladies  étant  un  concours  de  plufieurs 
fymptomes  liés  entr’eux  ,  il  s’enfuit 
donc  que  puifque  les  fymptomes  nous 
font  connoître  ce  concours  &  cette 
connexion ,  ils  font  des  fignes  certains 
jdes  maladies. 

.185,  Les  principes  admis  3  la  maladie 


Préliminaire.  105 
efl  poffible  ;  d’où  il  fuit  que  les  prin¬ 
cipes  font  des  fignes  probables  des  ma¬ 
ladies  plus  ou  moins  certains  ,  félon 
qu’il  y  a  plus  ou  moins  de  cas  tous 
également  poflibles  ,  dans  lesquels  ces 
principes  ayant  eu  lieu  ,  telle,  maladie 
8  exifté  ordinairement. 

186.  Si  l’on  jette  deux  dés  fur  une 
table ,  comme  il  y  a  trente-fix  façons 
différentes  &  également  poflibles  ,  fui- 
vant  lefquelles  ces  dés  peuvent  mon¬ 
trer  leurs  points ,  les  dés  jetés ,  la  pror 
habilité  que  l’on  a  que  le  poin4  donné 
paroîtra ,  eft  à  la  certitude  comme  1 
à  36.  Si  le  point  donné  efl:  7,  comme 
çe  point  peut  venir  de  fix  façons  éga.- 
lement  poflibles ,  la  probabibté  eft  le 
6'.  de  la  certitude. 

187.  La  vraijcmblanu  eft  une  proba¬ 
bilité  ,  qui  eft  à  la  certitude  dans  un 
plus  grand  rapport  que  1  à  2.  Par 
exemple  ,  il  y  a  plus  de  dix-huit  cas 
dans  lefquels  on  peut  faire  avec  deux 
dés  les  nombres  7  ,  ou  6,  ou  8  ,  ou  4, 
car  on  en  compte  20.  Il  eft  donc  vrai- 
femblable  qu’avec  deux  dés,  on  fera 
l’un  de  ces  points. 

188.  U  incertitude  eft  une  probabilité 
paoindre  qu’une  demi- certitude  ;  com? 

I  vj 


104  Discours 
me  donc  parmi  trente-fix  cas  poffiblej^ 
il  n’y  a  que  lix  façons  dontde  nombre 
7  puifîe  arriver ,  il  n’efl  point  vraifem- 
liîable ,  mais  incertain  que  l’on  amené 
le  point  7  du  premier  coup  de  dé. 

189..  Le  une  probabilité  qui 

vaut  une  demi  -r  certitude  ;  fi  donc  -de 
trenîe-fix  cas  poiîibles ,  il  y  en  a  dix- 
kuit  qui favorifent  l’événement,  celui- 
ci  efl;  incertain.  Si  dans  une  maladie, 
par  exemple ,  un  tel  événement  dépend 
du  concours  fortuit  d’autant  de  fymp- 
tomes  que  l’événement  contraire ,  il 
efl;  douteux  lequel  des  deux  arrivera. 

xqo.  hz  pojjibilité  eil  le  premier  & 
le  plus  petit  degré  de  la  probabilité,  & 
ne-diiFere  en  rien  de  l’ignorance.  Voyez 
la  Logique  de  Gravcfande. 

19 1.  Plus  on  eft  certain  de  la  caufe 
d’une  maladie  ,  plus  le  pronodic  eft 
sûr ,  ou  ,  ce  qui  revient  au  même ,  plus 
la  vraifemblance  de  l’événement  appro- 
xlie  de  la  certitude  ;  plus  on  apperçoit 
de  principes  de  la  maladie ,  plus  la  pro¬ 
babilité  approche  de  la  vraifemblance  * 
OU- plus  le  pronoftic  eft  vraifemblable. 

192.  Le  danger  e^vm.  état  dans  le¬ 
quel  il  y  a  de  l'a  pofiibilité  que  la  ma¬ 
ladie  ^tuneiflueûmefte.  Par  exemple* 


Préliminaire.  205- 
ü  y  a  danger  de  mort  dans  une  maladie , 
lorfque  toutes  chofes  étant  d’ailleurs 
égales,  il  y  a  autant  de  gens  qui  en 
meurent ,  que  de  gens  qui  en  échap¬ 
pent;  cela  s’appelle  un  (impie. 

S’il  y  a  un  plus  grand  nombre  de  cas 
polEbles  de  convalefcencequede  mort, 
k  danger  tjl  médiocre  ;  s’il  y  en  a  moins, 
le  danger  eji  grand  ;  &  dans  ce  cas  on 
dit  que  la  maladie  eû  mortelle;  ÿzrce 
qu’il  eû.  vraifemblable  que  le  malade 
mourra ,  qu’il  eft  incertain qa’ûmeuïQ 
dans  l’autre  cas. 

193..  La  probabilité  eft  d’autant  plus 
grande  ,  ou  ■  d’autant  moindre  qu’elle 
eft  plus  ou  moins  fondée.  La  probaÊi- 
liîé  qui  eft  fondée  fur  la  connoiffance 
du  principe  eil  d’autant  moindre ,  qu’il 
y  a  moins  de  vraifemblance  que  ce 
principe  contribue  à  la  maladie. 

194.  Si  l’on  peut  démontrer  que 
l’effet  efî  proportionné  à  la  caufe: ,  la 
connoiffance  philofophiqué  emprunte 
toute  fa  certitude  de  la  Mathématique 
(^WoLf.  difc.  praf.  zy.-)-  Par  exemple, 
fi  l’on  démontre  que  l’augmentation  de 
l’anévrifine  eft  q)roportionBée  dans  un 
cas  donné,  à  la  force  impulfive  du 
•cœur  ,.  QU  à  ia::ha.pteur.  à  laquelle  If 


âo6  Discours 
fang  peut  monter  dans  un  tube  verti¬ 
cal  qu’on  inféreroit  dans  l’aorte ,  fup- 
pofé  que  la  eontraâilité  de  l’artere  ne 
varie  point,  &  que,  lorfque  la  force 
impulfive  ^iicœur  demeure  la  même, 
î’accroiffement  de  l’anévrifme  eft  pro¬ 
portionné  à  la  duftilité  de  l’artere  ;  cette 
connoiffance  mathématique  rend  la  phi- 
lofophique  auffi  certaine  &  auffi  utile 
qu’elle  peut  l’être. 

195.  11  s’enfuivfa  de  là  que  les  ex¬ 
périences  s’accorderont  avec  les  prin¬ 
cipes  de  l’Etiologie.  En  voici  une ,  par 
exemple ,  qui  lui  fert  de  preuve.  Que 
Eon  prenne  deux  veffies  de  même  ca¬ 
pacité  ,  l’une  d’homme  &  l’autre  de  co¬ 
chon  ,  &  qu’on  y  attache  deux  poids 
égaux ,  pour  voir  laquelle  des  deux  efl 
plus  duftile ,  ou  s’allongera  davantage 
dans  le  même  efpace  de  temps.  Cela 
feit ,  fi  l’on  inféré  perpendiculairement 
un  tuyau  dans  leurs  orifices  ,  &  qu’on 
les  rempliffe  d’eau  à  la  même  hauteur  j 
on  verra  que  le  gonflemènt  de  l’une 
&  de  l’autre  fera  en  raifon  de  leiir  duc¬ 
tilité,  ou  dans  l’inverfe  de  leur  contrac? 
tilité ,  &  que  remplifiant  enfuite  les 
tuyaux  à  des  hauteurs  inégales,  leur 
gonflement  ,  toutes  chofes  étant  d’aitj 


Préliminaire.  207 
leurs  égales ,  fera  proportionné  à  la 
hauteur  de  l’eau.  Il  faut  avoir  égard  au 
temps  que  l’on  met  à  faire  l’expérience, 
car  pliîs  la  veffie  efl  diftendue  long¬ 
temps  ,  plus  fa  duédlité  augmente  ,  &C 
plus  elle  fe  gonfle. 

196.  Ueffetjimplc  efl  celui  dans,  le¬ 
quel  on  ne  fait  attention  qu’à  un  feul 
changement ,  comme  dans  la  tumeur 
en  général  ;  le  compofé  efl:  celui  dans 
lequel  on  en  confidere  plufîeurs ,  com¬ 
me  dans  la  tumeur  rouge ,  dolorifique  , 
pulfative,  dure,  &c. 

197.  Il  faut  examiner  à  part  la  caufe 
du  phénomène  Ample  ,  avant  que  d’en 
venir  à  celle  des  phénomènes  réunis  , 
autrement  on  efl  fujet  à  commettre 
quantité  d’erreurs  en  Médecine.  Par 
exemple ,  une  tumeur  bat ,  parce  que 
dans  des  intervalles  fenflbles  ,  la  pref- 
Aon  latérale  furpaffe  la  contraâilité  du 
vaiffeau  ou  de  la  partie  tuméflée  :  elle 
efl  rouge ,  parce  que  la  partie  réfléchit 
les  rayons  qui  font  de*cette  cooileiu:, 
&  abiorbe  la  plupart  des  autres ,  com¬ 
me  le  démontre  M.  Newton  ;  elle  réflé¬ 
chit  quantité  de  rayons  rouges  ,  parce 
que  le  fang,  qui  efl:  lui-même  rouge  , 
teiat  la  plus  g^de  partie  de  fafuper» 


ioS  Discours 
Êcie ,  qu’il  s’infinue  dans  un  plus  grand 
nombre -de  vaiffeaux  lymphatiques ,  & 
parce  que  les  vaiffeaux  fanguins  étant 
diffendus ,  ils  font  plus  gros  &  plus 
faillans  ,  èc  que  leurs  tuniques  font 
tranfparçntes.  On  y  fent  de  la  douleur, 
parce  que  les  fibres  nerveufes  répan¬ 
dues  dans  les  parois  des  vaiffeaux  fe 
diftendent  :  enfin  la  tumeur  eft  dure, 
parce  eue  le  fang  ,  par  fa  réfiftance  , 
l’empêche  de  céder  à  la  preffion  des 
detigts ,  de  fe  réduire  en  un  moindre 
volume  ,  &  de  changer  de  figure. 

198.  Une  tumeur  accompagnée  de 
ces  fymptomes  ,  &  dans  laquelle  on 
fent  une  chaleur  violente  ,  s’appelle 
une  tumeur  inflammatoire  ;  &  comme 
tous  ces  fymptomes  peuvent  s’expli¬ 
quer  par  l’excès  de  la  preffion  latérale 
alternative ,  fur  la  contraélilité  des  vaif¬ 
feaux  ,  excès  qui  dans  ce  cas  eff  du  à 
l’augmentation  réelle  de  la  preffion  la¬ 
térale,  il  s’enfuit  que  cet  excès  eft  la 
caufe  de  la  tulheur  inflammatoire. 

199.  Comme  tous  les  hommes  ne 
-conçoivent  pas  la  même  chofe  de  la 
même  façon ,  &  que  cela  dépend  du 
plus  ou  moins  de  connoiffance  qu’ils 
“Ont  de  la  Phiiofophie  ,  il  arrive  de  là 


Préliminaire;  209 
que  ce  que  l’un  regarde  comme  la  caufe 
d’une  maladie ,  ne  paroît  point  telle  à  un 
autre  ;  d’où  vient  qu’abiblurnent  par¬ 
lant,  on  ne  doit  admettre  pour  caufe 
d’une  maladie  que  celle  qu’on  peut  dé-: 
montrer  être  tel]e.  On  peut  voir  dans 
VHczmaJla tique  Françoijè ,  à  l’article  de 
l’inflammation,  comment  on  peut  dé¬ 
montrer  ce  que  nous  venons  de  dire  fur 
la  caufe  des  tumeurs  inflammatoires. 

100.  Tout  corps  perfévere  dans  fon 
état,  à  moins  que  quelque  force  ex¬ 
térieure  ne  l’oblige  à  le  changer  ;  c’eft 
là  la  première  loi  établie  dans  l’Uni¬ 
vers  (  Newton  ,  kg.  /.  ) ,  &  il  n’y  a  pas 
d’autre  raiion  de  cette  loi  que  la  vo¬ 
lonté  de  Dieu;  de  forte  qu’on  ne  peut 
mettre  cette  perfévérance  d’état  au 
nombre  des  effets  naturels. 

201.  Le  changement  de  mouvement 
efl;  proportionné  à  l’imprefîion  de  la 
force  motrice ,  &  fe  faitfuivant  la  ligne 
droite  qui  efl:  dans  la  direâion  de  cette 
force  (  Newton.^  kg.  a.  ibid.').  La  plaie 
efl:  une  féparation  mécanique  des  par¬ 
ties  folides  de  l’animai ,  qui  étoient  au¬ 
paravant  unies;  &:  elle  fe  fait  méca-- 
n^uement,  lorfque  les  forces  qui  l’in¬ 
fligent  ,  agiflént  à  raifon  de  la  maffe  , 


1 

lîô  D  I  s  c  ô  ù  ü  s  I 

de  la  figure  ^  de  la  viteffe  &  de,  îa 
lituâtion  qüi  peuvent  tomber  fous  les 
fens. 

201.  L’adhérence  des  parties  conti¬ 
nues  vient  de  ce  qu’elles  fe  touchent 
par  quantité  d’endroits ,  6c  cette  co* 
héûon  eft  plus  ou  moins  grande,  félon 
qu’il  faut  un  poids  plus  ou  moins  pefant 
pour  les  défunir.  Cette  force  de  co- 
héfion  s’évanouit  pour  peu  que  ces  par* 
ties  s’écartent ,  parce  qu’elle  décroît  en 
raifon  doublée  des  diftances.  La  force 
par  laquelle  les  fibres  &  les  membra* 
nés  tendent  à  fe  raccourcir ,  ou  la  con* 
trachlité  dlaftique  ,  demeure  en  équi* 
libre  avec  celle  de  cohéfion ,  jufqu’â 
ce  que  ces  contaâs  diminuent ,  la  fo- 
lütion  de  Continuité  faite  j  la  contrac¬ 
tilité  fépare  auffi-tôt  les  levres  de  la 
plaie,  &  leur  fait  prendre  une  figure 
circulaire ,  de  maniéré  que  l’épée  n’a 
pas  plutôt  percé  la  peau ,  que  la  plaie 
excede  la  groffeur  du  fer.  Le  fang  dif- 
tendant  la  veine  ou  l’artere ,  fait  effort 
pour  féparer  leurs  fibres ,  d’oîi  il  arrive 
que  le  vaiffeau  de  même  que  l’ané- 
vrifme  s’ouvrent  &  fe  percent  quel¬ 
quefois. 

20}.  La  caufe  des  plaies  n’efl  autre 


Préliminaire.  iii 
chofe  que  la  force  qui  défunit  les  fibres; 
entant  qu’elle  l’emporte  fur  leur  téna- 
ôté  ou  leur  adhérence  (158):  or  corn- 
me  cette  force  efl:  tantôt  intérieure  , 
&  tantôt  extérieure  ,  ainfi  qu’on  l’a 
vu  ci-deflus ,  &  qu’elle  réfulte  de  celle 
qui  eft  appliquée  ,  par  exemple ,  de 
celle  d’une  épée,  de  l’impémofité  du 
fang ,  &C.  &  de  la  force  naturelle  des 
parties  ,  ou  de  leur  contraftilité  ;  il 
s’enfuit  que  plus  la  force  de  Tinfim- 
ment  &  la  contradllité  font  grandes , 
la  ténacité  demeurant  la  même ,  &  plus 
la  plaie  l’eft  auflî ,  &  que  la  force  de 
l’inftrument  &  de  la  contraâilité  de¬ 
meurant  la  même  ,  moins  l’adhéfion 
des  parties  efl:  forte  ,  6c  plus  la  plaie 
efl  grande  encore.  11  fuit  encore  de 
là  qu’une  plaie  peut  fe  former  d’elle- 
même  ,  fans  que  l’effort  du  fang  aug¬ 
mente  ,  &  fans  aucune  léfion  externe , 
fi  la  contraâilité  l’emporte  fur  l’adhé¬ 
rence  ,  ainfi  qu’il  arrive  dans  les  rha- 
gades  caufées  par  le  froid.  Que  fi  la 
contraâilité  &  la  violence  du  coup 
font  grandes ,  &  l’adhéfion  petite ,  la 
plaie  efl  en  raifon  compofée  de  chacun 
de  ces  principes.  Il  fuit  encore  qu’une 
plaie  ne  pçut  avoir  lieu  que  i’adhéfion 


lîz-  Discours  1 

des  parties  l’emporte  fur  les  forces  ex*  ' 
térieures  ou  naturelles  qui  tendent  à 
les  défunir  ;  &  c’eft  ce  qui  fait  qu’un 
léger  effort  ne  peut  caufer  une  plaie , 
&  que  celle-ci  fe  guérit  toutes  les  fois 
que  la  nature  ou  l’art  rapprochent  fes 
levres  ,  &  que  les  interâices  fe  rem- 
pliffent  par  i’accrétion  des  vaiffeaux  au 
'  point  qu’elles  fe  réuniffent ,  &  qu’elles 
recouvrent  leur  adhérence  &  leur  té¬ 
nacité  naturelle.  Il  efl , donc  faux  que 
la  caufe  d’une  plaie  puiffe  exifler  fans 
que  la  plaie  ait  lieu ,  &  que  la  plaie 
fubfifle  lorfque  la  caufe  eft  ôtée ,  à 
moins  qu’on  ne  prenne  pour  caufe  l’inf- 
trument  qui  n’en  eft  que  le  principe. 

204.  Le  Médecin  ne  doit  pas  être 
moins  attentif  à  difiinguer  la  caufe  de 
la  maladie  de  ce  qui  ne  l’eft  point 
qu’un  Juge  l’efl  à  diftinguer  le  témoin 
d’un  crime  de  celui  qui  l’a  commis, 
puifque  dans  l’un  &  l’autre  cas  il  s’agit 
également  de  la  vie  des  hommes.  On 
ne  peut  faire  cette  diftinélion  à  moins 
qu’on  ait  une  connoiffance  parfaite  de 
la  caufe  &  du  principe,  ce  qui  fuppofe 
une  définition  claire  &  exaéfe.  Ceux- 
là  n’ont  pas  une  idée  exacle  de  la  caufe, 
qui  fe  fervent  de  l’exemple  d’une  plaie 


Préliminaire.  213 
pour  prouver  que  la  caufe  peut  ceffer 
fans  que  i’elFet  ceiTe ,  parce  qu’ils  con¬ 
fondent  tantôt  rinftrument  avec  la  cau¬ 
fe,  tantôt  la  plaie  avec  l’ouverture  fub- 
fiftante  de  fes  levres  ;  mais  cette  ou¬ 
verture  une  fois  faite  ,  doit  fubfîHef , 
par  la- première  Loi  de  Newton  ,  &  fui  vaut 
la Jèconde  Loi ,  elle  ne  peut  être  produite 
que  par  l’excès  de  la  force  divifante. 
De  fen  côté  l’inftrument  par  lui  même 
ne  fauroit  faire  une  plaie  ,  à  moins 
qu’un  agent  ne  lui  imprime  une  force 
lupérieure  à  la  ténacité  des  parties. 

20  5.  Le  concours  de  plufieurs  fymp- 
tomes  liés  entr’eux ,  que  les  Grées  ap¬ 
pellent jyndrome^  forme  \o.maladie^^Q 
ell  la  définition  que  les  Anciens  en  ont 
donnée,  fuivant  M.  le  Clerc  dans  fon 
Hijloire  de  la  Médecine  ,  pag.  343.  on 
définit  le  concours  une  réunion  de 
plufieurs  fymptomes  qui  '  coexiftent , 
ou  qui  fe  fuccedent  les  uns  aux  autres  ; 
une  définition  eü  préférable  aux  autres, 
lorfqu’elle  fournit  des  fignes  qui  fer¬ 
vent  à  connoître  le  défini  &  à  le  diftin- 
guer  de  toute  autre  chofe.  Or  comme 
les  fymptomes ,  de  même  que  leur  con¬ 
cours  ,  tombent  fous  les  fens ,  &  qu’on 
ne  peut  connoître  la  difpofition  des 


1 

214  Discours 
parties  internes ,  il  s’enfuit  qu’oft  doit 
préférer  la  définition,  prife  des  fympto. 
mes  à  celle  qui  eit  tirée  de  la  difpofi- 
tion  intérieure  des  parties.  D’ailleurs 
cette  définition  efi:  très  -  ancienne ,  0 
l’on  en  excepte  celle  d’Hippocrate, 
qui  définit  la  maladie  ,  tout  mal-aifi  tio- 
tablé  &  confiant  ;  elle  eft  conforme  au 
langage  ordinaire  des  Praticiens.  En 
effet ,  on  définit  chaque  maladie  parti¬ 
culière  ,  comme  l’apoplexie  ,  la  fyn- 
cope ,  la  dyffenterie  ,  la  pieuréfie  par 
leurs  fymptomes ,  d’où  il  fuit  qu’on 
doit  définir  pareillement  la  maladie  en 
général  par  raffemblage  des  fymptomes^ 
2o6.  Il  n’y  a  point  de  maladie ,  fi 
fimple  qu’elle  foit ,  qui  n’ait  plufîeurs 
fymptomes  ,  &  quoiqu’il  fuffife  d’en 
énoncer  quelques  -  uns  dans  la  défini¬ 
tion,  cela  n’empêche  pas  qu’il  n’y  en  ait 
un  plus  grand  nombre ,  ainfi  qu’on  peut 
s’en  convaincre  par  l’exemple  de  la  ca* 
tarafte  ou  de  Vamaurofe.  Indépendam¬ 
ment  de  la  perte  de  la  vue ,  on  apper- 
çoit  dans  les  yeux  d’un  aveugle  des 
défauts  apparens ,  comme  un  glauco¬ 
me  ,  une  eataraâe  ,  ou  bien  fa  prunelîè 
eft  affeûée  d’un  mydriafé  &  d’immobi¬ 
lité,-  comme  dans  la  goutte  fereine; 


Préliminaire.  21^ 
de  plus  ,  les  aveugles  préfentent  tou¬ 
jours  leurs  mains  en  marchant,  de  peur 
de  donner  de  la  tête  contre  les  corps 
qu’ils  rencontrent,  &  tournentles  yeux 
vers  le  ciel  en  plein  jour  ,  de  maniéré 
que  ceux  qui  font  accoutumés  à  en 
voir,  les  reconnoiflent  à  leur  démar^ 
che ,  à  leurs  geftes ,  &  à  plufîeurs  au¬ 
tres  marques  femblables,  La  colique  eft 
une  maladie  fimple  dont  la  douleur  pa- 
toît  être  l’unique  fymptome  infépara- 
ble ,  mais  cette  douleur  eft  dans  le  fait 
accompagnée  de  plufîeurs  autres  fymp- 
tomes,  tels  que  l’infomnie,  la  contor-? 
fion  du  vifage,  la  contraélion  du  corps  j 
la  difficulté  de  refpirer ,  la  conftipation, 
la  dyfurie  ,  les  borborygmes  ,  &e. 

207.  Comme  rien  ne  fe  fait  fans 
une  raifon  fuffifante ,  il  dit  y  en  avoir 
une  qui  fait  que  certains  fymptomes 
concourent,  c’eft-à-dire  ,  coexiftent, 
ou  fe  fuccedent  les  uns  les  autres  ôç 
font  liés  entr’eux  ;  &  cette  raifon  n’eft 
autre  que  la  connexion  des  organes 
que  la  maladie  affeâe  ;  de  la  matière 
morbifique  ,  qui  fe  jette  fur  plufîeurs 
parties  à  la  fois  ;  des  facultés  ou  des 
puifï^ces  qui  fe  prêtent  mutuellement 
du  fecours  pour  corriger  cette  matierq 


âï^  I>  r  s  c  O  ü  R  s 
ou  pour  la  cliaffer  ;  d’où  il  fuit  qu’Ù 
■y  a  entre  ces  chofes  ôt  les  fympto- 
anes,  la  même  connexion  qu’entre  les 
principes  &c  les  événemens,  la  caufe 
&  l’effet.  La  caufe  de  la  maladie  eft 
donc  ce  qui  contient  la  raifon  du  corn 
cours  aâuel  des  fymptomes  qui  font 
liés  entr’eux  ;  or  comme  tout  fymp- 
tome  eff  un  changement  fenlible  dans 
les  fondions  ou  les  qualités  ,  &  que 
la  caufe  de  ce  changement  réfide  dans 
les  facultés  tant  du  corps  que  de  famé 
•(151),  &  par  conféquent  dans  les 
•forces  corporelles  &  animées il  fuit 
que  les  forces  corporelles  &  animées 
renferment  la  caufe  de  toutes  les  ma¬ 
ladies.  C’eft  donc  ici  le  lieu  d’en  par¬ 
ler  avant  que  d’aller  plus  avant. 

Des  Forces  animées, 

208.  On  donne  le  nom  de  force  à 
tout  ce  qui  contient  une  raifon  fufîi- 
fante  de  î’exiftence  d’uné  adion  {Oii- 
toldg.  722)  ,  la  force  eft  donc  "  une 
caufe  dont  l’effet  eft  appellé  aaiort. 
Toute  force  fuppofe  une  faculté;  car 
là  où  il  n’y  a  ni  puiffance  ni  faculté, 
il  ne  peut  y  avoir  d’adion  ;  mais  il 
jae  s’enfuit  pas  dé  ce  que  la  faculté 
exifte 


Préliminaire.  117 
exlfle  ,  que  l’aftion  doive  s’eufuivre , 
parce  qu’on  ne  peut  pas  conclure  de, 
la  puiffance  à  l’ade  (151).  -Entre  les 
facultés  de  l’homme  ,  il  y  en  a  qui  lui 
font  communes  avec  les  animaux ,  6c 
d’autres  qui  lui  font  communes  avec 
les  végétaux  (  154).  Les  aâions  pro¬ 
pres  aux  animaux  font  celles  qu’on, 
remarque  dans  l’homme  ,  &  qu’on 
n’obferve  point  dans  les  plantés.  Par 
exemple  ,  tout  le  monde  fait  que 
les  plantes  n’ont  ni  connoiflance  ni 
appétit,  &  par  conféquent  ni  fenti- 
ment  ni  volonté;  il  n’y  a  en  elles  au¬ 
cun  mouvement  mufculaire,  vu  qu’elles 
n’ont  point  de  mufcles,  ni  aucun  faif- 
ceau  de  fibres ,  qui  en  Le  raccourcif- 
fant  tirent  à  elles  les  parties  qui  y  font 
attachées  ,  &  perfonne^  ne  fauroit  dé¬ 
montrer  que  les  mouveniens  de  la  fen- 
fitive  foient  mufculaires.  On  ne  fauroit 
non  plus  leur  attribuer  un ,  cœur  qui  fe 
meuve ,  puifque  le  cœur  eft  un  mufcle, 
&  qu’elles  n’en  ont  aucun.  Elles  n’ont 
donc  ni  cœur  ni  battement  de  vaiffeaux, 
ni  circulation  fuivant  Haies ,  ni  refpira- 
tion  pareille  à  celle  des  quadrupèdes. 
Mais  toutes  ces  fondions  fe  trouvent 
Tome  L  K 


iî8  Discours 
dans  l’homme,  &  toutes  le  diftinguent 
entièrement  des  végétaux. 

209.  C’eft  à  tort  que  les  modernes 
ont  banni  les  facultés  des  Ecoles  de 
Médecine,  pour  leur  fubftituer  une  ma¬ 
tière  fubtiie;  feroit-ce  parce  que  leur- 
effence  nous  eft  inconnue  ?  Mais  fur  ce 
principe  ,  iis  auroient  dû  également 
bannir  les  noms  d’éiailicité,  de  gravité 
dont  on  ignore  l’efTence;  ou  feroit-ce 
parce  qu’il  eft  à  craindre  qu’on  ne  donné 
que  des  noms  en  place  des  chofes  ?  On 
voit  cependant  que  les  Mathématiciens 
emploient  les  lettres  x  ôc  y  pour  dé- 
iigner  les  quantités  inconnues ,  &  cela 
avec  tant  de  fuccès,  qu’ils  découvrent 
des  vérités  inacceflibles  aux  autres  Phi- 
lofophes.  De  même  les  Méchanicrens 
emploient  dans  la  pratique  des  puiP 
jânees  animées ,  ils  fe  fervent  du-mi- 
niftere  des  animaux ,  dont  ils  ignorent 
l’effence  ,  &  font  entrer  dans  leur  théo¬ 
rie  des  chofes  dont  ils  ne  connoiffent 
les  forces  &  les  effets  que  par  la  feule 
expérience. 

210.  J’uferai  du  même  droit,  &  j’e¬ 
xaminerai,  à  l’exemple  des  Méchani- 
ciens ,  les  facultés  qui  font  propres  à 


P  R  É  L  î  M  I  N  A  I  R  E.  219 
fhomîfte,  en  tant  que  noiis  les  con- 
noiffons  par  Pexpérience  ;  je  les  regar« 
derai  comme  les  caufes  des  effets ,  & 
0  les  principes  de  pîufieurs  fondions, 
fans  prétendre  expliquer  la  maniéré 
<iont  i’ame  agit  fur  le  corps ,  &  mêler 
mon  opinion  avec  celles  de  Defcamsy 
de  Leihnit^  &  ^Arifcote,  Il  fuffit  que 
l’expérience  journalière  nous  montre 
<iue  l’ame  ell  le  principe  de  l’entende¬ 
ment  ,  de  l’appétit ,  du  mouvement 
mufculaire  ,  du  mouvement  du  cœur 
&  de  la  refpiration  ,  vu  que  ces  mou- 
vemens  fubfiftent  tant  qu’elle  eJft  pré¬ 
fente  ,  &  qu’üs  celfent  lorfqu’elle  eft 
abfente,  &  qu’ils  fe  relfententdes  chan- 
gemens  &  des  affeüions  qu’elle  éprou¬ 
ve  ;  ce  qui  a  fait  croire  à  Âlphonfe  Bo- 
relli  mom  animai,  pav.  /.)  ce  cé¬ 
lébré  Mathématicien ,  que  l’ame  étoit 
le  principe  de  la  vie.  Ce  fentiment 
s’accorde  avec  la  foi  &  avec  celui  des 
Saints  Peres;  (^Pouget,  Catech.  Monfp^ 
q.  i.  f.  I.  chap.  2.)  &  fl  l’on  en  excepte 
un  petit  nombre  de  Cartéfîens ,  il  a  été 
adopté  par  tous  les  Philofophes  &  par 
tous  les  Médecins  depuis  Galien  jufqu’à 
nous  ,  &  entr’autres  par  Rivière  ,  Du 
Laurent^ BagÜyî^ Lanc'^t  &  par  plufieurs 


aïo  Dis  cours 
Mathématiciens  modernes  ,  tels  que 
Ckeync ,  Portcrfield^  &C. 

21 1.  l.es  principales  facultés  de 
l’ame  font  au  nombre,  de  trois.,  elle  § 
■tonnoit ,  elle  déjire ,  elle  mmt ,  &  ces 

facultés  ne  fe  trouvent  ni  dans  les  vé¬ 
gétaux  ni  dans  les  fpfliies. 

21 2.  La ,  faculté  de  connoître:  eft  de 
deux  efpeces  ;rinférie;ure.efl  commune 
aux  brutes ,  la  Supérieure  ou  l’entende^ 
ment  ne  fe  trouve  que  dans  l’homme:, 

■  :  213.  L’inférieùre  comprend  le  fén- * 
liment ,  l’imagination ,  la  mémoire.  &  la 
xeminifcence.  •  - 

214.  La  fupérieure ,  le.raifonnement, 
rattention ,  la  réflexion ,  l’abftraâion , 
J’èfprit  la  raifon ,  dont  nous  parle¬ 
rons  à  l’article  des' maladies  qui  privent  , 
l’homme  de  l’ufage  de  là  raifon. 

21 5.  La  faculté  de  délirer  eft  dé  deux 
efpeçes  ,  .I’uné  fupérieure  qui  eft  pro¬ 
pre  à  l’homme ,  &  l’autre  inférieure 
qui  lui  eft-  commune  avec  les  ahi- 
tnatix.  . 

-  216.  La  première  eft  l’inclination  de 
l’ame  pour  un  objet  dans  la  vue  du 
bien  qu’elle- y  apperçoit  diftinélement, 
iSç  on  l’appelle  vo/<57zfé;  ou  fon  éloignef 
ment  pour  un  objet  à  caufe  du  mal 


Préliminaire.  211 
qu’elle  y  apperçoit  diftinâeraent ,  & 
noluntas,  non  voLontL 

Z 17.  La  feeoiïde  efl:  l’inclination  de 
l’ame  pour  un  objet  dans  la  vue  d’un 
bien  qu’elle  y  apperçoit  confiifément, 
c’eft-à-dire ,  à  l’aide  feule  de  la  fenfa- 
tion,  &  on  l’appelle  dljir^  ou  appétit 
fenlltif.  Ou  l’éloignement  de  l’ame  pour 
l’objet  à  caafe  du  mal  qu’elle  y  apperçoit 
confiifément,  &  on  l’appelle 
(  PJycholog.  Empyr.  681')» 

■  Z 1 8.  Le  défir  &  l’averfibn  font  foi- 
bles  ou  violens  ;  ces  derniers  s’appeU 
lent  payions  ^  &  elles  font  agréables  ou 
défagréabksy  félon  qu’elles  font  excitées 
parledéfiroul’averfion.  * 

219.  La  faculté  de  mourir  efl:  de  deux 
elpeces;  favoir,  la  liberté  qui  fe  déter¬ 
mine  à  agir  par  un  ade  exprès  de  vo¬ 
lonté  ou  de  non-volonté;  &  la  natu¬ 
re^  qui  exécute  fes  mouvemens  félon 
qu’elle  y  efl:  déterminée  par  un  fenti- 
ment  de  défir  ou  d’averfion. 

220.  Le  mouvement  qui  dépend  de 
la  liberté,  efl  ou  volontaire  ou  invo¬ 
lontaire. 

Z  ZI.  Le  volontaire  efl  celui  que  nous; 
aimons  mieux  exécuter  qu’omettre, 
&  qui  ne  répugne  pointa  la  nature^ 
K  iij 


211  Discours 

par  exemple ,  écrire  à  un  ami ,  parler  à 

îa  maîtreffe. 

211.  Le  mouvement  involontaire  eft 
celui  que  l’on  exécute  malgré  foi  & 
avec  répugnance  (  Wolff.Philof.  l.  6oi), 
Tel  efl;  celui  d’un  criminel  qui  monte 
fur  le  bûcher  oü  il  doit  être  brûlé,  celui 
d’un  homme  qui  tend  fon  bras  au  Chi¬ 
rurgien  pour  le  lui  couper,  malgré  la 
répugnance  naturelle  qu’il  a  pour  cette 
opération. 

223.  Le  mouvement  produit  par  la 
nature  eû  fponîané  ou  forcé. 

224.  Le  mouvement  fpontanl  eft  ce¬ 
lui  auquel  le  plaifir  nous  détermine  du 
confentement  même  de  la  volonté, 
comme  de  manger  des  mets  agréables 
lerfqu’on  a  faim. 

225.  Le  mouvement  forci  ell  celui 
que  nous  exécutons  contre  notre  vo¬ 
lonté.  C’eû  ainfi  que  nous  faifons  des 
efforts  pour  aller  à  la  felle  dans  le 
tenefme,  que  nous  nous  grattons  juf-- 
qu’à  nous  écorcher ,  lorfque  quelque 
partie  du  corps  nous  démange;  nous 
aimerions  bien  mieux  ne  point  éprou¬ 
ver  ces  fortes  de  défirs. 

226.  Les  mouvemens  tant  libres  que 
naturels  dépendent  de  nous,  ôi  font 


Préliminaire.  2.13 
ÿBifs;  les  autres  que  nous  recevons  de 
rimpreffion  des  corps  ou  de  la  gravité, 
font  purement  pa^fs.  On  divife  les 
mouvemens  aftifs  en  accoutumés  & 
inaccoutumés, 

227.  Les  mouvemens  inaccoutumis 
exigent  de  la  peine  Sc  de  l’attention. 
Tels  font  ceux  d’un  homme  qui  ap¬ 
prend  à  danfer  ou  à  écrire. 

228.  Les  mouvemens  accoutumés 
font  fans  réflexion  &  fans  peine,  foit 
qu’on  veille  ou  qu’on  dorme.  C’efl: 
ainfi  qu’une  femme  babille  fans  réfle-  ^ 
Xîon,  qu’un  ivrogne  boit,  malgré  la  ré- 
foîution  qu’il  a  prife  de  renoncer  au 
vin,  qu’un  galeux  fe  gratte  en  dor¬ 
mant. 

229.  Les  mouvemens ,  eu  égard  au 
motif,  font  ou  ïndifférms  &C  arbitraires, 
ou  nécejfains  d’une  nécefllté  morale. 

230.  Les  mouvemens  indiÿcrensiont 
ceux  qu’il  importe  très-peu  que  nous 
exécutions  ou  que  nous  omettions.  Par 
exemple ,  peu  importe  que  nous  mar¬ 
chions  à  droite  ou  à  gauche ,  que  nous 
reliions  affis,  &c. 

231.  Les  mouvemens  néccÿdires  font 
ceux  qui  dépendent  de  quelque  paffion 
de  l’ame  ou  de  la  coutume.  Par  exem- 

K  iy 


224  ’D  I  S  c  b  U  R  s 
pie  ,  les  perfonnes  timides  tremblent 
su  bruit  d’un  coup  de  canon  ;  ceux  qui 
font  fujets  à  la  coIere  ,  frémiffent  6c 
s’eniportent  lorfqu’on  leur  fait  une 
injure;  les  perfonnes  délicates  ,  ren¬ 
dent  les  médicamens  qu’elles  ont  pris; 
ceux  qui  font  accoutumés  à  babiller, 
ne  peuvent  retenir  leur  langue;  les 
enfans  d’un  tempérament  vif,  ne  peu¬ 
vent  relier  en  place. 

"•'232.  On  divife  encore  les  mouve- 
méns  en  apparens  ou  externes  ^  6c  en 
Cachés  ou  internes. 

Les  mouveméns  apparens ,  tels  qué 
ceux  des  mains,  des  jambes,  dépendent 
de  lions  ,  tant  que  notre  efprit  conferve 
fa  liberté. 

Les  mouveméns  cachés  &  internes  it 
font  fouvent  fans  que  nous  nous  en 
apperceviOns.  On  peut  mettre  de  ce 
nombre  la  refpiration  ,  la  déglutition 
dé  la  falive,  la  contraûion  de  la  pru¬ 
nelle  lorfque  le  jour  eft  trop  grand,  la 
direâion  de  l’œil  vers  les  objets  ;  & 
même  malgré  nous,  comme  le  mou¬ 
vement  du  cœur ,  de  l’eftomac ,  &c. 

233.  Il  luit  de-  ce  qui  précédé ,  que 
les.  mouvemens  auxquels  on  eil  accou¬ 
tumé 'depuis  long-teinps ,  s’ils  font  en 


P  R  E  L  I  M  ï  N  A  I-R  E.  -  11  f 

même  temps  internes  6c  extrêmement 
néceflaires,  doivent  être  r€gàrdê$  com¬ 
me  des  mouvemens  forces,-  6c  indé- 
pendans  de  la  Volonté,  de  là  réflexion 
6c  de  la  veille ,  ils  s’exécutent  à  notre 
infu- 6c  malgré  nous. 

234.  La  /inerte  efl:  la  faculté  d’agir 
comme  bon  nous  femble ,  félon  qu’on 
efl  déterminé  par  les  idées  diftindes  du 
bien  ou  du  mal  que  l’entendement  ap- 
perçoit.  L’ame  agit  lorfqu’elle  conferve 
les  idées,  qu’elle  les  rejette ,  qu’elle  les 
rappelle ,  qu’elle  les  compare,  6c  qu’elle 
imprime  un  mouvement  aux  organes  ; 
d’où  il  fuit  qu’il  y  a  une  liberté  d’aûion 
6c  une  liberté  de  penfées. 

235.  La  /zature  efl:  la  faculté  d’agir 
conféquemment  au  défir  6c  à  l’aver- 
fion  qu’excitent  en  nous  les  idées  con- 
fufes  du  bien  6c  du  mal  que  nous  re¬ 
cevons  par  l’entremife  des  fenfations. 
D’autres  l’appellent  inflinâ:,  ou  mouve¬ 
ment  aveugle. 

236.  J’ai  pris  ce  mot  de  nature  dans 
le  fens  le  plus  reçu  parmi  les  Médecins 
(98),  6c  je  rejette  les  autres  lignifica¬ 
tions,  telles  que  celles  d’^/2ce ,  com¬ 
me  quand  on  parle  detla  nature  de  l’or, 
(de  demi-déiti  des  Païens,  quand  ils  dir* 

Kv 


zi6  Discours 
fent  la  nature  préfide  à  ce  monde  ;  de  - 
qualité,  comme  lorfqu’on  traite  de  la 
nature  du  fang  &  du  pus  ;  ôé univers  , 
comme  lorfqu’on  dit  dans  la  nature  des 
chofes;  ^ origine  &  àe  nuisance  ,  com¬ 
me  quand  on  dit  que  l’on  a  reçu  telle 
chofe  de  la  nature  ;  de  faneé,  coi^e 
quand  on  dit  que  telle  chofe  eft  natu¬ 
relle  ,  ou  conforme  à  la  nature  :  voyez 
'Boyk  fur  ce  fujet. 

237.  La  nature  eft  la  faculté  d’agir 
conféquemment  au  défir  ou  à  l’aver- 
verfîon  ;mais  il  ne  peut  y  avoir  d’autre 
raifon  qui  faffe  que  cette  faculté  foit 
liée  à  ce  déftr  ou  à  cette  averfion ,  fî 
ce  n’eft  que  Dieu  auroit  inutilement 
imprimé  en  nous  ce  déftr  ou  cette  in¬ 
clination  pour  le  bien  que  nous  apper- 
cevons  confufément ,  fi  nous  n’avions 
la  faculté  de  nous  procurer  ce  bien  & 
de  nous  garantir  du  mal  qui  nous  me¬ 
nace  ;  &  que  d’un  autre  côté  cette  fe- 
çulté  même  de  fe  procurer  le  bien  & 
de  fuir  le  mal  nous  feroit  inutile ,  fi 
nous  n’avions  celle  de  les  connoître 
&  de  les  diftinguer,  de  défirér  l’un  & 
de  haïr  l’autre.  Comme  donc  la  con¬ 
nexion  de  cette  fac^té  avec  le  défit 
s’accorde  parfaitement  avec  la  fagefiè 


P  RÉLI  M  IK  AIRÈ.  llf 
èe  Dieu  ,  il  y  a  lieu  de  croire  que  nous 
en  avons  donné  la  véritable  raifon. 

238.  Comme  nous  avons  un  pen¬ 
chant  invincible  pour  le  bien ,  &  une 
averfion  naturelle  pour  le  mal ,  autant 
qu’il  nous  paroît  tel ,  il  s’enfuit  que 
les  mouvemens  que  nous  faifons  pour 
obtenir  l’un  &  pour  nous  garantir  de 
l’autre ,  font  inévitables  ou  nécelTaireSj 
du  moins  d’une  nécelîité  morale ,  fans 
que  cela  nuife  à  notre  liberté.  Aiafi, 
quoiqu’un  homme  ait  la  liberté  de  fe 
pendre,  il  ne  le  fera  point  s’il  eft  dans 
fon  bon  fens;  d’où  il  fuit  que  les  mou¬ 
vemens  qui  font  néceffaires  à  la  con-' 
fervation  de  notre  vie  &  de  notre 
bonheur ,  paroiffent  forcés  &  nécef¬ 
faires  ,  quoiqu’ils  ne  foient  déterminés 
par  aucune  méchanique ,  mais  feule¬ 
ment  par  une  néceffité  morale.  De  là 
vient  que  définit  la  nature,  une 

faculté  qui  produit  dans  le  corps  les 
mouvemens  néceffaires  ,  &  qu’il  dit 
ailleurs  :  J’entends  par  le  nom  de 
»  nature  une  certaine  force  qui  réfide 
»  dans  les  corps  qu’elle  gouverne; 
»  mais  il  eft  inutile  de  rechercher  ici 
»»  quelle  eft  fon  effence  ,  non  plus 
»  <jue  celle  de  i’ame,  ni  ia  maniéré  dont 


-  ii8  Discours 
9¥  elle  exerce  fon  empire;  . . .  La  na- 
»  ture ,  fans  le  fecours  d’aucune  inf- 
»  tru£tion ,  exécute  tous  les  mouve- 
9»  mens  qui  font  néceffaires  :  nous  cli- 
w  gnons  les  yeux ,  nous  touflbns ,  nous 
»  avons  le  hoquet  ,  nous  nous  grat- 
»  tons ,  nous  nous  allongeons  natu- 
>>  tellement  &  fans  le  favoir  ; . .  ; . 
9>  nous  remuons  nos  membres  à  notre 
9»  gré ,  &  fans  connoître  le  mufcle  qui 
contribue  à  ce  mouvement.  Les  plus 
fameux  Anatomiftes  qui  nous  ont 
»  précédés  ont  ignoré  pîufieurs  muf- 
cles^  par  exemple,  le,  poplité;  ce- 
»  pendant  tous  les  hommes  remuent 
le  genou  toutes  les  fois  qu’il  leur 
>»  en  prend  envie  >k  Galm.  in  FIL 
Epidem. 

2.39.  »  Quelques-uns  croient  que 
vt  l’ame  &  la  nature  font  d’une  même 
9>  fubftance  ;  les  uns  tiennent  qu’elle 
9>  confifte  dans  l’efprit ,  d’autres  dans 
9»  les  propriétés  du  corps.  Quànt  à 
Vf  moi  j’ignore  fi  notre  Créateur  a 
»  mis  dans  notre  cerveau  une  puif- 
9*  fance  corporelle  ou  incorporelle ,  & 
9»  fi  elle  s’éteint  par  la  mort  de  l’ani- 
,  mal  ».  Tel  efi  le  fentiment  de 
uuen-y  ibid,  p,  80^,  U  paroîî  pâr"€e 


Préliminaire.  219 
qui  précédé ,  que  les  Médecins  connoif- 
fent  depuis  long- temps-  cette  puiffance 
motrice  qui  veille  à  la  conlervation  delà 
fanté ,  &  qu’ils  l’ont  toujours  défignée 
par  le  nom  de  nature.  Ils  la  définiffent  : 
«  une  force  naturelle  aux  corps,  qui  les 
»  gouverne,  &  une  faculté  qui  régit  les 
H  animaux ,  foit  qu’ils  le  veuillent ,  foit 
n  qu’ils  ne  le  veuillent  point.  Galen.  lib. 
yt  %.  de, Jymptom,  caujîs.  Hippocrate^ 

V)  pelle  la  confervation  de  la  fanté ,  & 
»  le  Médecin  des  maladies  >♦.  Tous  les 
Médecins  ,  à  l’exception 
&  des  Cartéfiens ,  ont  été  jufqu’ici  du 
même  fentiment,  &  c’efl:  cette  maxime 
Hippocrate  Sydenham^  Stahl ^  ÔC 
à  peu  de  chofe  près,  Boerhaave  & 
Hoffman ,  ont  regardée  comme  le  fon¬ 
dement  de  toute  la  pratique.  Voyez 
Sydenham  dans  fa  Préface ,  Boerhaave 
dans  le  difeours  oîi  il  prouve  qu’un. 
Médecin  ne  peut  réuffir  dans  fon  Art, 
qu’autant  qu’il  prend  la  nature  pour 
guide ,  &  Hoffman  dans  la  Differtatiôn 
qui  a  pour  titre  :  De  naturâ-  fanitatis 
tutrice  ,  &  morborum  médicatrice. 

240.  Quoiqu’il  importe  très-peu  âu 
Médecin  de  favoir  fi  les  facultés  mo¬ 
trices  réfident  dans  rame=  ou  dans  ie 


2^0  Discours 
corps;  je  me  crois  cependant  obligé 
par  refpeâ:  pour  la  vérité ,  de  réfuter 
l'opinion  de  ceux  qui  n’admettent 
qu’une  nature  corporelle ,  &  qui  n’en 
font  pas  une  faculté  de  i’ame.  Il  y  a 
vingt  fiecles  ç^Afchpiade  a  foutenu 
cette  opinion.  Galien  nous  apprend 
que  cet  Auteur  prétendoit,  contre  k 
fentiment  des  Médecins  &  de  tout  h  rejh 
des  hommes ,  que  la  nature  n’agit  point 
dans  la  maladk.  Son  opinion  étoit  que 
la  nature  &  l’ame  n’avoient  aucune" 
fubftance  ni  aucune  faculté  qui  leur  fut 
propre ,  que  l’une  &  l’autre  n’étdient 
produites  que  par  le  concours  des  ato¬ 
mes;  que  i’ame  n’avoit  aucune  percep¬ 
tion  ,  &  que  les  fens  éîoient  la  caufe 
de  tout  ce  qui  fe  pafTe  en  nous ,  &  qui 
plus  eft ,  qu’il  n’y  avoit  aucune  faculté 
dans  i’ame  raifonnable.  Suivant  lui,  la 
prudence,  la  modération  &  les  autres 
vertus,  ne  font  que  de  vains  noms, 
les  Dieux  ne  prennent  aucun  foin  des 
hommes ,  tout  arrive  par  néceiîiîé,  & 
la  nature  peut  atiffi  bien  nous  nuire 
que  nous  fervir.  Tel  étoit  le  fentiment 
à’Afclepiade ,  au  rapport  de  Cœlius  Au- 
relianusy  au  chap.  de  la  pkrénéjie  y  &  de 
Galien  ,  Liv.  i  ,  des  facultés  nruu.^ 
Telles^ 


Préliminaire.  131 
241,  Cette  feâ;e  que  les  anciens  ont 
inéprifée  au  rapport  de  Galien ,  &  qui 
n’eft  pas  moins  oppofée  aux  principes 
de  la  Théologie  &  de  la  Pfychologie 
qu’à  la  dodrine  d’Hippocrate ,  a  cepen¬ 
dant  trouvé  quelques  parrifans  chez  les 
modernes.  Ses  défendeurs  iaiffent  à  la 
vérité  à  i’ame  fon  immatérialité  ;  mais 
du  reiîe  iis  la  dépouillent  de  toutes  fes 
autres  facultés ,  comme  li  la  faculté  mo¬ 
trice  étoit  moins  effentielle  à  l’ame  que 
la  connoiffance ,  dont  ceux  qui  dor¬ 
ment  paroiiffent  privés ,  àu  rapport  de 
Locke.  Démocrite  voulant  bannir  les 
Dieux  d’ Athènes  ,  les  rendit  ridicules, 
leur  ôta  le  gouvernement  du  monde, 
&  ne  leur  permit  d’exifter  que  dans 
une  lâche  &  molle  oifiveté.  De  même 
Afclepiade,  fon  fedateur  impie,  pour 
perfuader  aux  hommes  que  i’ame  n’e- 
xiftoit  point ,  a  prétendu  qu’elle  ne 
difFéroit  en  rien  des  autres  corps  , 
<|u’elle  n’avoit  aucune  énergie ,  &  que 
la  nature ,  à  laquelle  Hippocrate  donne 
le  nom  d’intelligente ,  de  fage ,  de  pré¬ 
voyante  ,  &  qu’il  prétend  avoir  la  con¬ 
duite  de  notre  machine,  devoir  être  re¬ 
tranchée  du  nombre  des  facultés  de  l’a- 
mejil  a  voulu  tout  expEquçr  par 


î^2  Discours 
matière  &-îe  mouvement ,  prétendant, 
que  tout  fe  faifoit  fans  l'entremife  d’au¬ 
cun  moteur  j-  &  par  une  néceffité  mé- 
chanique;  en  un  mot  j  que  tout  étoit 
gouverné  par  la  deftinée.  Telle  efl  la 
dodrine  ê^Afclepiade ,  qui ,  à  l’impiété 
près ,  eft  affez  conforme  à  celle  de 
Defcartes.  Venons  maintenant  aux  ob- 
jeâions,  &:  tâchons  de  les  réfoudre. 

241.  De  ce  que  les  mouveméns  ha- 
turéis  s’exécutent  à  notre  infu,- il  ne 
s’enfuit  point  qü’ils  ne  dépendent  pas 
de  l’ame  comme  de  la  puiflance  mo¬ 
trice  (*). 

243.  Nous  ne  connoiiFons  dans 
l’homme  autre  chofe  que  l’ame  &  le 
corps  ;  fi  donc  les  mouvemens  muf* 
culaires ,  la  refpiration ,  par  exemple , 

•  •  f*)  Lorfqué  nous  voyons  agir  un-  homme  fourd 
&  muet,  nous  ne  do^utons  point  que  fes ‘aâidn* 
ne  foient  librês  ,  quoique  nous  ignorions  fa  volonté 
'  &  ce  qui  fê  palîe  dans  fa  confcieiicè  ;  il  fuffit  que 
nous  voyions  que  fes  aélions  s’accordent  aved  les 
cireonftances  rriorales ,  (  j’oppofe  les  circonftances 
morales  aux  impreffions  phyfiques  ,  qui  fulHfent  pour 
produire  ces  aftions  dans  la  machine  humaine)  d’oïr  je 
puis  conclure  avec  Borelli,  qu’il  n’ell  pas  befoin  ,  pour 
que  l’ame  veuille  (ou  qu’elle  fe  meuve)  d’unafte  réfié- 
chidefaparî,  quiluifaffe  sonnoîttequ’elle  veut; 
di  mot.  animal,  jpropof.  80.  car  la  nature  agit  indé* 
■  pendamment  de'  la"  volonté  &  dè  la  confcîencè^ 
-celui  qui  agit  conune  de  celui  qui  voit  agii*;(.23r9)» 


Préliminaire.  133 
ne  peuvent  être  efFeôuées  par  îes  for¬ 
ces  corporelles ,  il  s’enfuivra  qu’ils  dé¬ 
pendent  de  l’ame.  Or  je  prétends  que 
la  refpiration  ne  peut  s’efFeâuer  par 
les  forces*  corporelles,  parce  que  toute 
matière  réliile  au  mouvement ,  que 
celui-ci  diminue  continuellement  dans 
les  machines  à  caufe  du  frottement, 
&  qu’il  ne  relie  jamais  le  même  du¬ 
rant  quelques  minutes.  Puis  donc  que 
le  mouvement  de  la  refpiratidn  ell 
égal ,  &  qu’il  augmente  durant  le  fom- 
lïîeil malgré  la  réfiftance  de  la  poitrine, 
&  quoique,  le  frottement  lui  faffe  per¬ 
dre  une  "Bonne  parüe  de  fa  force  , 
il  s’enfuit  qu’il  ne  dépend  point  des 
forces  corporelles,  telles  que  l’élafti- 
cité ,  la  gravité  ,  l’impulfion ,  mais  de 
l’ame  feule. 

2.44.  Quiconque  réfléchit  fur  foi- 
même,  s’apperçoit  que  fon  ame  efl: 
douée  d’une  puiflance  motrice;  car  ce' 
n’efl  qu’en  obfervant  ce  qui  fe  pafl"e 
en  nous  ,  que  nous  acquérons  l’idée 
d’une  femblable  puiflance  ,  au  lieu  que 
l’obfervation  des  corps,  ne  nous  pré¬ 
fente  jamais  que  i’idée  de  l’inertie  ;  & 
cette  inertie  ou  cette  inaftivité  eft 
tellement  effentielle  aux  corps,  que 


SL34  Discours 
plus  un  corps  eft  gros  &  denfe.  Si 
plus  il  réfifte  au  mouvement ,  &  plus 
une  macMne  eft  compofée ,  &  plus 
il  faut  de  force  pour  la  mettre  en  mou¬ 
vement. 

245.  Perfonne  ne  doute  aujourd’hui 
que  du  moins  certains  mouvemens  ne 
dépendent  de  la  volonté ,  qu’ils  ne 
Ibient  un  effet  de  la  force  motrice  de 
Famé  ;  d’où  il  fuit  que  les.  mouvemens 
de  l’homme  qui  ne  peuvent  être  effec¬ 
tués  par  la  machine  ,  doivent  l’être 
néceffairement  par  l’ame.  Dans  un 
homme  qui  vient  de  fe  noyer  récem¬ 
ment  ,  ou  qui  efl  mort  par  la  crainte 
de  la  faignée ,  on  remarque  du  moins 
dans  l’inftant  qui  termine  fa  vie ,  que  le 
méchanifme,  la  prefîion  de  l’air  ou  du 
fluide  ambient ,  &  l’élafticité  de  la  ma¬ 
chine  ne  fouffrent  aucun  changement, 
&  même  que  la  derniere  augmente , 
comme  cela  paroît  par  la  roideur  des 
membres  ;  que  les  fluides  font  aufîi 
les  mêmes  ;  il  ne  manque  que  l’aclion 
de  l’ame  ;  d’où  il  fuit  que  les  mouve¬ 
mens  naturels  tels  que  la  refpiration , 
ne  font  point  dus  à  un  principe  cor¬ 
porel,  ni  à  la  difpofition  de  la  m.a- 
chine,  mais  à  i’ame  feule ,  qui  fuivant 


PrÉLIMINAIR-E. 
l’Ecriture  fainte,  eil:  le  principe  de  la 
vie  &  du  mouvement. 

246.  Il  fe  fait  en  nous  pendant  que 
nous  dormons  un  grand  nombre  de 
mouvemens  dont  nous  n’avons  aucune 
connoiffance  ;  par  exemple  ,  nous  re¬ 
muons  les  membres  ,  nous  parloîis , 
&c.  Mais  comme  dit  Galien  (  de  motu 
mufcul.  Lib.  2.)  «  vous  remuez  fouvent 
auffi  les  paupières  fans  vous  en  ap* 
>»  percevoir,  vous  difcourez  ,  vous 
»  priez  ,  vous  difputez  ,  fans  faire 
»  attention  aux  mouvemens  des  par- 
»  ties;  &  lorfque  vous  allez  du  Pyrée 
à  Athènes,  vous  ne  réfléchiffez  point 
»  à  tous  les  mouvemens  particuliers, 
h  de  vos  jambes  ;  il  eft  fouvent  arrivé 
»  à  des  gens  qui  revoient,  de  fe  mettre 
»  en  chemin  &  de  paffer  l’endroit  où 
»  ils  avoient  deffein  d’aller  :  peut-on 
t*  dire  que  l’aâiion  de  marcher  ne  foit 
»  pas  une  aâion  de  l’ame ,  &  qu’elle 
H  ne  dépende  point  du  mouvement 
»  volontaire  ?  Cependant  on  ignore 
»  fouvent  auffi  parfaitement  que  l’on 
»  m-arche ,  que  l’on  ignore  en  dormant 
»  le  mouvement  de  certaines  parties  , 
»  &  l’aftion  tonique  de  celles  qui  ne 
»  fe  meuvent  point  ».  Gakn.  loc.  cit. 


%)6  D  I  s  C  O  U  R  s 

247.  On  dira  que  cela  vient  de  cé 
qu’on  ne  fait  point  attention  aux  mou- 
,  vémens  volontaires  dans  le  temps  qu’on 
les  exécute  ,  mais  que  dans  la  fuite  on 
fe  reffouvient  qu’ils  dépendoient  en¬ 
tièrement  de  l’ame.  Galien  répond  à 
cela  ;  «  que  plufîeurs  perfonnes  ont 
»  fait  volontairement  certaines  aâions 
qu’ils  ont  tout-à-fait  oubliées  peu 
»  de  temps  après  ;  que  ceux ,  par  exem- 
»  pie ,  qui  agiffent  par  effet  de  l’ivrelfe 
»  ou  de  la  crainte ,  oublient  ce  qu’ils 
»  ont  fait ,  parce  qu’ils  n’bnt  point 
réfléchi  ilir  leurs  avions  ,  &  que 
w  c’eft  ainfi  que  la  fureur ,  l’inquiétude, 
>»  la  frayeur  &  toutes  les  palîîons  vio- 
»  lentes  nous  mettent  hors  d’état  de 
w  nous  fouvenir  de  ce  qu’elles  nous 
»  font  faire. 

248;  »  Les  perceptions  obfcures 
i»  telles  que  Celles  que  nous  avons 
pendant  le  fommeil ,  ne  font  point 

>  fiables;  il  n’efl  donc  pas  étonnant, 
»  fl  refpifànt  en  dormant  par  un  mou- 
»  vement  volontaire  ,  nous  ne  pou- 
»  yons  dire  après  que  nous  fommes 
y>  éveillés ,  fi  c’efl  volontairement  que 
>»  nous  avons  refpiré.  H  nous  arrivé  à 

>  cet  égard  la  même  chpfe  qu’à  ceux 


P  R  É  L  î  M  I  ^,A  I  R  E.  137 
»  qui  après  avoir  remué  les  mains  & 

»  les  pieds  en.  dormant,  ou  après 
»  avoir  parlé,  &  après  avoir  oublié 
»  ce  qu’ils  ont  fait ,  difent,  qu’ils  ont  . 
»  remué  &  parlé’  involontairement. 

H  Ceux  qui  font  dans  le  délire,  par- 
»  lent,  marchent  &:  font  pluïieurs  au- 
H  tres.mouvemens  volontaires  ;  mais 
H  après  qu’ils  font  revenus  à  eux ,  ils 
»  ne  fe  fouviennent  plus  de  ce  qu’ils 
»  ont  fait.  Gahn.  ibid. 

249.  »  L’exemple  fuivant  ne  permet , 
>»  point  de  douter  que  la  refpiration 
»»  ne  fpit  volontaire ,  &  ne  dépende 
»  entièrement  de  l’ame.  Un  Efclave 
»  tranfporté  de  colere  prit  la  réfolu- 
yt  tion  de  fe  donner  la  mort  ;  pour 
»  cet  effet  il  fe  coucha  par  terre,  6c, 
»  retint  fa  refpiration  ;  il  demeura  3062 
»  long-temps  immobile,  fe  débattit  en- 
»  fuite  quelque  temps  6c  mourqt. 

»  ibid. 

250*  Entre  les  avions  volontaires,, 
^  les  unes  font  libres,  &  les  autres 
M  foumifes  aux  affeélions  du  corps. 
H  Les  premières  dépendent  enîiére- 
v>  ment  de  nous,  6c  nous  pouvons  les 
**  faire  toutes  Mes  fois  que  ,  bon  .nops 
?>,_  femble.  Nous  pouvons,  par  exem^ 


Discours 
»  pie,  aborder  un  homme  ,  liercon-^ 
verfation  avec  lui,  prendre  une  chofe 
»  ou  la  recevoir,  il  n’en  eft  pas  de  mê- 
»  me  des  fécondés ,  elles  n’ont  lieu 
»  que  dans  certains  temps  &  avec  cer- 
»  taines  bornes  ;  par  exemple ,  piffer, 
»  aller  à  la  felle  font  des  befoins  cor- 
»  porels.  Il  y  a  des  gens  qui  ont  été 
>»  une  année  &  plus  fans  parler ,  mais 
»  perfonne  jufqu’à  préfent  n’a  pu  rete- 
»  nir  fes  excrémens  &  fon  urine  ;  je 
»  ne  dis  pas  des  mois ,  des  années 
H  entières  ,  mais  pas  même  pendant 
»  un  petit  nombre  de  jours.  Ces  be- 
»  foins  font  quelquefois  fi  prefi’ans', 
>»  qu’ils  ne  donhent  fouvent  pas  le 
»  temps  d’aller  à  la  garderobe.  On  peut 
»  en  dire  autant  de  la  refpiration  ;  on 
»  court  rifque  de  mourir  fi  on  ne  ref- 
»  pire,  &  rien  ne  fatigue  plus  que  de 
>♦  la  retenir.  Il  ne  s’enfuit  pas  cepen- 
»  dant  de  ce  que  nous  ne  pouvons 
»  point  retenir  notre  refpiration  9 
»  qu’elle  ne  foit  pas  volontaire 
GaUn,  ihïd 

251.  Il  fuit  encore  de  là  qu’on  doit 
attribuer  les  mouvemens  de  la  machine 
humaine  à  l’ame  comme  à  la  puiflance 
motrice,  quoiqu’ils  ne  dépendent  point 


Préliminaire.  23^ 
(Je  la  volonté ,  &  qu’ils  fe  faflent  mal¬ 
gré  nous. 

Ceux  qui  ont  des  démangeaifons 
violentes  ,  fe  grattent  jufqu’au  fang , 
par  un  effet  de  l’appétit  fenfitif ,  quoi¬ 
qu’ils  ayent  mille  fois  réfolu  de  ne  pas 
fe  gratter.  Les  perfonnes  affedées  d’une 
pforophthalmie ,  fe  frottent  les  yeux 
malgré  elles;  celles  que  la  colere  tranf- 
porte  ,  donnent  malgré  elles  des  mar¬ 
ques  de  leur  colere  ;  les  perfonnes 
craintives  tremblent ,  pleurent ,  foupi- 
rent ,  dans  le  temps  m.ême  qu’elles  vou- 
droient  cacher  leur  crainte.  Peut-on 
douter  que  ces  mouvemens  ne  dépen¬ 
dent  de  l’ame,  &  ne  foient  des  effets 
de  fes  défirs  ou  de  fon  averfion? 

On  a  lieu  de"  croire  que  certains 
mouvemens  dépendent  de  l’am.e ,  lorf- 
qu’ils  font  produits  par  la  perception 
du  bien  ou  du  mal,  &  qu’ils  font  pro¬ 
portionnés  à  cette  perception  &  à  l’in- 
tenfité  du  motif,  de  maniéré  qu’ils 
cefient  avec  la  perception ,  augmentent 
à  proportion  qu’elle  augmente  ,  ÔC 
changent  lorfqu’elle  vient  à  changer; 
car  on  a  lieu  de  croire  qu’une  chofe 
eft  l’effet  d’une  autre ,  lorfqu’elle  a  une 
certaine  proportion  avec  elle,  ôc  que 


240  Dis  cours 
cette  autre  eft  capable  de  la  produire 
(157)  (  170).  Or  la  crainte  eït  pro¬ 
duite  par  un  danger  imnûnent,  ou  par 
la  perception  d’un  mal  prochain,  ne 
fîit-il  que  moral,  &  le  corps  efthorsde 
la  fphere  de  fon  impreffion.  En  effet, 
un  homme  fenfé  peut-il  s’imaginer  que 
le  corps  foit  plus  affedé  de  la  ledure 
d’une  fente nce  de  mort ,  que  de  celle 
d’une  lettre  de  grâce?  &  cependant  on 
remarque  qu’à  proportion  que  le  dan¬ 
ger  eft  plus  grand  ou  plus  petite  les 
fÿmptomes  de  la  crainte  augmentent  ; 
ou  diminuent ,  &  ceffent  lorfque  le 
danger  eft  paffé  ;  &  fi  le  coupable  vient 
à  obtenir  fa  grâce  ,  fon  efprit  délivré 
de  la  crainte  qui  le  troubloit ,  fe  trouve 
en  état  de  réfléchir  à  de  moindres  maux; 
d’où  il  fuit  que  la  perception  venant 
à  changer ,  les  mouvemens  &  les  phé¬ 
nomènes  changent  aufli.  Du  refte ,  on 
fent  facilement  d’où  vknt  que  l’ame 
effrayée  du  danger  qui  la  menace  , 
doit  par  ces  mouvemens  implorer , 
&  peut  facilement  obtenir  la  commi- 
fération  de  fes  ennemis  &  desafliftans; 
en  effet,  l’Etre  fuprême  ne  paroît  avoir 
établi  ces  lignes  des  pafEons ,  qu’afin 
d’unir  les  hommes  entr’eux  par  les 


Préliminaire.  241 
îieiisde  la  charité ,  &  de  là  vient  que  les 
peuples  qui  n’entendent  point  d’autre 
langue  que  la  leur ,  ne  laiffent  pas  d’en¬ 
tendre  celle  des  pallions ,  telles  que  le 
ris ,  les  pleurs ,  &c.  d’oii  l’on  voit  que 
râme  ell  elle-même  le  principe  de 
ces  mouvemens ,  même  involontaires , 
qu’aucune  impullion  méchanique  du 
corps  ne  fauroit  produire ,  comme  cela 
paroît  par  les  principes  de  la  Pfycho- 
logie,  &  que  par  conféquent  il  y  a 
dans  l’ame  une  faculté  diftinûe  de  la 
volonté  ;  faculté  qui  ell  la  caufe  de  ces 
mouvemens, 

2  5  2.  On  voit  par  ce  qui  précédé  d’où 
vient  que  l’homme  ne  peut  fupprimer 
en  lui  les  mouvemens  qui  font  morale¬ 
ment  néceffaires ,  quoiqu’ils  dépendent 
de  l’ame. 

En  effet,  l’homme  a  un  penchant 
prefque  invincible  pour  le  bonheur  ou 
pour  le  plaifir,  &  il  ne  fauroit  ni  fe 
vouloir  faire  du  mal,  ni  fe  haïr,  ainfî 
que  nous  en  fommes  convaincus  par 
l’expérience  &  par  notre  propre  con- 
feience.  Or  il  y  a  dans  l’homme  des 
mouvemens  moralement  néceflaires , 
tel  que  celui  de  la  refpiration ,  du  cœur, 
&  ceux-là  le  font  toujours  ;  d’autres 
Tome  I.  L 


24i  Discours 
ne  préfentent  leur  néceffiîé  que  par 
des  intervalles  &  dans  certaines  cir- 
conftances,  comme  l’éjeâion  des  ex- 
crémens  &  de  l’urine  ,  fur-tout  dans  la 
dyfurie  &  le  tenefme  ;  le  cillement , 
le  mouvement  de  tête  que  nous  fai- 
fons  lorfqu’on  nous  préfente  quelque 
chofe  devant  les  yeux  qui  peut  nous 
blelTer;  les  cris  que  nous  pouffons  pour 
demander  du  fecours ,  lorfque  nous 
fom.mes  pourfuivis  par  un  ennemi  ; 
les  pleurs ,  les  fupplications  que  nous 
employons  pour  émouvoir  fa  pitié, 
lorfqu’il  ne  nous  refte  point  d’autre 
reffource.  On  voit  donc  que  quoique 
les  mouvemens  dépendent  de  Tame  , 
ils  ne  laiffent  pas  que  d’être  d’une  né- 
ceffité  morale. 

253.  La  néceflité  du  mouvement 
eff  proportionnée  à  fon  utilité  &  à 
la  force  de  la  coutume  ;  l’expérience 
nous  apprend  que  nous  pouvons  rete¬ 
nir  notre  refpiration  fans  peine  pen¬ 
dant  quelques  fécondés ,  pourvu  que 
ce  qui  manque  d’un  côté ,  fe  trouve 
compenfé  par  la  grandeur  ou  le  nom¬ 
bre  des  infpirations  fuivantes.  Nous 
nous  abftenons  facilement  de  refpirer 
durant  quelques  fécondés  ;  mais  comr 


Préliminaire.  243 
me  nous  ne  pouvons  la  retenir  pen¬ 
dant  une  ou  deux  minutes ,  que  nous 
n’en  foyons  incommodés  &  que  la 
poitrine  n’en  foufFre ,  de  maniéré  que 
la  crainte  s’empare  de  notre  ame  ;  fi 
i’on  nous  empêche  de  refpirer  en  nous 
tenant  plongés  dans  l’eau ,  ou  en  nous 
ferrant  le  cou  avec  une  corde  ,  nous 
ne  pouvons  fupporter  cette  violence 
pendant  une  feule  minute  ;  &  comme 
le  danger  devient  extrêmement  pref- 
fant  d’un  inftant  à  l’autre ,  l’animal  que 
l’on  étrangle  fe  défend  avec  les  dents 
&  les  ongles ,  &  fe  débat  au  point 
d’épuifer  toutes  fes  forces.  (  *  )  Il  efl: 
vrai  que  par  ces  efforts  il  ne  fait  qu’ac¬ 
célérer  fa  mort;  mais  dans  le  danger 
preffant  oii  il  fe  trouve ,  il  aime  mieux 
tenter  un  remede  incertain,  que  de  n’en 

(  )  Il  y  a  des  gens  qui  ne  fauroient  comprendre 
que  la  nature  fe  nuife  quelquefois  à  elle-même  , 
comme  difoit  AfcUpiads  ,  lors,  par  exemple  ,  qu’elle 
fait  des  efforts  extrêmes  ,  qui  avancent  la  mort ,  s’ils 
épuifent  entièrement  fes  forces  ;  mais  ils  fe  trompent 
en  concluant  de  là  que  ces  efforts  ne  partent  point 
d’une  ame  raifonnable;  puifque  la  volonté  elle  même 
&  les  paffions  qu’on  ne  niera  point  appartenir  à  cette 
ame  raifonnable ,  s’abufent  tous  les  j  ours  elles-mêmes 
dans  les  affaires  morales  dont  les  idées  font  plus  dit- 
tinfles ,  &  font  leur  propre  mal  de  plein  gré.  Com¬ 
bien  y  en  a-t-il  que  là  crainte  d’un  moindre  dange^ 
précipite  dans  un  danger  plus  grand  ? 

L  ij 


144  D_i  s  c  O  U  R  s 
effayef  aucun ,  &  la  puiflance  motrice 
obéit  à  ceXte  loi.  On  voit  par-là  que 
plus  l’efFort  efl:  utile  &  néceffaire  pour 
la  confervation  de  la  vie  ,  &  plus  il  eft 
impoffible  de  s’en  abftenir.  Tous  les, 
hommes  ,  dit  Galien  (^dc  motu  mufcuVj 
craignent  la  mort ,  quelque  malheureux 
qu’ils  foient ,  &  il  n’y  en  a  aucun  qui 
ne  quitte  la  vie  avec  un  regret  infini. 

154,  Nous  avons  mille  fois  éprouvé 
depuis  notre  naiffance ,  que  le  mal  que 
nous  nous  fommes  caufé  pour  avoir 
retenu  notre  refpiration  pendant  quel¬ 
que  temps,  ceffe  dans  les  infpirations 
fuivantes  ,  parce  qu’elles  deviennent 
plus  fortes  &  plus  fréquentes;  &  la 
■raifon  en  eft,  dit  Galien  (  de  dyfpnœa, 
Lib.  /.)  «  que  l’augmentation  du  mou- 
»  vement  efi;  toujours  proportionnée 
»  au  befoin  préfent  &  à  la  force  de 
»  la  faculté  qui  l’occafionne ,  pourvu 
»  qu’aucun  organe  ne  s’y  oppofe  ;  il 
»  peut  même  arriver,  lorfque  le  befoin 
»  efl:  preffant  ,  que  le  mouvement 
»  augmente,  quoique  la  faculté  foit 
»  foible  ;  fi  cependant  cette  foiblefle 
»  étoit  excefiive ,  le  mouvement  loin 
»  d’augmenter ,  fe  ralentiroit  dans  fa 
»  force  ,  mais  deviendroit  plus  fré*^. 


Préliminaire.  145 
quent;  caron  a  vu  ci-ceflusque  toute 
»  fréquence  d’aûion  reconnoît  pour 
w  caufe  la  difficulté  de  l’exercer  corn- 
»  me  auparavant  ;  &  fi  cette  difficulté 
»  devient  extrême  ,  la  fréquence  fe 
»  change  en  une  efpece  de  continuité, 
a  ainfi  que  je  l’ai  démontré  en  parlant 
tt  du  pouls  ».  Voilà  ce  que  dit  Galkn^  - 
Comme  nous  avons  éprouvé  l’utilité 
de  cet  effort  dans  des  circonftances 
pareilles,  malgré  l’épuifement  de  for¬ 
ces  qu’il  a  occafionné  ;  ce  motif  joint 
à  la  force  de  l’habitude  ,  fait  que  nous 
réitérons  le  même  effort.  On  voit  par¬ 
la  que  plus  l’habitude  d’un  mouvement 
efi  ancienne ,  plus  il  efi:  difficile  d’y 
réfifter.  C’eft  ainfi  que  les  perfonnes 
qui  ont  pris  l’habitude  de  cligner  les 
yeux,  ou  de  faire  certains  geftes  à 
caufe  de  quelque  foulagement  qu’elles 
en  ont  reçu ,  les  clignent  fans  y  pen- 
fer  &  malgré  elles  ,  l’habitude  leur 
ayant  rendu  ce  mouvement  néceffaire. 
11  fuit  de- là  que  le  mouvement  du 
cœur  auquel  nous  fommes  habitués 
dès  le  moment  de  notre  conception  , 
efi;  infiniment  plus  difficile  à  arrêter 
que  celui  de  la  refpiration.  On  n’a  con¬ 
nu  qu’un  feul  homme  ,  favoir ,  le  Co- 
L  iij 


Discours 
lonel  Townshtnd  y  dont  Chcym  parle 
dans  fon  Traité  de  la  maladie  Angloife  , 
pag.  J  oy^  qui  ait  pu  arrêter  le  mouve¬ 
ment  de  ce  vifcere;  au  lieu  que  les 
Sauvages  de  Pondichéry  ,  au  rapport 
de  M.  Tîoniherg^  &  l’efclave  de  Galien , 
ont  pu  fupprimer  en  eux  celui  de  la 
refpiration. 

155.  Lorsqu’une  paffion  violente 
jointe  à I l’habitude,  concourent  à  un 
mouvement  indiiFérent  &  qui  n’efl: 
point  néceflaire  à  la  vie,  on  peut  à  la 
vérité  le  fupprimer  ,  mais  avec  une 
difficulté  proportionnée,  ces  mou- 
vemens  s’exécutent  Souvent  Sans  que 
la  volonté  &  la  réflexion  y  ayent  au¬ 
cune  part.  C’eft  ainSi  que  les  perSon- 
nes  habituées  au  vin  ,  Sont  contraintes 
de  boire  par  une  néceflîté  m.orale  ;  que 
les  femmes  groffes  afSeélées  de  la  ma- 
lacie  ,  les  filles  Sujettes  au  piea ,  malgré 
la  résolution  qu’elles  ont  prife  de  ne 
plus  manger  du  Sel,  du  plâtre  &  au¬ 
tres  choSes  pareilles  ,  ne  peuvent  s’abf^ 
tenir  d’en  manger  lorsqu’elles  en  trou¬ 
vent,  &  en  mangent  Sans  y  penSer» 
Ceux  qui  ont  la  paflion  du  tabac ,  dans 
le  temps  même  qu’ils  étudient  &  qu’ils 
font  occupés  de  leurs  idées,  prennent 


Préliminaire.  247 
du  fable  en  forme  de  tabac ,  &  cher¬ 
chent  leur  tabatière  dans  leurs  poches, 
après  l’avoir  enfermée  pour  ne  plus  en 
prendre.  , 

256.  Si  les  mufcles,  dont  le  mou¬ 
vement  eft  abfolument  néceffaire  , 
accoutumé  &  conforme  à  nos  défirs , 
font  cachés  à  nos  fens ,  à  la  vue ,  par 
exemple  ,  leurs  mouvemens  s’exécu¬ 
tent  fans  que  nous  y  faffions  attention, 
malgré  nous  par  une  néceffiîé  mé- 
chaniqiie  ,  quoiqu’ils  dépendent  de 
l’ame.  Par  exemple ,  la  prunelle  fe  di¬ 
late  dansl’obfcurité  à  proportion  qu’elle 
a  befoin  de  recevoir  un  plus  grand 
nombre  de  rayons  lumineux  pour  dif- 
tinguer  les  objets  ,  d’où  vient  que  nous 
la  dilatons  lorfque  ceux-ci  font  éloi¬ 
gnés  ,  &  que  nous  la  retréciffons  lorf- 
qu’ils  font  près  de  nous  &  fort  éclairés  ; 
de  même  la  paupière  fupérieure  fuit 
exaftement  le  mouvement  &  la  direc¬ 
tion  de  l’œil;  elle  fe  baiffe  lorfque 
nous  baiiTons  l’œil ,  &  elle  fe  releve 
lorfque  nous  le  levons;  le  globe  de 
l’œil  ,  de  même  que  le  cryftallin  , 
prennent  une  figure  proportionnée  à 
l’éloignement  plus  ou  moins  grand  des 
objets  y  pour  que  nous  puiffions  les 
L  iv 


a4§  Discours 
diftinguer  plus  nettement  ;  d’où  il  fuit 
que  la  puiffance  motrice  qui  adapte  le 
nombre  des  inftrumens  aux  circonftan- 
ces  5  &  qui  s’en  fert  pour  une  fin  utile , 
efl;  intelligente ,  &  par  conféquent  que 
cette  puifi'ance  efi  en  nous  l’ame  elle-mê¬ 
me.  Au  refte ,  quoique  ces  mouvemens 
dépendent  de.  l’ame ,  nous  ne  connoif- 
fons  point  les  mufcles  qu’elle  emploie 
pour  les  exécuter ,  ni  les  nerfs  qui  leur 
tranfmettent  le  fluide  nerveux,  &  mê¬ 
me  nous  ne  nous  en  appercevons  point, 
fi  ce  n’efl  par  la  laffitude  que  nous 
éprouvons  lorfqu’ils  durent  trop  long¬ 
temps  ,  ainfi  qu’il  arrive  lorfque  nous 
examinons  attentivement  des  objets 
extrêmement  délicats ou  que  nous 
les  regardons  à  travers  d’un  microf- 
cope;  &  comme  il  arrive  encore  lorf- 
qu’ils  fe  font  malgré  nous  ,  comme 
lorfque  nous  regardons  le  foleil.Toutes 
ces  chofes  rie  font  connues  que  depuis 
peu ,  &  n’ont  été  remarquées  que  par 
un  petit  nombre  d’Anatomiftes  &  d’Op- 
ticiens. 

2.57.  Il  n’en  efl  pas  de  même  du 
mouvement  des  doigts  ;  nous  favons 
qu’il  dépend  de  notre  volonté ,  parce 
que  nous  l’appercevons  ,  mais  nous 


Préliminaire;  249 
ignorons  comment  fe  fait  la  contrac-  , 
tion  des  mufcles  du  cubitus  dont  iî 
dépend ,  parce  qu’ils  font  cachés  à  nos 
yeux.  11  en  ell  de  même  des  mufcles  du 
larynx  &  du  pharynx ,  dont  la  plûpart 
ont  été  inconnus  aux  anciens  Anato- 
miftes  ;  &  cependant  on  ne  peut  douter 
qu’ils  ne  fe  contraélent  dans  l’ordre  & 
avec  la  force  qu’exigent  les  différentes 
modulations  des  fens  &  des  paroles,  fé¬ 
lon  que  l’ame  le  veut  &  qu’elle  efl  affec¬ 
tée;  &  on  ne  fauroit  douter  que  leurs 
mouvemens  ne  foient  libres  &  naturels, 
quoiqu’ils  nous  relient  fou  vent  aulli 
inconnus  pendant  toute  notre  vie  , 
que  les  cordes  vocales  l’étoient  avant 
la  découverte  du  célébré  Ferrein. 

258. 11  n’efl  donc  pas  étonnant  que 
le  mouvement  des  mufcles  du  cœur , 
<^ui ,  fl  l’on  excepte  la  palpitation  , 
échappe  à  l’ouie  &  à  la  vue;  que  ce 
mouvement,  dis- je  ,  auquel  nous  fom- 
mes  accoutumés ,  &  qui  efl  fi  néceffaire 
à  la  vie  ,  s’exécute  alternativement 
dans^a  veille  &  dans  le  fommeil,  fans 
que  nous  y  faffions  attention,  &  mal¬ 
gré  nous,  quoiqu’il  dépende  de  l’ame, 
&  qu’il  puiffe ,  de  même  que  celui  de 
la  refpiration ,  être  accéléré  &;  retardé 
L  y 


250  Discours 
par  différentes  paffions ,  félon  qu’il  eff 
néceffaire  pour  le  maintien  6c  Tutilité 
«de  la  vie.  On  m’objeftera  que  le  cœur, 
après  même  qu’on  l’a  difféqué ,  confer- 
ve  pendant  quelque  temps  fon  mou¬ 
vement  ,  6c  que  par  conîequent  il  ne 
dépend  aucunement  de  l’ame  ;  mais  je 
réponds  à  cela  avec  S.  Augujlin  6c  At-^ 
phonfe.  Bordli ,  que  la  queue  d’un  lézard 
qu’on  a  coupée ,  conferve  de  même 
fon  mouvement ,  6c  que  perfonne  ne 
doute  cependant  qu’il  ne  foit  volon¬ 
taire  durant  la  vie  de  l’animal.  On  con- 
noît  aujourd’hui  un  grand  nombre  d’in- 
feâes ,  tel  que  le  polype  ou  l’hydre  de 
Linn.  {Faunce,  Suec.  ix86')  dont  les  diff 
férens  morceaux  vivent  de  même  que 
le  font  les  œufs  qu’on  peut  regarder 
comme  des  morceaux  d’ovaire  fécon¬ 
dés. 

259.  Une  faculté  de  l’ame  peut  agir 
indépendamment  du  concours  des  au¬ 
tres.  Les  fomnambules  font  les  mêmes 
aftions  volontaires  que  nous ,  ils  par¬ 
lent  ,  ils  chantent  ,  ils  danfent  ,  ils 
tiennent  des  raifonnemens  fuivis,  6l 
cependant  ils  ne  voient  ni  n’enten¬ 
dent  point,  6c  ils  ne  fe  fouviennent 
point  de  çe^u’ils  ont  fait.  Voyez. i’Hif- 


_  Préliminaire.  I51 
toire  que  j’ai  rapporté  dans  lès  Mémoi¬ 
res  de  l’Académie  des  Sciences  pour 
l’année  1743.  (*)  Les  perfonnes  qui 
ont  le  meilleur  entendement,  man¬ 
quent  fouvent  de  mémoire  &  de  pé¬ 
nétration  ,  elles  n’ont  quelquefois  ni  la 
yue  ,  ni  le  taâ ,  ni  l’odoraf  auffi  par¬ 
faits  que  d’autres ,  elles  manquent  de 
fermeté  ;  nous  voyons  parfaitemçnt 
les  objets  quoique  nous  foyons  fourds, 
&  nous  ne  laiflbns  pas  de  juger,  quoi¬ 
que  nous  foyons  privés  de  la  vue ,  &c. 
C’eft  ainfi  que  dans  l’exercice  du  mou¬ 
vement  la  liberté  eft  indépendante 
de  la  nature,  &  la  nature  indépen¬ 
dante  de  la  volonté.  Le  défir  combat 
contre  la  volonté ,  toutes  les  fois  que 
nous  voulons  une  chofe  pour  laquelle 
nous  avons  de  la  répugnance  ;  par  exem¬ 
ple  ,  c’eft  volontairement ,  mais  non 
point  de  bon  gré,  que  nous  tendons 
notre  bras  au  Chirurgien  pour  le  faire 
couper  (  211.  2.24).  Le  défir  &  la  vo¬ 
lonté  font  d’accord  enfemble ,  lorfqu’on 
veut  ce  qu’on  délire ,  com.me  lorfque 
nous  voulons  manger ,  &  que  la  fin 
nous  prefle.  C’eft  malgré  eux  que  les 

Galien  nous  apprend  qu’il  lui  efl  arrivé  de  faire 
pluÊeurs  EÛlIês  à  pied  en  dormant. 

L  vj 


■3' 52.  Discours 
criminels  vont  au  gibet,  c’efl;  librement 
pourtant,  mais  à  contre  cœur  qu’ils 
montent  fur  l’échelle  ;  il  tient  à  eux  de 
n’y  point  monter  de  leur  propre  mou¬ 
vement  ,  &  la  nature  s’y  oppofe  j  ils  le 
font  cependant  pour  éviter  de  plus 
grands  maux.  De  même  ce  n’eft  point 
volontairement  &  de  bon  gré  qu’un 
galeux  fe  gratte  ,  mais  ilefl  y  forcé  par 
la  démangeaifon  qu’il  fent  &  qu’il 
appaife  en  fe.  grattant;  ce  n’efl:  point 
volontairement  non  plus  qu’une  fem¬ 
me  en  travail  fait  les  efforts  que  la 
nature  lui  difte ,  &  qui  font  néceffaires 
pour  fa  délivrance.  Ce  que  je  viens 
de  dire  étant  connu  des- moindres  fem¬ 
melettes  ,  je  m’étonne  que  des  gens  qui 
fe  piquent  de  Philofophie  aiment  mieux 
nier  opiniâtrément  ces  faits  que  d’en 
t:onvenir  avec  ceux  qu’ils  ne  regardent 
point  comrne  Philofophes.  «  Il  n’y  a 
»  rien  ,  dit  Galien  ,  dont  on  ait  plus 
»  de  peine  à  fe  défaire ,  que  des  fauffes 
»  doàrines  ;  c’eft  une  teinture  qui  ne 
»  s’efface  jamais.  Ceux  qui  en  font 
imbus  ne  peuvent  la  fecouer  jamais, 
parce  qu’ils  ignorent  ce  que  c’eft  ç[ue 
démonftration ,  qu’ils  font  hors  d’état 
»  de  difcerner  le  vrai  du  faux  ,  oc  qu’ils 


Préliminaire.  zfy 
H  trouvent  mauvais  qu’on  veuille  les 
inftruire.  Gakn.  de  dyfpncza  ».  Tel 
eft  le  cas  de  ceux  qui  dans  notre  fiecle 
refiifent  de  fe  rendre  à  la  raifon ,  & 
qui,  parce  c^e'^Galien^  Rivière ,  Stahl,. 
ont  attribué  à  l’ame  plus  de  cho4s  qu’il 
ne  lui  en  eft  dû,  lui  refufent  ce  qu’on 
ne  fauroit  légitimement  lui  refofer,  & 
n’évitent  l’erreur  dont  ils  les  aceufent 
que  pour  tomber  dans  l’erreur  con¬ 
traire.  Je  fais  qu’il  y  en  a  qui  prétendent 
que  le  mouvement  du  cœur ,  de  même 
que  celui  de  la  refpiration  font  mécha- 
niques ,  comme  fi  le  mouvement  vo¬ 
lontaire  ne  l’étoit  pas  aufii,  &  que 
Borelli  n’eût  pas  expliqué  depuis  long¬ 
temps  celui  des  mufcles  par  les  prin¬ 
cipes  de  la  Méchanique.  Mais  ils  fou- 
tiennent  que  l’un  &  l’autre  font  une 
fuite  de  la  difpofition  de  la  machine, 
qu’aucun  moteur  interne  n’y  contribue, 
&  qu’ils  font  l’effet  de  la  preffion  de 
l’œil  ambiant ,  des  alimens  &  de  l’éiaf- 
ticité  des  vaiffeaux.  La  plüpart  de  ceux 
qui  raifonnent  ainfi,  ignorent  les  pre¬ 
miers  éîémens  de  la  Méchanique ,  ou 
font  imbus  de  préjugés  groffiers,  puif- 
qu’ils  foutiennent  que  les  forces  peu¬ 
vent  être  augmentées  réellement  par 


^^•54  Discours 
les  machines ,  &  qu’un  corps  peut  fe 
mouvoir  de  lui- même  fans  l’aide  d’au¬ 
cun  moteur.  Je  ne  m’arrêterai  point  à 
réfuter  ce  fentiment,  il  fuffit  que  le 
Médecin  fâche  que  les  mouvemens  du 
corps  humain  font  tellement  liés  avec 
ceux  de  l’ame ,  que  quand  même  celle- 
ci  les  dirigeroit ,  ils  ne  feroient  point 
difFérens  de.  ce  qu’ils  font.  Je  ne  cher¬ 
che  point  à  découvrir  l’effence  des 
caufes  premières ,  mais  celle  des  mou¬ 
vemens  de  la  machine ,  de  même  que 
les  relations  qu’ils  ont  avec  les  affec¬ 
tions  de  l’ame  (  30  ) ,  &  j’emploie  le 
nom  de  nature,  dans  l’acception  reçue 
parmi  les  Médecins  jufqu’aujourd’huL 
Je  n’ignore  point  que  mon  fentiment 
fouffre  beaucoup  de  difficultés ,  mais  je 
m’en  tiens  à  cet  égard  à  ce  que  dit 
Galien  :  «  Celui  qui  refufe  de  fe  ren- 
»  dre  à  l’évidence,  manque  de  juge- 
»  ment  ;  celui  qui  décide  prompte- 
9>.  ment  des  choies  douteufes ,  efl  un 
téméraire;  celui  qui  doute  de  celles 
»  qui  font  claires  à  caufe  de  quelques 
»  difficultés  qu’il  y  rencontre  ,  efl  un 
»  fceptique  ;  mais  celui  qui  non-feule- 
»  ment  doute ,  mais  cherche  à  détruire 
^  des  principes  clairs,  à  caufe  de  quel? 


Préliminaire.  255 
»  ques  difficultés  qu’il  ne  peut  lever , 

»  n’efl  point  fage  ».  L.  de  mot.  mufeuL 

Des  Forces  inanimées» 

260.  Tout  homme  capable  d’atten¬ 
tion  ne  croira  jamais  que  les  mouve- 
mens  de  la  machine  humaine  dépen¬ 
dent  tous  de  l’ame  comme  de  leur  prin¬ 
cipe,  vu  qu’il  efi:  plus  clair  que  le  jour 
qu’on  obferve  des  mouvemens  fembla-. 
blés  dans  les  corps  inanimés ,  tels  que 
les  végétaux,  les  foffiles  &  les  cada¬ 
vres  des  animaux ,  &  qu’il  y  a  en  eux 
des  facultés  ou  des  puiffances  motrices 
capables  de  les  produire ,  quoiqu’ils 
n’ayent  point  d’ame. 

26 1 .  Ces  facultés  font  la  gravité ,  Is 
cohéfion  ou  l’attraftion ,  l’élafticité  & 
les  effets  qui  en  dépendent ,  l’éledri- 
cité,  la  putréfaûion ,  la  fermentation, 
la  chaleur  ,  la  raréfaûion  ,  la  diffolu- 
tion ,  la  condenfation  ,  &c.  De  plus  , 
l’homme  eft  expofé  à  la  preffion  de 
l’air  &  des  corps  qui  l’environnent, 
&  ces  caufes  fuffifent  pour  les  fonc¬ 
tions  communes  aux  animaux  &  aux 
végétaux,  telles  que  la  nutrition,  la 
fecrétion ,  la  digeftion  &  la  génération. 


Discours 
avec  cette  différence  que  dans  les  ani¬ 
maux  elles  font  fécondées  par  le  mou¬ 
vement  mufculaire  ,  qui  n’a  pas  lieu 
dans  lés  végétaux  (  20.8  ). 

262.  »  Je  crois  qu’il  eft  prefque  dé- 
»  montré ,  dit  le  favant  Médecin  & 

Géomètre  G.  Cheync^  dans  fon  Traits 
»  de  la  maladie  .Angloijs  ,  pag.  ^ 
-)S>  qu’il  y  a  dans  tout  animal,  ioit  par- 
»  fait  ou  imparfait ,  un  principe  aftif, 
»  &  qui  fe  meut  de  lui- même  :  je  crois 
»  auffi  que  le  pur  méchanifme ,  je  veux 
dire  ,  que  le  mouvement  qui  agit 
»  extérieurement  fur  la  fuperficie  des 
»  corps ,  fuivant  certaines  lois  &  cer- 
»  taine  proportion ,  peut  fuffire  pour 
»  expliquer  les  phénomènes  de  la  vé- 
gétâtion  ;  mais  je  ne  crois  pas  qu’il 
»  puiffe  fuffire  pour  expliquer  l’anima- 
»  tion  ni  la  vie,  non- feulement  des 
»  animaux  ,  mais  même  du  plus  petit 
»  infeéle  ,  &  tel  eft  le  fentiment  des 
»  plus  favans  Géomètres  &;  des  plus 
»  habiles  Méchaniciens. 

263.  >♦  Je  ne  prendrai  point  fur  moi 
»  d’expliquer  jufqu’à  quel  point  le 
>♦  mouvement  perpétuel  eff  poffible 
»  dans  l’état  préfent  des  chofes,  &: 
ff  fuivantles  lois  établies  dans  l’uniyers. 


Préliminaire.  257 
M  Je  crois  cependant,  vu  le  frottement 
»  que  les  corps  fouffrent,  ôc  la  perte 
»  continuelle  que  foufFre  tout  mouve-, 
»  ment  fur  notre  globe  ^  &  l’impoffi- 
>»  bilité  qu’il  y  a  de  décrire  une  ligne 
»  droite  par  une  feule  &  unique  im- 
»  puifion ,  que  ce  mouvement  perpé- 
»  tuei  efl  auffi  impoffible  que  la  qua- 
»  drature  du  cercle ,  ou  l’expremon 
»  des  quantités  fourdes  par  le  moyen 
»  des  fraftions  entières  ou  finies. 

264.  »  Il  eft  hors  de  doute  que  tout 
»  animal  eft  un  mobile  perpétuel,  à 
»  caufe  du  principe  inné  &  aélif,  & 
»  de  la  puiflârice  qui  efl;  en  lui  ;  mais 
»  vouloir  expliquer  d’une  façon  mé- 
»  chanique ,  je  veux  dire  ,  par  la  feule 
>*  matière  &  par  le  mouvement  impri- 
»  mé  par  dehors  ,  les  fonéfions  d’un 
»  animal  vivant,  c’efl:  articuler  des  pa- 
»  rôles  vuides  de  fens ,  &  montrer 
»  fon  ignorance,  quand  même  on  em- 
»  ploieroit  tous  les  fecours  que  l’A- 
»  rithmétique  &  la  Géométrie  four- 

niflent.  Cheync  ». 

265.  Tout  corps  réfifte  au  mouve¬ 
ment  (  JFolf.  Cofmolog.  or  toute 
machine  efl  un  corps  ,  donc  elle  ré- 
üfte  au  mouvement.  Si  un  corps  en 


1158  D  I  s  C  Ô  tJ  R  s 
-mouvement  en  rencontre  un  qui  eft 
en  repos,  la  vîteffe  qu’il  perd  par  le 
choc ,  eft  à  celle  qu’il  avoit  avant  le 
choc ,  en  raifon  de  la  maffe  du  fécond 
à  celle  de  l’un  &  de  l’autre  enfemble 
(  Cofmolog.  ^2^  )  ;  d’où  il  fuit  que  le 
mouvement  imprimé  à  une  m^achine 

Ear  Un  autre  corps ,  fe  perd  en  partie. 

)onc  fl  une  colonne  de  fang  en  cho¬ 
que  une  autre  qui  eft  en  repos  &  qui 
lui  eft  égale  en  malFe  ,  elle  perd  la 
moitié  de  fon  mouvement  dans  le  choc. 
Dans  le  choc  des  corps  qui  ne  font 
pas  parfaitement  élaftiques ,  la  force 
vive  qui  fe  perd  eft  d’autant  plus  gran¬ 
de  ,  que  l’élafticité  eft  plus  imparfaite , 
ainfi  que  le  démontre  s’GraveJande, 
Wolf.  (  Cofmolog.  4615  )  démontre  en¬ 
core  que  les  corps  parfaitement  élaf- 
tiques  perdent  dans  le  choc  une  par-, 
tie  de  leur  mouvement.  Com-me  donc 
les  organes  fluides  du  '  corps  humain 
font  mous,  &  n’ont  aucune  élaûicité 
fenfible ,  &  que  ceux  qui  font  fermes, 
tels  que  le  cerveau  ,  le  poumon ,  le 
foie ,  la  graiffe  ,  n’ont  qu’une  élafticité 
très- imparfaite  ,  il  eft  évident  qu’ils 
doivent  perdre  contiauellement  une 
partie  des  forces  qui  leur  font  commu¬ 
niquées. 


Préliminaire.  259 

266.  Les  végétaux  dont  les  vaiffeaux 
font  auffi  élaftiques  que  ceux  de  l’hom- 
ine ,  &  qui  font  expofés  comme  lui 
aux  mêmes  impreffions  de  l’air  am¬ 
biant,  ne  font  que  végéter,  diftribuer 
leurs  focs,  fo  nourrir  &  fe  reproduire, 
&  l’on  peut  attribuer  ces  môuvemens 
à  i’aftion  du  foleil  &  de  l’atmofphere  ; 
parce  que  la  force  de  la  végétation  , 
de  la  fecrétion,  &c.  eft  proportionnée 
aux  forces  expanfives  ,  diffolvantes  & 
éleûrique^  ,  que  la  chaleur  du  foleil 
communique  à  leurs  focs;  &  de-là 
vient  que  ces  fondions  augmentent 
avec  la  chaleur  ,  &  qu’elles  diminuent 
à  mefore  qu’elle  diminue  en  hiver. 
Au  contraire ,  les  môuvemens  mufcu- 
laires  du  cœur ,  de  la  poitrine  ,  des 
membres  ne  répondent  point  aux  ac¬ 
tions  du  foleil ,  de  l’air  &  des  autres 
puiffances  corporelles  ,  mais  aux  diffé¬ 
rentes  affedions  de  l’ame,  à  fon  défîr, 
à  fon  averfion,  à  fa  volonté  &  à  fa 
répugnance  ;  d’où  il  fuit  que  les  fonc¬ 
tions  animales  dépendent  d’un  prin¬ 
cipe  propre  aux  animaux ,  &c  les  vé- 

,  gétales  d’un  autre  qui  eff  commun  aux 
animaux  &  aux  végétaux. 

267.  Yoici  quelques  obfervations 


i6o  Discours 
qui  prouvent  direftement  l’empire  que 
l’ame  exerce  fur  le  cœur.  Un  homme 
dont  l’efprit  avoit  été  troublé  par  une 
frayeur  imprévue ,  fut  faifi  pendant 
quelques  heures  d’une  fueur  froide , 
il  avoit  tantôt  le  pouls  foible ,  &  tan¬ 
tôt  il  n’en  avoit  point  du  tout.  Après 
qu’il  eut  un  peu  repris  fes  fens ,  le 
cœur  &  le  fang  reprirent  peu  à  peu 
leur  mouvement  naturel ,  &  le  con- 
ferverent  pendant  une  heure  ;  mais  ce 
mouvement  ceffa  de  nouveau  tout  à 
coup  ,  &  il  demeura  comme  mort 
pendant  une  demi-heure. 

Un  autre  ayant  étendu  volontaire¬ 
ment  &  avec  force  fe§  bras  &  fes 
jambes,  le  battement  du  cœur  aug¬ 
menta  de  vingt  pulfations  dans  l’ef- 
pace  d’une  minute  ,  &  fon  pouls  s’af- 
fbiblit  au  point  qu’on  avoit  de  la  peine 
à  le  diftinguer.  On  en  a  connu  un 
autre  dont  le  cœur  pendant  qu’il  étoit 
tranquille  ,  battoit  trente-quatre  fois 
par  minute  ,  ou  deux  mille  fois  par 
heure;  mais  lorfqu’il  s’échauffoit  en 
courant  ,  ces  imttemens  montoient 
depuis  trente- quatre  jufqu’à  cent- cin¬ 
quante  par  minute  ,  ou  à  neuf  mille 
par  heure ,  de  forte  qu’ils  étoient  pref- 
que  cinq  fois  plus  fréquens. 


pRÉLIMINAIREi  l6t 
Lorfqu’un  homme  commence  à  re¬ 
muer  ,  fon  pouls  diminue ,  mais  il  aug¬ 
mente  peu  à  peu  &  s’accroît  par  le 
mouvement.  Un  éclat  de  rire  accéléré 
le  pouls  de  vingt-cinq  pulfations  par 
minute;  &  lorfque  l’homme  dont  je 
viens  de  parler  refpiroit  trois  ou  qua¬ 
tre  fois  plus  vite  qu’à  l’ordinaire , 
ces  pulfations  augmentoient  d’environ 
treize  ou  quatorze  par  minute.  La  toux, 
la  déglutition,  la  leéture  à  haute  voix, 
accélèrent  le  pouls  ;  d’où  il  fuit  que 
les  affeâions  &  les  facultés  de  l’ame 
altèrent  le  mouvement  du  cœur  d’une 
maniéré  médiate  ou  immédiate.  Voilà 
ce  que  dit  Br.  Robinfon  dans  fon  Ecç-^ 
nomic  animale.,  prop.  zi.  Martin.  Lifter 
obferve  que  le  cœur  des  efeargots  ceffe 
de  battre  par  intervalles  inégaux ,  mais 
que  lorfque  l’animal  commence  à  fe 
mouvoir  &  à  remuer  fes  cornes ,  les 
battemens  de  fon  cœur  augmentent 
comme  s’ils  dépendoient  de  lui  ;  il 
confie  au  rapport  de  Cheyne ,  dans  fon 
Traité  de  la  maladie  Angloife ,  pag.  68 
par  un  grand  nombre  d’obfervations  , 
que  l’ame  peut  accélérer  ou  faire  cef- 
fer  le  battement  du  cœur,  félon  les 
pallions  qui  l’alFeélent.  Voyez  NUholJii 
orat.  de  anima  medied» 


^6i  D  I  s  c  O  U  R  s 

268.  Hippocrate  étoit  tellement  per- 
fuadé  que  l’ame  eft  afFeûée  dans  tous 
les  changemens  morbifiques  qui  arri¬ 
vent  dans  la  machine  humaine ,  qu’il  a 
4éfihi  la  maladie,  une  fenfatiori  incom¬ 
mode  &  défagréable  à  l’ame.  En  effet, 
l’expérience  journalière  nous  apprend 
qu’il  n’y  a  aucune  maladie ,  fi  l’on  en 
excepte  peut-être  celles  qui  privent 
de  la  raifon ,  qui  n’affeâent  l’ame  d’une 
façon  ou  d’autre ,  mais  toujours  d’une 
maniéré  défagréable.  Les  unes,  comme 
les  fievresjles  évacuations,  la  para- 
lyfie  ,  lui  font  éprouver  un  fentiment 
défagréable  de  foibleffe  ;  les  autres , 
comme  les  inflammations  ,  lui  caufent 
de  la  douleur;  les  autres,  comme  les 
maladies  foporeufes  &  convulfives, 
lui  infpirent  de  la  crainte  ;  les  autres , 
comme  les  chroniques  &c  les  cacheéli- 
ques  ,  la  confument  de  chagrin  ,  &  il 
n’y  a  pas  jufqu’à  celles  qui  privent 
l’homme  de  l’ulage  de  la  raifon ,  telles 
que  la  manie  ,  la  mélancolie ,  l’hydro- 
phobie  ,  qui  ne  l’agitent  &:  ne  la  tour¬ 
mentent  ,  comme  l’obfervent  tous  les 
Médecins  cliniques  ;  de  forte  qu’on 
doit  tenir  pour  certain  qu’il  n’y  a  point 
de  maladie  qui  ne  foit  accompagnée 


Préliminaire.  265 
de  quelque  affeâion  particulière  de' 
l’arae. 

269^.  Non-feulement  donc  on  prouve 
direâement que  l’ame,  entant  qu’amie 
du  corps,  fe  relient  de  fes  indifpo- 
utions ,  6c  qu’étant  douée  d’une  puif-; 
fance  motrice ,  &  ayant  de  l’horreur 
pour  le  mal ,  elle  combat  de  tout  fort 
pouvoir  cette  caufe  morbifique  ;  mais 
encore  on  peut  prouver  que  les  puif- 
fances  corporelles  &  la  difpofition  de 
la  machine  ne  fuffifent  point  pour  pro¬ 
duire  les  fymptomes  des  maladies ,  & 
que  l’explication  mécanique  qu’on  en 
donne  efl:  contraire  aux  lois  du  mou¬ 
vement  ,  ainfi  qu’on  peut  s’en  convain¬ 
cre  par  les  exemples  fuivans. 

270.  Tout  le  monde  fait  que  la  toux 
eft  une  expiration  fubite  &  avec  bruit, 
occafionnée  par  un  épanchement  de 
pus  ou  de  fang  dans  le  poumon ,  par 
une  goutte  d’eau  ou  de  lait  qui  efl;  tom¬ 
bée  pendant  qu’on  rioit  dans  la  poitri¬ 
ne  ,  ou  par  un  tubercule ,  un  phlegmon 
ou  tel  autre  vice  furvenu  dans  la  tra¬ 
chée  artere  ou  dans  les  poumons.  Or 
les  Difciples  d’Afclépiade  qui  embraf- 
fent  la  Seâe  Mécanique  ,  veulent  que 
la  toux  foit  produite  par  cette  goutte 


1^4  Discours 
<i’eau ,  par  exemple  ,  laquelle  compri¬ 
mant  les  nerfs  de  la  trachée  artere , 
attire  le  fluide  nerveux  qui  fe. porte 
en  plus  grande  abondance  par  une  né- 
ceffité  mécanique  dans  les  mufcles  qui 
fervent  à  l’expiration ,  d’où  s’enfuit 
leur  contraûion  ,  &  par  conféquent 
la  toux. 

271,  Cette  théorie  eft  contraire  aux 
lois  de  la  Mécanique  ;  en  effet,  la  force 
de  la  goutte  d’eau  qui  bouche  une  par¬ 
tie  de  la  glotte ,  n’efl;  autre  chofe  que 
fa  pefanteur,  qui  n’efl:  rien  eu  égard 
à  la  force  vive  de  toute  la  poitrine, 
néceffaire  pour  exciter  la  toux  ;  car  la 
maffe  de  la  poitrine',  de  même  que 
celle  du  corps  font  ébranlées  dans  la 
toux ,  &  font  plufieurs  millions  de  fois 
plus  grandes  que  le  poids  de  la  goutte 
d’eau  ;  maintenant  fi  on  multiplie  la 
maffe  de  cette  goutte  d’eau  par  fa  vî- 
teffe  initiale ,  &  qu’on  la  compare  à  la 
maffe  de  la  machine  ébranlée ,  multi¬ 
pliée  par  la  vîteffe  de  l’ébranlement,  la 
difproportion  fera  immenfe  ;  d’où  il 
efl:  impofllble  que  la  goutte  d’eau  puiffe 
caufer  un  pareil  ébranlement  dans  le 
corps ,  yu  qu’il  efl;  démontré  dans  la 
Mécanique  ,  qu’un  poids  mis  en  mou* 
vement 


PRÉLÏMINAIHE.  l6<y 
veinent  par  une  machine ,  &  multiplié 
par  fa  vîteffe  ,  n"eft  jamais  plus  grand 
que  la  maffe 'qui  le  meut  multipliée 
par  fa  vîtefie  ,  comme  le  favent  tous 
ceux  qui  ont  étudié  la  Mécanique  ,  & 
comme  cela  paroît  par  la  théorie  du 
levier. 

2J2.  Par  îe  moyen  du  levier  hydrau¬ 
lique  qui  n’eft  autre  qu’un  petit  tube 
de  verre  par  le  moyen  duquel  on  rem¬ 
plit  d’eau  une  veflîe  qui  y  eû  attachée  , 
on  éleve  des  poids  immenfes  ;  mais  la 
vîteffe  de  l’eau  dans  le  tube ,  l’emporte 
d’autant  fur  la  vîtelTe  du  poids  qu’elle 
fouleve ,  que  la  fection  tranfvexfele  de 
la  vedie  eû  plus  grande  que  celle  du 
tube  ;  ce  qui  prouve  que  la  force  vive 
de  l’eau  enfermée  dans  le  tube  ,  ell 
-égale  à  la  force  vive  du  poids  qu’elle 
éleve  ;  en  appliquant  cet  exemple  à 
notre  cas  ,  il  s’enfuit  que  la  théorie 
que  je  combats  eft  contraire  aux  prin-? 
cipes  de  l’hydraulique  &  entièrement 
abfurde. 

273.  Ceux  qui  pour  augmenter  l’é¬ 
nergie  de  cette  goutte  d’eau ,  lui  aîtri- 
bueroient  une  force  expanfive  pareille 
à  celle  de  la  poudre  à  canon  ,  fuppo- 
feroientune  chimere;  èc  quand  mêm^ 
Tomi  /,  M 


i66  Discours 
on  kur  accorderoit  que  cela  efl: ,  les 
principes  mécaniques  que  nous  avons 
rapportés  ne  feroient  pas  moins  vrais  ; 
&  d’ailleiurs  il  faudra  fuppofer  que  l’ex- 
plofion  fe  renouvelle  toutes  les  fois  que 
ia  toux  recommence ,  ce  qui  arrive  par 
intervalles  :  or  comme  cela  arriveroit 
fans  raifon  fuffifante,  il  s’enfuit  que 
cette  fuppofition  eft  abfurde. 

2,74.  U  ne  refte  d’autre  reffource  à 
ces  Mécaniciens  que  de  recourir  à  des 
principes  de  Mécanique  qu’on  a  ignoré 
jufqu’ici ,  &  contraires  à  ceux  que  l’on 
connoît  ;  èl  quelques-uns  même ,  pour 
donner  plus  de  poids  à  leur  fentiment , 
prétendent  qu’on  pourra  le  découvrir 
dans  la  fuite  ;  mais  en  attendant  que 
cela  arrive  ,  on  doit  tenir  pour  certain 
que  leur  théorie  au  fujet  de  la  toux 
éc  des  autres  mouvemens  fympathi- 
ques  ,  eft  entièrement  contraire  aux 
principes  connus  de  la  Mécanique , 
quoique  d’ailleurs  il  ne  feroit  pas  dif¬ 
ficile  de  prouver  que  les  lois  méca¬ 
niques  générales  ne  font  pas  moins 
nécefleires  que  les  principes  de  l’A¬ 
rithmétique  &  de  la  Géométrie,  Ber* 
nouJIi,  AH.  Petropol.  T.  1. 

275,  Lorfqu’un -fluide  5  en  mettant 


PuIlimi'ni.te.s; 
à  part  la  condenfation  ,  la  raréfaûion 

Fattraâion ,  circule  dans  un  tuyau 
de  figure  conique ,  de  maniéré  qu’il  en 
palTe  la  même  quantité  dans  chacune 
de  fes  feûions  dans  le  même  efpace 
de  temps ,  fa  vîteû’e  dans  la  bafe  eû 
d’autant  moindre  dans  le  fommet ,  que 
la  feââon  de  ce  dernier  efi;  plus  pe- 
dte  que  celle  de  la  bafe.  Ce  princi¬ 
pe  efi  aufii  certain,  qu’il l’efi:  que  deux 
fois  deux  font  quatre  ;  &  on  peut  en 
dire  autant  des  autres  principes  géné- 
Taux  de  la  Mécanique  ;  &  comme  ce 
qui  efl:  néceflaire  l’efl  toujours ,  il  s’en¬ 
fuit  que  ces  principes  ne  peuvent  .ja¬ 
mais  être  détruits  par  d’autres. 

176.  Ce  n’efi:  pas-là  la  feule  abfur- 
dité  de  cette  théorie.  Ces  faux  Méca¬ 
niciens  fuppofent  encore  gratuitement 
qu’il  y  a  des  nerfs  fournis  à  la  volonté  , 
&  d’autres  au  mécanifme,  &c  que  leurs 
fibres  font  entretiffues  enfemble  juf- 
ques  dans  les  moindres  parties.  Com¬ 
me  ils  fe  font  apperçus  que  l’ame  ex- 
citoit  la  toux  quand  bon  lui  fembloit ,  & 
que  nous  l’avions  fouvent  malgré  nous , 
ils  en  ont  conclu  ,  que  la  toux  qu’ils  ap¬ 
pellent  mécanique  ,  ou  automatique  , 
fie  pouvoit  aucunement  dépendre  de§ 


i$8  D  I  s  c  ô  û  R  s 

organes  fournis  à  la  volonté ,  ce  qiu 
eft  un  principe  que  Gali&n  a  réfuté  de¬ 
puis  long-temps ,  (142.  256.)  de  forte 
qu’ils  font  obligés  de  multiplier  les  êtres 
fans  néceffiîé  ôc  contre  toute  vraifem- 
biance.  Mais  une  preuve  que  les  nerfs 
ne  contribuent  pas  moins  au  fentiment 
qu’au  mouvement ,  c’eft  qu’on  ne  fau- 
roit  piquer  aucune  partie  du  corps 
avec  la  plus  fine  aiguille ,  qu’on  n’y 
fente  de  la  douleur. 

277.  Si  l’on  examine  le  nombre  & 
la  diverfité  des  mouvemens  de  la  ref- 
piratipn,  on  verra  qu’ils  varient  pref- 
que  à  l’infini.  M.  Sauveur,  dans  les 
Mémoires  de  l’Académie  des  Sciences^ 
prétend  que  l’on  peut  former  9632  fons 
que  l’oreille  diftingue  parfaitement ,  & 
que  chacun  de  ces  fons  peut  encore  va¬ 
rier  quant  à  la  force  ;  à  quoi  l’on  peut 
ajouter  les  foupirs,  les  gémiffemens ,  les 
fanglots,  les  pleurs,  l’étonnement,  le 
ronflement,  le  bâillement,  le  ris,  les 
éclats  de  rire ,  les  cris ,  le  chant  fimple  , 
le  chant  mufical  &  une  infinité  d’autres 
variations  dans  les  mots  que  l’on  arti¬ 
cule  ,  qui  font  tout  autant  de  différen¬ 
tes  efpeces  d’expiration ,  qui  exigent 
>in  mpuyement  déterminé  des  organes* 


Préliminaire.  169 
La  toux  dans  ce  nombre  eft  une  expi¬ 
ration  finguliere  &  déterminée ,  telle¬ 
ment  diftinâe  des  autres ,  qu’on  ne 
fauroit  confondre  un  homme  qui  touf¬ 
fe  ,  avec  un  autre  qui  rit ,  qui  fanglotte, 
qui  chante  ,  &c.  « 

178.  Il  n’y  a  aucun  point  dans  la 
fuperficie  des  véficules  pulmonaires  , 
toute  ample  qu’elle  eft ,  ni  dans  la  tra¬ 
chée  artere  ,  qui  étant  preffé  par  un 
grain  de  pouffiere ,  une  goutte  de  fang 
ou  de  pus,  -OU  par  quelque  tumeur, 
ne  puiffe  caufer  la  toux  ,  ni  par  con- 
féquent  aucun  nerf,  ni  aucune  fibre 
dans  ces  parties ,  qui  ne  contribue  à 
la  toux  &  à  une  infinité  d’autres  mou- 
vemens.  Puis  donc  qu’on  ne  voit  pas 
la  raifon  pourquoi  une  goutte  d’eau 
qui  tombe  dans  la  trachéé  ârtere  com¬ 
prime  plutôt  les  organes  deftinés  à  ex¬ 
citer  la  toux ,  que  ceux  qui  fervent 
au  ris  ,  aux  fanglots ,  au  bâillement , 
au  chant ,  aux  pleurs ,  &c.  fi  tous 
ces  moiivemens  font  mécaniques , 
comme  les  machines  exécutent  tou¬ 
jours  &  néceffairement  tout  ce  qu’elles 
peuvent  exécuter ,  on  ne  fauroit  non 
plus  expliquer  par  la  mécanique  d’où 
vient  qu’une  goutte  d’eau  qu’on  avale 


270  D  I  s  €  O  V  K  S- 
€tt  riant  dans  le  temps^  de  l’infpîratîOfty 
n’excite  pour  l’ordinaire  que  la  toux , 
ëi  l’an  pourroit  même  prouver  dans 
cette  fappofiîion  ,  par  le  calcul  des> 
conjeânres  ^  qu’elle  ne  doit  prefque 
jamais  l’exciter ,  d’où  il  fuit  qu’on  doit 
regarder  commue  abfurdes  tes  principes 
qui  condiiifent  à  une  pareille  abfurditéi 
279..  Si  parmi  plüfieurs  cas  ;égale>- 
ment  poflibies  ,,  le  même  arrive  tou- 
j;Ours  ,  enfuppoiànt  certaine  œaditiony 
4ans  une  machine  que  l’on  fait  être 
mife  en  mouvement  par  un  principe 
intelligent,,  il  s’enfuit  néceffairement 
que  ce  cas  n’arrive  que  par  le  choix: 
de  ce  principe*  En  elfet,  comme  rien 
ae  fe  fait  fans  une  raifon  fuffifante 
&  que  dans  cette  machine  animée 
aucun  des  cas  n’ell  pas  plus  détermine 
par  le  mécahifme  qu’un  autre  fi  l’àn- 
efl:  conftamment  déterminé,,  il  doit 
néceffairement  l’être  par  le  principe- 
iiîtelligent,  ,&  voici  des  preuves  que 
cela  a  lieu  dans  la  machine  humaine. . 

z8oi  Une  goutte  d’eau  venant  àts’at- 
tacher  aux  cordes  vocales ,  obltrue  né-" 
eeffairemèrit  une  partie  de  l’orifice  de¬ 
là  glotte  :  fi  elle  en  bpuehe  la  moitié ^ 
pour  lors ,  quoique  la  force  de  i’ex^^ 


Pr  ÉLIMINAI  RE.  2.71 
ijifation  foit  la  même ,  il  ne  doit  fortir  ^ 
par  les  lois  de  la  Mécanique ,  que  la 
moitié  de  l’air  qui  a  coutume,  d’en  for-- 
tir  ;  car  en  fuppofant  la  même  force 
dans  le  pifton ,  les  quantités  qui  s’é¬ 
coulent  font  comme  les  oirifices.  Mais 
dans  ces  circonftances ,  la  même  quan¬ 
tité  d’air  infpirée  ,  féjournant  deux  fois 
plus  longrtemps  dans  le  poumon  &  y 
acquérant  le  double  de  chaleur ,  de¬ 
vient  infufiifante  pour  rafraîchir  le  fan  g, 
&  pour  enlever  les  vapeurs  chaudes 
qui  s’exhalent  du  poumon ,  ôi  qui  oc- 
eafionnent  une  anxiété  &  un  mal-être 
qui  ne  eeffent  que  par  une  infpiration 
réitérée  &  plus  forte  de  l’air  froid ,  fî 
les  fens  ont  toute  leur  vigueur,  com¬ 
me  chacun  îe  fait  par  expérience  ;  & 
de  là  vient  que  l’ame  ajoute  aux  forces 
ordinaires  de  la  refpiration  ,  pour  que 
l’infpiration  devienne  plus  forte  & 
plus  fréquente. 

28.1.  L’hydraulique  nous  apprend 
quelle  doit  être  la  force  de  la  refpira¬ 
tion  pour  pouvoir  refpirer  dans  le  mê¬ 
me  temps  une  double  quantité  d’air; 
car  la  force  du  piflon  doit  être  quatre 
fois  plus  grande  pour  pouvoir  infpirer 
ou  expirer  la  même  quantité  d’air  par 
M  iv 


iyi  Discours 
un  orifice  deux  fois  plus  petit, 
majlat.  G  ail.  pag.  3  /z.  ^o.  )  &  il  faut 

feize  fois  plus  de  force  pour  pouvoir 
dans  ces  circonftances  infpirer  une 
double  quantité  d’air  (  ibid,  n.  c)2.  )  ; 
ce  qui  épuiferoit  la  puifîance  motrice  , 
&  la  mettroit  hors  d’état  de  pouvoir 
guérir  cette  dyfpnée. 

282.  Mais  fi  les  forces  expiratoires 
augmentent  confidérabiement  une  fois 
ou  deux  pour  hâter  la  fortie  de  l’air, 
pour  lors  l’air  qui  fort  frappant  avec  plus 
de  force  k  goutte  d’eau  qui  bouche  le 
paffage,  fuffit  pour  la  faire  fortlr,  & 
c’eft  ainfi  qu’il  fufiit  d’un  ou  de  deux 
efforts  pour  chalTer  la  matière  morbi¬ 
fique  ,  &  pour  faire  cefl'er  l’incommo¬ 
dité.  C’efl:  pourquoi  la  nature  ,  qui  a 
autrefois  éprouvé  l’utilité  de  ces  efforts, 
excite  cette  toux  falutaire  ,  quoiqu’in- 
fuffifante  dans  certaines  circonftances , 
fans  qu’il  lui  en  coûte  qu’une  dépenfe 
de  force  paflagere ,  &  qui  par  confé- 
quent  ne  l’épuife  pas. 

283.  Il  fuit  de  là  que  ces  efforts  fe¬ 
ront  d’autant  plus  vifs ,  la  puiffance 
motrice  demeurant  la  même,  qu’on  fera 
plus  prefle  de  refpirer ,  &  qu’on  fera 
plus  fenfibie  &  plus  craintif.  Car  à  pro- 


Préliminaire.  173 
portion  que  cet  obftacle  interceptera 
une  plus  grande  quantité  d’air,  les  ef¬ 
forts  feront  plus  prompts  &  plus  vio- 
iens  ;  fi  la  quantité  d’air  interceptée  efi: 
moindre  ,  on  pourra  ménager  fa  toux, 
s’abllenir  même  de  toufler ,  &  vaquer 
à  d’autres  exercices  plus  preffans,  ainfi 
que  l’expérience  nous  l’apprend.  Si 
celui  à  qui  cet  accident  arrive  s’en  efi: 
mai  trouvé  autrefois  ,  craint  d’être  fuf- 
foqué  ,  ou  efi;  extrêmement  fenfible  , 
comme  le  font  les  perfonnes  convalef- 
centes ,  hyllériques  ,  délicates  ,  pufilla- 
nimes ,  fur  le  champ  il  toulTe  de  toute 
fa  force ,  &  l’on  appercevra  fur  fon 
.vifage  &  dans  tout  fon  maintien  les 
toits  d’une  agitation  violente  &  d’une 
inquiétude  extrême. 

284.  il  fuit  encore  de  là ,  que  fi  la 
goutte  d’eau  efi;  placée  de  façon  qu’elle 
intercepte  une  moindre  quantité  d’air, 
ou  que  le  malade  n’ait  pas  befoin  de 
refpirer  un  air  fi  frais  ,  parce  que  fon 
fang  efi;  moins  échauffé  ,  que  s’il  a 
l’ame  forte  &  tranquille,  s’il  îommeille 
ou  s’il  a  pris  une  dofe  convenable  de 
pavot  ;  il  fuit ,  dis-je ,  qu’encore  que 
la  goutte  d’eau  preffe  les  nerfs  avec  la 
même  force  ,  il  ne  touffera  point,  ou 
M  V 


m  Disc  o  ü  r  s  ': 
ne  toufferaque  rarement.  C’eil  ainffoué  ^ 
le  fyrop  de  pavot  tranquiilife  pendit 

la  nuit  ies^  phthifiques  &  ceux  qui  ont 

des  calharres ,  non  point  en  diminuant 

îa  force  de  la  matière  morbifique ,  mab- 

en  émouflant  le  fentiment.  Ge  qui  fait 
encore  que  le  hoquet  &;  la  toux  ceffent^, 
lorfqu’on  reçoit  une  nouvelle  fâcheufe,. 
GU  qu’il  furvient  quelque,  affaire  impor¬ 
tante  ,  e’efi:  que  le  principe  intelligent 
oubliant  dans  ce  moment  le  malJéger 
qui  l’afièûe ,,  n’eft  plus  occupé  que  du; 
mal-  plus  grand  qui  le  menace^ 

285.  La  perception  conflife  du  mal; 
qui.  produit l’affliâion  efi  appellée  con* 
fmt&ment  ou  compaflîon  par.  les-  Latins 
&  Jympathic  par  les  Grecs.  La  raifon 
pour  laquelle  l’ame  slaifiige.ou  compatit: 
aux  maladies  du  corps ,  efl  qu’elle  lui; 
efl  unie  de  façon ,  qu’elle  ie  réjouit- 
&  s’afflige  de  fon  état ,  félon  qu’il  eft 
bon  ou  mauvais ,  &  que  fon  plaifîr  ^- 
fon  bonheur  dans  cette  vie  dépendent 
de  l’intégrité  ,  de  la.  force  ,  &  dé-  la; 
forme  de  la  machine  à  laquelle  elle; 
efl  unie. 

286.  L’ame  ayant  en  foi  des  facultés; 
motrices,  ne  reflent  pas  en  vain  foaî 
saalrêtre  occafionné  par  des  caufes  mort 


Pré  LI  M’I  NAÏR  E.  2.75 
Bîfiques ,  mais  elle  fe  trouve  quelque¬ 
fois  en  état  d’y  remédier  ;  fur-toût  elle 
y  réuffit  fans  peine  lorfque  le  principe 
du  mal  eft  extérieur  ;  par  exemple ,  fi 
nous  nous  fichons  une  épine  dans  le 
doigt,  nous  employons  les  ongles  ,  les 
dents  &  les  inftrumens  pour  l’arracher., 
Û  n’en  eft  pas  de  même  lorfque  les 
maux  font  internes  ,  parce  que  au  de¬ 
dans  de  nous ,  nous  n’avons  pas  par¬ 
tout  des  mufcles  &  les  autres  organes 
du  mouvement  qui  foient  à  notre  dif- 
pofition ,  &;  qu’on  ne  peut  trouver  quel¬ 
quefois  à  ce  qui  occafionne  le  mal  au¬ 
cune  iflue.  Par  exemple  ,  lorfque  nous 
avous  avalé  du  poifon  ,  les  mains  ne 
nous  fervent'  à  autre  ehofe  qu’à  nous 
comprimer  l’épigaftre,  &  il  n’y  a  que  la 
force  mufculaire  du  ventricule  qui  puifle 
évacuer  la  matière  morbifique  par  la 
bouche'  ou  par  le  fondement.  Il  refte 
cependant  d’autres  feeours  ;  &  alors 
un  écoulement  abondant  de  la  falive 
ou  de  la  liqueur  gaftrique ,  la  boiflbn 
que  la  foif  demande  ,  adouciftent  la  ma¬ 
tière  ,  ou  lui  fervent  de  véhicule  pour 
feciliter  un  vomiffement  ,  en  même 
temps  que  les  inftrumens  de  la  refpira- 
■fecn ,  les  mufoles  du  bas  -ventre^  ceux 
M  vj 


2.76  Discours  j 

qui  fervent  à  incliner  le  tronc ,  en  un 
mot,  tout  concourt  à  évacuer  le  poi- 
fon  avec  fon  véhicule  hors  de  l’efto- 
mac ,  malgré  nous  &  fans  que  nous  le 
voulions. 

287.  On  voit  donc  que  les  kis  de  la 
Jympathie,  qui ,  dans  la  bouche  de  bien 
des  gens  ,  ne  font  que  de  vains  noms , 
font  des  prbpofitions  conformes  à  la 
raifon ,  fuivant  lefquelles  les  puiffances 
motrices ,  telles  que  la  liberté  &  la  na¬ 
ture  ,  exercent  conûamment  leurs  opé¬ 
rations  dans  l’économie  animale.  Le  dé¬ 
tail  de  ces  lois  nous  ed  connu  par  l’ob- 
fervation  journalière* 

288.  Première  loi.^  La  nature  &  la  li¬ 
berté  doivent  concourir  à  prolonger  la 
vie  de  l’homme ,  félon  l’état  &  les  for¬ 
ces  de  la  machine. 

289.  Seconde  loi.  Que  la  liberté  re¬ 
médie  aux  maux  externes  ,  foit  phyfî- 
ques  ou  moraux,,  dont  l’entendement 
a  connoiffance  ;  &  que  la  nature  re¬ 
médie  à  ceux  qui  font  internes  elle 
eft  le  meilleur  Médecin  des  maladies. 
Hippocr.  epid.  y. 

290.  Troijîeme  loi.  Lorfque  le  danger 
eft  preffant,  ilfauty  apporterun  prompt 
îemede ,  &  par  conféquent  plus  l’or- 


Préliminaire.  277 
gane  afFeâé  efl:  noble  ,  &  le  mal  confî- 
dérable  ,  plus  il  faut  redoubler  fes  ef¬ 
forts  &  employer  de  forces ,  en  négE- 
geant  tout  le  reEe  ;  car  il  vaut  mieux 
faire  un  effort  dont  l’eâet|peut  être  fii- 
nefte ,  que  de  refier  oifif  dans  un  dan¬ 
ger  évident. 

29 1 .  Quatrième  loi.  Que  les  organes 
les  plus  propres  à  parvenir  au  but  , 
concourent  à  l’opération  ,  &  que  le 
travail  foit  continuel  lorfque  le  danger 
efl  preffant  ;  mais  lorfqu’il  efl  moindre, 
qu’on  ne  travaille  que  par  intervalle  , 
afin  que  la  nature  puifle  réparer  fes 
forces. 

292.  J’ai  rapporté  quelques  exem¬ 
ples  de  ces  lois  (251,256, 280) ,  & 
j’ai  montré  les  principes  fur  lefquels 
elles  font  fondées.  On  en  verra  un 
plus  grand  nombre  dans  la  fuite.  Je 
me  contente  ici  de  citer  deux  différens 
textes  que  je  tire  du  fameux  Boerhaave. 
S’il  s’efl:  formé  dans  l’homme  quelque 
corps  étranger  capable  de  lui  nuire , 
ou  qu’il  y  ait  été  apporté  de  dehors , 
aufli-tôt  la  nature  fait  effort  pour  chaf- 
fer  cet  ennemi ,  dont  le  féjour  feroit  nui- 
fible  ;  elle  s’efforce  d’adoucir  ce  qui  eil 
âcre,  de  réfoudxe  ce  qui  efl  trop  épais. 


578^  3>  I  s  C  O  TT  K  ^ 

4’appaifer  ce  qui  eft  trop  diffous. 

*i  efforts  admirables  nous  faifons 
»  pour  vomir  &  pour  chaffer  une  ma» 

»  tiere  morbifique  par  les  excrémens  , 

»  les  urines  Sc  par  la  fueur  !  Quels 
>♦  efforts  pour  attirer  les  humeurs  dans 
H  le  fiege  du  mal,  afin  de  délayer  ,de 
»  laver ,  de  déterger ,  d’adoucir ,  ëC 
»  d’en  éliminer  ce  qui  le  fatigue  f  Quels 
»  mouvemens  fébriles  pour  chaffer,; 
»  amortir ,  changer  &  mûrir  la  ma- 
f*  tiere  morbifique  ,  ou  pour  féparer 
»  ce  qu’on  ne  peut  corriger  !  Quelles 
»  reffources  enfin  pour  accoutumer  la- 
nàture  à  ce  qui  la  trouble  ,  les  pré»- 
»  mieres  fois  qu’elle  l’éprouve  1  Les 
>♦  Médecins  regardent  la  fievre  comme 
»•  le  meilleur  de  tous  les  infîrumenSy^ 
»  puifque  la  nature  s’en  fert  pour  gaé-- 
»  rir  un  grand  nombre  de  maladies' 
»  aiguës  &  chroniques  qui  réfiftent  â 
^  tous  les  remedes  ,  &c.  il  ne  faut 
quhine  goutte  de  vinaigre  pour  ofi 
»  fenfer  la  membrane  extérieure  de 
l’œil ,  qui  eft  extrêmement  délicate;- 
»  mais  cette  garde  fideUe,  qin  veille 
»  à  fa  confervation ,  la  douleur  irri- 
»•  tant  le  mufcle  orbiculaire  des  pau» 
pieres  5  eelui-çi  preffe  le  globe  &  le 


Fr  E  L  I  M;  I  N  A  TR  E.  279 
P  porte  vers  la  glande  lachrymaîe  ,  & 

J)  en  fait  fortir  un  ruifleau  de  larmes  , 

»  qui  amortit  l’âcreté  du  vinaigre  ,  & 

>»  l’entraîne  avec  lui  »»,  Bo&rhaavs  dit 
encore  là-deffus  plufieurs  chofes  que 
l’on  peut  voir  dans  fon  Difcours  8. 

293.  Ceux  qui  ignorent  la  Méca*- 
nique  fe  perfuadent  aifément  t^e  la 
plus  petite  puiffanee  appliquée  à  une* 
machine  eft  capable  de  produire  de 
très-grands  effets.  Comme  ils  ne  dif- 
tinguent  point  les  forces  vives  des  for¬ 
tes  mortes ,  &  qu’ils  ont  vu  élever' 
de  très-grands  fardeaux  par  le  moyen 
des  machines  ,  avec  une  puiffanee  mé^- 
diocre ,  ils  s’imaginent  que  les  effets 
font  beaucoup  plus  grands  que  la  force 
qu’on  a  employée.  «*  If  y  en  a  qui 
»-  croient  pouvoir  inventer  une  ma- 
H-  chine ,  laquelle  avec  très-peu  de  for- 
H  ce ,  éleve  une  grande  quantité  d’eau 
à  telle  hauteur  &  avec  telle  vîtefîè 
w  que  l’on  veut;  &  qui  fe  caffent  la 
^  tête  à  inventer  des  roues  ,  des  le- 
»  viers  j  des  poids  &  autres  chofes 
M  néceffaires  pour  cet  effet  ;  mais  ils 
»  perdent  leurs  peines ,  &  l’on  ne  doit 
pas  beaucoup  compter  fur  leurs  pro- 
meffes,  -En  fuppofknt  que  la  puif= 


%So  D  I  s  COURS 
w  fance  abfolue  demeure  la  même ,  je 
»  dis  que  toutes  les  machines  qui  ne 
foulFr.ent  aucun  frottement  ,  &  dans 
»  lefquelles  il  n’y  a  point  de  mouve- 
»  ment  inutile  ,  produifent  le  même 
»  effet ,  &  font  toutes  également  boi> 
»  nés  ».  Bernoulli  Hydrodyn.  pag.  iÇG. 
Hijlor.  Academ.  Parif.  //pj.  pag.  io'q. 
Dans  la  machine  hydrauliqjtè  la  plus 
parfaite  ,  lors  même  qu’elle  produit  le 
plus  d’effet ,  la  force  du  fluide  qui  agit, 
efl;  à.Æelle  du  fluide  ou  du  poids  qu’il 
met  en  mouvement,  ou  à  l’effet ,  cora^ 
me  17  à  4,  ou  à  peu  près  comme  7  à  i, 
ibid,  pag,  1^6.  ou  ,  ce  qui  revient  au 
même ,  le  plus  grand  effet  qui  puiffe 
réfulter  de  l’impuîfion  du  fluide ,  efl:  à 
la  puiflance  abfolue  qui  fait  mouvoir 
la  machine  ,  comme  4  à  2,7  ;  de  forte 
qu’en  fuppofant  la  machine  humaine 
aufll  parfaite  qu’il  efl:  poflible  ,  de  fept 
degrés  de  force  qu’on  y  emploie,  il  y 
en  a  fix  de  perdus  avant  que  l’effet  foit 
tel  qu’on  le  délire.  Les  chofes  étant 
telles  qu’on  vient  de  le  dire,  il  s’enfuit 
que  ceux-là  font  dans  l’erreur ,  qui  fur 
un  arrangement  &  une  complication 
fouvent  imaginaire  dcs  machines,  con¬ 
cluent  qu’on  peut  attribuer  le  mouve- 


Préliminaire.  .  iSi 
ment  du  cœur  &  des  poumons ,  à  une 
force  imprimée  une  fois  à  la  matière , 
quelque  foible  qu’elle  puiffe  être.  L’ab- 
furdité  eft  bien  plus  grande  dans  ceux 
qui  attribuent  l’augmentation  du  mou¬ 
vement  à  la  réfiftance  oppofée  ,  &  il 
eft  fâcheux  que  la  Médecine  foit  ap¬ 
puyée  fur  des  principes  auffi  faux. 
Euler.  A3:.  BeroLin.  lySz.pag.  icf^. 

294.  J’ai  prefque  honte  de  m’arrêter 
li  long  -  temps  à  réfuter  de  pareilles 
opinions.  Je  vais  maintenant  examiner 
les  forces  inanimées ,  telles  que  la  gra¬ 
vité,  l’élafticité ,  par  lefquelles  ces  faux 
Mécaniciens  prétendent  pouvoir  ex¬ 
pliquer  toutes  les  fondions  du  corps 
humain  ,  &  indiquer  les  principales  er¬ 
reurs  dans  lefquelles  on  eft  tombé  à  ce 
fujet. 

La  gravité  eft  une  force  proportion¬ 
née  à  la  quantité  de  la  matière  ,  laquelle 
agit  fur  les  parties  folides  &  fluides  de 
notre  corps  pour  les  faire  defcendre. 
De  là  vient  que  ceux  qui  ont  une  fyn- 
cope  tombent  par  terre  par  leur  pro¬ 
pre  poids ,  parce  que  la  contradion  de 
tous  les  mufcles  venant  à  ceflier  tout  à 
coup  ,  rien  ne  réfifte  plus  à  la  gravité  ; 
mais  tant  que  cette  contradion  fub- 


af  2  Ü  ï  s  c  ô  tr  R  s  | 

fifte  j  Gomme  lorfque  nous  femmes  de-  j 
bout  ,  ou  que  nous  marehons  ,  cette  j 
gravité  efl:  furmontée  de  beaucoup  par 
la  force  mufculaire.  Ainfi^  tant  que  !e 
cœurfaiî  circuler  le  fang  avec  toute  la 
force  qui  lui  efl  naturelle ,  la  force  de 
gravité  des  fluides  ne  doit  être  comp¬ 
tée  pour  rien  ;  &  de  là  vient  que  quoi¬ 
que  le  fang  agiffe  toujours  en  bas  par 
fa  pefanteur  ,  tant  que  le  cœur  con- 
ferve  fes  forces ,  il  ne  preffe  pas  plus 
îe  cerveau  lorfqu’on  efl  couché  que 
îorfqit’on  efl  debout^  Mais  fi  la  force 
contradive  du  cœur  diminue  confidé- 
rablement ,  alors ,  comme  la  gravité  des 
fluides  efl  toujours  la  même ,  &  qu’elle 
efl  en  beaucoup  plus  grand  rapport 
avec  la  force  mufculaire  de  ce  vifeere  , 
îes  fluides  diflendent  parleur  pefanteur 
&  engorgent  les  parties  inférieures  ; 
fur  tout  fl  le  fang  étant  diflbus,  la  lym¬ 
phe  a  plus  de  facilité  à  s’en  féparer. 
Telle  efl  la  caufe  de  l’enflure  des  pieds 
qu’on  remarque  dans  les  perfonnes  af^ 
feâées  d’une  afeite  ou  de  la  chlorofey 
&  qu’on  attribue  mal  à  propos  à  la 
feule  eompreflion  des  grofles  veines 
©ccafionnée  par  des  obfoudions ,  ou 
par  l’épanchement  de  la  lymphe  dans 


P  R  i  L  1  M  î  N  A  I  R  E,  2,%: 
le  bas  ventre.  On  obferve  tous  les 
phénoinenes  qui  dépendent  de  la  gra»- 
vite  feule ,  dans  les  cadavres  aufll-biea 
que  dans  les  animaux  vivans,  comme 
le  favent  les  Anatomiftes  ;  ils  peu¬ 
vent  avoir  obfervé  que  les  cadavres 
qu’mon  a  laiffé  fufpendus  une  nuit  dans 
l’amphithéâtre,  ont  les  parties  inférieur' 
-res  extrêmement  enflées. 

195.  L’élaflicité  efl  la  force  qu’ont 
Jes  corps  de  fe  rétablir  dans  leur  état 
naturel ,  lorfque  celle  qui  les  compri- 
moit  vient  à  cefler ,  fans  qu’on  puilFe 
attribuer  ce  rétablilTement  d’état  ni  à 
la  force  mufculaire  ,  ni  à  la  gravité, 
La  force  élaftique  efl:  égale  à  la  force 
comprimante ,  tant  que  le  reflbrt  peut 
céder  ;  de  forte  que  la  comprelSon 
reftant  la  même  ,  la  force  élaflique  efl: 
en  équilibre  avec  celle  qui  comprime. 

Ceux-là  paroifl'ent  ignorer  ce  prin¬ 
cipe  ,  qui  attribuent  les  mouvemens 
alternatifs  des  vaiffeaux  à  leur  élafli- 
cité  ,  &  qui  pour  défendre  leur  fenti- 
ment  &  pour  pouvoir  expliquer  leur 
mouvement  perpétuel ,  leur  attribuent 
une  élafticité  paÆite.  Mais  outre  qu’il 
efl  extrêmement  abfurde  de  fuppofer 
ks  mêmes -degrés  d’élaflicité  dans  tous 


§4  Discours 

les  vaiffeaux  &  dans  tous  les  folides 
du  même  fujet ,  par  exemple ,  dans 
le  cœur  &  le  cerveau  ,  les  reins  & 
le  placenta  ,  les  tendons  &  la  grâifle, 
l’aorte  &  les  vaiffeaux  lymphatiques , 
aulE  -  bien  que  dans  ceux  de  diffé- 
rens  fujets,  dans  le  fœtus  &  dans  l’a¬ 
dulte  ,  vu  qu’il  ne  faut  que  toucher 
le  cerveau  &  le  placenta  pour  fe  con¬ 
vaincre  du  contraire  ;  il  eft  aifé  de  voir 
que  ces  vaiffeaux  font  plus  fortement 
ébranlés  par  la  colere  que  par  la  crain¬ 
te  ,  quoique  leur  élafficité  foit  la  mê¬ 
me  ,  &  que  par  conféquent  c’eft  fans 
fondement  qu’on  attribue  leur  mouve¬ 
ment  à  leur  élafficité.  il  eff  étonnant 
qu’ils  attribuent  à  la  même  caufe  la  con- 
traclion  violente  qu’on  obferve  dans 
les  vaiffeaux  qui  font  engorgés  de  fang, 
ou  diffendus  par  un  fluide  vifqueux, 
telle  qu’on  l’obferve  dans  le  phlegmon, 
&  qu’ils  ignorent  que  les  corps  ont 
d’autant  plus  de  peine  à  fe  rétablir  daiis 
leur  premier  état,  que  la  forcé  compri¬ 
mante  eff  plus  grande.  Le  verre  &  l’i¬ 
voire  font  infiniment  plus  élaffiques 
que  les  artères  &c  les  veines  ,  &  ce¬ 
pendant  il  s’en  faut  d’une  quinzième 
partie  que  leur  élafficité  ne  foit  parfais 


Préliminaire.  2^5 
te;  Ken  plus,  le  Ri^to  a  démon¬ 
tré  da.ns\hs  Mémoires  de  V Académie 
de  Bologne  f  qu’il  n’y  a  que  les  corps 
d’une  petiteffe  indéfinie ,  par  exemple  , 
les  molécules  de  la  lumière  ,  quiayent 
une  parfaite  élafticité,  &  cependant 
nos  Théoriciens  ofent  en  attribuer  une 
pareille  à  nos  gros  vifceres ,  qui  font 
extrêmement  mous. 

296.  A  l’égard  de  l’impulfion  ,  j’au¬ 
rai  occafion  d’en  parler  au  long  en  don¬ 
nant  la  théorie  des  maladies  convulfi- 
ves  ;  &  je  ferai  voir  que  les  mouve- 
mens  fympathiques  ne  font  pas  l’effet 
d’un  mouvement  extérieur  une  fois  im¬ 
primé  ,  &  d’un  mécanifme  aveugle  , 
mais  celui  de  la  puifiance  motrice  de 
la  prévoyante  nature.  Je  me  conten¬ 
terai  pour  le  préfent  d’oppofer  à  ceux 
qui  veulent  tout  expliquer  par  le  mé¬ 
canifme,  un  argument  tiré  des  effets 
que  produifent  les  pafïions  de  l’ame. 

L’expérience  journalière  nous  ap¬ 
prend  que  rien  n’eft  plus  propre  à  exci¬ 
ter  la  colere  de  certaines  perfonnes  que 
la  préfence  de  ceux  qu’elles  haiffent , 
ou  qu’elles  méprifent  ;  un  falut  omis 
de  leur  part ,  une  lettre  un  peu  fiere  , 
un  filence  affedé  après  une  interro- 


D  î  s  c  O  TJ  R 

gatlon  ,  fufEfeîît  pour  kur  caufër' 
éevre  &  les  îranfports  ks  plus  vio- 
lens. 

Or  a  tumént  îrâ,  mgrefcunt  fanguiùe  venæ; 

Lumîna  ,  gorgoneo  /æviàs  angue,  micant, 

:  Ceux  qui  attribuent  ces  phénome- 
îîos  au  mouvement  imprimé  par  dehors- 
â  la  machine  ,  ignorent  ks  premiers- 
éiémëns  dè  la  Mécanique  ,  &  ne  méri¬ 
tent  pas  qu’on  les  réfute  férieufement;; 
car  le  défaut  de  faltit  &  de  réponfe 
ïi’étant  que  d,e  fimpks  négations ,  il  eft 
abfurde  de  croire  qu’elles  puiiTent  mou¬ 
voir  la  machine ,  quelque  artiftement 
difpofée  qu’on  la  fuppofe.  Perfomie  n’i¬ 
gnore.  cependant  que  ces  mouvemens 
font  involontaires ,  &  c’eil  pour  cela 
qu’on  pardonne  toujours  un  premier 
mouvement  de  cokre  ;  on  doit  donc 
les  attribuer  évidemment  à  un  principe 
interne  doué  de  fentiment  &  de  mou-* 
vement.  Or  dans  la  cokre ,  le  bàtte- 
ment  du  cœur  redouble  ,  la  fievre  s’al¬ 
lume  ,  la  refpiiation  augmente  ,  &  de¬ 
vient  plus  vive  &  plus  fréquente  ;  donc 
on  ne  peut  douter  que  ce  principe  de 
fentiment  &c  de  mouvement  n’ait  beau¬ 
coup  d’influence  fur  le  coeur  ôc  le 
poumon.^ 


Préliminaire,  2S7: 

197,  Nas  faux  Mécaniciens,  prefîes 
par  la  force  de  ces  argumens ,  recou¬ 
rent  au_pyrrhonifme,  &  répondent  que 
î’on  ignore  abfoiument  la  maniéré  dont 
î’ameagit  fur  le  corps  ;  mais  on  ignore 
pareillement  celle  dont  elle  agit  dans 
les  mouvemens  volontaires  ;  s’enfuit-il 
de  là  qu’elle  n’agiffe  point  dans  ces 
mouvemens?  Nous  ignorons  auffi  com¬ 
ment  la  gravité ,  l’élafticité  ,  &  la  force 
de  cohéfion  agiffent  dans  les  corps  ; 
s’enfuit-il  cjue  les  corps  ne  gravitent 
point ,  qu’ils  n’ayent  point  d’élaflicité, 
&  qu’ils  n’ayent  aucune  cohérence? 
Concluons  donc  avec  le  fameux  Bo- 
relli  :  «  Que  l’ame  eft  le  principe  &  la 
w  caufe  effeéfive  du  mouvement  des 
»  animaux  ;  c’ed  ce  que  perfonne  ne 
r*  peut  ignorer  ,  puifque  c’eft  elle  qui 
»  les  &it  vivre ,  &  que  pendant  tout  le 
>»  temps  qu’ils  vivent  ils  exercent  des 
»»  mouvemens;  au  lieu  qu’après  qu’ils 
»  font  morts ,  je  veux  dire ,  dès  que 
>»  l’ame  n’exerce  plus  fes  fonâions, 
M  la  machine  animale  n’eft  plus  qu’une 
»  maffe  inaûive  &  immobile  :  perfon- 
>♦  ne  ne  peut  douter  non  plus  que  ce 
»  grand  nombre  d’aftions  variées  qu’on 
î»  obferye  dans  les  animaux,  ne  foient 


a88  Discours 
»  un  effet  de  leur  choix  &  de  leur  appé- 

>»  tit  naturel  ;  il  n’eff  pas  moins  évident 
»  auffi  que  la  connoiffance  &  l’appétit 
»  feul  ne  fuffifent  point  pour  mouvoir 
»  les  parties  de  l’animal ,  &  que  l’un  & 
l’autre  ont  befoin  d’inftrumens  &  de 
>»  facultés  néceffaires ,  telle  que  celle 
de  pouvoir  changer  de  lieu  ,  6cc. 
BordL.  de.  mot.  anim.  p.  / . 

298.  Cette  opinion  a  été  adoptée 
dans  le  dernier  fiecle  par  tout  ce  qu’il 
y  a  eu  de  grands  hommes  dans  cette 
Univmdiîé';  par  Gordon  ,  Joubert ,  Ri- 
viere,  Dulaujent^  &c.  &  en  l’adoptant 
nous  ne  faifons  que  nous  conformer 
au  fentiment  des  Peres  de  l’Eglife ,  en- 
tr’autres  de  S.Augup.n.  Tous  les  Or¬ 
thodoxes  conviennent  unanimement 
■que  l’ame  rajfonnable  eft  le  principe 
de  la  vie  humaine  :  Catech.  MonjpeLp.  t* 
f.  /.  cap,  2.  &c  cette  uniformité  de  prin¬ 
cipes  n’eff  pas  à  méprifer  ;  la  vérité  eft 
une  5  &  ce  qui  eft  faux  -  dans  la  Théo¬ 
logie  ,  dans  la  Jurifprudence ,  ou  telle 
autre  Science  que  l’on  voudra ,  doit 
l’être  pareillement  dans  laPhilofophie, 
quoique  Luther  &  Averroïs  prétendent 
le  contraire. 

^  ^99*  Voilà  ce  que  j’avois  à  dire  fut 


Préliminaire.  289 
les  facultés  &  fur  leurs  forces  ,  lefquel- 
les  font  les  principes  des  adions  &  des 
jnouveraens  qu’on  remarque  dans  le 
corps  humain:  or  comme  il  eft  évident 
que  Us  mérms  principes  qui  exercent  des 
aSions  faines  lorjque  le  corps  eflen  famé  ^ 
exercent  les  morbifiques  lorfquil  ejl  mala¬ 
de;  il  étoit  â  propos,  pour  pouvoir 
comprendre  les  caufes  des  maladies  , 
que  je  parlaffe  des  forces  qui  en  font 
les  principes  ;  &  c’eft  fur  ces  fonde- 
mens  que  nous  venons  de  jeter ,  que 
j’établirai  dans  la  fuite  toute  la  théorie 
des  fymptomes. 

Des  Principes  des  Maladies, 

300.  On  appelle  Phénomène ,  tout  ce 
qui  tombe  fous  la  connoiffance  des  fens, 
&  qui  en  dépend.  Boerhaave  ,  Infiitut. 
Sy5.  On  appelle  phénomène  morbifi¬ 
que  fymptome  ^  toute  fonftion  ou 
qualité  qui  eâ  autre  que  dans  l’état- de 
lanté  ,  ou  tout  ce  qu’on  obferve  qui 
différé  de  cet  état.  Les  qualités  font 
fouvent  changées  par  les  forces  inani¬ 
mées  ,  ou  par  celles  qui  font  commu¬ 
nes  aux  végétaux  ;  &  il  n’y  a  point 
de  qualité  vicieufe  qui  ne  puiffe  exif- 
Tome  f  N 


%^o  Discours 
ter  ,  &  même  être  excitée  dans  les  ca¬ 
davres  ;  car  fes  parties  peuvent  s’ea- 
fler^  prendre  une  autre  couleur, 
pandre  une  nouvelle  odeur  ,  fe.defle- 
cher,  fe  durcir,  &  effuyer  tous  les 
ciiangemens  qui  font  propres  aux  mg- 
îadies  çachétiques, 

301.  A  l’égard  des  fondions  morhj- 
fiques  ,  telles  que  la  fievre  ^  les  dou¬ 
leurs  5  les  convulfibns ,  la  paralyfie ,  les 
évacuations  de  différente  efpeçe ,  qui 
dépendent  du  mouvement  mufculaire 
des  vifçeres,  elles  ne  peuvent,  iamais 
s’exercer  fans  le  concours  des  forces 
qui  font  propres  aux  animaux.  D’oîi 
il  fuit  que-  les  forces  inhérentes  aux 
animaux  &  aux  végétaux  ,  ou  féparé* 
ment,  QU  plus  fouvent  même  par  leur 
çombinaifon ,  font  toujours  les  princi¬ 
pes  de  toutes  les  maladies.  Les  forces 
propres  aux  animaux  font  dirigées  par 
un  principe  intelligent ,  celles  qui 
font  communes  aux  végétaux  n’agiffent 
que  par  une  nécelîité  mécanique;  Si 
un  homme  ,  par  exemple ,  eft  attaque 
de  la  fievre  pour  s’être  expofé  au  froid, 
il  eft  évident  qu’on  doit  attribuer  à  des 
principes  purement  mécaniques ,  com¬ 
me  on  les  appelle,  la  condenfatioft  ,^ 


Pré'liminaïre.  291 
îa  peau  ,  la  contradion  des  vaifleaux  , 
&  ce  qui  s’enfuit ,  favoir  la  pâleur ,  la 
fraîcheur ,  la  fécherelTe  &  la  rudeffe  de 
la  peau ,  la  roideur  des  doigts ,  la  dif¬ 
ficulté  de  fe  mouvoir ,  la  coagulation  , 
la  vifcofîté  &  la  réfiftance  du  fang  ;  ce 
qui  ne  feroit  pas  différent  fi  la  maladie 
étoit  caufée  par  un  poifon  avalé. 

302.  A  l’égard  du  fentiment  du  froid, 
du  friffonnement,  des  foubrefauts  fpaf- 
modiques  des  membres  ,  de  l’augmen¬ 
tation  des  forces  du  cœur,  &  de  ce 
qui  en  dépend,  la  force  &  la  fréquence 
du  pouls,  la  fievre,  la  chaleur,  on  doit 
les  attribuer  aux  forces  animales  ,  & 
l’on  ne  fe  tromperoit  guere  fi  l’on  di- 
foit  que  prefque  toutes  les  maladies 
font  produites  par  le  concours  des  for¬ 
ces  de  l’une  &  l’autre  efpece ,  mais 
que  ce  font  les  forces  inanimées  qui 
fourniffent  la  matière  morbifique ,  & 
que  ce  font  les  forces  animales  qui  la 
combattent  &  cherchent  à  la  détruire  ; 
par  où  l’on  peut  comprendre  ce  qu’ont 
dit  les  Anciens  :  Qu&  la  maladie,  ejl  un 
combat  de  la  nature  avec  la  matière  mor¬ 
bifique.  Par  exemple ,  dans  le  cas  où 
un  homme  a  avalé  un  poifon  cauftique, 
-on  doit  attribuer  les  fymptomes  fui- 


Discours 

vans  ,  tels  que  la  douleur  du  ventricu-  ' 
le ,  la  chaleur  brûlante  qu’on  yfent,  à 
la  matière  morbifique  ;  les  autres  tels 
que  la  falivation  abondante ,  la  cardial- 
gie-,  qui  marquent  la  contraâion  du 
ventricule ,  tes  naufées,  le  vomiffement 
(dans  lequel  on  rend  le  poifon  avec  le 
fuc  gaftrique ,  font  des  efforts  que  I3 
nature  fait  pour  mitiger  le  poifon ,  ou 
pour  le  chaffer  hors  du  corps.  On  voit 
donc  qu’eu  égard  à  la  caufe ,  il  y  a  des 
fymptomes  qu’on  doit  attribuer  à  la 
mature  morbifique^  &  d’autres  qu’on 
doit  attribuer  à  la  nature,  &  ce  font 
çes  deux  fortes  de  fymptomes  réunis 
qui  conftituent  la  maladie. 

303. 11  s’enfuit  donc  que  le  principe 
des  fymptoines  eff  une  force  quelcon¬ 
que  qui  change  l’état  de  l’homme  &  le 
détériore  ;  ou  bien ,  une  force  qui  chan¬ 
ge  les  fondions  &:  les  qualités  faines 
en  d’autres  ;  car  il  ne  peut  y  avoir  de 
changement  fans  une  force  motrice  ou 
réfiftante ,  parce  que  tout  changement 
eft  une  aélion ,  &  que  toute  aftion  eft 
l’effet  de  quelque  force. 

304.  Dans  quelque  m.aîadie  que  ce. 
puiffe  être ,  il  faut  diftinguer  avec  foin 
les  çhofes  qui  fqnt  vifibles  j  ou  qui  tom« 


pREtl  M  lü  AIRÈ. 
bent  fous  les  fens  du  malade  Sc  du  Mé¬ 
decin,  de  ceËes  qu’on  ne  voit  point, 
&  qu’on  rie  peut  connoître  que  paf 
conjeâure  ou  par  raifonnement  ;  les 
premières  font  des  fymptomts  ,  les  fe-* 
tondes  les  principes  internes  des  fymp- 
tomes,  qui  les  font  concevoir  comme 
poflibles.  Dans  la  Péripneumonie,  paf 
exemple ,  tout  changement  vifible  dans 
les  fondions  ,  comme  la  toux ,  la  fiè¬ 
vre  ,  la  douleur ,  les  crachats  fanglans  ^ 
la  fueur,  l’inquiétude  ,  &c.  &  dans  les 
qualités ,  comme  la  chaleur,  la  rougeur, 
la  moiteur  de  la  peau,  &c.  font  des 
fymptomes  ;  mais  toute  adion  interne , 
comme  la  pulfation  des  arteres ,  la  corn 
tradion  'du  poumon ,  ou  fa  dilatation, 
l’affluence  du  fang  dans  ce  vifcere ,  celle 
du  fluide  nerveux  ,  de  même  que  tout 
changement  dans  la  difpofition  des  flui¬ 
des  &  des  folides ,  comme  la  vifcofité, 
l’acrimonie  des  fluides ,  la  tenfion ,  le 
déchirement  des  folides  ,  &c.  font  le 
principe  interne  des  fymptomes  de  la 
Péripneumonie. 

Parmi  ces  principes  &  ces  caufes, 
il  y  en  a  qui  nuifent  abfolument  au 
corps ,  comme  l’adion  du  poifon ,  un 
chyle  vifqueux ,  âcre  ,  une  bleflfure  , 
N  iij 


194  Discours 

une  preffion  externe  en  un  mot  les 
obftacles  &  tout  ce  qui  irrite  ;  &  je 
les  appelle  nuijîbks ,  pour  les  diftin- 
guer  des  efforts  de  la  nature  &  de  la 
liberté  5  qui  produifent ,  à  la  vérité ,  un 
grand  nombre  de  fympîomes  critiques, 
mais  qui  font  des  principes  utiles  des 
maladies  ,  finon  par  l’événement  ^  du 
moins  par  le  but  auquel  la  nature  les 
«dirige.  C’efl  ainfi  que  le  poifon  eil:  le 
principe  &  la  caufe  nuifible  du  vomif- 
îement  ;  la  eontraclion  du  ventricule 
pour  le  rendre  ,  efl  auffi  le  principe 
du  même  vomiffement ,  mais  un  prin¬ 
cipe  utile'  &  falutaire, 

305.  Les  principes  externes  des  ma¬ 
ladies  font  les  forces  des  corps,  de' 
quelque  efpece  qu’ils  puiffeat  être, 
qui  par  leur  preffion  ou  leur  affion 
peuvent  changer  les  qualités  &  les 
fonêlions  du  corps,  &  lui  cauferune 
maladie.  De  ce  nombre  font  l’air,  le 
feu ,  l’eau,  les  animaux  ,  les  foffiles, 
les  végétaux  appliqués  extérieurementj 
ou  qui  s’arrêtent  dans  les  premières 
voies;  car  les  premières  voies,  com¬ 
me  l’obfervePi/cûim,  font  cenfées  être 
hors  du  corps  ;  on  appelle  corps  étran¬ 
gers  tout  ce  qui  y  entre  de  dehors , 


Préliminaire;  195 
comme  les  vers ,  les  alimens  ,  &  on 
ne  les  met  point  au  nombre  des  par¬ 
ues  du  corps* 

306*  Il  y  a  des  maladies  violentes  ^ 
il  y  en  a  de  légères.  On  juge  de  la 
violence  de  la  maladie  par  la  gravité  , 
i’intenfité ,  le  nombre  j  l’extenfion  & 
la  durée  des  fymptomes* 

307.  On  juge  de  la  gravité  des  fymp- 
tomes,  toutes  chofes  d’ailleurs  égales ^ 
par  l’ufage  ou  la  néceffité  des  organes 
dont  ces  fymptomes  annoncent  les 
fondions  altérées*  Ainfi  la  palpitation , 
la  fyncope  ,  qui  annoncent  la  léfion  du 
mouvement  du  coeur ,  font  des  fynip- 
tomes  plus  graves  que  le  boitement , 
qui  indique  la  léfion  du  mouvement  de 
la  jambe,  parce  que  le  mouvement  du 
cœur  efl:  plus  néceffaire  à  la  vie  que 
celui  de  la  jambe.  Plus  les  fondions 
qui  dépendent  du  bon  état  d’un  or¬ 
gane  font  nombreufes ,  plus  la  léfion 
de  cet  organe  eft  grave. 

308.  On  juge  de  l’intenfité-  d’un 
fymptome  par  fes  degrés  ;  ainfi ,  un 
homme  qui  refpire  deux  ou  trois  fois 
plus  fouvent  qu’un  autre  ,  a  une  dyfp* 
nee  deux  ou  trois  fois  plus  intenfe  ;  celui 
qui  remue  fon  corps  deux  fois  plus 

N  iv 


Discours, 
lentement  qu’un  autre ,  eft  deux  feà 
plus  foible  que  lui. 

309.  Plus  le  nombre  des  fymptonies 
ell  grand,  toutes  chofes  étant  d’ailleurs 
égales  ,  plus  la  maladie  eft  grande  , 
foit  que  les  organes  alFecfés  foienî  les 
mêmes,  foit  qu’ils  foie nt  différens.  Par 
exemple ,  dans  une  maladie  aiguë,  û  le 
délire ,  la  convulfion  ,  la  difficulté  de 
refpirer  ,  les  naufées  ,  la  fievre  font 
compliquées  enfemble ,  la  maladie  edi 
plus  grande  que  fi  elle  n’étoit  accom¬ 
pagnée  <pie  de  Tun  ou  de  Fauîre  de 
ces  fymptomes. 

310.  On  juge  de  Textenfion  des 
fymptomes  de  même  efpeee  par  le 
nombre  &  l’étendue  des  parties  qu’ils 
affedent.  Par  exemple,  la  gale  qui  af 
fede  toute  la  fuperficie  de  la  peau, 
l’immobilité  de  tous  les  membres,  ren¬ 
dent  la  maladie  plus  grande ,  que  s’il 
n’y  en  avoit  qu’une  partie  d’affedée^ 

3 1 1 .  Enfin ,  la  durée  ou  l’opiniâtreté 
des  fymptomes  d’une  maladie,  eft,  tou¬ 
tes  chofes  d’ailleurs  égales  ,  la  mefure 
de  fa  grandeur  ;  ainfi ,  plus  la  diarrhée 
dure ,  plus  cette  maladie  efl:  grande. 

312.  Toute  maladie  efl:  une  imper- 
fedion ,  &  par  conféquent  un  mal  ; 


1 


^RttlMINAlRE.  197 
îîiais  la  perception  intuitive  de  quelque 
mal  que  ce  puiffe  être ,  afflige  le  prin¬ 
cipe  intelligent  qui  en  a  connoiffanee  5 
d’où  il  fuit  que  toute  maladie  efl:  ac¬ 
compagnée  de  trifteffe  ou  d’inquiétu¬ 
de  ,  d’où  vient  qu’on  appelle  la  ma- 
die  en  Latin  ægritudo  (*)  ou  œgrimonia» 
On  remarquera  cependant  que  dans  les 
maladies  foporeufes ,  &  qui  privent  de 
l’ufage  de  la  raifon ,  on  ne  s’apperçoit 
pas  toujours  de  la  trifteffe  du  malade. 

313.  L’homme  a  une  averfion  natu* 
relie  pour  le  mal,  en  tant  qu’illuipa- 
roît  tel  ;  &  de  là  vient  que  fout  ma¬ 
lade  hait  la  maladie ,  ou ,  ce  qui  revient 
au  même ,  délire  la  fanté  ,  tant  qu’il  a 
l’efprit  fain ,  &  qu’il  compte  la  fanté 
au  rang  des  biens. 

314.  Mais  la  perception  du'  malÿ 
quoique  conftife  ,  fuffit  pour  détermi¬ 
ner  les  facultés  motrices  à  le  chaffer 
&  à  le  combattre  de  toutes  leurs  for- 

(*)  Le  mal-krt  {agriludo  des  Latins)  eft  un  état 
âe  vie  .  imparfait  J  ou  une  imperfeUion  dans  le  con- 
eours  de  toutes  les  fondions  &  de  toutes  les  qua¬ 
lités  qui  tendent  à  prolonger  la  vie  :  on  peut  diflinguec 
deux  efpeces  de  mal-être  ;  l’une  matétielle  ,  qui  n’eff 
autre  qu’un  via  des  fluides  &  des  folides,  lequel  eft 
«U  vifible  ou  caché  ,  confidérahle  op  léger  j  &  l’autre 
formelle  .  qui  eft  la  maladie  ,  ou  le  coneours  de  plu- 
fieats  fymptomes  confldérables. 

N  V 


£90  D  ï  s  c  O  ü  R  s 
ce  ,  parce  qu’elles  confpirent  avec  la 
ûruûure  des  parties  à  la  confervation 
du  tout  (113)  :  comme  donc  l’état  des 
parties  peut  être  amélioré  par  la  liber¬ 
té  ,  lorfqu?il  eft  queftion.  de  maladies 
externes,  &  par  la  nature  ,  &  les  ma¬ 
ladies  font  internes ,  d  s’enfuit  que 
dans  tout  changement  morbifique ,  la 
liberté  &  la  nature  doivent  s’ünir  con¬ 
tre  les  principes  internes  des  maladies  y 
pour  Corriger  ou' ehaffer  la  matière 
morbifique. 

315.  La  liberté  &  la  nature  tra» 

'  vaillent  de  concert  à  nous  redonner 
k  fanté ,  lorfque  nous  fommes  mala¬ 
des  ;  mais  la  matière  morbifique  & 
les  autres  principes  des  maladies  ne 
concourent  pas  avec  elle  ,  &  c’efi:  ce 
concours  imparfait  d’aôions  &  dfinf- 
trumens  qui  conftitue  la  maladie  (12.6) 
&  qui.  la  diftingue  de  la  fanté.  Il  ne 
répugne  donc  point  à  la  bonté  &  à  la 
providence  de  Dieu,  qu’il  y  ait  en  nous 
un  principe  d’aûions  qui  produife  les 
maladies ,  ou  que  ce  même  principe 
ne  ceffe  point  de  combattre  les  caufes 
&  les  matières  morbifiques  de  ces  mê¬ 
mes  maladies ,  &  veille  à  la  conferva- 
tion  de  la  fanté,  de  même  qu’à  leur 


Préliminaire.  299 
guérifon.  Wolf  monve  fort  au  long  dans 
la  Théologie  naturelle^  que  le  malphy- 
fique  peut  exifter ,  fans  que  cela  répu¬ 
gne  à  la  bonté  &  à  la  fageffe  de  Dieu. 

316.  Comme  les  forces  de  l’homme 
font  limitées  (130),  il  faut  néceffai- 
rement  qu’elles  foient  dans  un  rapport 
quelconque  avec  celles  de  la  matière 
morbifique.  Si  elles  font  égales ,  la  mort 
n’eft  pas  loin.  Si  les  forces  de  la  ma¬ 
tière  morbifique  font  moindres  que  cel¬ 
les  de  la  nature ,  le  danger  eft  moindre 
à  proportion  que  ces  premières  forces 
font  moindres  que  les  fécondés. 

3 17.  Dans  l’état  de  fanté  les  forces 
naturelles  ont  un  certain  rapport  avejc 
les  forces  vitales  ,  &  toutes  deux  avec 
les  forces  animales.  Pirc^zir/z.  Ehm,  Med, 
i/2. 11  y  a  auffi  une  certaine  proportion, 
entre  les  facultés  qui  font  les  principes 
de  ces  forces.  Par  exemple ,  on  fait  que 
dans  les  enfans  les  forces  du  cœur  font 
moindres  que  celles  de  tous  les  muf- 
cles,  enfemble ,  dans  le  rapport  à  peu 
près  de  la  m.afle  du  cœur  à  celles  des 
autres  mufcles ,  &  qu’à  proportion  que 
les  forces  du  cœur  augmentent  dans 
les  adultes ,  celles  des  membres  aug- 
ûientent  auffi,  &  qu’à  proportion  qu’el- 

N  vj 


300  Discours 

les  diminuent  dans  les  vieillards ,  celles 
des  membres  diminuent  pareillement- 
&  il  en  eft  de  même  des  forces  des 
autres  organes. 

318.  Comme  la  puiffance  motrice  ^ 
qui  eft  comme  le  réfervoir  de  toutes 
les  forces,,  fe  diûribue  dans  toutes  les 
parties  ,  par  exemple ,  dans  le  cœur,, 
la  poitrine, les  membres que  dans 
l’état  de  fanté  elle  demeure  la  même- 
pendant  quelques  années ,  à  une  heure 
déterminée  du  jour ,  ;ainfi.  que  l’expé¬ 
rience  nous  l’apprend ,  il  faut  néceffai- 
rement  qu’il  fe  faffe  tous  les  jours  une 
préparation  de  forces  égale  à  la^  perte 
qui  s’en  fait ,  qu’on  les  répare  même 
avec  avantage  lorfqu’bn  avance  vers 
Padolefcenee  j  &  que  dans  un  âge  avan- 
cé  ils’èn  répare  une  moindre  quantité  , 
vu  que  les  vieillards  font  moins  forts 
que  des  adultes., 

319  .  L’expérience  nous  apprend  en¬ 
core  que  les  forces  aâueiles  ordinmts^ 
qui  fe  diflîpent  &  fe  réparent  journel¬ 
lement  dans  rétat  de  fanté,  font  diffé¬ 
rentes  des  forces  aâueiîes  extraordinai^ 
res  qui  fe  déploient  lorfqu’il  en  eft  be- 
foin  dans  les  exercices  &  dans  les  paf- 
fions  violentes  j  &  qu’à  proportion  que 


F  R  Éi  ï  M  I  N  A  I  s  %  5^1 

les  forces  aûuelies  augmentent ,  la  fa¬ 
culté  qui  les  exerce  s’afFoMt. 

320.  Plus  la  quantité  de  forces  qus 
fe  diftribue  dans  certains  organes  ex-i 
cede  celle  qui  fuffit  dans  Tétât  de  fanté^ 
moins  il  en  refle  à  la  fource  qui  les 
fournit ,  ou,  ce  qui  revient  au  même  ^ 
plus  la  faculté  motrice  eft  proche  è& 
fuccomber. 

321.  La  vie  efo  la  coexiftence  des- 
aftions  du  cœur  &  de  la  poitrine  avec 
celle  de  Tame  (1^5)^  mais  comme  la 
force  venant  à  cefîer ,  Tadion  celTe  g,. 
^  qiTelIe  diminue  à  proportion  que  la 
force  diminue  ;  il  s’enfuit  que  plus  la 
faculté  qui  efl  le  réfervoir  des  forces 
s  affoiWit ,  &  plus  toutes  les  adions  ea 
général ,  &  par  conféquent  les  vitales; 
font  près  de  leur  fin ,  ou  ce  qui  ell  le 
même ,  plus  la  mort  efi:  prochaine. 

322.  L’épuifement  de  la  foeulté  mov 
trice  eft  le  plus  grand  de  tous  les  maux 
phyfiques,  ^  celui  par  conféquent  que 
h  nature  doit  prévenir  avec  le  plus  de 
foin  ;  &  comme  les  caufes  morbifiques 
contraires  à  Tintégrité ,  à  la  circulation  , 
à  la  fécrétîon  du  fluide  nerveux  ne  peu¬ 
vent  exifier  que  I3  mort  ne  foit  pro- 
clfâine  ,  qu’elle  ne  peut  être  détour- 


302.  Discours 
née  ni  différée  qu’aux  dépens  des  for¬ 
ces  vitales,  qui  peuvent  feules  corriger 
ou  détruire  ces  caufes  morbifiques  ;  il 
s’enfuit ,  foit  que  la  nature  fe  repofe  ou 
agiffe,  que  lorfqu’il  'fe  forme  des  ob- 
flrudions  dans  les  parties  nobles ,  qui 
ne  peuvent  être  levées  que  par  des 
forces  confidérables  ,  l’animal  eft  en 
danger  de  perdre  la  vie. 

323.  L’ame  gouverne  véritablement 
le  corps ,  ôc  elle  a  dans  la  liberté  & 
la  nature  deux  facultés  capables  de 
choifir  parmi  ce  grand  nombre  de  mou- 
vemens  poflibîes  que  le  corps  peut 
exercer  en  conféquence  de  fa  firuéhi- 
re  ,  ceux  qu’elle  juge  les  plus  utiles. 
C’efl;  ainfi  que  fouvent  malgré  nous  & , 
à  notre  infu  elle  fe  fert  du  voile  du 
palais  pour  boucher  les  narines  pofté- 
rieures  ,  pour  diriger  les  alimens  dans 
l’œfophage  ,  l’air  dans  la  bouche  ou 
dans  les  narines  ,  &  elle  choifit  parmi 
cés  divers  mouvemens  poflibîes  les 
plus  utiles  &  les  plus  convenables  aux 
cir confiances.  C’eft  cette  même  faculté 
qui  dirige  l’économie  animale  dans  les 
maladies  ,  &  qui  va  toujours  au  danr 
ger  le  plus  preffant. 

,  3x4,  De  là  vient  que  dans  les  doi»; 


Préliminaire;  3C5 
leurs  violentes  ,  dont  la  durée  épuife- 
roit  entièrement  le  fiuidojnerveux  ,  le 
mouvement  du  cœur  s’affoibHt  tout  à  ^ 
coup  confidérablement,  &  s’éteint  pour 
ainfi  dire  ÿ  toutes  le^s  facultés  font  fuf- 
pendues  à  la  fois  ,  &  il  furvient  une 
fyncope  y  au  fortir  de  laquelle  les  ma-, 
lades  fe  trouvent  fouvent  délivrés  des 
douleurs  &  des  maladies  dont  iis  étoient 
atteints ,  tandis  qu’ils  amroient  péri  û 
la  douleur  &  les  efforts  qu’ils  faifoient 
pour  l’écarter  euffent  duré  plus  long¬ 
temps.  Car  quoique  la  fyncope  foit  ua^. 
mal  effrayant ,  &  qu’elle  paroiffe  mille 
fois  pire  que  les  douleurs  y  cependant' 
l’expérience  nous  apprend  que  cette 
fufpenfion  des  mouvemens  &  des  for¬ 
ces  a  été  utile  àplufieurs  malades; 
de  là  vient  fans  doute  que  les  Anciens  ,, 
qui  font  nos  maîtres  dans  la  Médeciney 
recommandent  la  faignée  jufqu’à  défail¬ 
lance  dans  plufieurs  maladies  ,  ce  qui 
eft  un  paradoxe  dont  j’aurai  occafioa 
de  p^er  en  traitant  des  maladies  fyn- 
coptiquesv 

315.  Dans  les  engorgemens  des  vif* 
ceresy  le  cœiir  trouve  fouvent  tant  de 
réfiflanee ,  &  le  mouvement  du  fang 
fe  ralentit  fi  fort  5.  que  la  mortferoit  in; 


304  ®  I  s  c  O  tj  R  s 

faillible  ,  fi  l’on  ne  réuniffoit  toutes  fes 
forces  pour  vaincre  cette  réfiftance. 
Par  exemple ,  lorfque  l’un  ou  l’autre 
orifice  du  cœur  vient  à  fe  boucher ,  il 
ne  relie  d’autre  reffource  que  de  raC- 
fembler  tout  ce  qu’on  a  de  force  dans 
le  cœur ,  &  de  les  employer  cortllain- 
ment  à  vaincre  cet  obUacle  ;  &  quoi^ 
que  ce  combat  n’ait  pas  toujours  un 
heureux  fuccès ,  &  que  la  fuite  en  foit 
quelquefois  funelle ,  il  ne  lailTe  pas  d’ê¬ 
tre  falutaire  quant  au  but  que  la  nature 
a  en  vue.  Il  en  ell  alors  comme  d’un 
homme  qui  ell  pourfuivi  l’épée  dans 
les  reins  par  fon  ennemi ,  &  qui  ren¬ 
contre  fur  fes  pas  un  fofîé  large  &  pro¬ 
fond.  S’il  a  du  bon  fens  ,  il  doit  le  fran¬ 
chir,  au  rifque  de  fe  caffer  le  cou,  & 
préférer  un  danger  incertain  à  celui 
dont  il  ne  peut  échapper.  La  raifori  efr 
la  faculté  de  connoître  l’enchaînement 
des  vérités  générales  (  Wolff,  Ffychotr 
4^^.)  ;  or  ^ell  une  ehofe  conforme 
aux  vérités  connues ,  &  par  conféquent 
à^la  raifon,  qu’il  doit  préférer  un  périî 
incertain  à  un  péril  certain. 

326.  La  faculté^  l’énergie  oit  la  force 
s’apprécient  par  l’intenfité  de  la  pref- 
£on  qu’elle  peut  exercer  ,  par  la  vîteffe 


Prelimikairê.  505 

d’iîîï  point  de  la  machine  à  laquelle  cette 
preffion  efl  appliquée  ,  &  par  la  durée 
ou  longueur  du  temps  que  cette  pref- 
fion  fübfifte  ;  on  l’appelle  aufli  puijfance 
ebfolue.  Bernoulli,  Hyirodyn.  p.  >64, 
Piufieurs  lui  donnent  encore  le  nom  de 
force  potentielle. 

327.  V exercice  eft  la  dépenfe  des  for¬ 
ces  qui  peuvent  être  réparées  dans  l’ef- 
pace  d’un  jour  par  le  repoSy  le  fommeil 
&  la  nourriture.  Si  Ton  emploie  plus 
de  forces  qu’il  ne  peut  s’en  réparer  dans 
cet  efpace  de  temps  ,  cela  s’appelle  tra¬ 
yait  On  doit  mettre  au  nombre  des  tra¬ 
vaux  la  fievre ,  l’afthme  ,  la  péripneu¬ 
monie,  &  de  là  vient  qu’on  dit  ordi¬ 
nairement  que  les  malades  font  travail» 
Us  de  la  fievre,  de  l’aflbme,  &c.  Lé 
travail  dans  lequel  on  fe  propofe  une 
fin ,  s’appelle  effort.  On  appelle  efforts 
violens  ceux  qui  fatiguent  confidérabie- 
ment ,  &  qui  difîipent  plus  de  forces 
qu’on  n’en  peut  aifément  réparer. 

3  2,8.  La  mort  n’eft  autre  chofe  qu’un 
épuifement  total  de  la  puifl’ance  motri¬ 
ce.  Or  plus  le  travail  eft  grand  ,  &  plus 
tôt  ces  forces  font  épuifées  ,  &  plus 
tôt  par  conféquent  les  aftions  cefTent, 
&  l’on  a  raifon  de  dire  que  ce  qui  eft 


%q6  Discours 
violent  ne  fauroit  durer  long  -  temps; 

329.  La  dificulté  du  travail  ell  en 
raifon  direâe  de  la  réMance  de  robf» 
tacle ,  &  en  raifon  inverfe  de  la  puif- 
fance  motrice  ;  ou  ,  ce  qui  revient  au 
même ,  une  chofe  ell  d’autant  plus  dif- 
ficile  à  mouvoir ,  que  fon  mouvement 
eft  plus  lent ,  la  force  motrice  demeu¬ 
rant  la'  même  ;  &  d’un  autre  coté  la 
maffe  de  l’obftacle  &  la  réfiflance  ab- 
folue  demeurant  les  mêmes ,  la  diffi¬ 
culté  augmente  à  proportion  que  la 
puiffance  motrice  diminue.  Par  exepi- 
ple ,  plus  un  fardeau  eft  pefant ,  &  plus 
un  même  nombre  d’ouvriers- ont  de 
peine  à  le  traîner  ,  &  un  poids  déter¬ 
miné  eft  traîné  plus  difficilement  par 
un  feul  homme ,  que  par  deux  hommes 
dont  chacun  efl:  auffi  robufte  que  le 
premier. 

3  30.  La  difficulté  du  travail  eft  pro¬ 
portionnée  à  fa  longueur  &  à  la  quan¬ 
tité  des  forces  qu’il  exige.  Par  exem¬ 
ple,  fi  un  morceau  s’arrête  dans  l’œ- 
îbphage  ,  &  qu’en  employant  les  mê¬ 
mes  forces  pour  l’avaler  ,  il  defcende 
deux  fois  plus  lentement ,  la  difficulté 
de  la  déglutition  efi:  deux  fois  plus  gran¬ 
de  ;  fi  les  forces  font  triples  ,  cette  difr 
ficulté  eû  neuf  fois  plus  grande. 


Préliminaire.  507 

^31.  Si  les  vîteffes  des  obflacles 
produites  par  la  preffion  ,  font  comrne 
les  forces  ,  &  que  la  vîteffe  diminue  à 
proportion  que  ces  forces  diminuent, 
&  qu’elle  augmente  lorfqu’elles  aug¬ 
mentent  ,  la  difEcuIté  relie  la  merne* 
Ceux-là  donc  fe  trompent  qui  ne  me- 
fiirent  la  difficulté  que  par  la  lenteur 
du  mouvement  ,  ou  la  quantité  des 
forces  employées. 

331.  Si  la  vîteffie  de  l’obUacle  dimi¬ 
nue  ,  quoique  la  force  augmente ,  la 
difficulté  elt  d’autant  plus  grande  ,  que 
la  force  ell  plus  grande  &  la  vîteffie  de 
l’obffiacle  petite.  La  difficulté  eft  une 
peine  du  principe  intelligent ,  occafion- 
née  parla  réfiftance  du  mobile  &  la  foi- 
bleffie  refpeélive  du  moteur  ;  car  à  pro¬ 
prement  parler ,  la  difficulté  n’a  point 
lieu  dans  les  machines  inanimées. 

333.  L’ouvrage  eft  d’autant  plus  fa¬ 
cile  ,  que  le  corps  fe  meut  avec  plus 
de  facilité,  &  qu’on  peut  le  mouvoir 
plus  long-temps  fans  fe  fatiguer.  En 
effet ,  plus  long-temps  on  peut  mou¬ 
voir  un  corps  fans  fe  fatiguer,  ou  fans 
que  la  faculté  en  fouffre ,  &  plus  auffi 
la  faculté  ou  la  puiffiance  motrice  de¬ 
meure  entière  ;  d’un  autre  côté  ,  plus 


50S  Ü  I  s  C  0  Ü  R  s 
la  vîteffe  de  ce  corps  eft  grande  ,  plug 
auffi  fa  réMance  eft  petite ,  &  plus 
par  conféqüent  il  y  a  de  facilité  à  le 
mouvoir. 

334.  La  joie  (^alacritas^  eft  cette 
modification  de  Famé  ^  par  laquelle  elle 
connoît  intuitivement  la  facilité  avec 
îaqueiie  elle  s’acquitte  de  fôn  ouvra¬ 
ge  &  de  fes  fonâions;  &  la  trijleffé 
au  contraire  naît  du  fentiment  des  dif¬ 
ficultés  qu’elle  rencontre.  La  facilité 
des  fondions  ,  la  confiance  &  la  joie 
font  les  effets  de  la  fanté,  ôcla  diffi¬ 
culté  ,  la  laflitude ,  la  triftefte  ceux  de 
la  maladie  fi  l’on  en  excepte  la  manie 
&  les  autres  maladies  qui  ôtent  la 
raifon. 

335.  Dans  l’état  de  fanté,  la  faculté 
eft  plus  grande  ,  &  le  travail  ou  l’em¬ 
ploi  des  forces  plus  petit  que  dans  la 
maladie. 

Dans  l’état  de  fanté  toutes  les  fonc¬ 
tions  s’exercent  facilement ,  conftam- 
ment  &  gaiement ,  par  conféqüent  fans 
fatigue  ;  &  dans  le  befoin  on  peut  re¬ 
doubler  fes  forces  ,  comme  tout  le 
monde  le  fait  ;  au  lieu  que  dans  la  ma¬ 
ladie  on  ne  peut  exercer  que  quelques- 
unes  de  ces  fondions,  comme  dans 


Préliminaire;  30^ 
les  maladies  fibriles  &  foporeufes.  II 
y  a  des  maladies  où  l’on  peut  exercer 
certaines  fondions  avec  une  force  ordi¬ 
naire  ,  ou  même  moindre  ,  tandis  que 
d’autres  ne  peuvent  être  exercées  en 
aucune  maniéré ,  comme  dans  la  paraly- 
fie  ;  ce  qui  prouve  que  la  faculté  eû. 
affoiblie.  Dans  les  fîevres  &  les  inflanr- 
mations,  il  y  a  plufieurs  fondions  qui 
s’exercent  avec  beaucoup  de  force , 
comme  Iç  mouvement  du  cœur ,  la  res¬ 
piration  ;  mais  on  ne  fauroit  les  exercer 
ainfi  pendant  plufieurs  mois.  On  ne  les 
exerce  jamais  qu’avec  chagrin  &  laffi- 
tude ,  fans  compter  que  le  mouvement 
mufculaire  des  memJ)res  efl  alors  ex¬ 
trêmement  difficile;  ce  qui  prouve  qu’il 
fe  fait  une  plus  grande  diffipation  des 
forces  ,  &  que  la  faculté  en  fouffre. 

336.  La  maladie  efl  d’autant  plus 
dangereufe ,  que  les  forces  de  la  caufe 
nuifible  font  plus  grandes ,  la  faculté  na¬ 
turelle  petite  &  fes  efforts  plus  grands. 
On  efl;  dans  un  danger  extrême  ,  lorf- 
que  les  forces  de  la  caufe  nuifible  &  la 
feculté  approchent  de  l’équilibre ,  ou  fi 
la  derniere  efi  furmontée  par  les  pre¬ 
mières.  Or,  plus  la  faculté  naturelle  efl 
foibie  ôc  fait  un  plus  grand  emploi  d^ 


jiQ  Discours 
fes  forces ,  plus  elle  a  de  facilité  à  fe 
mettre  en  équilibre  avec  la  force  de  la 
caufe  nuifible  -,  ou  à  être  furmontée  par 
elle ,  ce  qui  rend  la  mort  d’autant  plus 
polEble,  &  par  conféquent  (191)  cet 
état  d’autant  piuî  dangereux. 

337.  La  maladie  eft  d’autant  plus 
courte,  que  la  force  de  la  matière  mor¬ 
bifique  ,  ou  de  la  caufe  nuifible  efi  plus 
petite,  &  la  faculté  de  même  que  fes 
efforts  plus  grands ,  &  pour  lors  la  fanté 
n’efl:  pas  éloignée  ;  elle  efi;  également 
d’autant  plus  courte  que  la  force  de  la 
matière  morbifique  efi;  plus  grande ,  &: 
la  faculté  &  fes  efforts  plus  petits  ,  & 
dans  ce  cas  la  mort  efi  prochaine. 

338.  On  juge  que  les  maladies  font 
aigues  par  leur  brièveté  &  par  le  dan¬ 
ger  dont  elles  font  accompagnées ,  ou , 
ce  qui  revient  au  même  ,  par  leur  vio¬ 
lence  &  leur  intenfité  (308)  ;  car  plus 
la  maladie  efi;  violente  &  intenfe  (307, 
.308) ,  plus  aufîi  la  matière  morbifique 
a  de  force,  &  plus  par  conféquent  la 
faculté  en  emploie  ;  mais  comme  la  fa¬ 
culté  efi;  limitée  (316),  &  qu’elle  s’é- 
puife  d’autant  plus  promptement  qu’elle 
emploie  plus  de  forces  ,  elle  entre  plu¬ 
tôt  en  équilibre  avec  les  forces  de  la 


Préliminaire.  311 
caufe  nuifible  ,  &  c’eft  ce  qui  rend  ces 
maladies  courtes  &  dangereufes. 

339,  Plus  il  faut  de  force  pour  fur- 
monter  la  caufe  nuifibîe ,  &  plus  fou 
effet  apparent  efl:  petit  ,  plus  auSi 
le  danger  eff  gfand.  Lorfqu’on  lie  les 
deux  arteres  iliaques  d’un  chien ,  l’ani¬ 
mal  fe  débat  avec  plus  de  force ,  que 
lorfqu’on  n’en  lie  qu’une  feule  ;  mais 
dans  le  premier  cas;,  le  mouvement 
du  cœur  .&  des  arteres ,  la  refpiration 
&  le  pouls ,  quoique  plus  fréquens  , 
s’épuifentaufli  tôt ,  &  s’affoibliffentplus 
promptement  que  dans  le  fécond,  parce 
que  quoique  dans  l’un  &  l’autre  cas  les 
forces  &  les  efforts  augmentent  pouf 
lever  cet  obftaçie  ,  elles  augmentent 
encore  davantage  dans  le  cas  où  le 
danger  eft  plus  grand ,  &  la  réfiftance 
plus  forte  ;  &  c’efl;  ce  qui  fait  que  la 
faculté  s’épuife  plus  promptement  , 
que  la  force  vitale  diminue  plus  vite  , 
^  fes  effets  fenfi|?les ,  tels  que,  la  force 
du  pouls  &  de  la  refpiration  diminuent 
avec  elle.  ■ 

340.  On  peut  démontrer  ce  que  je 
viens  de  dire  ,  d’une  autre  façon  :  la 
perte  que  les  forces  fouffrent  par  le 
èottement  ,  augmente  en  raifon  doui; 


1 


3îi  D  1  s  c  O  U  R  S 
fciée  de  la  vîteffe  des  fluides  qu’elles 
mettent  en  mouvemens  ;  de  forte 
qu’une  force  quadruple  ne  peut  don¬ 
ner  au  fluide  une  vîtefle  double  de 
celle  que  lui  communique  une  force 
fiiiiple  ,  une  vîtefle  un  peu  moindre 
que  double  ;  d’où  il  fuit  que  les  grandes 
&rces  perdent  plus  que  les  petites. 
Mais  les  forces  perdues  par  les  frotte- 
mens,  ne  peuvent  produire  des  effets 
fenfibles  dans  le  pouls  &;  la  refpiration  ; 
donc  la  quantité  des  effets  fenfibles 
croît  en  moindre  raifonque  les  forces. 
Ainfi ,  dans  ceux  qui  font  à  l’agonie , 
quoique  les  efforts  internes  foient  très- 
^iolens,  comme  cela  paroît  par  l’in- 
lenfiîé  de  la  chaleur  interne ,  le  pouls 
ne  laiflie  pas  que  d’être  foible  &  mou , 
f»arce  qu’une  grande  partie  des  forces 
fe  perd  entre  le  cœur  &  les  gros  vaif- 
féaux ,  &  qu’il  n’y  en  a  qu’une  petite 
partie  qui  fe  communique  aux  petites 
arteres  ,  où  elle  peut  fe  faire  fentir 
par  le  taâ:. 

341.  Si  l’exercice  des  fondions  de¬ 
vient  difficile  &  pénible  ,  il  y  a  ma¬ 
ladie  ;  car  les  fondions  s’exercent  diffi¬ 
cilement  &  avec  peine ,  ou  parce  que 
laxéfiffance  des-organçs  ou  des^  fluides 
dont 


Préliminaire.  313 
<iont  elles  dépendent  augmente  ,(319) 
ou  parce  que  la  faculté  employée  à  les 
exercer  diminue.  La  réfîftance  ne  peut 
augmenter  que  les  fondions  ne  foient 
plus,  rares  ou  plus  tardives  (330)  qu’à 
l’ordinaire;  d’oîi  il  arrive  qu’elles  di¬ 
minuent  ou  qu’elles  ceffenî ,  à  moins 
que  les  forces  n’augmentent;  &  de 
cette  augmentation  de  forces,  fuivent 
la  fatigue  ,  la  laffitude  &  l’infirmité, 
appellée  par  les  Grecs  arrofiia^  qui  ell 
un  mot  fynonyme  à  celui  de  (zgritudo  ^ 
maladie.  Que  fi  la  faculté  diminue,  c’efl: 
comme  fi  la  réfiftance  augmentoit;  car 
fi  la  force  d’un  homme  diminue  de 
moitié ,  il  ne  lèvera  le  même  fardeau 
qu’avec  deux  fois  plus  de  peine.  A 
quoi  l’on  peut  ajouter  que  toutes  les 
fois  que  les  fondions  fe  font  avec 
peine  ,  i’ame  s’en  reflent  &  en  efi: 
affeaée  d’urfe  maniéré  ingrate ,  ce  qui 
conftitue  le  mal  ;  d’où  il  fuit  que  la 
maladie  n’eft  autre  chofe  qu’un  exer¬ 
cice  pénible  des  fondions. 

342.  Toutes  les  fois  qu’un  organe 
efi  affedé ,  il  faut  néceflairement  que 
les  forces  de  cet  organe ,  de  même  que 
celles  de  ceux  qui  agiflènt  fur  lui  ou  qui 
le  fécondent ,  ou  fans  lefquels  l’organe 
Tom&  /,  O 


314  Discours 
léfé  ne  peut  agir ,  à  caufe  de  la  ftruc- 
ture  des  parties ,  augmentent ,  &  que 
les  forces  des  autres  diminuent. 

La  durée  de  la  vie  dépendant  du 
i>lns  ou  moins  de  forces  qui  fe  trou- 
Tent  dans  l’animal,  (32.1)  il  s’enfuit 
qu’on  doit  les  ménager,  puifqu’on  ne 
•peut  les  prodiguer  fans  que  la  faculté 
«n  fouffre.  Or  celle-ci  ne  peut  fatif- 
faire  à  l’indication  que  fournit  la  ma¬ 
ladie  ,  corriger  ni  chaffer  la  matière 
fluifible  qui  a  établi  fon  fiege  dans  un 
"vifcere  déterminé  ,  qu’elle  ne  faffe 
ufage  de  fes  forces  ,  vu  qu’il  n’y  a 
point  de  changement  fans  elles ,  ni  par 
'Conféquent  de  correâion  &  d’éxpul- 
-fion.-  Si  donc  les  forces  des  vifceres 
qui  n’appartiennent  point  à  celui  qui 
efl:  léfé ,  relient  les  mêmes  ou  viennent 
à  augmenter  ,  la  faculté  s’épuife  :  mais 
elle  fatisfait  à  tout ,  en  augmentant  les 
forces  là  oii  elles  font  utiles,  &  en 
les  fupprimant  où  elles  font  fupef- 
flues.  Par  exemple ,  s’il  fe  forme  un 
obftacle  dans  l’artere  pulmonaire ,  qui 
empêche  la  circulation  du  fang,  il  ne 
peut  être  détruit ,  corrigé  &  furmontê, 
que  la  force  du  cœur  &  des  arteres 
îî’augmente ,  ne  redouble ,  ou  que  -le 


P  R  ÉX  I -M  I  N  A  I  RE.  3 
poumon  ne  fe  contraûe  alternative¬ 
ment  &  avec  force.  La  première  aâion, 
produira  les  fymptomes  de  la  palpita¬ 
tion,  &  la  fécondé  ceux  de  la  fuffo- 
cation.  Pour  lors',  le  danger  de  la 
mort  devenant  plus  preflant ,  les  for¬ 
ces  des  membres  diminuent  ,  &:  çe 
feroit  inutilement  &  avec  danger  que 
le  malade  les  emploieroit  à  fe  pro¬ 
mener  ,  par  exemple ,  vu  qu’elles  lui 
font  néceflaires  pour  prolonger  fa  vie 
&  éloigner  la  mort;  &  de  là  vient  que 
dans  ce  temps-là  ,  le  malade  ne  peut 
faire  ufage  de  fes  membres. 

343.  Mais  la  ftruâure  du  cœur  6c 
de  la  poitrine  eft  telle  ,  que  ni  l’une  ni 
l’autre  ne  peuvent  fe  contraâer  qu’en  fe 
dilatant  alternativement ,  &  le  ventri¬ 
cule  droit  du  cœur  ne  fauroit  envoyer 
le  fang  avec  plus  de  force  dans  l’artere 
pulmonaire ,  que  le  gauche  ne  le  pouffe 
aufli  avec  une  force  plus  grapde  dans 
l’artere  ;  de  forte  qu’il  eft  néçeffaire 
que  l’infpiration  &  l’expiration  aug¬ 
mentent,  que  le  fang  fe  porte  en  plus 
grande  quantité  dans  les  arteres  qui 
partent  de  l’aorte ,  &  par  conféquent 
que  le  pouls  devienne  fort  &  fréquent; 
que:  la:  chaleur ,  la  tenfion ,  la  rougeur , 


1 

p6  Discours 
la  foif  &  les  autres  fymptomes  s’en- 
fuivent ,  parce  que  les  impreffions  de 
la  puilïance  motrice,  n’agiffent  fur  la 
machine  que  dépendamment  de  fa 
flrudure. 

3  44.  On  apperçoit  des  exemples  de 
cette  économie  de  forces  dans  toutes 
les  maladies.  Dans  la  fîevre ,  par  exem« 
pie ,  les  forces  du  cœur  &  des  arteres 
augmentent  confidérablement  ,  mais 
en  même  temps  les  forces  de  reftomac, 
des  membres ,  de  l’imagination  ,  dimi¬ 
nuent  ,  de  même  que  l’attention  pour 
les  affaires  morales ,  &  les  délirs  amou¬ 
reux  fe  ralentiffent.  Dans  les  maladies 
foporeufes ,  il  fe  fait  un  engorgement 
dans  le  cerveau  ou  le  cervelet ,  les 
efforts  du  cerveau  &  des  méningés 
augmentent;  &  comme  ces  efforts 
dépendent  des  forces  du  cœur ,  ces 
forces  redoublent  ,  ainfi  que  nous  le 
voyons  dans  l’apoplexie  ,  tandis  que 
les  autres  membres  &  les  autres  or¬ 
ganes  des  fens  font  privés'  du  fluide 
nerveux. 

345.  Dans  les  maladies  chroniques 
les  vices  font  au  cominencement  peu 
confidérables  ;  ils  n’attaquent  que  des 
parties  moins  noMes,  bu  ils  ne  ral^nr 


Préliminaire.  317 
tlflent  que  très-peu  les  fondions.  S’il 
furvient ,  par  exemple  ,  un  engorge¬ 
ment  dans  quelques  vaiffeaux  lympha¬ 
tiques  du  méfentere  ,  comme  l’artere 
méfentérique  fupérieure  ne  reçoit 
qu’environ  la  feizieme  partie  du  fang 
qui  fe  porte  dans  l’aorte ,  &  qu’il  y 
a  à  peine  la  centième  partie  de  ce 
feizieme  qui  fe  porte  dans  les  arteres 
lymphatiques  qui  en  fortent  ;  quand 
même  on  fuppoferoit  toutes  ces  petites 
artérioles  lymphatiques  obftruées,  la 
réfillance  que  le  cœur  rencontreroit , 
ne  feroit  que  la  I6oo^  partie  de  celle 
qu’il  trouveroit  li  l’aorte  étoit  obflruée, 
&  par  confëquent  ,  en  fuppofant  la 
dixième  partie  de  ces  vaiffeaux  obftruée, 
comme  il  arrive  lorfqu’il  y  a  trois  ou 
quatre  glandes  du  méfentere  qui  le 
font,  le  danger  qui  en  réfulte  n’eft  que 
la  16000®.  partie  de  celui  qu’il  y  au- 
roit  li  l’aorte  étoit  obftruée  ,  de  forte 
qu’on  ne  doit  pas  s’étonner  qu’il  n’en 
réfulte  que  des  efforts  légers  &  im¬ 
perceptibles.  Lors  ,  au  contraire ,  que 
la  moitié  de  la  glotte  eft  bouchée  , 
alors ,  comme  il  n’y  entre  que  la  moitié 
de  l’air  qui  devroit  y  entrer ,  &  que 
l’homme  ne  peut  vivre  fans  refpirer , 
O  iij 


318  Discours 
îé  danger  devient  très-grand,  &  les 
elForts  augmentent  par  conféquent  à 
un  point  fort  confidérable ,  ou ,  ce  qui 
eft  le  même ,  il  furvient  une  maladie 
aiguë. 

346.  Dans  les  maladies  chroniques 
qui  ne  font  point  invétérées ,  les  ma¬ 
lades  ne  relient  point  alités ,  &  va¬ 
quent  volontairement  à  leurs  fondions 
morales,  les  ouvriers  à  leurs  ouvrages, 
les  gens  de  Lettres  à  leur  étude ,  quoi- 
qu’avec  moins  d’ardeur,  parce  qu’il 
ne  faut  que  peu  de  forces  pour  chaf- 
fer  la  caule  morbifique  ,  •&  qu’il  feroit 
inutile  d’en  employer  davantage.  Si 
nous  fuppofons  donc  dans  ce  cas  qu’on 
foit  agité  par  des  befoins  plus  preflans, 
tels  que  celui  de  chercher  à  vivre ,  ou 
de  foutenir  fa  réputation  ;  on  doit 
naturellement  travailler  à  ce  qui  prelTe 
le  plus.  Dans  les  maladies  aiguës ,  au 
contraire ,  il  faut  beaucoup  plus  de 
force  pour  détruire  le  vice ,  &  de-là 
vient  que  les  malades  ne  peuvent  agir 
ni  vaquer  à  leurs  affaires,  fe  promener, 
jouir,  &c. 

347.  Lorfque  l’homme  eft  en  fanté, 
les  forces  qu’il  diftipe  chaque  jour ,  ne 
font  qu’une  petite  partie  de  toute  la 


P  R  É  L  I  M  l'N  A  ï  R  É.  $ 
ikcuké,  ou,  comme  on  dit,  de  forces 
potentielles.  Il  n’en  eft  pas  de  même 
dans  les  maladies  aiguës;  la  faculté 
perd  chaque  jour  d’autant  plus  de  for¬ 
ces  ,  que  la'  maladie  eft  plus  grave  & 
plus  avancée ,  ou  plus  près  de  fa  crife» 

348.  La  maladie  eft  moins  dange- 
reufe  lorfqu’elle  commence ,  que  lorf- 
qu’elle  efl  dans  fa  rigueur ,  parce  que 
la  faculté  eft  alors  dans  toute  fa  force,' 
&  qu’elle  diminue  journellement  juf- 
qu’à  ce  que  la  caufe  nuifible  ait  été 
détruite  ou  corrigée ,  &  que  la  nature 
foit  en  état  de  réparer  fes  forces  par 
le  repos  ,  le  fonameil  &  une  nourri¬ 
ture, plus  abondante. 

349,  La  caufe  morbifique  ayant  été 
furmontée ,  la  nature  viâorieufe  fe 
repofe ,  &  diftribue  peu  à  peu  les 
forces  &  le  fluide  nerveux  dans  la 
machine  ,  comme  elle  avoit  coutume 
de  le  faire.  Dans  les  fébricitans,  par 
exemple ,  qui  approchent  de  leur  co;z- 
vakfcsnce pouls  qui  auparavant  étoit 
plein ,  tendu ,  vite  ,  fréquent-&  très- 
fort  ,  devient  rare  ,  mou ,  petit  ,  les 
forces  des  membres  augmentent ,  de 
maniéré  que  le  malade  peut  fe  mettre 
fur  fon  féant,  dormir  du  côté  qu’il 

O  iv 


310  Discours 
veut ,  &  enfiiite  fe  lever ,  fe  prome¬ 
ner  ,  vaquer  à  fes  études  &  à  fes  af¬ 
faires  ,  prendre  une  nourriture  folide , 
&c. 

3  50.  Un  certain  état  de  forces  une 
fois  rétabli ,  l’appétit  reprenant  fa  vi¬ 
gueur  ,  &  l’exercice  devenant  plus  fa¬ 
cile,  la  faculté  qui  jufqu’alors  avoit 
été  alFoiblie,  recouvre  peu  à  peu  fon 
énerve ,  &  la  fanté  fuccede  à  la  con- 
valefcénce.  Mais  quoique  la  maladie 
principale  ait  ceffé  ,  il -relie  un  fymp- 
tome  individuel,  favoir ,  la  foiblelTe, 
qui  cefîe  enfin  à  l’aide  du  fommeil, 
du  repos  ,  de  l’exercice  &  de  la  nour¬ 
riture. 

La  dodrine  des  forces ,  cette  doc¬ 
trine  fl  néce  flaire  pour  régler  la  diete, 
pour  prefcrire  les  remedes,  lors  fur- 
tout  qu’ils  font  violens,  &  pour  ac¬ 
quérir  la  théorie  des  maladies  ,  efl  tel¬ 
lement  importante  dans  la  Médecine, 
qu’il  efl:  étonnant  qu’on  n’ait  point 
encore  donné  des  réglés  là-defliis ,  vu 
que  la  Mécanique,  dont  les  Médecins 
font  aujourd’hui  tant  de  cas ,  en  four¬ 
nit  une  infinité.  J’ai  rapporté  les  prin¬ 
cipales  ,  mais  je  crains  bien  que  les  jeu¬ 
nes  Médecins  ne  les  négligent  comme 


Préliminaire.  311 
trop  obfcures ,  &  que  les  Gécmetres 
ne  les  méprifent  comme  trop  éviden¬ 
tes  &  trop  palpables. 

Clef  des  Clajfes, 

351.  La  maladie  eft  un  concours  de 
fymptomes  notables  ■  liés  les  uns  avec 
les  autres. 

Les  lymptomes  les  plus  évidens  ôc 
les  plus  conftans  marchent  à  la  tête, 
fe  manifeftent  les  premiers ,  &  confti- 
tuent  le  caraftere  effentiel  de  la  ma¬ 
ladie  ,  ce  qui  leur  a  fait  donner  le  nom 
de  Pathognomoniques ,  ou  de  Carac- 
tériftiques. 

Il  y  a  trois  fortes  de  lignes  caraâérif» 
tiques,  &  ils  confiftent  dans  les  fonc¬ 
tions  ,  les  excrétions  &  les  qualités. 


Si  le  pouls  eft  fréquent 
ou  fort  refpeftivement  aux 
autres  membres,  ou  fi  ceux- 
ci  font  foibles  ,  fans  qu’on 
puiffe  en  accufer  le  font-  Fieyns 
nieil ,  ou  la  diminution  du 
fentiment ,  &  que  ie  pouls 
cependant  foit  fort ,  il  y  a 
fievre. 


3 IX  Discours 

Si  la  fievre  eft  pour  l’or¬ 
dinaire  violente,  &  accom-  C 

pagnée  de  douleur  &  d’une  \ 

forte  chaleur ,  &  que  J  „ 

fang  qui  eft  dans  la  palette  tions  \  “ 

foit  couvert  d’une  croûte  J 

blanchâtre,  c’eft  une  in-  C  Pare: 

flammation.  , 


Si  leî  rnuicles  fournis  à 
la  volonté  de  l’homme ,  fe 
contraftent  malgré  lui  plus 
fortement  qu’on  n’a  lieu  de 
l’attendre  de  fes  forces  &  _  , 
des  circonftances ,  &  que  *•*’*•'" 
ceux  qui  ne  font  point  fou¬ 
rnis  à  la  volonté ,  fouffrent 
des  eontraftions  plus  vio¬ 
lentes  qu’à  l’ordinaire,  c’eft 
un/p./m.. 


Si  la  faculté  de  mouvoir 
les  parties  foumifes  à  la 
volonté ,  de  même  que  la 
faculté  de  fentir  dans  les  Dignités 
organes,  s’éteignent  enfem- 
blè  ou  féparément  ,  c’eft 
une  paralyfii,  on  débilité. 


Dyfæflîiefiés. 

Anepîthynûes. 

Dyfciaefies- 

Lipopfyclâes. 


Lorfque  le  principal 
fymptome  eft  une  fenfa- 
tion  incommode ,  comme 
celle  que  caufe  la  piqûre 
d’une  aiguille  &  le  déchi- 
renient,  c’eft  une  douleur. 


Si  le  principal  fymptome 
confifte  dans  une  refpira- 
tion  fréquente  &  difficile  , 
«’eft  un  effoiifiemenî. 


Préliminaire.  323 


Loifque  le  principal 
^mptome  eft  une  dépra- 
.  vaiion  du  jugement ,  de 
rimagination  ,'de  la  vo¬ 
lonté  ou  du  défit  ,  c’eft 
la  folis  ,  que  les  Latins 
appellent  vefania  ,  parce 
que  ces  fondions  ne  font 
point  faines. 


^  Délires. 
^  Caprices.' 


Si  les  fluides  qui  ne  doi-  ' 
vent  pas  fortir  s’échappent, 
ou  fi  ceux  même  qui  doi¬ 
vent  fortir,  s’écoulent  plus 
fréquemment  &  en  plus 
grande  quantité  qu’à  l’or¬ 
dinaire  ,  ou  different  de 
•ce  qu’ils  font  dans  l’état  de 
fanté ,  c’eft  une  évacuation 
ou  un  fiux. 


Si  le  principal  fyniptome 
confifte  dans  le  change¬ 
ment  de  la  qualité  (  136  ) 
eu  égard  au  volume  ,  à  la 
fuperficie  ,  à  la  couleur  , 
c’eft  une  cachexie. 


Cachexies 


Maigreurs.' 

Tumeurs. 

Hydropifies.' 

Excrpiffances,' 

Afpérités. 

Décolorations.'  ’ 


J’ai  donné  dans  ma  Pathologie  l’hif- 
toire  des  vices,  ou  des  maladies  patho¬ 
logiques  ,  qui  ne  font  autre  chofe  que 
les  élémens  des  maladies  proprement 
dites.  Telles  font  les  ulcérés ,  les  plaies, 
les  fradures ,  les  luxations  fies  tumeurs, 
les  excroiffances,  les  taches,  &c.  dont 
les  Chirurgiens  traitent  fort  au  long. 
A  l’égard  des  principes  internes  des 
O  vj 


'5^4  Discours 
maladies  ,  tels  que  les  vers ,  le  calcul 
les  fluides  épanchés,  je  ne  lés  mets 
point  au  rang  des  maladies. 

Méthode 

Pour  reconnoitre  les  maladies^ 

Comme  les  meilleurs  de  tous  les 
Agnes  font  ceux  que  le  malade  porte 
avec  foi ,  ou  qui  font  intrinfeques  à 
la  maladie ,  c’eft  dans  cette  fource  fur- 
tout  qu’on  doit  puifer  les  Agnes  des  ma¬ 
ladies.  Elle  comprend  les  prîncipefs  des 
maladies,  comme  la  caufe  ,  l’occafion, 
le  fiege,  la  matière,  &c.  en  tant  qu’elles 
font  cachées  dans  le  corps  du  malade , 

'  ou  les  phénomènes,  ou  les  fymptomes 
vifibles  au  malade  ou  au  Médecin;,  d’oîi 
il  fuit  que  ce  n’efl:  point  par  les  prin¬ 
cipes,  mais  par  les  fymptomes  qu’on 
doit  fixer  les  caraâeres  des  maladies. 

Ceux  qui  font  extrinfequeS  à  la  ma¬ 
ladie  ,  tels  que  la  région  ,  la  faifon  , 
l’air ,  la  nourriture  &  la  boilTon ,  les 
chofes  appliquées  extérieurement,  &c. 
peuvent  à  la  vérité  fournir  des  fignes 
de  la  maladie  ;  mais  ils  ne  font  ni  effen- 
tiels  ni  pathognomoniques ,  quoique 


Préliminaire.  325 
cependant  on  ne  doive  point  les  né¬ 
gliger. 

Un  Médecin  qui  veut  parvenir  à 
connoître  les  fignes  intrinfeques ,  doit 
fe  former  une  idée  diftinâe  &  nette 
des  caraderes  de  toutes  les  clafles.  U 
ne  lui  fuffit  pas  de  connoître  les  fignes 
de  quelque  fymptome  particulier  ;  par 
exemple,  de  la  fievre,  il  faut  qu’il  con- 
noiffe  encore  les  fignes  de  ces  fignes; 
par  exemple  ,  ce  que  c’efi  que  la  cha¬ 
leur,  fes  degrés ,  &  les  différens  effets 
qu’ils  produifent ,  le  degré  moyen  de 
chaleur  qui  eft  propre  à  chaque  âge 
&  à  chaque  tempérament  ,  ce  que 
c’efl:  que  le  pouls  ,  quelle  fréquence 
il  a  naturellement  dans  tel  âge  &  te! 
tempérament  ,  toutes  chofes  qu’on 
acquiert  par  l’étude  de  la  Phyfiologie 
hiftorique  &  philofophique. 

Comme  il  n’efi  quefiion  que  des 
maladies  proprement  dites  ,  ou  qui 
font  regardées  comme  telles  dans  la 
pratique  ,  il  ne  faut  point  les  con¬ 
fondre  avec  les  vices  fimples  &  de 
peu  d’importance ,  telles  que  les  taches 
naurelles  ,  les  verrues ,  les  petites 
plaies  ,  que  l’on  met  mal  à  propos  au 
nombre  des  maladies  dans  la  Patho- 


3i6  Discours 
logie,  &  que  je  mets  feulement  au 
rang  des  principes  ou  des  élémens  des 
maladies  lorfqu’ils  font  internes  ;  6c 
qui ,  lorfqu’ils  ne  font  qu’externes , 
doivent  être  regardés  comme  des  fymp- 
tomes  fimples  &  peu  confidérables, 
à  moins  que  par  leur  combinaifon  avec 
d’autres  plus  effentiels,ils  ne  forment 
une  maladie. 

Lorfqu’on  connoîtra  une  fois  les 
huit  combinaifons  des  fymptomés  qui 
défignent  les  clafles ,  ou  les  vingt-fept 
ordres  dans  lefquels  ces  claffes  font 
fous-divifées ,  il  faut  examiner  atten¬ 
tivement  quels  font  les  principaux 
fymptomés  dont  le  malade  fe  plaint; 
car  il  fuffit  qu’ils  foient  conftans  & 
qu’ils  perféverent ,  pour  conflituer  le 
caractère  de  la  maladie. 

Entre  les  fymptomés ,  les  uns  font 
communs  aux  m.aladies  aiguës  ,  &  les 
autres  aux  maladies  chroniques  ,  de 
-forte  qu’ils  défignent  plufieurs  claffes, 
c’efl:  pourquoi  il  ne  faut  point  s’y  arrê¬ 
ter,  mais  paffer  plus  avant.  Par  exem¬ 
ple  ,  la  laflitude  fpontanée  ,  la  caco- 
fitie ,  la  trifieffe,  la  débilité  ,-1’averfion 
pour  le  travail  auquel  on’efi;  accoutumé, 
le  friffonnement ,  le  firémiffement ,  la 


Préliminaire.  %vj 
pefanteur  de  tête  ,  annoncent  indif- 
tinâement  des  maladies  fébriles,  in¬ 
flammatoires  ,  dolorifîques  ,  aiguës , 
évaçuatoires  ;  &  de  là  vient  qu’on  a 
de  la  peine  à  connoître  le  genre  de 
la  maladie ,  lorfqu’elle  ne  fait  que  com¬ 
mencer.  Dans  ce  cas ,  on  fe  contente 
des  indications  générales ,  &  l’on  pref- 
crit  les  fecours  communs  à  ces  claffes, 
que  l’on  appelle  généraux,  tels  qu’une 
diete  légère  ,  le  repos ,  la  faignée ,  les 
juleps ,  jufqu’à  ce  que  les  fymptomes 
pathognomoniques  aient  fait  connoître 
}a  maladie. 

11  n’y  a  prefque  point  de  maladie 
qu’on  ne  puilTe  feindre  ,  &  dont  la 
volonté  ne  puiiTe  exciter  les  fympto- 
mes ,  lorfqu’elle  le  délire  ardemment, 
&  que  i’impolleur  eft  expert  dans  fon 
art.  Non-feulement  les  mëndians,  félon 
que  l’obferve  Paré,  fe  font  paffer  pour 
lépreux  ,  hydropiques  &  muets ,  & 
•font  accroire  aux  afîillans  qu’ils  ont 
■un  hydroceie  ,  un  éléphantialîs ,  une 
defcente  de  matrice ,  de  fondement, 
un  carcinome  ,  des  ulcérés  aux  jam¬ 
bes  ,  &c.  mais  il  y  a  des  fripons 
qui  feignent  de  nouveaux  genres  ^ 
maladies  par  exemple ,  d’avoir  une 


•318  DlSCOÜRâ 
colique  occafionnée  par  un  ferpenf 
qu’ils  ont  dans  le  ventre ,  d’être  ob- 
fédés  par  les  vampires ,  d’être  enfor- 
celés ,  comme  l’obfervent  Garidd  dans 
fon  Hijloirc  des  plantes ,  Gajfendi  &  plu- 
fieurs  autres.  Les  fanatiques  feignent 
l’épilepfie  ;  d’autres ,  différentes  efpe- 
ces  de  convulfions  ;  &  j’ai  moi-même 
connu  une  jeune  fille  ,  qui  pour  caufer 
du  chagrin  à  fa  mere  ,  feignit  pendant 
quinze  jours  une  maladie  dont  les  fymp- 
tomes  étoient  très-férieux.  Une  femme 
de  condition  voulant  favoir  ce  que  fes 
amies  &  fes  rivales  penfoient  d’elle , 
feignit  pendant  un  mois  d’avoir  une 
hémiplégie.  Une  fervante  ne  voulant 
point  fuivre  fa  maîtreffe  à  la  campagne, 
le  mit  une  gouffe  d’ail  dans  le  fonde¬ 
ment,  &  s’attira  la  fievre.  Il  n’y  a 
point  de  maladies ,  de  quelque  efpe- 
ce  qu’elles  foient ,  telles  que  la  folie , 
les  douleurs ,  en  un  mot ,  rien  de  ce 
qu’on  vient  à  bout  de  connoître  par 
le  rapport  des  malades ,  que  les  impof- 
teurs  ne  fâchent  feindre.  Une  jeune 
fille  ,  pour  obliger  les  Religieufes  chez 
qui  elle  éîoit  à  la  renvoyer,  buvoit 
du  fang  de  bœuf  &  le  rendoit  par  la 
bouche  comme  fi  elle  avoit  eu  un* 


P  R  i  L  T  M  I  N  A I R  E.  3 19 

vomiffement  de  fang.  Les  enfans  fe 
font  un  jeu  de  toufler,  d’éternuer, 
d’avoir  le  hoquet  &  des  maux  de 
cœur;  &  à  moins  qu’un  Médecin  n’ait 
afléz  d’adrefle  pour  découvrir  ces  for¬ 
tes  d’impoftures,  il  eft  fouvent  expofé 
à  confondre  les  maladies  feintes  avec 
les  véritables  malauies.i 

Celui  qui  conboît  à  fond  le  con¬ 
cours  des  l’ympîomes  ,  découvrira  fans 
peine  l’impofture ,  parce  que  ceux  qui 
la  mettent  en  ufage  ,  réunifient  des 
fymptomes  qui  ne  dépendent  aucune¬ 
ment  de  la  connexion  des ,  parties.  II 
y  réuflira  beaucoup  mieux,  fi  feignant 
d’y  ajouter  foi ,  il  les  interroge  adroi¬ 
tement,  &  leur  prefcrit  des  opérations 
douloureufes  ou  des  remedes  violens, 
car  ces  ifnpofieurs  ne  voudront  jamais 
s’y  foumettre. 

Lorfqu’on  connoît  une  fois  la  com- 
binaifon  des  principaux  fymptomes 
qui  accompagnent  les  maladies  véri¬ 
tables,  on  fait  bientôt  la  clalTe  &  j’or- 
dre  auquel  la  maladie  appartient  ;  & 
en  comparant  eniuite  les  genres  de 
cet  ordre  ,  on  découvre  bientôt  fon 
efpece.  Par  exemple ,  on  trouve  une 
femme  étendue  par  terre  fans  aucun 


330  Discours 
fîgne  de  fentiment  ni  de  mouvement, 
elle  refpire  avec  ronflement, fon pouls 
efl:  plein  &  mou ,  &  elle  efl;  dans  une 
efpece  d’aflbupiflement.  Un  Médecin 
qui  connoît  la  clafi’e  &  les  ordres  des 
maladies,  recourt  à  la  claffe  cinquième; 
&  dans  cette  claffe  à  l’ordre  des  mala¬ 
dies  comateufes  ou  foporeufes  ;  au‘ 
moyen  de  quoi,  de  vingt- fept  ordres 
de  maladies ,  il  n’en  a  qu’un  à  exa¬ 
miner,  &  il  en  a -vingt- fept  fois  moins 
de  peine.  De  plus ,  comme  cette  ma¬ 
ladie  efl:  Gomprife  parmi  les  dix  genres 
de  cet  ordre,  il  doit  examiner  chaque 
genre  à  part ,  &  il  connoîtra  facile¬ 
ment  par  l’affoupiflement  de  la  mala¬ 
de  ,  par  le  ronflement  &  par  la  flexi¬ 
bilité  de  fes  membres,  qu’elle  a  une 
apoplexie.  Mais  comme  il  y  a  diffé¬ 
rentes  efpeces  d’apoplexie,  il  doit  voir 
fi  celle-ci  n’efl  point  occafionnée  par 
une  chute  ,  un  coup ,  une  fradure  au 
crâne,  par  une  comm-otion,  par  une 
eacochylie  capable  d’occafîonner  dans 
le  cerveau  un  engorgement  fébrile , 
par  la  pléthore ,  &:c.  Pour  cet  effet , 
il  fera  rafer  la  tête  de  la  malade ,  & 
parcourra  le  crâne  des  yeux  &  de  Ja 
main  ;  il  examinera  fa  langue ,  fon  vi-* 


PRiLïMINAiRE;  331’' 
fage ,  il  interrogera  les  allîftans  ,  &  il 
formera  fur  ks  caufes  &  les  principes 
de  la  maladie ,  les  conjectures  les  plus 
propres  à  lui  en  faire  découvrir  i’ef- 
pece  ;  ainli  le  genre  une  fois  connu  ^ 
fl  chaque  ordre  comprend  dix  genres, 
il  ne  lui  refte  plus  que  la  270'.  partie 
du  travail;  &  s’il  vient  à  bout  de  con-- 
noître  i’efpece ,  &  que  l’on  fuppofe 
que  chaque  genre  contient  dix  efpe- 
ces,  notre  méthode  lui  aura  fait  déter¬ 
miner  ,  entre  2700  efpeces  de  mala¬ 
dies,  celle  qu’il  a  actuellement  fous 
les  yeux. 

Un  Médecin  au  contraire  qui  fe 
fert  d’une  autre  méthode ,  par  exem¬ 
ple  ,  de  l’Anatomique  ou  de  l’Etiologi- 
que,  ne  découvrira  jamais  de  lui- même 
la  partie  affeétée ,  à  moins  qu’il  n’ait 
acquis  une  longue  expérience ,  ou  qu’il 
n’ait  appris  par  tradition  à  la  connoître  ; 
car  dans  l’apoplexie  rien  ne  prouve 
qu’une  telle  partie  du  cerveau  ou  du 
cervelet  eft  affeétée ,  puifque  dans  la 
fyncope  on  eft  privé  du  fentiment  &c 
du  mouvement ,  fans  que  le  cerveau 
foit  affefté  ;  à  quoi  l’on  peut  ajouter , 
Que  pour  favoir  le  nom  de  la  maladie, 

&ut  auparavant  favoir  fi  i’affeûîoii 


3λ  Discours 

du  cerveau  eft  primitive  comme  l’on 
dit,  ou  ü  elle  n’efl:  que  fecondaire;  ce 
qu’on  ne  peut  favoir  que 'par  un  rai- 
fonnément  fouvent  conjeâural  &  feux, 
pnfzn  ,  ceux  qui  emploient  ces  mé¬ 
thodes  ,  ne  diftinguent  jarrfais  les  ef- 
peces,  &  n’en  fixent  jamais  le  nom¬ 
bre  ,  ce  qui  occafionne  une  nouvelle 
confufion. 

Je  fei  que  la  méthode  que  je  pro- 
pofe  ,  &  que  j’ai  prife  de  Sydenham, 
ou  plutôt  de  Félix  Platerus  ,  autrefois 
Profeffeur  &  premier  Médecin  à  Balle, 
fouffre  de  grandes  difEcultés ,  &;  elles 
confiftent  à  connoître  l’efpece  de  la 
maladie  ;  mais  on  doit  moins  les  attri-* 
buer  à  la  méthode ,  qu’à  la  négligence 
des  Médecins ,  laquelle  eft  caufe  qu’on 
n’a  point  encore  jufqu’ici  des  defcrip- 
tions  exactes  &  nettes  de  chaque  ef- 
pece  de  maladie  tirée  des  fymptomes. 
Il  s’en  préfente  tous  les  jours  dans  la 
pratique ,  que  je  crois  être  les  mêmes 
que  d’autres  ont  déjà  obfervées  ,  & 
qui  cependant  arrêtent  ceux  qui  igno¬ 
rent  leur  hiftoire ,  leur  définition  *,  & 
la  connexion  de  leurs  fymptomes  ;  de 
forte  qu’il  n’efi:  pas  étonnant  qu’ils  ne 
fâchent  point  les  guérir,  Ce  qu’il  y  a 


Préliminaire.  333 
encore  de  plus  fâcheux ,  efl;  qu’il  y 
a  peu  de  Médecins  qui  daignent  écrire 
fur  les  efpeces  que  d’autres  ont  igno¬ 
rées  au  détriment  des  malades,  &  qui 
ayent  foin  de  faire  part  de  leurs  ob- 
fervations  à  leurs  collègues.  Si  ceux 
qui  s’attachent  à  obferver  les  maladies  , 
vouloient,  à  l’exemple  des  Botaniftes, 
fe  communiquer  mutuellement  leurs 
lumières ,  je  ne  doute  point  que  la 
Nofologie  ne  parvînt  en  peu  de  temps 
au  même  degré  de  perfedion  que  la 
Botanique. 


.Jt* 


J 34  Aux  Amateurs 

AUX  AMATEURS 

DE  LA  MÉDECINE. 

J’Entrepr-eîîds  un  grand  ouvragé,' 
&  je  ne  fais  fi  j’aurai  affez  de  forces 
pour  l’achever.  Baglivi  le  jugeoit  fi 
grand ,  qu’il  a  cru  qu’il  n’y  avoir  qu’une 
Académie  de  Médecins  qui  pût  s’en 
charger,  &;  il  en  avoir  propofé  une, 
dont  il  avoir  drefle  lui-même  les  régle- 
mens  &  les  ftatuts.  L’illufire  Syden¬ 
ham  en  avoir  fait  connoître  avant  lui 
la  néceffité  &  l’utilité ,  mais  il  ne  s’eft 
trouvé  jufqu’ici  perfonne  qui  ait  ofé 
s’en  charger. 

Je  fus  affez  hardi  il  y  a  trente  ans 
pour  en  former  le  defîein  ;  car  de  quoi 
n’eft-on  pas  capable  lorfqu’on  eft 
jeune  ?  Je  le  communiquai  au  célébré 
Boerhaave ,  qui  me  fit  la  réponfe  fui- 
vante  ;  «  Je  loue  fort  le  deflein  que 
>»  vous  avez  formé  de  ranger  les  ma- 
ÿ»  ladies  par  clalfes  ;  cet  ouvrage  eft 
»  utile ,  mais  d’un  travail  immenfe  ;  il 
P  demande  un  grand  fond  de  juge- 


de  la  Médecine.  33  5 

»  ment ,  beaucoup  de  favoir ,  de  pru- 
»  dence  &  d’affiduité  :  l’ordre  que 
H  vous  avez  deflein  de  fuivre  me  plaît 
M  infiniment  *♦.  11  finit  par  me  fouhai- 
ter  affez  de  vie  &  de  forces  pour 
l’exécuter. 

Aujourd’hui  que  je  fuis  plus  avancé 
en  âge,  je  fens  encore  mieux  l’utilité 
de  cette  entreprife  ,  mais  je  la  trouve 
tout  aufii  difficile.  Il  s’agit  de  donner 
la  defeription  de  dix-huit  cents  efpeces 
de  maladies,  fans  compter  quatre  cents 
variétés  d’affeéfions  différentes  ;  il  faut 
les  défigner  par  leurs  caraéleres,  par 
leurs  noms ,  par  leurs  genres  ;  il  faut 
en  donner  une  théorie  courte  &  fue- 
■cinte  ,  &  indiquer  la  m.éthode  curative 
qui  leur  convient  ;  &  quel  eft  l’hom¬ 
me  qui  puiffe  fuffire  à  tant  d’ouvrage  ? 

Morton  a  traité  un  ou  deux  genres , 
&  il  a  employé  toutes  fes  forces  & 
■toute  fa  vie  à  ce  travail.  Trillier  êc 
Verna  fe  font  livrés  tout  entiers  à  un 
feul  genre.  Lind  a  écrit  fur  le  feorbut  ; 
Afiruc  fur  les  maladies  vénériennes; 
d’autres  fur  d’autres  genres  ;  mais  per- 
fonne  n’a  fui vi  avec  méthode  une 
claffe  entière.  J’entreprends  d’ébaucher 
iDutes  les  claffesfans  prétendre  les  çom- 


\  -  - 

336  Ay.x  Amauurs 

pletter,  afin  qu’on  fâche  combien  2  y 
a  à  faire  encore  dans  la  Médecine ,  èc 
que  ceux  qui  aiment  leur  profe filon 
jfuppléent  à  ce  qui  manque  pour  la 
rendre  parfaite. 

Un  Médecin  clinique  qui  veut  faire 
fon  devoir,  doit,  du  moins  dans  les 
premières  années  de  fa  pratique  ,  dé¬ 
crire  pour  fon  ufage  les  maladies  par¬ 
ticulières  qu’il-obferve  ,  &c  les  rappor¬ 
ter  à  leurs  genres  &  à  leurs  efpeces.  ' 
Pour  y  réuffir ,  il  doit  chercher  dans 
les  Auteurs  l’hiftoire  de  la  maladie  qu’il 
traite ,  examiner  fes  caraâeres,  &  com¬ 
parer  ce  qu’ils  en  difent  avec  la  def- 
cription  qu’il  en  a  faite  lui- même;  ce 
qui  éfi:  difficile ,  vu  que  de  dix  mala¬ 
dies  qu’on  obferve ,  à  peine  en  trouve- 
t-on  une  que  les  Auteurs  ayent  bien 
décrite.  11  faut  donc  fuppléer  à  ce  dé¬ 
faut  par  un  nouveau  travail ,  &  tirer 
d’un  grand  nombre  d’hiftoires  indivi¬ 
duelles  de  la  même  efpece ,  le  carac¬ 
tère  qui  convient  à  l’efpece. 

Pour  déduire  le  caraâere  de  l’efpece 
de  cette  multitude  de  relations  indi-* 
vidueiles  de  la  même  maladie  ,  il  faut 
féparer  de  ces  hiftoires  tout  ce  qui  a 
rapport  à  la  théorie  ,  auflî  bien  qs^ 
ks 


de.  la,  Midicïm,  337 

îes  accldens  qu’occafionnent  les  fautes 
du  Médecin  ou  du  malade ,  ce  qui  eÆ 
extrêmement  diiEciie,  Il  faut  encore 
pour  que  l’Hiflorien  diftingue  ces  efpe- 
ces  des  autres  de  même  genre ,  qu’il 
îes  connoifTe  ;  il  a  donc  fallu  ébaucher 
du  moins  toutes  celles  du  même  genre, 
afin  qu’en  les  comparant  les  unes  avec 
les  autres, on  puiffe  connoître  le  carac¬ 
tère  qui  eft  propre  à  chacune. 

Les  Médecins  qui  entreprennent  la 
cure  d’une  maladie  qu’ils  ne  connoiffent  ' 
point,  qui  ignorent  fon  iffue ,  fes  pro-  / 
grès,  &  les  changemens  auxquels  elle  ; 
efl  fujette,  doivent  avouer  avec  Syden¬ 
ham  qu’ils  fe  trouvent  engagés  parmi 
des  écueils  au  milieu  des  ténèbres  ,  &  ^ 
<jue  le  malade  court  grand  rifque  en¬ 
tre  leurs  mains,  vu  qu’il  n’y  a  ni  théorie, 
ni  fagacité  qui  puiffe  faire  deviner  l’é¬ 
vénement  &  les  progrès  de  la  mala¬ 
die  ;  &  qu’arrive-t-il  de  là  ?  On  craint 
fouvent  un  changement  fubit  ,  dont 
cependant  dépend  la  guérifon  du  mala¬ 
de  ;  on  interrompt  les  effets  falutaires  de 
la  nature, on  l’oblige  à  en  faire  de  nou¬ 
veaux  ,  qui  font  fouvent  nuifibies ,  &: 
l’on  ne  fait  ni  quand  il  faut  agir ,  ni 
quand  il  faut  temporifer. 

Tome  /, 


P 


338  Aux  Amateurs 

II  n’y  a  point  de  Médecin ,  qui ,  lorf- 
qu’ii  y  va  de  la  vie  d’un  pere  ou  d’un 
fils ,  n’achetât  de  tout  fon  bien  l’hif- 
toire  de  ia  maladie  qu’il  traite  ;  &  en 
effet ,  elle  lui  fert  comme  d’une  Bouf- 
fole  pour  diriger  fa  courfe  fur  la  mer 
orageufe  de  la  pratique.  Celui  qui  con- 
noît  par  Thilloire  d’une  maladie  fes 
paroxyfmes ,  fes  crifes  &  fes  divers 
changemens ,  fait  fouvent  plus  en  ref- 
tant  dans  l’inadion,  qu’un  ignorant  qui 
ne  ceffe  d’agir,  &  qui  n’a  ni  vues,  ni 
méthode  fixe. 

La  nature  ne  connoît  prefque  qu’une 
voie  pour  guérir  les  maladies.Par  exem¬ 
ple  ,  elle  guérit  la  pefte  par  l’éruption 
des  bubons  ;  la  petite  vérole ,  par  la 
fuppuration  des  puftules  ,  la  fievre 
tierce  inflammatoire  ,  par  la  diarrhée 
bilieufe.  11  n’y  a  donc  qu’un  Médecin 
qui  connoît  cette  voie  déterminée  par 
l’hiftoire  de  l’efpece ,  qui  puiffe  diri¬ 
ger  fes  efforts  ,  &  lui  préparer  une 
voie  qui  mene  à  la  fanté  ?  Mais  celui 
qui  l’ignore  ,  ne  la  fuivra  que  par  ha- 
fard;  &  comme  entre  plufieurs  voies 
il  n’y  en  a  qu’une  de  sûre ,  il  eft  vrai- 
femblable  qu’il  en  fuivra  une  de  celles 
qui  font  dangereufes ,  ou  bien  chan- 


de.  la  Médecine.  -339 

géant  de  réfoiution  dans  cet  état  d’in¬ 
certitude  ,  il  ne  fera  que  troubler  les 
efforts  de  la  nature. 

Rien  n’eft  donc  plus  important  que 
de  pofféder  à  fond  i’hiftoire  de  chaque 
maladie  j  l’étude  ni  la  théorie  ne  l’au- 
roient  dédommager  de  fon  ignorance  , 
&  cette  ignorance  eff  prefque  tou¬ 
jours  funefte  aux  malades.  En  effet ,  û 
la  maladie  peut  fe  terminer  de  dix 
maniérés  également  pofllbles ,  &  qu’il 
n’y  en  ait  qu’une  qui  conduife  à  la  gué- 
riibn;  en  fuppofant  que  le  Médecin 
ne  la  connoît  pas ,  le  malade  court  au¬ 
tant  de  rifque  pour  fa  vie  ,  que  fi  fa 
fanté  dépendoit  d’un  coup  de  dés , 
qu’on  peut  amener  de  dix  façons  , 
dont  neuf  font  pour  la  mort ,  Ôc  un 
feul  pour  la  vie. 

Cette  confidération  doit  engager  les 
Médecins  à  perfectionner  l’hiftoire  des 
maladies  ,  fur-tout  s’ils  font  attention 
au  fruit  qu’ils  peuvent  en  retirer ,  rela¬ 
tivement  aux  travaux  des  Médecins 
qui  les  ont  précédés ,  &  aux  dangers 
dont  elle  peut  les  garantir.  Nous  avons 
fur  chaque  maladie  ,  non-feulement 
une  infinité  de  formules,  mais,  ce  qui 
eff  encore  plus  effentiel ,  de  méthodes 


340  Aux  Amateurs 

curatives  :  mais  il  eft  arrivé  aux  Mé¬ 
decins  la  même  chofe  qu’aux  Botanif- 
tes.  Pline  ^  Diofcoride  &  d’autres  An¬ 
ciens  ,  attribuent  des  milliers  de  vertus 
à  certaines  plantes  :  mais  à  quoi  cela 
peut-il  nous  fervir  ,  fi  l’on  ignore  la 
plante  dont  on  raconte  de  fi  grands 
prodiges  ?  Les  Savans  ne  connoifient 
point'  encore  VAlthaa  de  Plin£ ,  ni  le 
Rhabârharum  de  Diofcoride,  ni  le  Ne- 
penthé  à'Homere.  La  critique  s’eft  exer¬ 
cée  là-defliis  depuis  trois  cents  ans, 
on  a  écrit  fur  ce  fujet  quantité  de  vo¬ 
lumes  ,  &  malgré  les  travaux  de  Ma- 
thiolc  &  de  Dalechamp  ,  les  modernes 
ont  été  obligés  de  décrire  de  nouveau 
les  plantes,  de  défigner  leurs  caraderes, 
de  leur  afiigner  des  noms,  afin  qu’à 
mefure  que  l’on  découvrira  leurs  ver¬ 
tus  ,  on  puiffe  en  tranfmettre  avec 
certitude  la  connoiflance  à  la  poftérité. 

Les  Médecins  ne  peuvent  pas  fe 
difpenfer  d’en  venir  à  cette  méthode 
toute  pénible  qu’elle  eft.  Les  volumes 
immenfes  qu’on  a  écrits  fur  les  vertus 
des  médicamens ,  &  dans  lefquels  on 
nous  promet  des  fecours  afîiirés  pour 
la  guérifon  de  telle  ou  telle  maladie, 
nous  deviennent  abfolmnent  inutiles. 


de  la  Médecine.  341 

pâfCe  qu’on  ignore  les  maladies  dont 
on  parle.  On  nous  donne ,  à  la  vérité, 
les  noms  des  maladies  &  des  remedes 
qui  leur  font  propres ,  mais  on  n’en 
fait  point  la  defeription ,  ou  ,  fi  on  la 
fait ,  c’efi:  d’une  maniéré  fi  générale , 
qu’on  n’en  peut  tirer  qu’une  connoif- 
fance  confufe  &  conjefturale.  . 

C’efi  inutilement  que  l’on  donne 
les  noms  des  maladies ,  fi  l’on  n’a  foin 
de  les  fixer  par  une  defeription  précife 
&  exaâe.  Cette  négligence  efi  caufe 
que  nous  ignorons  encore  quantité 
de  maladies ,  dont  on  trouve  les  noms 
dans  les  écrits  à' Hippocrate  ;  telles  font 
le  typhus f  le  pachy^  le  phrontis,  Vavanté, 
la  phœnicie ,  le  leuce ,  VkippounSy  le  phc~ 
rca  ;  telle  efi  encore  la  gemurfa  de  Pline, 

&  quantité  d’autres  ;  &:  du  refte  ,  la 
defeription  de  la  maladie  individuelle 
n’efi  utile  qu’autant  qu’elle  comprend 
la  définition  de  l’efpece.  On  doit  donc 
s’attacher ,  non-feulement  à  décrire 
exadement  chaque  maladie  indivi¬ 
duelle  ,  mais  encore  à  découvrir  par 
l’hiftoire  des  individus  ,  le  caradere  de 
chaque  efpece. 

Lorfqu’on  n’a  pas  foin  de  défigner  ‘ 
une  maladie  par  un  nom  propre  ,  on 
P  iij 


342.  Aux  Amateurs  ~ 

n’en  a  qu’une  connoifTance  oBfcure 
&  imparfaite.  Nous  ignorons  prefque 
les  maladies  (^Hippocrate  a  décrites , 
lorfqu’il  ne  leur  a  point  donné  des 
noms.  Connoît-on  ,  par  exemple,  la 
maladie  des  Scythes^  dont  Vénus  Uranie 
afSîgeoit  ceux  qui  encouroient  fa  haine? 
Sait-on  ce  que  c’ell:  que  le  magni  fpU- 
nes ,  le  morbus  nigcr^  le  morbus  ruUiwfus? 
Ou  les  connoîîroit-on  mieux  s’il  les  eût 
rapportées  à  la  mélancoKe ,  au  fcor- 
hut  ,  au  inèlæna  ,  &  à  divers  autres 
genres  auxquels  il  eût  donné  des 
noms. 

Les  Anciens  ont  donné  indiftincre- 
ment  le  nom  d’ophthalmie  à  toutes 
les  maladies  des  yeux  ,  qui  font  ac¬ 
compagnées  de  douleur  &  de  rougeur , 
&  ils  ont  indiqué  pour  cette  maladie 
quantité  de  remedes  qui  ont  tous  des 
vertus  différentes ,  tels  que  les  émoi- 
liens  ,  les  déterfiff  ,  les  corrofifs ,  les 
repercuffifs  ,  les  defficatifs  ;  mais  on 
ne  connoît  ni  duquel  de  ces  remedes, 
ni  dans  quel  temps  il  convient  d’en 
faire  ufage  ;-c’eff  donc  inutilement 
qu’ils  nous  en  ont  fait  l’énumération , 
&  qu’ils  fe  font  attachés  à  nous  les 
tranfmettre  ,  puifque  nous  ne  favons 


de.  la.  Mcdlcine.  343 

nî  la  maladie ,  ni  le  période  de  la  ma¬ 
ladie  où  il  convient  de  les  employer. 
Peut-on  fe  perfuader  que  l’eau  rofe^ 
qui  eft  bonne  pour  l’ophîhalmie  qui 
rend  l’œil  trouble ,  guériffe  le  chemojïs^ 
ni  que  le  collyre  de  Sloane  ,  qui  a 
fait  la  fortune  de  'fon  inventeur  ,  ait 
pu  guérir  l’ophthalmie  vérolique  ?  Et 
auroit-on  employé  dans  l’ophthalmie 
interne  des  milliers  de  collyres ,  qui 
n’auroient  pas  atteint  à  la  rétine  en¬ 
flammée  ,  ou  n’auroient  fervi  qu’à  aug¬ 
menter  l’inflammation  ? 

Comme  on  doit  varier  les  remedes"^ 
félon  que  les  efpeces  varient,  &  qu’on 
eft  même  fouvent  obligé  d’en  em¬ 
ployer  de  contraires  fuivant  la  diffé-  ' 
rence  des  efpeces  dans  les  mêmes  ^ 
genres ,  il  eft  évident  que  ces  cura¬ 
tions  vagues  que  l’on  emploie  pour 
un  genre  ,  &  qui  ne  conviennent 
point  à  l’efpece  ,  font  dangereufes ,  ; 
ou  du  moins  inutiles  ,  &  que  S.  Yves  ' 
a  plus  fait  en  afîignant  des  remedes 
pour  chaque  efpece  d’ophthalmie  -  que 
tous  les  Grecs  ,  les  Arabes  &  les  mo¬ 
dernes  enfemble ,  qui  nous  ont  laifle 
«ne  multitude  de  remedes,  fans  dif- 
tinguer  les  efpeces  auxquelles  ils  con¬ 
viennent,  P  iv 


344  Amateurs 

Le  plus  dîfficiîe  eû  de  déterminer 
les  efpeces  de  chaque  genre  j  c’eû  là 
où  gît  tout  lé  travail.  11  y  a  quantité 
d’ Auteurs  ,  qui ,  faute  d’avoir  étudié  la 
Logique  ^  établiffent  autant  de  genres 
qu’il  y  a  d’efpeces ,  &  qui  divifent  le 
même  genre  en  ophthaîmie ,  en  taraxis^ 
en  chemofis  ,  comme  en  autant 
genres  difFérens ,  ou  qui  comprennent 
fous  le  même  nom  générique  ,  des  ef¬ 
peces  qui  appartiennent  à  des  genres 
difîérens.  Par  exemple,  les  Médecins  de 
Guide  ont  donné  les  noms  de  typhus  , 
tantôt  à  unê  fievre  continue ,  connue 
fous  le  nom  de  fievre  maligne,  tantôt 
à  la  fievre  tierce  continue  inflamma¬ 
toire  ,  tantôt  à  une  efpece  de  rhuma- 
tifme  ,  de  diarrhée  &  d’anafarque, 
d’où  vient  Hippocrate  les  accitfe 
d’ignorance. 

Les  fîgnes  pronofiies  &  diagnoftics 
qu’on  établit  par  rapport  au  genre 
d’une  maladie  ,  font  faux  ,  ou  du 
moins  inutiles ,  toutes  les  fois  qu’ils 
ne  font  vrais  qu’à  l’égard  de  l’une  ou 
de  l’autre  efpece.  Par  exemple  ,  ô 
quelqu’un  dit  de  la  petite  vérole  en 
général ,  que  c’efl:  une  maladie  grave , 
dangereufe  ,  &  qui  demande  à  être 


d&  la  Médecine,  345 

tmtée  par  un  habile  Médecin ,  il  avance 
une  fauffeté ,  vu  que  celle  qui  efl:  bé¬ 
nigne  pouffe  en  pleine  rue ,  &  fe  gué¬ 
rit  fans  Médecin.  Comme  les  Auteurs 
ont  commis  la  même  erreur  à  l’egard 
de  prefque  toutes  les  maladies ,  il  n’eft 
pas  étonnant  que  la  Médecine  n’ait 
fait  aucun  progrès  pendant  vingt  fic¬ 
elés  ,  &  que-  la  Botanique ,  qui  a  été 
traitée  méthodiquement  dans  ces  der¬ 
niers  temps,  foit  devenue  une  fcience 
certaine  aufli  facile  qu’elle  efl;  féconde. 

Que  les  Médecins  renoncent  donc 
aux  préjugés  des  Ecoles ,  qu’ils  obéif- 
fent  à  la  raifon  plutôt  qu’à  l’ufage ,  & 
qu’ils  n’autorifent  point  les  abus.  La 
théorie  qu’ils  fuivent  étant  fauffe  , 
obfcure  &  incertaine  dans  plufieurs 
points  ,  elle  ne  peut  les  conduire  à 
cette  évidence  &  à  cette  certitude 
dont  on  a  befoin  lorfqu’il  s’agit  de 
la  vie  des  hommes  ,  vu  qu’elle  en  efl: 
elle-même  dépourvue.  La  théorie  efl: 
par  rapport  à  la  Médecine,  ce  qu’efl: 
l’hypothefe  par  rapport  à  la  Phyfique  ; 
elle  fert,  non  point  à  prouver  une 
thefe  ,  comme  quelques  Philofophes 
fe  l’imaginent  fauffement ,  mais  à  dé¬ 
couvrir  la  vérité.  Elle  doit  être  poiu: 


34^  À-Ux  Amateurs 

ie  Médecin  ce  que  font  pour  les  Géo¬ 
mètres  les  fauffes  pofitions  qu’ils  font 
pour  réfoudre  les  problèmes. 

Le  Dr.  Haies ,  qui  elTun  de  ceux  qui 
de  notre  temps  ont  le  plus  excellé  dans 
l’art  de  faire  des  expérienceSjavoue  qu’a- 
près  en  avoir  fait  plufieurs  milliers  fur  les 
corps  des  animaux,  il  s’eft  néanmoins 
trompé  toutes  les  fois  qu’il  a  voulu 
prévoir  &  deviner  les  faits ,  &  que  la 
théorie  &  l’analogie  l’ont  fouvent 
abufé  dans  des  chofes  où  les  yeux  & 
la  main  lui  fervoient  de  guides.  Quelles 
erreurs  les  Médecins  ne  doivent-ils 
pas  commettre ,  lorfque  fans  confulter 
l’expérience  ,  &;  guidés  par  la  feule 
théorie  ,  ils  ofent,  décider  de  ce  qui 
ïe  paffe  dans  le  corps  humain  ,  lors 
fur-tout  qu’ils  ignorent ,  comme  il  ar¬ 
rive  fouvent ,  la  Phyfique  ,  l’Hydro¬ 
dynamique  &  la  Logique  même;  & 
qu’ils  fe  fondent  fur  des  hypothefes 
ou  des  principes  évidemment  faux  1 
O  Chimiftes,Hiimorilles,  Mécaniciens, 
qui  avez  été  fi  fouvent  trompes ,  ne 
conviendrez-vous  jamais  que  ia  con- 
noifi’ance  hiftorique  doit  fervir  de  bafe 
à  la  Médecine  ,  &  que  la  théorie  feule 
eit  un  guide  infidèle  1 


de  la  Médecine.  347 

Chaque  maladie  a  un  double  carac¬ 
tère,  l’un  faBice^  &  propre  à  chaque 
méthode ,  &  l’autre  defcriptif ,  &  com- 
jpun  à  chaque  méthode.  Dès  qu’on 
met ,  par  exemple,  l’ileus  dans  le  rang 
des  douleurs  topiques ,  on  comprend 
qu’il  eft  accompagné  d’une  douleur 
fixe  dans  la  partie  qu’il  affefte  ,  &  par 
conféquent  il  efl;  inutile  de  répéter  ce 
caraûere  ;  il  fiiffit  d’y  ajouter  deux 
autres  fymptomes  ,  favoir ,  un  vomif- 
fement  fœtide  ,  &  la  conftipation  , 
p®ur  le  diftinguer  des  autres  maladies 
du  même  ordre  ,  par  exemple  de  la 
colique  ,  de  la  gaftrodynie  ,  &c.  &: 
c’êft  là  un  caraâere  fectice ,  qui.  dépend 
de  la  méthode  qu’on  a  choifie.  Si  l’on 
veut  un  caraftere  defcriptif,  il  faut 
donner  l’hiftoire  de  la  maladie ,  de  forte 
qu’on  puifTe  la  reconnoître,  dans  quelle 
clafle  qu’on  la  place ,  comme  parmi 
les  maladies  évacuatoires ,  celles  du 
bas- ventre,  les  maladies  aiguës,  hu¬ 
morales,  félon  qu’il  plaît  à  chacun 
d’établir  &  de  divifer  fes  claffes. 

Si  un  Soldat  eft  dans  une  compagnie 
diftinguée  par  un  uniforme  particulier, 
&  qu’on  veuille  le  reconnoître;  s’il 
eft  le  iêul ,  par  exemole ,  qui  ait  les 

P.Vj 


1 


34^  -Aux  Amateurs'  | 

cheveux  crépus  &  le  nez  camus,  H  | 
eâ  aîfé  de  reconnoxtre  fon  caraôere  I 
faüice  par  fon  nez  &  fes  cheveux, 
rapprochés  de  runiforme  de  fa  com-  | 
pagnie  ;  mais  s’il  étoit  queftion  de  le  ' 
reconnoître  lorfque  l’armée  eft  con¬ 
fondue  ,  que  les  compagnies  ont  quitté 
leurs  uniformes  ,  il  faudroit  outre  ce 
caraâere,  un  fignalement  ou  un  ca:- 
raâiere  defcriptif,  qui  pût  le  faire  dif-  ' 
tinguer  de  fes  camarades ,  qui  ont  le 
nez  camus  &  les  cheveux  crépus  com¬ 
me  lui.  De  meme  dans  chaque  geirre 
&  dans  chque  efpece ,  outre  le  caraci- 
tere  faftiee  de  la  clafTe  &  de  Tordre, 
jTfciut  une  defcription  ou  un  fignale- 
ment  qui  là  fafîe  diflinguer  des  autres  , 

&  ces  deux  carafleres  manquent  en¬ 
core  dans  un  grand  nombre  de  ma¬ 
ladies.  - 

VHiJloire  différé  du  Jignatement  en 
'  ce  que ,  Thîfloire  rapporte  les  phé¬ 
nomènes  de  la  maladie  dans  le  même 
ordre  qu’ils  fe  manifeflent  dans  les  ma¬ 
lades;  toutes  les  heures,  dans  les  ma¬ 
ladies  extrêmement  aiguës  ;  tous  des 
jours ,  dans  les  aiguës  ;  tous  les  mois  , 
dans  les  chroniques  ;  &  celui  qui  écrit 
ThiftOire  de  la  maladie  doit,  évs* 


de  la,  Mlâeclm.  ^49 

ter  îes  îermes  métaphoriques  qui  pour- 
roient  tromper  le  Leâeur  ;  3  ® .  ne  rap¬ 
porter  que  ce  qui  tombe  fous  les  fens  , 
ou ,  ce  qui  revient  au  même ,  ne  jamais 
confondre  avec  les  faits  ,  ce  qu’il  juge 
de  la  caufe  ,  du  principe  ,  du  fîege  in¬ 
terne  de  la  maladie  ;  pour  ne  point  ref- 
fembler  aux  payfans ,  qui ,  lorfque  le 
Médecin  leur  demande  quel  mal  ils  fen- 
tent ,  lui  difent  ce  qu’ils  penfent  de  la 
caufe  de  leur  maladie ,  par  exemple  , 
qu’ils  ont  fait  un  effort,  qu’ils  fe  font 
ouvert  Vefiomac  ,  &c.  au  lieu  de  lui  dire 
fimplement  qu’ils  fentent  de  la  douleur 
dans  telle  ou  telle  partie ,  qu’ils  vomif- 
fent ,  &  qu’il  leur  arrive  tel  autre  ac¬ 
cident. 

Au  contraire ,  dans  le  fignalement  oiî 
ne  doit  point  rapporter  les  phénomè¬ 
nes  dans  l’ordre  qu’ils  fe  font  manifes¬ 
tés  ,  mais  de  maniéré  qu’on  piiiiTe  les 
diftinguer  des  autres  maladies  de  même 
genre.  Par  exemple  ,  dans  l’hiftoire  de 
la  maladie  on  doit  rapporter  fcrupuleu- 
fement,  l’âge,  le  fexe ,  le  tempérament, 
le  régime  ,  la  profelïion  du  malade ,  le 
fuccès  des  remedes ,  ceux  qui  font  du 
bien  oif  du  mal  au  malade  ;  au  heu  que 
dans  le  fignalement  on  ne  doit  rappor- 


350  Aux  Amatmrs 

t€r  que  ce  qui  peut  fervir  à  diftinguer 
cette  maladie  des  autres.  Or  ,  comme 
on  peut  réduire  tous  les  phénomènes 
aux  aâions  de-  Pamc ,  telles  que  le  fen- 
timent ,  l’entendement ,  les  défirs ,  les 
volontés  &  les  mouvemens  ;  znx  fonc¬ 
tions  naturelles ,  telles  que  la  refpiraîion 
&  le  pouls;  aux  excrétions ^ 
les  déje  étions  du  bas- ventre ,  les  écou- 
lemens  d’urine  ;  &  aux  qualités ,  telles 
que  la  couleur  ,  la  faveur ,  la  figure, 
&c.  on  peut  fuivre  cet  ordre  en  rap¬ 
portant  les  phénomènes  caraétérifti- 
ques. 

On  doit  joindre  à  l’hifioire  des  ma¬ 
ladies  un  catalogue  des  noms  fynony- 
mes  dont  les  principaux  Auteurs  fe  font 
fervis  pour  défigner  la  même  efpece 
de  maladie  ,  &  citer  l’endroit  de  l’ou¬ 
vrage  oïl  l’on  en  donne  la  defeription. 
Par  ce  moyen  ,  un  Médecin  qui  con- 
fulte  ces  Auteurs ,  peut  comparer  l’ef- 
pece  qu’il  obferve  avec  celles  dont  ils 
ont  donné  la  defeription  ,  &  voir  en 
quoi  elles  fe  reffembient ,  en  quoi  elles 
different ,  quel  efi;  fon  pronoftic ,  fa 
C' ire,  outre  qu’en  comparant  plufieurs 
hifloires  enfembie  ,  il  lui  eft*  aifé  de 
déterminer  fon  caractère  fpécifique. 


d&  la  Médecine.  351 

&  de  dioifir  parmi  diftérentes  métho¬ 
des  ,  celle  qui  lui  paroît  la  plus  fure  , 
&  la  plus  infaillible. 

Il  feroit  encore  à  propos  de  rappro¬ 
cher  les  différentes  théories  qu’on  a 
établies  par  rapport  à  la  même  maladie, 
par  exemple  ,  celles  de  -Galien  ,  des 
Chimifles  3  des  Pneumatiftes  ,  des  Mé¬ 
caniciens  ,  des  difciples  de  Stahl ,  &c. 
qui  forment  tout  autant  de  feôes  dif¬ 
férentes,  mais  qui  ne  different  fouvent 
que  de  nom.  Mais  il  vaudroit  mieux 
examiner  les  différentes  méthodes  cu¬ 
ratives  qui  font  employées  en  diffé- 
rens  pays  &  dans  différentes  fedes  y 
je  donnerai  dans  le  cours  de  cet  ou¬ 
vrage  quelques  précis  de  ce§  méthodes. 

J’ai  traité  fort  au  long  de  la  Nomen¬ 
clature  des  genres  dans  la  première 
partie  de  cet  ouvrage  ;  &  quant  aux 
noms  particuliers  ,  ils  font  de  deux 
fortes.  Les  uns  font  caraBériJiiques ,  & 
comprennent  la  vraie  définition  de  l’ef- 
pece  ,  de  forte  qu’ils  fuffifent  pour  la 
faire  connoître  &  diflinguer  des  autres; 
tels  font  ceux  que  j’ai  employés  dans 
la  première  claffe.  Ces  noms  ne  font 
nullement  arlàtraires ,  &  quoiqu’on  ne 
s’en  ferve  point  dans  le  commerce  de 


1^2  Aux  Amateurs 

îa.  vie  ,  ils  font  auffi  nécefîaires  pour 
défigner  les  maladies  ,  que  le  fignale- 
ment  l’eft  pour  reconnoître  un  foldat. 

Les  autres  font  triviaux  ^  ils  n’ont 
rien  de  recommandable  que  leur  briè¬ 
veté  ;  mais  ils  font  extrêmement  com¬ 
modes  dans  la  convèrfation  ;  tels  font 
ceux  apoplexie  pituiteufe  ,  de  diarrhée 
bilieufe^  &c.  qui  ne  marquent  rien  de 
clair  &  de  àftinâ  ,  de  forte  qu’on 
eft  obligé  d’y  joindre  une  defcription. 
Il  en  eft  de  ces  noms  comme  des  noms 
militaires  que  l’on  donne  à  chaque  fol¬ 
dat  ;  ils  font  propres  à  chacun,  &,fort 
courts  ;  mais  fi  l’on  n’y  joignoiî  le  fi- 
gnalement ,  ils  ne  ferviroient  4  rien 
pour  les  faire  connoître.  U  eft  extrê¬ 
mement  difficile  de  fuivre  les  réglés 
de  la  Logique  dans  l’impofition  de  ces 
noms  ,  parce  qu’on  ne  fe  fert  pas  des 
meilleurs,  mais  de  ceux  qui  font  les 
plus  courts  &  les  plus  ufités. 

Mais  lorfqu’on  établit  des  noms  ca- 
raôériftiques  ,  ces  mêmes  réglés  exi¬ 
gent,  I®.  qu’ils  foient Amplement  tirés 
des  phénomènes  ;  2®.  qu’ils  foient  pro¬ 
pres  ,  fimples  ,  fans  tropes  ni  figures 
de  Rhétorique;  5^^.  qu’ils  ne  foient 
jamais  pris  des  chofes  cachées ,  telles 


,  di  la  Médecine.  35^3 

que  ie  fiege  interne ,  la  caufe ,  îe  prin» 
cipe  de  la  maladie  ,  ni  encore  moins 
du  pays ,  de  l’âge ,  du  fexe  ,  de  la  (ai- 
fon  ;  4^.  qu’ils  foient  tirés  des  qualités 
abfolues ,  &  non  point  des  qualités  re¬ 
latives-;  car  comme  ces  noms  font  éîar 
biis  pour  faire  connoître  la  maladie, 
&  pour  déterminer  fon  efpece ,  ils  doi¬ 
vent  ne  point  fuppofer  connu  ce  que 
l’on  cherche ,  &  ne  rien  exprimer  que 
ce  qu’on  peut  découvrir  dans  les  phé^ 
nomenes  qu’on  remarque  dans  le  ma¬ 
lade  ;  or  on  eft  hors  d’état  de  juger  en 
voyant  le  malade  fi  une  apoplexie  efl 
plus  forte  ou  plus  légère  qu’une  autre  ; 
fi  la  colî£|ue  a  fon  fiege  dans  îe  mé- 
fentere  ou  dans  l’iléon  ;  fi  ie  choiera 
eft  Indien  ou  Européen;  fi  la  maladie 
efi:  une  maladie  propre  des  filles  ,  ou 
un  mal  particulier  aux  femmes  en  cou¬ 
che  ,  vu  qu’un  Européen  peut  avoir  la 
même  maladie  qu’un  Indien,  une  fille 
qu’une  femme ,  &  réciproquement.  En 
un  mot,  on  ne  doit  admettre  dans  le  ca- 
raftere ,  ni  par  conféquent  dans  le  nom 
caraûérifiique ,  que  ce  que  la  fimple 
attention  que  l’on  donne  aux  phéno¬ 
mènes  qui  frappent  les  fens  peut  noiîs 
apprendre  ;  &  l’on  doit  renvoyer  à  la 


354  Aux  Amateurs  •  T 

théorie  tout  ce  qu’on  s’imagine  ,  par  le  | 
fecours  du  raifonnement  ou  de  l’ima-  1 
gination,  appartenir  à  la  maladie. 

Je  finirai  par  les  propres  paroles  du 
fameux  Gaubius  ,  qui  s’exprime  en  ces  I 
termes  dans  la  Pathologie  qu’il  vient  de 
publier,  «  Il  paroît  par  ce  que  je  viens 
»  de  dire ,  que  les  Médecins  ne  doivent 
H  point  défefpérer  qu’en  fuivant  l’e- 
»  xemple  de  ceux  qui  ont  écrit  fur 
l’Hifioire  naturelle ,  on  ne  réduife  un 
•»  jour  en  Ijfiême  ce  grand  nombre 
»  de  maladies  ,  &  que  fans  recourir 
»  aux  hypothefes  ,  ni  aux  fixions ,  & 

»  par  le  feul  fecours  de  l’obfervation, 

»  on  ne  les  range  par  clafles ,  par  gen- 
»  res  &  par  efpeces  ,  qui  feront  cha- 
n  cune  diftinguées  par  des  fignes  ca- 
»  raâériftiques  certains ,  abfolps  &  ma- 
»  nifefies.  Les  eflais  que  les  Modernes 
n  ont  donnés  là-deflus  nous  font  ef- 
>»  pérer  que  le  fuccès  répondra  à  notre 
»  attente  ,  &  qu’une  entreprifê  aulîi 
»  importante ,  &  à  laquelle  tant  d’hon- 
»  nêtes  gens  s’intéreffent  s’achèvera 
de  façon ,  qu’outre  l’utilité  dont  elle 
■M  fera  pour  trouver  les  noms  des  ma- 
>»  ladies  ,  elle  nous  ouvrira  la  voie 
»  pour  trouver  la  cure  qui  leur  con- 


de  la  Médecine.  355 

vient  ».  C’eft  ainfi  que  s’exprime 
rilîuftre  Profeffeur  de  Leyde.  A  quoi 
j’ajouterai  le  fufFrage  de  Thomas  Sim- 
Jbn,  ABes  d* Edimbourg  ,  Tom.  IT".  arti¬ 
cle  XX.  qui  veut  que  i’on  fuive  en  dé¬ 
crivant  les  genres  &  les  efpeces  des 
maladies,  le  même  ordre  &  la  même 
méthode  que  les  Botanilles  ont  obfer-, 
vée  dans  les  defcriptions  qu’ils  ont 
données  des  plantes. 

L’illuftre  Baron  Van  Swieten  s’expri¬ 
me  ainfi  dans  plufieurs  endroits  de  fes 
Commentaires  {vcc  l’iftere,  fur  la  manie , 
&c.  «  II  fuit  de  ce  qui  a  été  dit  jufqu’ici, 
»  qu’on  doit  diftinguer  avec  foin  les 
»  différentes  efpeces  de  maladies ,  afin 
»  d’approprier  à  chacune  le  traitement 
»  qui  lui  convient ,  vu  que  tels  re- 
»  medesi  propres  à  guérir  une  efpece , 

»  fl  on  les  applique  à  une  autre  efpece 
»  du  même  genre ,  font  fouvent  très- 
»  nuifibles  ».  C’eft  d’après  ce  confeil 
de  Wan  Swieten  ,  que  le  célébré  Frey- 
finger ,  Médecin  de  Vienne  en  Autri¬ 
che  ,  a  dreffé  fes  claftes  des  maladies 
ne  la  tête  à  peu  près  fuivant  notre  mé¬ 
thode.  Quant  à  ce  que  dit  de  favora¬ 
ble  fur  la  maniéré  dont  j’ai  rempli  mon 
objet ,  l’iiluftre  Linnceus ,  Médecin  du 


35^  Aux  Amateurs 

Roi  de  Suede ,  dans  fes  Aménités  Aca¬ 
démiques,  Vol.  VL  quant  aux  éloges 
diftingués  qu’il  donne  à  ma  Nofologie 
dans  les  lettres  qu’il  m’a  écrites,  je  ne 
puis  rapporter  tout  cela  qu’à  l’amitié 
dont  il  m’honore  ;  cependant  comme 
ce  favant  perfonnage ,  entre  mille  au¬ 
tres  talens ,  a  éminemment  celui  d’être 
un  des  meilleurs  Juges  en  fait  de-mé- 
îhodes  de'clafîîfîcation, je  ne  puisque 
me  féliciter  beaucoup  de  ce  qu’il  a 
approuvé  d’une  maniéré  fi  difiinguée , 
celle  que  j’ai  fuivie. 

Dans  cette  nouvelle  édition ,  outre 
beaucoup  d’efpeces  &  quelques  gen¬ 
res  ,  qui  ne  fe  trouvent  pas  dans  la  pre¬ 
mière  ,  j’ai  cru  devoir  ajouter  en  forme 
de  fupplément,  un  tableau  des  mala¬ 
dies,  claffées  fuivantla  méthode  Etio¬ 
logique  .&  fuivant  l’ Anatomique  ,  afin 
que  par  lé  moyen  de  la  première  ,  on 
puiflé-voir  d’un  coup  d’œil  quelle  mé¬ 
thode  curative  générale  convient  à  tou¬ 
tes  les  efpeces  d’une  meme  clafle  ,  Si 
que  par  le  moyen  de  la  fécondé ,  les 
Candidats  s’apperçoivent  que  notre 
nomenclature  &  notre  diagnofiic  des 
maladies  ,  peuvent  s’accorder  avec  les 
méthodes  anciennes.  J’aurois  pu  ,  à 


dt  la  Médecine.  357 

l’exemple  de  Cselius  Aureîianus  ,  faire 
des  ciaffes  de  malades ,  &  non  de  ma¬ 
ladies  ;  ces  claffes  auroient  compris  les 
épileptiques ,  les  paralytiques ,  les  apo^^ 
pleûiques ,  les  hydrophobes  j  les  ter^ 
tianaires ,  les  quartanaires ,  &:c.  mais 
le  manque  de  noms  propres  à  défigner 
les  malades ,  y  a  été  un  obftàcle.  Ces 
claffes  ainfi  dreffées  auroient  prouvé, 
que  de  même  que  les  plantes  font  l’ob¬ 
jet  de  la  Botanique,  de  même  les  ma¬ 
lades  font  l’objet  de  la  Nofologie. 

Afin  de  faire  connoître  d’un  coup 
d’œil  la  durée  &  le  danger  de  chaque 
maladie ,  (il  ne  s’agit  point  ici  des  fymp- 
îomes  fimples)  nous  les.  avons  indi¬ 
qués  à  la  fin  de  chaque  nom,  par  les 
carafteres  fuivans. 

A.  marque  une  maladie  aiguë ,  c’eft- 
à-dire,  courte  &  dangereufe. 

B.  une  maladie  couru ,  ou  qui  fe  ter¬ 
mine  bientôt  &  fans  danger. 

C.  une  maladie  chronique ,  c’eft-à- 
dire ,  longue  &  dangereufe. 

L.  Une  maladie  longue ,  ou  dont  la 
marche  eft  lente  &  fans  danger. 

P.  une  maladie  périodiqtu  ^  qu’elle 
foit  intermittente  ou  rémittente. 

D.  une  maladie  douuufe  y  dont  la  du-» 


35°  Aux  Amateurs 

rée  &  le  danger' vaHent ,  ou  ne  font 
pas  affez  con'ilans. 

a.  b.  c  ,  &  les  autres  caraderes  Ara¬ 
bes  déiignent  des  variétés  de  la  même 
efpece.  ■ 

Toutes  les  maladies  qu’on  obfervé, 
font  individuelles ,  &  à  parler  à  la  ri¬ 
gueur  ,  différentes  entr’elles ,  comme 
le  font  toutes  les  feuilles  d’un  même 
arbre  ;  mais  à  parler  pratiquement  ^  il  y 
en  a  qui  font  femblables ,  comme  deux 
apoplexies  féreufes ,  deux  diarrhées  bi- 
lieufes ,  &c.  &  cette  reffemblance  d’in¬ 
dividus  s’appelle  efpece,  ainfi  deux  di^- 
rhées  bilieufes  font  de  la  même  efpece. 
Il  fuit  de  là  que  les  efpeces  de  chaque 
maladie  ne  comprennent  fous  elles  que 
des  maladies  individuelles  ;  la  différen¬ 
ce  qui  peut  fe  trouver  entre  les  indi¬ 
vidus  ,  relativement  à  des  fymptoiries 
accidentels ,  fortuits ,  paffagers ,  ou  re¬ 
lativement  au  degré  ,  c’efl-à-dire  ,  à 
l’intenfité  plus  ou  moins  grande  des 
fymptomes  ,  s’appelle  variété. 

Le  genre  eft  la  reffemblance  ou  le 
rapport  des  efpeces  ;  ainfi  la  diarrhée 
efî  un  genre ,  parce  qu’elle  comprend 
plufieurs  efpeces ,  telles  que  la  diarrhée 
féreujè  ,  la  bilieufe ,  la  jlercoreufe  ;  enfin 


t 


de  la  Médecine.  359 

la  claffe  efl  la  reffemblance  ou  le  rap¬ 
port  des  genres  ;  ainfi  la  fievre  efl  une 
cîaffe,  parce  qu’elle  contient  plufieurs 
genres  ^-comme  la Jynoque,  V éphémère  , 
hi  quartaine^  &c.  On  appelle  ordre  une 
partie  de  la  dalle  ,  &  on  -peut  le  re¬ 
garder  lui -même  comme  une  petite 
cialTe. 

Il  fuit  de  là,  que  les  prétendus  Pbi- 
lofophes  ,  qui  ignorent  la  Logique  & 
THiftoire  naturelle  ,  fe  trompent  en 
donnant  indiftindement  le  nom  de  claf- 
yê ,  à  ce  qui  eft  genre  ,  &  celui  d’efpece , 
à  ce  qui  eû  genre  ou  claÿfi  ;  je  conviens 
que  félon  la  différente  méthode  qu’on 
adopte,  les  claffes  &  les  genres  va¬ 
rient  ;  mais  il  refie  toujours  vrai ,  que 
la  méthode  une  fois  adoptée ,  chacun 
doit  s’en  tenir  févérement  à  ces  défi¬ 
nitions  ,  parce  que  fans  définitions  fixes 
des  mots  ,  il  ne  peut  pas  y  avoir  de 
démonflration ,  &  que  fans  démonflra- 
tion  ,  il  n’y  a  point  de  fcience  ,  puif- 
que  la  fcience  n’efl  autre  chofe  que 
la  démonflration  des  propofitions  que 
l’on  avance. 


^iî_^œ|î-À$ 

S  O MM  A I R  E 

DES  CLASSES 

ET  DES  ORDRES. 


CLASSE  I.  VICES. 

Symptômes  cutanés  de  peu 

d’importance,  dont  on  abandonne 

la  cure  aux  Chirurgiens. 

Ordre  I.  Taches  ,  altérations  de  la 
couleur  naturelle. 

Ordre  U.  JET^or^jSe/zrw,  tumeurs  hu¬ 
morales  ,  petites  &  nombreufes. 

Ordre  III.  PAj/wartz,  tumeurs  humo¬ 
rales  folitaires. 

Ordre  IV.  Excroijjances  ,  tumeurs 
caufées  par  l’augmentation  des  foîi- 
des. 

Ordre  V.  Kyjles,  tumeurs  formées 
par  un  fac  rempli  de  quelque  fluide. 

Ordre 


Somtnaln  des  Clajfes  &  des  Ordres.  3  6  î 

Ordre  VI.  E Copies ^  dépîaeemens  des 
parties  folides. 

Ordre  VIL  Plaies folutions  de  con¬ 
tinuités. 


CLASSE  IL  FIEVRES. 

Pouls  fréquent  ou  fort  3  accom¬ 
pagné  de  la  foibleffe  d.es  mem¬ 
bres. 

Ordre  I.  Continues^  qui  n’augmentent 
&  ne  diminuent  qu’une  fois  dans 
le  cours  de  la  maladie. 

Ordre  II.  Rémittentes augmentent 
&  diminuent  plulieurs  fois  dans  le 
cours  de  la  maladie. 

Ordre  III.  Intermittentes ,  qui  révien¬ 
nent  par  accès  fouvent  périodi¬ 
ques,  &  qui  ceffent  entièrement 
dans  les  intervalles. 


QX.k%%Vl\l.PHLEGMASIES. 

Maladies  accompagnées  d’une 
fievre  continue  ou  rémittente  5 
Tome  I.  Q 


Sommaire  des  Clajfes 
"  avec  inflammation  interne ,  ou 
éruption  d’exanthemes. 

Ordre  I.  Examhémateufcs  ^  éruptions 
cutanées,  avec  une  fievre  fouvent 
maligne ,  quelquefois  lente. 
Ordre  IL  Membraneujès ,  avec  douleur 
&  enflure  des  vifceres  membra¬ 
neux  ,  &  fievre  aiguë. 

Ordre  IIL  Parenchymateufes  ,  avec 
douleur  obîufe ,  chaleur  &  tumeur 
dans  les  vifceres  pleins,  &  qui  ne 
font  point  en  forme  de  facs,  avec 
fievre  aiguë ,  &  tout  l’appareil  de 
la  fuppuration. 


CLASSE  IV.  SPASMES, 

Contraélion  involontaire,  conf 
tante  ou  fucceffive ,  des  mufcles 
des  organes  qui  fervent  au  mou¬ 
vement  local  &  non  à  la  vie. 

Ordre  I.  Toniques  partiels ,  rigidité  & 
immobilité  d’un  membre  ,  ou  d’un 
organe  déterminé. 

PrdRE  U.  Toniques  généraux^  rigidité 
de  prefqüe  tout  le  corps* 


&  des  ûrim.  3^5 

0RüK,E  HL  Cloniques  partiels ,  agitation 
contrainte  &  involontaire  d’un  or* 
gane  ou  d’un  membre ,  qui  altéré 
fon  mouvement. 

Ordre  IV.  Cloniques  amiraux ,  agita¬ 
tion  forcée  de  prefque  tout  le 
corps,  fouvent  accompagnée  de 
la  privation  des  fens. 


CLASSE  V.  ESSOUFLEMENS. 

Agitation  involontaire  &  fati¬ 
gante  dès  mufcles  de  la  poitrine, 
<5ui  rend  la  refpiration  difficile  & 
fréquente ,  fans  fievre  aiguë. 

Ordre  I.  Spafmodiques  ,  agitations 
paffageres  de  la  poitrine  ,  avec 
expiration  &  infpiration  fonores. 
Ordre  IL  OppreJJlfs^  agitations  conf- 
tantes,  fréquentes  &;  laborieufes 
de  la  poitrine  dans  les  paroxyfmes. 

CLASSE  VL  DÉBILITÉS. 

Impuiffance  d’agir  avec  les  for¬ 
ces  accoutumées.  Les  facultés  qui 

Q  n 


3  <3  4  Sommaire  des  Claies 

dirpenfent  les  forces  font  au  îîoîiÇ. 
bre  de  trois  j  favoir  ^  la  faculté 
de  connoître  ,  d’appéter  &  de 
mouvoir. 

Ordre  L  Dyfcjîéjlcs ,  afFolblilTement 
des  fens  ,  comme  de  la  vue ,  du 
toucher  &  de  Fouie  ,  fans  aflbu- 
piffement. 

Ordre  II.  Anèpithymks  ,  aiFoibliffe- 
ment  ou  abolition  des  défirs ,  com¬ 
me  de  la  faim  ,  de  la  foif,  de  l’a¬ 
mour  fans  affoupiiTement, 

Ordre  IIL  Dyfcinéjies ,  foibleffe  de 
mouvement  dans  les  organes  du 
mouvement  local  ,  &  non  dans 
ceux  de  la  vie. 

Ordre  IV.  Lypopjîchies ,  ou  maladies 
Jyncoptiques  ,  débilité  des  mouve- 
mens  vitaux  ,  ^  par  eonféquent 
de  tout  le  corps. 

Ordre  V.  Coma ,  ou  maladies  fopo~ 
reufes ,  alFoibliffement  ou  abolition 
des  fens  6^  de  l’imagination ,  avec 
diminution  ou  fuppreflion  des  mop' 
vemens  libres. 


&  des  Ordres'. 


365 


CLASSE  VIL  DOULEURS. 

On  les  connoît  mieux  par  fa 
propre  expérience ,  que  par  les 
définitions  qu’on  peut  en  donner. 

Ordre  L  Douleurs  vagues^  qui  n’ont 
point  de  nom  tiré  d’un  fiege  fixe. 

Ordre  IL  Douleurs  de  la  tête ,  comme 
des  yeux ,  de  la  bouche ,  du  crâne, 
des  dents. 

Ordre  III.  Douleurs  de  la  poitrine 
exemple,  du  côté ,  de  l’œfophage, 
'  du  dos. 

Ordre  IV.  Douleurs  du  has-ventre  ^ 
comme  de  l’eflomac,  des  infefiins, 
du  foie ,  &c. 

Ordre  V.  Douleurs  des  membres ,  com¬ 
me  la  fciatique ,  la  gonagre  ,  &c. 


CLASSE  VIIÎ.  FOLIES. 

-  Leur  caraélere  eft  une  dépra¬ 
vation  de  rimagination.,  du  juge¬ 
ment,  de  ia  volonté  , 

Q  iij 


366  Sommaire  des  ClaJJes 

Ordre  I.  Hallucinations ,  erreurs 
^imagination  ,  &  non  de  l’enten¬ 
dement  ,  eaufées  par  un  vice  des 
organes  externes. 

Ordre  II.  Délires  ,  erreurs  du  juge¬ 
ment,  eaufées  par  un  vice  de  l’ima¬ 
gination  ,  que  l’entendement  ne 
peut  corriger.  - 

Ordre  KL  dépravation  de 

la  volonté  oi  de  la  cupidité  ,  rela¬ 
tivement  aux  déiirs  &:  aux  aver- 
fions  de  l’ame. 

Ordre  IV.  Anomalies^  maladies  apprô- 
♦chantes  des  premières. 


CLASSE  IX.  FLUX, 

Le  caraftere  de  ces  maladies 
confifte  dans  une  éjeftion  des 
fluides  ou  des  matières  contenues , 
remarquable  par  fa  quantité ,  fa 
qualité  &  fa  nouveauté. 

Ordre  I.  Flux  de  fang^  éjeâions  fan- 
glantes ,  ou  fanguinoîentes ,  quelle 
que  foit  la  partie  du  corps  qui  les 
fournit. 


6*  des  Ordres. 

Ordre  II.  Flux  de  ventre^  déjeâions 
par  bas ,  ou  réjeâions  par  l’oefo- 
phage  ,  des  matières  contenues 
dans  les  premières  voies. 

Ordre  IÜ.  Flux  de  férojîtés ,  éje£tions 
d’urine ,  de  lymphe ,  de  mucofité, 
de  lait ,  de  pus ,  par  d’autres  en¬ 
droits  que  les  premières  voies. 

Ordre  IV.  Flux  d'air  ,  éjeûions  de 
vents ,  de  vapeurs ,  &c. 


CLASSE  X.  CACHEXIES. 

Dépravation  de  la  couleur , 
de  la  ligure ,  du  volume  dans  l’ha¬ 
bitude  du  corps. 

Ordre  I.  Maigreur,  exténuation  des 
parties  molles  du  corps. 

Ordre  II.  Tumeurs ,  enflure  générale 
du  corps  ,  ou  augmentation  de 
volume. 

Ordre  III.  Hydropijîes ,  enflures  de 
quelques  parties  caufées  par  l’aug¬ 
mentation  de  volume  des  parties 
contenues,  &  plus  ordinairement 
par  un  amas  de  fluides. 

Qiy 


IV.  Excroljfances  ,  enfluris^ 
folides  de  quelques  parties. 

Ordre  V.  Afpérités^  tumeurs  cutanées^ 
puftuleufes ,  cruftacées  ,  grégales. 

Ordre  VI.  Décolorations  ,  déprava¬ 
tions  de  la  couleur  naturelle. 

Ordre  YH.  Anomalies  y  elles  con¬ 
tiennent  les  maladies  qui  tiennent 
des  premières. 


SOMMAIRE 

DE  LA  PREMIERE  CLASSE. 

VICES. 

Caractère.  Concours  de  plu- 
fieurs  fymptomes  cutanés  & 
légers^ 

ORDRE  1.  T AQ-AlES ,  altérations 
de  la  couleur  naturelle, 

I.  L  Eucome ,  tache  blanche  &  fu- 
perficielle  fur  la  cornée  ;  on 
l’appelle  en  françois  taie. 

n.  Morphée  ^vitiligo.,  tache  qui  alFaiffe 
la  peau. 

ni.  Rouffeiir,  ephdis.^  taches  amaffées 
&  obicures ,  qui  viennent  fur 
la  peau'. 

ÏV.  Couperofe,  rougeurs,  gutta  ro~ 
facea;^  taches  rouges  &  amaf- 
iées  du  vifage. 


370  S ommain  de.  la  I.  Clajfe.  Vices; 

V.  Sein  ,  nœvus  ,  tache  élevée ,  qu^oa 
apporte  en  naixTant. 

VI,  Echymofe ,  eckymoma,  tache  caufée 

par  un  épanchement  de  lang  : 
tous  la  peau. 

ORDRE  IL  Efflorescences, 

élevures ,  tumeurs  humorales^ 

petites  &  nombreuses, 

a.  Pullule  ,  buhe  ,  pu^uta ,  petit 

phyma,  dont  la  pointe  efl  ul¬ 
cérée. 

b.  Bouton,  papulay  petit  phyma  , 

qui  s’écaille  pour  l’ordinaire. 

e.  Phlydenes,  pUyclcena^  petite  vé- 
lîcule  remplie  de  fluide. 

d.  Bourgeon ,  varus ,  tubereute  dur, 
confiant. 

VIÎ.  Dartre  ou  dertre,  herpes 

de  petits  boutons  qui  eaufent 
une  démangeaifon. 

Vin.  Epinyélide,  epinyBis  ^  ajnas  de 
phiycienes  noires  éc  doulou- 
reufes. 

ÎX.  Porcelaine  ,  pjydracia  ,  phyma 
érydpélateux. 

X.  Echauboulure ,  hydroa ,  exanthè¬ 
mes  miliaire&  phlyâéaoides* 


1 


Sommaire  de  la  /.  Cla^e.  ViCES.  37 1  - 

ORDRE  III.  Phyma  ^  tumeurs 
humorales  folitaires, 

XI.  Eryfipele  ,  erythcma  ,  phyma 

rouge  ,  chaud ,  &  qui  s’étend 
fur  les  parties  voifines, 

XII.  (Edeme ,  ædema ,  phyma  blanc  , 

mou  ,  indolent. 

XÏÏI.  Emphyfeme,bourfouflure,e/7z- 
phyma  pâle,  éladique. 
XIV.  Squirre,  skirrus,  phyma  dur, 
indolent  ,  de  même  couleur 
que  la  peau. 

XV.  Phlegmon ,  phlegmone ,  phyma 

rouge ,  chaud ,  rond  ,  puliati£ 

XVI.  Bubon  ,  hîiho ,  phyma  fquir- 

reux  &  phlegmoneux  dans 
les  glandes. 

XVÏÏ.  Parotide  ,  parotîs  ,  bubon  qui 
fe  forme  derrière  l’oreille. 
XVIfl.  Furoncle,  clou^furuneulus,  phy¬ 
ma  rénitent,  qui  prémine  fur 
la  peau. 

.  XEX.  Charbon ,  anthrax,  phyma  dont 
la  pointe  eft  gangrenée  ,  Sc 
le  contour  enfemmé. 

XX.  Carcinome,  cancert,  carcinoma^ 
phyma  fquirreux  ,  lancinant, 
XXL  Panaris ,  paronychia  ,  phynas 

Q  ^ 


372.  Sommaire  de  là  î.  Clajje,  Vices,. 

phlegmoneux  ,  qui  vient  à 
l’extrémité  des  doigts. 

XXn.  Phymofis ,  id.  phlegmon,  du, 
prépuce, 

ORDRE  rv.  Excroissances 

tumeurs  caufees  par  l!' augmenta-^ 
tïon  dès  JoLideSy, 

XXIIL.  Smcomt  y  farcoma  y.  excroir- 
fance  charnue.. 

XXIV.  Condylome ,  condylomayt^-^ 

croiflânce  cutanée  ou  tendi-* 
neufe. 

XXV.  Verrue  ,.v^rrKr'<z^excroiffaîice’ 

ronde,,  élevée  fur  la  peau.. 

XXVI.  On  ^Qt^pterygium,  excroiffan- 

ce  plan  e  dans  le  coin  de  l’œlL 
XXVII.  Orgeolet ,  hordeolum,  excroif- 
lance  ,  ou  bouton  für  îè 
bord  des  paupières. 

XXVin.  Goitre  ,  bronchocèle  , excroif^ 
fance  qui  vient  à  la  gorge.. 
XXIX.  Exoftofe ,  éparvin ,  exofiofisy. 
tumeur  qui  a  la  dureté  d’iin 
os, 

XXX.  La  boffe ,  pbbojiîas-,  protubé-  . 
rance  des  os  de  la  poitrine. 

.  XXXI.  Lordofe  ,  lordojis ,  protubé¬ 
rance  caufée  par  b  courbiure. 
des  os,. 


NOSOLOGIE 

MÉTHODIQUE. 


THÉO  RI E 

DE  LA  PREMIERE  CLASSE. 


VICE  S» 

O  U 

MALADIES  SUPERFICIELLES'^ 

eft  des  defauts  vifibles 
I  dans- les  parties  extérieures 
n  m  du  corps  ,  ou  certaines  dif- 
portions  dépravées  de  ces 
mêmes  parties  ,  qui  altèrent  plus  les 
qualités-;  par  exemple,  la  figure,  la. 


574  Classe  I, 
couleur  ,  que  les  fondions  mêmes  " 
d’oii  vient  qu’elles  riuifent  moins  à  la  \ 
l'anté  &  à  la  force ,  qu’à  la  beauté  &  ' 
à  l’intégrité ,  que  les  anciens  ont  regar^  \ 
dées  comme  les  quatre  conditions  de 
la  fanté. 

On  les  diilingue  des  maladies  des 
clafl'es  fuivantes  ,  parce  que  les  fymp-  1 
tomes  qui  les  accompagnent  font  légers 
&  peu  étendus  ;  mais  rien  n’empêche ,  | 
fl  on  le  juge  à  propos  ,  de  les  mettre 
au  nombre  de  ces  maladies ,  par  exem¬ 
ple  ,'de  mettre  les  taches  au  nombre 
des  maladies  cacheétiqnes  qui  déco¬ 
lorent  les  efflorefcences ,  au  rang  des 
maladies  inflammatoires  exanthémati¬ 
ques  ou  des  cachexies  lépreufes ,  & 
de  rapporter  les  autres  à  telle  autre 
elaffe  qu’on  voudra. 

Mais  les  maladies  fuperfîcielles 
étant  une  fois  bien'  comprifes  ,  on 
fera  infiniment  plus  en  état  d’enten¬ 
dre  la  théorie  des  autres  maladies  , 
dont  ces  affeâions  font  comme  les 
élémens  ;  &  comme  l’ordre  exige  que 
l’on  traite  d’abord  des  chofes  fimples  , 
pour  paiTer  enfuite  à  celles  qui  font 
plus  compofées ,  j’ai  cru  devoir  com¬ 
mencer  par  ces  vices  fuperficiels  dù 
corps. 


I 


Théorie  des  Vices.  575 
Ces  vices  font  i®.  les  plaies  ,  2®.  les 
ulcérés,  3°.  les  taches,  4°.  les  exan¬ 
thèmes,  5®.  les  phyma, 6°.  les  excroif- 
fances ,  7®.  les  kiftes  ou  tumeurs  enkif- 
tées,  8®.  les  defcentes  ou  eâopies.  J’at 
parlé  des  deux  premiers  dans  ma  Pa¬ 
thologie  ,  &  toutes  les  fois  que  je  trai¬ 
terai  des  maladies  occalionnées  par  une 
bleffure  ,  un  ukere  ,  une  contufîon  , 
je  défignerai  ces  efpeces  par  le  nom 
de  traumatiqms.  Par  exemple  ,  j’appel¬ 
lerai  apoplexie  traumatique  ,  celle  qui 
eft  caufée  par  la  fraâure  du  crâne  , 
une  commotion ,  une  plaie  ,  une  con- 
tufion  à  la  tête ,  pour  la  diftinguer  des 
autres  efpeces  d’apoplexie  fpontanées^ 
qui  proviennent  d’un  principe  interne, 
fans  aucune  caiife  évidente ,  ni  aucua 
principe  mécanique. 

Les  autres  afFeftions  fuperfieielles  ^ 
vulgairement  appellées  maladies  chirur¬ 
gicales  ,  n’ont  pas  une  origine  aulîi  évi¬ 
dente  ,  &  demandent  par  conféquent 
«ne  théorie  d’autant  plus  éclaircie  qu’el-i 
les  donnent  lieu  à  un  plus  grand  nom¬ 
bre  de  maladies  internes  ;  ce  qui  m’o¬ 
blige  à  donner  ici  une  théorie  qu’oa 
puiffe  appliquer ,  non  feulement  aux 
phymas  &  aux  excroiflànces  ,  mais 


576  .  C  I  A  s  s  E  Iv  î 

înême  -aux  maladies  inflammatoires'  Sc  ! 
cache  ûiques. 

1°.  La  tumeur ,  les  Grecs  appel¬ 
lent  onchos  ÿ  efl: ,,  fuivant  Galien ,  tout 
ee  qui  croît  contre  nature  dans  le 
corps  humain.-  Les  Modernes  la  défi- 
mflent  une  enflure  contre  nature  de 
la  partie.  On  divife  les  tumeurs  ordi¬ 
nairement  en  chaudes  &  froides,  & 
on.prétend  qu’elles  font  produites  par 
des  humeurs  arrêtées  dans  quelques 
parties  molles  par  un  effet  des  chofes  y 
ainfi  appellées ,  non  naturelles.  Mais  ces 
définitions  renferment  des  mots  obfcurs 
&  mal  définis,  &;  c’efl:  la  raifon  pour 
laquelle  je  ne  m’en  fervirai  point.  Pour 
traiter  des  tumeurs  avec  ordre ,  je  vais^ 
à  l’exemple  ^Alphonfe  Borelli,  inférer 
ici  quelques  lemmes  qui  lèrviront  à 
éclaircir  leur  théorie. 

-  2°.  Le  volume  du  corps  humain  ^ 
Ibrfque  le  fujet  jouit  d’une  bonne  fanté, 
croît  tous  les  jours  en  largeur  &  en 
hauteur  depuis  lanaiflance  jufqu’à  l’âge 
d’environ  Vingt- cinq  ans  ,  de  maniéré 
qu’on  peut  ailement  s’en  appercevoir. 
Dans  un  âge  plus^  avancé,  comme  vers 
la  cinquantième  ou  foixantieme  année  , 
le  corps  croît  en  largeur  &  en  profond- 


Théorie  des  Vices.  377; 
deur,  fans  que  fa  hauteur  change ,  & 
qui  plus  eft,  il  croît  tous  les  matins 
de  quelques  lignes ,  &  diminue  d’au¬ 
tant  tous  les  foirs. 

3°.  Le  volume  de  eertairies  parties 
du  corps  humain  augmente  préférable!* 
ment  à  d’autres  dans  un  âge-&  à  uns 
heure  déterminée,  Scc.  le  bas- ventre 
aux  femmes  enceintes les  mamelles 
aux  accouchées  ,  l’épigafire  à  ceux  qui 
prennent  leurs  repas  ,  l’hypogaftre 
quand  on  rend  les  excrémens^ou  l’a- 
rine ,  &c. 

4°.  La  fanté,  luivanî  la  defînitioa 
qu’on  en  donne  dans  la  phyiiologie  , 
.eft  la  faculté  d’exercer  toutes  les  fonc¬ 
tions  convenables  à  l’âge  ,  au  fexe  ^ 
au  tempérament  &  au  temps ,  d’une 
maniéré  agréable ,  confiante  &  facile.. 
Ces  fondions  s’exercent  par  les  parties 
du  corps  comme  par  autant  d’inftru- 
mens ,  &:  leur  volume  ,  leur  fituation,. 
leur  figure  ont  été  ménagés  avec  tant 
de  fageffe  par  le  Créateur  ,  que  toivt 
concourt  à  des  fins  également  variées 
&  utiles. 

5°.  S’il  arrive par  notre  Êmte  ,  oit 
pour  notre  châtiment ,  que  le  volume.,, 

fituation.  ou  la  figure  des  parties 


378  Classe!. 

cartent  de  la  réglé ,  il  n’eft  pas  éton¬ 
nant  que  la  machine  devienne  impar-  ’ 
faite  ,  &  qu’elle  ne  puiffe  plus  exercer 
ces  mêmes  fondions  dans  le  temps 
&  dans  l’ordre  qu’elle  doit  le  faire. 

Il  en  eft  du  corps  humain  comme 
d’une  llatue  parfaite  qu’on  ne  fauroit 
toucher  fans  la  gâter.  Si  notre  ma-  ; 
chine  ell;  parfaite  &  animée ,  &  par 
cônféquent  faine  ^  il  ne  peut  furvenir 
la  moindre  altération  dans  fa  fituation , 
fon  volume  &  fa  figure ,  qu’elle  ne  fe 
dérange  ,  &  qu’il  n’en  réfulte  une 
maladie. 

6.  Le  volume  des  parties ,  de  mê¬ 
me  que  celui  du  corps  varient  confi- 
dérablement  dans  l’état  de  fanté  ;  com¬ 
me  on  peut  s’en  convaincre  ,  .en  com¬ 
parant  la  grdffeur  d’un  foetus  avec  celle 
d’un  adulte  :  ce  n’efl:  pas  la  grofleur 
du  corps  feul  qui  varie  dans  les  difih* 
rens  âges  ,  fes  diverfes  parties  ne  croifi 
fent  pas  dans  la  même  proportion  , 
ce  qui  n’empêche  pas  qu’il  n’y  ait  un 
rapport  de  grandeur  ,  finon  abfolue  , 
du  moins  relative  entre  les  parties  com¬ 
parées  enfemble  ,  ou  une  proportion 
convenable  à  la  fanté ,  dont  les  parties 
ne  peuvent  s’écarter  qu’elles  n’acquie- 


Théorie  d es  V i ces. 
rent  un  volume  qu’on  appelle  morbi¬ 
fique.  Ces  chofes  Aippofées , 

7.  La  protubérance  eft  une  augmen¬ 
tation  du  volume  de  la  partie  ,  plus 
grande  qu’il  ne  convient  à  la  fanté. 

8.  La  protubérance  efl  ahfolue  lorf' 
que  le  volume  d’une -partie  augmente, 
tandis  que  celui  des  autres  relie  le 
même  ;  &  elle  efl  relative  ,  lorfqiie  le 
volume  de  la  partie  donnée  demeu¬ 
rant  le  même  ,  celui  des  autres  dimi¬ 
nue.  C’ell  ainfi  que  dans  les  perfonnes 
maigres  les  jointures  des  os,  l’omo¬ 
plate  ,  les  clavicules  forment  des  pro¬ 
tubérances. 

9.  ScHOLiE  1.  Toute  protubérance 
n’eft  point  une  augmentation  de  maffe  : 
caria  mafle  efl  proportionnée  à  la  quan¬ 
tité  de  matière  qui  efl  dans  la  partie  : 
or  pour  que  la  partie  faille ,  il  fufEt 
que  la  même  matière  vienne  à  occuper 
plus  d’efpace ,  comme  il  arrive  dans 
le  météorifme  &  la  tympanite  ;  donc 
toute  protubérance  n’efl  point  une  aug¬ 
mentation  de  maffe. 

10.  ScHOLiE  IL  Si  les  liquides  ou 
les  foiides  paffent  d’un  Heu  dans  un 
autre ,  la  maffe  de  la  partie  qui  les 
reçoit  croîtra  à  la  vérité  j  mais  comme 


380  Classe!. 
elle  ne  croît  qu’aux  dépens  de  quet 
que  autre ,  celle  de  tout  le  corps  n’aue- 
mente  point,  puifque  fi  cela  étoit,le 
corps  entier  deviendroit  plus  pefant’  1 
il  s’enfuit  donc  que  toute  protubérance 
ne  fuppofe  point  une  augmentation 
dans  la  maffe  du  corps. 

II.  ScHOLiE  IM.  On  ne  fauroit  ^ 
juger  sûrement  par  le  taâ:  de  la  tumeus 
d’un  vifcere  particulier  ;  car  ,  pour  que 
ce  jugement  fût  certain  ,  il  faudroit 
auparavant  connoître  fon  volume  na¬ 
turel,  &  de  combien  il  efi  augmenté, 
ce  qu’on  ne  peut  fa  voir,  le  plus  fou- 
vent  ;  d’oiî  il  fuit  qu’on  ne  peut  juger 
par  le  taâ  de  la-  tumeur  des  vifceres. 
Prenons  la  rate  pour  exemple.  On 
juge  qu’elle  eft  enflée  par  l’élévation 
de  la  région  du  bas-ventre  ,  qui  lui  ré¬ 
pond,  &  parla  réfifiance  qu’elle  oppofe 
îorfqu’on  la  touche.  Mais  dn  ne  con- 
noît  point  précifément  le  volume 
qu’elle  a  dans  un  homme  vivant ,  & 
ce  n’efi:  que  depuis  peu  qu’on  a  dé¬ 
couvert  qu’il  n’efl:  point  le  même 
avant  les  repas  qu’après;  &  il  ne  s’en¬ 
fuit  pas  de  ce  que  cette  région  du  bas 
ventre  efl:  renitente ,  que  la  rate  foît 
enflée  ,  vu  qu’elle  peut  fe  durdr  & 


Théorie  DES  Vices.  381 
conferver  fon  premier  volume  ,  & 
même  diminuer.  C’eü  ainfi  que  le  cryf- 
talin  fe  durcit  &  diminue  ,  que  les 
parties  tabides  fe  deffechent  &  dimi¬ 
nuent  auiîL 

12.  Une  partie  s’élève  lorfque  fon 
volume  ou  fa  maffe  augmente  ,  que  fa 
figure  change  ,  ou  qu’elle  change  elle- 
même  de  fituation. 

13.  L’augmentation  du  volume,  a 
lieu ,  lorfque  fans  augmenter  de  poids, 
la  partie,  occupe  plus  d’efpace.  L’em- 
phyfeme"  occafionné  par  la  raréfac¬ 
tion  de  l’air ,  le  pneumatocele ,  la  tym- 
panite  &  le  météorifme  ,  nous  four- 
niffent  des  exemples  de  cette  protu¬ 
bérance. 

14.  On  dit  que  la  maffe  augmente, 
lorfque  la  partie  elle-même  augmente 
de  poids ,  ce  qui  peut  arriver  de  deux 
maniérés  ;  c’eft-à-dire  ,  par  l’augmen¬ 
tation  du  volume ,  ou  par  celle  de  la 
denfité  de  la  partie ,  le  volume  reliant 
le  même  ;  mais  ce  dernier  cas  n’efl:  que 
poflible ,  au  lieu  que  l’autre  efl;  très- 
fréquent.  Telle  efl:  la  protubérance 
oecafionnée  par  des  fluides  ou  des 
folides  amafles  dans  la  partie  ,  comme 
adans  le  fquirre  ,  l’cedeme ,  le  phleg-^ 
anon ,  l’hernie ,  le  farcome. 


jSi  Classe  L 

ip  Le  changement  de  caiifî 
fouvent  des  protubérances*^  témoms 
les  boxTus ,  dont  le  fternum ,  les  côtes, 
les  vertebres  font  tournées  en  dehors; 
îes  rachitiques ,  dont  les  os  étant  tor¬ 
tueux  ,  affedés  d’un  fpina  ventofa ,  ou 
cariés  en  dedans  ,  s’enflent  dans  leurs 
extrémités. 

16.  Ilfuffit  quelquefois  pourcaufer 
des  tumeurs, que  les  parties  changent 
de  Jimation ,  ainfi  qu’il  arrive  dans  les 
luxations,  les  fradures  des  os  &  chutes, 
les  diftorûons  des  vifeeres  &  des  muf- 
cles. 

17.  On  appelle  tumtursl^s  protubé¬ 
rances  des  parties  occafionnées  par  un 
amas  de  fluides  dans  des  vaifleaux 
qu’on  ne  peut  appercevoir  &  qui  font 
dilatés.  On  peut  mettre  de  ce  nombre 
le  phlegmon  ,  l’éryfipele  ,  le  fquirre, 
l’œdeme ,  l’emphyfeme ,  &c. 

18.  Les  kiffes  ou  tumeurs  mkijlks 
font  des  protubérances  caufées  par  des 
fluides  amaflesdans  des  vaifleaux  fen- 
fiblement  dilatés  ou  dans  des  réfervoirs 
fenfibles  ,  formés  à  l’occafion  d’un 
diaflafis ,  d’une  rupture  ou  d’une  éro- 
fion.  Tels  font  l’anéviifme ,  les  varices, 
fcs  abcès,,  l’hydrocele,  les  phlydenes. 


Théorie  des  Vices. 

19.  Les  excroijpinces  font  des  protu¬ 
bérances  occafionnées  par  des  fluides 
qurdeviennent  enfin  des  parties  char¬ 
nues^  folides  ou  même  offeufes  ,  com¬ 
me  les  verrues ,  le  farcome ,  l’exofiofe. 

10.  Enfin ,  les  lordofcs  font  des  pro¬ 
tubérances  occafionnées  parle  déplace¬ 
ment  des  parties,  folides,  foit  qu’ils  ne 
changent  que  de  figure  ou  de  fituation. 

Comme  je  n’ai  defl'ein  que  de  traiter 
des  tumeurs ,  je  vais  joindre  ici  quel¬ 
ques  propofitions  qu’il  fuffira  de  com¬ 
prendre  pour  être  parfaitement  au  fait 
de  leur  théorie. 

Toutes  les  parties  organiques 
du  corps  humain  ne  changent  leur 
maffe ,  leur  volume  ,  leur  fituation  Sz 
leur  figure  qu’autant  qu’elles  y  font 
forcées. 

12.  Les  Anatomiftes  appellent  partie 
tout  organe  qui  efi;  contiau  au  tout, 
&  qui  cependant  en  différé  par  fa  figure 
&fon  ufage.  Par  exemple  ,  le  doigt  efl 
une  partie  de  la  main  ,  &■  l’ongle  une 
partie  du  doigt.  La  particule  efl  une  por¬ 
tion  de  l’organe  qui  ne  différé  des  au¬ 
tres  que  par  fa  fituation ,  ou  la  place 
qu’elle  occupe  ;  telle  efl  la  particule 
d’un  ongle  ,  d’un  tendon ,  &:c. , 


1 

384  Classe  L  j 

I®.  La  matière  efl  incapable  de  .fe 
mouvoir  elle-même ,  &  refte  dans  l’état 
GÎi  elle  eft  ,  à  moins  què  quelquejbrce 
extérieure  ne  l’oblige  à  en  fortir.  Telle  ' 
eft  la  loi  établie  dans  l’univers ,  com-  > 
me  Newton  nous  l’apprend;  elle  a  donc  j 
également  lieu  par  rapport  au  corps 
humain ,  &  à  chacune  de  fes  parties. 

2°.  Pour  qu’il  arrive  du  changement 
dans  lamafle  ou  le  volume  d’une  partie, 
il  faut  néceflairement  que  les  parties 
tant  folides  que  fluides  changent  de  pla¬ 
ce.  Mais  comme  ces  parties  tiennent 
à  la  place  qu’elles  occupoient ,  par  des 
fibres  continues ,  qui  ne  peuvent  s’al-  1 
longer  ,  fe  rompre  ni  fe  plier  ,  à  moins 
qu’on  ne  leur  fafîe  violence ,  &  que  les 
places  voifînes  dans  lefquelles  elles 
paflent ,  font  occupées  par  d’autres 
parties,  qui,  comme  nous  l’apprend 
l’anatomie  ,  réfiftent  à  leur  propre  dé¬ 
placement,  il  s’enfuit  que  la  mafte  & 
le  volume  de  la  partie  ne  peut  chan¬ 
ger  ,  qu’on  n’emploie  des  forces  plus 
grandes  que  cette  double  réfîftance, 
&  capables  de  la  furmonter. 

3^..  Tous  les*fluides  du  corps  hu¬ 
main  font  vifqueux,  &  réfiftent  d’au¬ 
tant  plus  au  mouvementjque  leur  frot». 

tement 


Theorîe  DES  Vices*.  385 
tement  dans  les  vaiffeaux  où  iis  clrcu- 
îent  eft  plus  confidérable  :  or  le  frotte¬ 
ment  €&  très-fort  dans  les  petits  vail- 
feaux  capillaires ,  &  la  preuve  en  efl , 
qu  en  foufSant  bien  fortement ,  on  a  de 
la  peine  à  en  faire  fofîir  une  bulle  d’air , 
ou  une  goutte  d’eau  qui  j  eft  entrée,: 
Gomme  donc  pour  produire  les  tu¬ 
meurs  proprement  dites  ,  il  faut  que 
les  fluides  paffent  d’un  vaifleau  capil¬ 
laire  dans  l’autre ,  &  qu’ils  ne  peuvent 
s’infinuer  dans  ceux  qui  font  pleins, 
qu’ils  ne  furmontent  l’élaflicité  &  la 
contraâilité  naturelle  des  vàiflèâux ,  il 
s’enfuit  qu’ils  ont  à  vaincre  une  réfîïlan- 
ce  confidérable,  &:  qu’elle  devient  enco^ 
re  plus  grande,  lorfque  les  parties  folides 
organiques  font  offenfées ,  &  obligées 
de  fe  plier  ou  de  fe  rompre ,  pour  pren¬ 
dre  une  nouvelle  figure  &  ime  nouvelle 
fituation.  On  voit  donc  par  là ,  que  les 
parties  organiques  de  notre  corps  ré- 
fiftent  au  changement  de  leur  figure  , 
de  leur  fituation  &  de  leur  volume, 
23.  ScHOLiE.  Il  y  a  dans  les  parties 
de  notre  corps  deux  fortes  de  forces 
réfiftantes  ,  favoir  ,  celle  par  laquelle 
nos  fibres  réfiftent  à  tout  ce  qui  tend 
à  les  allonger,  &;  font  effort  pour  fet 
Tome  4  R 


3S(3  C  L  A  s  s  E  I. 
raccourcir  ,  on  lui  donne  le  nom  d’e-  ' 
dapcité  ou  de  contraftiliîé;  &  l’autre 
ceilé  qui  les  empêche  de  fe  romore 
lorfqu’on  les  allonge  ,  &  on.  l’appke 
ténacité.  L’obfervation  nous  apprend 
que  ces  forces  font  de  diverfe  nature  , 

&  l’on  remarque  en  effet  que  les  chairs 
des  animaux  ,  des  fem.eltes  ,  fur-tout 
îorfqu’elles  font  vieilles  ,  font  peu  élaf- 
îiques,  quoiqueirès-tenaces  ,  de  forte 
qu’à  cela  feiil  on  peut  diflinguer  aifé- 
ment  la  chair  de  brebis  de  celle  du 
mouton.  On  remarque  Encore  que  les 
cuirs  ,  quoique  mous  &  fiafques,  & 
prefque  fans  élafficité,  font  néanmoins 
extrêmement  tenaces ,  au  lieu  que  le 
verre  eft  très-élaftique  &  fort  fragile; 
par  où  l’on  voit  qu’il  y  a  beaucoup  de 
d:ifFérènçe  entre  l’élafticité  &  la  téna? 
cité. 

24.  Ces  deux  forces ,  toutes  chofes 
étant  d’ailleurs  égales,  fontdans  les  par-^ 
lies  de  même  diamètre ,  comme  les 
quarrés  de  ces  mêmes  diamètres,  ou 
comme  le  nombre  des  fibres ,  de  forte 
que  la  réfiftance  eft  d’autant  plus  gran-. 
de  ,  que  les  parties  font  phis  groffes.: 

25.  ScHOLiE  L  La  ténacité  abfolue 

des  parties  du  corps  humain  varie  fui-;- 


Théorie  DES  Vices.  387 

vant  le  tempérament ,  i’âge  &:lefexe. 
Elle  eft  plus  grande  dans  les  animaux 
adultes  &  vieux  ,  ainfi  que  les  Cuifi- 
niers  le  favent;  elle  eû  moindre  dans 
les  jeunes  qu’on  engraiffe ,  qu’on  nour¬ 
rit  délicatement ,  &  qui  font  peu  d’e¬ 
xercice.  La  peau ,  les  ligamens ,  les  ten¬ 
dons,  les  membranes  ont  plus  de  té¬ 
nacité  que  les  autres  parties  molles. 
Les  parties  les  plus  molles  &  les  plus 
tendres  font,  le  cerveau,  le  cervelet, 
la  moelle  épiniere ,  la  rate  :  le  poumon 
&  la  veille  font  mous  &  tenaces  ;  les 
arteres,  les  inteftins  ,  Ja  matrice  ,  les 
reins  font  fermes  &  tenaces  ;  le  pan¬ 
créas  &  le  foie  font  durs  fragiles. 

16.  ScholieII.  Une  courroie  cou¬ 
pée  en  long  dans  la  peaü' d’un  homme 
vingt-quatre  heures  après  fa  mort  ,  & 
qui  a  une  ligne  quarrée  de  leâion ,  peut 
foutenir  làns-fe  rompre  plus  de  deux 
cents  livres ,  conme  je  l’ai  éprouvé 
moi-même. 

■  La  ténacité  du  ventricule  de  L’hom¬ 
me  ,  ainfi  que  M.  Haies  &C  moi  l’avons 
éprouvé  ,  ne  paffe  pas  trente  livres  ; 
mais  celle  des  arteres  e&  très-grande. 

■  Si  l’on  prend  im  pied  de  veau  ds 
quatre  pouces  de  circonférence  ,  eu 


388  Classe  I. 
fuppofant  que  l’épaiffeur  du  périofte 
foit  d’une  demi-ligne  ,  fa  feûion  tranf- 
verfale  fera  de  douze  lignes;  or  elle  a  ' 
foutenu ,  fuivant  l’expérience  ii  de  1 
M.  Haies  ,  rapportée  dans  VHémaJla- 
tique,  quatre  cents  trente-une  livres 
avant  de  fe  rompre  ,  au  lieu  que  la 
fymphife  feule  ,  dépouillée  de  fon  pé- 
riofte  ,  n’en  a  foutenu  que  cent  dix-- 
huit ,  quoique  fa  furface  fût  de  cent 
quatre-yingt-deux  lignes;  d’où  l’on  voit 
que  la  ténacité  de  la  fymphife  eft  3, 

6  fois  plus  petite  que  celle  de  la  peau. 

2.7.  Les  réfiftances  des  fibres  aux 
forces  qui  tendent  à  les  rompre  ,  font 
en  raifon  fimple  de  leur  denfité.  ; . 

2.8.  Les  parties  font  d’autant  plus 
denfes:,  qu’elles  contiennent  un  plus 
grand  nombre  de  fibres  de  même  ef- 
pece  dans  un  efpace  déterminé.  Par 
exemple ,  la  raifon  pour  laquelle  la  chair 
du  mufcle  efi:  moins  denfe  que  celle  du 
tendon  ,  efi:  que  fa  fedion  tranfverfale 
contient  moins  de  fibres  longitudina¬ 
les  que  fon  tendon.  En  effet,  l’expé¬ 
rience  nous  apprend  qu’il  faut  moins 
d’effort  pour  rompre  un  faifceau  de 
chair  mufculaire ,  qu’un  faifceau  de  ten¬ 
ions  de  même  dkmetre ,  ôc  lairaifpa 


Théorie  des  Vices.  3S9 
'Cn  eft  qu’il  y  a  un  plus  grand  nombre 
-de  fibres  à  rompre  dans  un  tendon  , 
que  dans  un  faifceau  de  chair  de  même 
epaiffeur. 

19.  L’expérience  nous  apprend  que 
le  ventre  du  mufcle  a  la  même  téna¬ 
cité  que  fon  tendon ,  &  que  les  mufi- 
des  fe  rompent  aufii  facilement  dans 
leur  ventre  que  dans  le  tendon ,  parce 
qu’ils  contiennent  tous  deux  un  même 
jiombre  de  fibres  également  fortes. 

30.  On  apprécie  la  flexibilité  &  la 
duàilité  des  fibres  direôement  par  4e 
plus  ou  moins  d’allongement  qu’elles 
îbufFrent  inverfement  &  par  la  force 
fle  la  puiflance  qui  tend  à  les  allonger; 
d’oii  il  fuit  que  la  contradilité  des  chairs 
&  des  tendons  efl:  d’autant  moindre  , 
que  la  même  force  les  allonge  davan¬ 
tage  dans  un  efpace  de  temps  limité. 

La  contraftilité  des  parties  de  notre 
corps  efl;  en  raifon  inverfe  de  leur  lon¬ 
gueur. 

32.  En  effet,  l’expérience  nous  ap¬ 
prend  qu’une  même  force  allonge  d’au¬ 
tant  plus  les  cheveux ,  les  cordes  des 
inftrumens  ,  les  lanières  de  peau  ,  que 
leur  longuetir  naturelle  eft  plus  grande, 
&  que  par  conféquent  ils  forment  ua 


390  .  Classe  I  ^  1 

Ærc  d’autant  plus  grand  fous  la  force 
.qui  les  plie  :  or  ,  plus  les  cordes  s’ai- 
longent  par  les  mêmes  poids ,  moins 
elles  ont  de  contraâilité  ;  donc  la  con- 
traâilité  des  parties  eft'en  raifon  in- 
-verfe  de  leur  longueur  naturelle. 

33  .  Si  Ton  allonge  un  cheveu  long 
d’un  pied  de  la  longueur  de  deux  li¬ 
gnes  par  le  moyen  d’un  ppids  ,  d’une 
.once,  il  ne  s’allongera  que  d’une  ligne 
s’iled  deux  fois  plus  court  &  qu’il  foit 
.tiré  par  le  m.ême  poids. 

34.  La  contractilité  des  parties  du 

corps  humain  eû  proportionnée  à  leur 
tendon.  ... 

35,  Cette  propodtion  etl  vraie ,  quoi- 
... qu’on  la  combatte  dans  les  Ecoles-;  car 

il  l’on  allonge  une  laniere  ■  de  peau 
humaine  en  y  attachant  fucceffivertent 
différens  poids  ,  l’on  verra  qu’après 
s’être  allongée  autant  que  fa  nature  le 
lui  permet ,  plus  on  s’efforce  de  l’al¬ 
longer  davantage  ,  &  plus  il  Faut  de 
force  pour  le  faire  ^  ou,  ce  qui  revient 
au  même  ,  plus  elle  fait  d’effort  pour 
fe  raccourcir.  Mais  cet  effort  qu’elle 
fait  pour  fe  raccourcir ,  n’étant  autre 
que  fa  contraâilité  ou  fon  élafticité ,  il 
s’enfuit  que  la  contractilité  des  parties 


Théorie  DES  Vices  391 
çft  proportionnelle  à  leur  tenfion» 

36.  On  dit  tous  les  jours  dans  les 
Ecoles  que  les  fibres  ainfi  tendues  per¬ 
dent  leur  ton  ,  &  cependapt  on  les 
fiippofe  encore  tendues,  ce  qui  efi:  con¬ 
tradictoire.  En  effet,  dès  qu’une  fibre 
perd  fon  ton ,  elle  fe  lâche  ou  elle  fie 
rompt  ;  &  dans  l’un  &  l’autre  cas ,  il 
n’y  a  plus  de  tenfion ,.  ou  du  moins 
elle  n’e fi:  plus  la  même,  &  par  confé- 
quent  il  refie  également  vrai  que  l’é- 
lafticité  des  fibres  augmente  à  propor¬ 
tion  que  leur  tenfion  efi  plus  forte. 

37.  Expérience.  J’ai  mefuré  dans  un 
cadavre  récent  une  laniere  de  peau  lon¬ 
gitudinale  de  la  longueur  de  trois  pou¬ 
ces  ,  &  parallèle  à  l’axe  du  bras  ,  que 
j’ai  m.arqués  avec  trois  lignes  noires  ; 
je  l’ai  enfuite  diflèquée  &  détachée  du 
refte.de  la  peau.  Elle  s’efi  raccourcie 
d’elle-même  d’un  pouce  ;  mais  l’ayant 
enfuite  fufpendue  ,  elle  s’efi:  allongée 
par  fon  propre  poids  jufqu’à  28.  3  li¬ 
gnes  ;  il  fuit  de  cette  expérience  que 
la  force  de  contraâilité  qui  réfide  dans 
un  cadavre  peut  raccourcir  un  mor¬ 
ceau  de  fa  peau  d’un  tiers  de  fa  lon¬ 
gueur  naturelle. 

38.  Expérience,  J’ai  pris  dans  un  au- 

R  iv 


592.  C  L  A  s  s  E  î. 

-tre  cadavre  &  en  ufant  des  mêmes  pri- 
cautions ,  trois  lanières  d^égale  largeur, 

&  dans  la  même  diredion  du  corps.  ! 
Avant  la  ^diffedion  ,  la  première  avoit 
5*3  lignes;  la  deuxieme,  70,  &  latroi- 
« eme ,  46  ;  &  après  qu’elles  ont  été  ! 
^détachées ,  elles  ont  eu  71.  2  ,  53.  6, 
35.6. 

11  fuit  de  là ,  comme  il  eft  aifé  de 
s’en  convaincre  pour  peu  qu’on  y  faffe  | 
attention ,  que  les  raccourciffemens  des 
lanières  de  même  largeur,  font  pro¬ 
portionnels  à  leurs  longueurs  naturelles. 

39.  11  fuit  encore  de  là  que  la  con- 
tradiüté  de  la  peau  varie  dans  les  dif- 
férens  cadavres  ;  car  dans  le  premier, 
la  contradion  étoit  a  la  longueur  com¬ 
me  I  à  3  ,  &  dans  ce  cas- ci ,  comme 
3  à  10 ,  ou  comme  133.3;  mais  il 
faut  avouer  que  dans  des  mefures  auffi 
délicates ,  il  peut  aifément  fe  gliffer  une 
erreur  d’une  demi-ligne. 

40.  Expérience.  Ayant  pris  une  la¬ 
nière  de  36  lignes  ,  mais  qui  s’étoit  rac¬ 
courcie  à  deux  ponces  par  la  diffec- 
tion ,  i  y  ai  attaché  un  poids  ,  qui  lui 
a  fait  reprendre  fa  première  longueur 
de  36  lignes.  J’y  ai  enfuite  attaché  des 
poids  égaux  dans  des  intervalles  pareil-  , 


Théorie  DES  Vices.  393 
lemeat  égaux ,  &  elle  s’eft  allongée  , 
comme  il  efl  marqué  dans  la  table  fui- 
vante.  La  laniere  avoit  6  lignes  de  lar¬ 
ge  ,  &  je  Pavois  tirée  d’un  cadavre, 
humain. 


Poids  fuf 

Allongement 

fendus» 

en  lignes  dé-^ 
cimales» 

I. 

4* 

2. 

7- 

3- 

9- 

4‘ 

10. 

5- 

12. 

6. 

13- 

7- 

8. 

18. 

9- 

19. 

10. 

19. 

1 1. 

20. 

12. 

21. 

13- 

23. 

R  Y 

3  ^4  C  L  A  s  s  :e  I.  . 
Poids  fufpen-  Allongemènt 


dust 

en  lignes  ài- 

cimahs^ 

14^ 

24. 

î5- 

-  -  '^24,'-  ■ 

1 6. 

17. 

26: 

18. 

27. 

19. 

27. 

xo. 

■  28. 

41.  Ayant  fufpendir  à  cette  îaniere 
ïin  poids  de  1 34  drachmes ,  elle  ne  s’eft 
allongée  au-delà  de  trois  pouces  ^que 
d’un  doyuzieme  de  fa  longueur  naturelle. 

43.  Les  premiers  poids  ont  pro¬ 
duit  un  plus  grand  allongement  dans 
îa  Ianiere  ,  qù’après  qu’-elle  a  été  ten¬ 
due  davantage  ;  le  preipier ,  qui  étoit 
de  633.  3  grains ,  l’a  allongé  de  quatre 
parties  décimales  d’une  ligne ,  au  lieu 
qu’un  poids  décuple  ne  .l’a  point  allon¬ 
gée  de  40  parties  décimales,  mais  feu¬ 
lement  de  19  ou  20  de  ces  parties,  de 


Théorie  des  Vices.  395 
forte  qu’elle  s’eft  deux  fois  moins  al¬ 
longée  ;  un  poids  20  fois  plus  grand 
ne  l’a  pas  allongée  de  80  parties,  mais^ 
de  28 ,  de  forte  que  fon  allongement 
a  été  alors  prefque  trois  fogs  moindre 
que  l’augmentation  du  poids. 

44.  Les  lanières  de  peau  humaine 
s’allongent  à  la  vérité  par  le  moyen 
des  poids  qu’on  y  append  ,  mais  en 
.moindre  raifon  que  les  poids  ou  le^ 
forces  qui  agiffent  fur  elles;  de  maniéré 
que  pour  les  allonger  du  double  ,  il 
faut  une  force  décuple  ,  &  pour  les 
allonger  fept  fois  davantage ,  une  force 
vingt  fois  plus  grande. 

45.  Expérience.  J’ai  attaché  des  che-^ 
veux  &  des  crins  à  une  planche  ver¬ 
ticale  ,  &  y  ai  fufpendu  des  poids , 
&  au  bout  de  quelque  temps  ,  je  ne 
les  ai  trouvés  allongés  que  d’un  vingt- 
cinquieme;  ils  ont  refté  dans  cet  état 
aulE  long-temps  que  le  thermomètre 
&  le  baromètre  ont  été  fixes  ,  mais  ils 
s’allongeoient  lorfqu’il  furvenoit  de 
l’humidité  ôc  de  la  chaleur ,  &  fe  rac- 
courciiToient  dès  que  le  temps  -fe  met- 
toit  au  fec  &  au  froid. 


39«  C  L  A  s  s  E  I. 
fibres  étant  une  fois  diftendues  par  uné  î 
force  quelconque  ,  fe  lâchent  d’elles*  î 
mêmes  dans  la  fuite  du  temps;  caries 
fibres  ne  s’allongent  en  foutenant  tou¬ 
jours  le  même  poids ,  que  parce  qu’elles 
.deviennent  plus  lâches. 

47.  Il  fuitencore  que  les  fibres  fim- 
ples  des  animaux ,  quand  elles  ne  font 
pas  îorfes  ,  fe  relâchent  lorfque  l’air 
efi  chaud  humide ,  &  fe  raecourcif- 
fent  lorfqu’il  efi  froid  &  fec. 

48.  On  voit  par  là  d’où  vient  que 
îa  douleur  du  phlegmon  diminue  avec 
k  temps  d’elle-même,  quoique  le  temps 
ne  change  point,  &  c’eft  parce  que. 
les  fibres  fe  relâchent. 

49.  On  voit  encore  d’oh  vient  que 
la  douleur  que  caufe  îa  tenfion  des  par¬ 
ties  augmente  lorfqu’il  fait  froid  &  fec, 

&  diminue  à  l’aide  des  fbm.entations 
chaudes  &  humides.' 

50.  On  ne  fauroitlire  avec  trop  d’at¬ 
tention  les  expériences  que  le  Doâeiir 
Brian  Rohînfon  à  faites  touchant  îa  ver¬ 
tu  qu’ont  les  remedes  de  relâcher  ou 
de  tendre  les  fibres.  Elles  fe  trouvent 
dans  fon  Traité  de  V Economie  animale^ 

&  je  les  auroîs  inférées  ici ,  fi  j’avois 
eu  occafion  de  le  faire  moi-même* 


Théorie  des  Vices.  ^97 

51.  Expcrkncc.  J’ai  pris  l’artere  ca- 
TOtide  d'un  chien  nouvellement  tué  , 
&  j’ai  mefuré  dans  fa  longueur  17. 7  li¬ 
gnes,  mais  elle  n’a  eu  que  12  lignes 
après  qu’elle  a  été  détachée  du  corps. 
Je  l’ai  enfuite  allongée  par  le  moyen 
d’une  machine  ,  iufqu’à  ce  qu’elle  ait 
caffé  dans  le  milieu  ;  mais  un  peu  avant 
de  fe  rompre,  elle  avoit  55  lignes,  ou 
le  double  de  fa  longueur  naturelle.  J’ai 
répété  deux  fois  la  même  expérience 
fur  des  arteres  &  des  veines. 

52.  Corollaire.  Avant  de  pou¬ 
voir  rompre  une  artere  en  l’allongeant 
peu  à  peu  pendant  quelques  minutes  , 
il  faut  employer  une  force  fuiSfante 
pour  doubler  fa  longueur  ;  cette  force 
ell  très-grande  ,  mais  très- difficile  à  dé¬ 
terminer.  Comparez  les  expériences 
(i6.) 

53.  Il  fuit  encore  qu  une  artere  peut 
s’allonger  fans  fe  rompre  dans  un  temps 
frès-çourt,  quoique  fa  feftion  devienne 
quadruple  de  ce  qu’elle  étoit  naturel¬ 
lement  ,  vu ,  comme  je  l’ai  expérimenté 
moi-même  ,  qu’on  peut  allonger  du 
double  les  ^res  circulaires  ,  avant 
qu’elles  caffent. 

54.  J’ai  fait  la  même  expérience  fut 


^98  C  L  A  s  s  E  I.  ^ 

la  peau  &  fur  l’artere  carotide.  Elles  1 
avoient  dans  le  cadavre  ,  avant  i’ex-  ! 
tenfion  ,  trois  pouces,  que  j’eus  'foin 
de  marquer  avec  de  l’encre.  Elles  Val- 
longerent  jufqu’à  6  pouces,  &  elles 
cafferent;  &  leurs  morceaux  fe  raccour¬ 
cirent  fi  fort ,  qu’ils  n’avoient  enfemble 
que  trois  pouces  ,  ce  que  je  .n’aurois 
pu  croire  avant  l’expérience.  * 

55.  Il  ne  s’enfuit  pas  de  là  que  les 
fibres  ni  les  vailfeaux  confervent  leur 
élafiicité ,  après  avoir  été  tendues  au- 
îant  qu’elles  peuvent  l’être ,  à  moins 
qu’on  n’ait  égard  au  temps  employé  à 
les  difiendre  ;  car  il  efi  certain  que  fi 
la  difienfion  dure  affez  de  temps  pour 
que  le  fuc  nourricier  puifle  remplir  les 
interftices  que  les  fibres  difienduès  laif- 
fent  entr’elles  ,  la  fibre  fe  relâche ,  & 
fait  un  moindre  effort  pour  fe  contrac¬ 
ter  ,  comme  cela  paroît  par  i’incifion 
qu’on  fait  aux  anciens  anévrilmes. 

56.  Expérience.  Ayant  pris  un  cada¬ 
vre  récent  &  un  animal  en  vie,  je  fis 
à  l’un  &  à  l’autre  avec  le  même  inffru- 
ment  des  plaies  égales  ,  les  unes  tranf- 
veriales  ,  &  les  autres  longitudinales , 
ou  dans  la  direâion  des  membres  , 
i’obfervai  que  les  levres  des  plaies  s’é- 


Théorie  des  Vices.  399 
îoignerent  l’une  de  l’autre,  d’abord  fort 
promptement ,  &  enfuite  plus  lente- 
jnent,  jufqu’à  ce  qu’elles  fiiflent  en  équi¬ 
libre.  L’ouverture  de  la  plaie  Longitu¬ 
dinale  éîoit  à  celle  de  la  tranfverfale 
dans  le  rapport  de  5  à  i  x. 

57.  Corollaire.  Les  plaies  s’ou¬ 
vrent  proportionnellement  à. la  tenfioxî 
.des  fibres  qui  ont  été  coupées ,  &  par 
conféquent  la  tenfion  des  fibres  longi¬ 
tudinales  de  la  peau  eû  à  celle  des 
tranfverfales  dans  le  rapport  de  ix  à 
5,  c’e fl;- à- dire  de  plus  du  double'.  J’ai 
une  fois  obfervé  dans  les  arteres  que  la 
ienfion  étoit  k  même  dans  les  .libres 
tranfverfales,  que  dans  les  longitudi¬ 
nales. 

58.  Expérience.  Ayant  pris  un  chien, 
je  lui  découvris  des  deux  côtés  le  muf- 
cle  extenfeur  de  la  jambe ,  je  lui  en 
coupai  un  avec  des  cifeaux  ,  l’anim.aî 
vivant,  il  fe  raccourcit  du  tiers.  J’a- 
vois  déterminé .  fa  longueur  avec  des 
aiguilles  que  j’avois  fichées  dans  les 
tendons  à  égale  diftance  dans  les  deux 
mufcles.  J’effayai  la  même  chofe  dans 
l’autre  mufcie  après  que  l’animal  fi^ 
mort,  ou  une  heure  après  que  le  coeur 
eût  ceifé  de  battre ,  Ôe  la  réîiaitiou  fui: 
.  enüéiement  la  même,  , . 


400  C  L  A  s  s  E  î.  1 

^9.  Ceux-là  donc  fe  trompent  qva  j 
prétendent  que  l’élafticité  ceffe  du  mo¬ 
ment  que  l’animal  expire  ,  &  ce  fenti-  1 
ment  loin  d’être  fondé  fur  l’expérience, 
eft  une  erreur  hafardée  pour  appuyer 
leur  fyftême. 

60.  Expérience  rP Alexandre  Stwardy  j 
que  j’avois  faite  plufieurs  années  avant 
lui  dans  l’amphithéâtre  du  Doâeiir  Di- 
vifard.  Je  difféquai  dans  un  chien  vi¬ 
vant  ,  l’artere  ,  la  veine  &  le  nerf  qui 
les  accompagnent  dans  le  cou ,  je  lis 
la  même  choie  dans  la  jambe ,  &  liai 
leur  faifeeau  dans  différens  endroits 
avec  du  fil.  La  diftance-  entre  les  liga¬ 
tures  étoit  de  zy.  7  lignes  ;  je  coupai 
leur  faifeeau  en  travers ,  oC  voici  ce 
que  j’ohfervai ,  -  •  ' 

L’artere  coupée  avoit  11  lignes. 
La  veine,  13.  3. 

Le  nerf,  14.  5. 

■  61.  Je  fis  la  même  expérience  avec 
des  faifeeaux  femblables,  pris  dans  le  bras 
■&  la  jambe  d’un  homme  afciîiqué  qui 
'^voit  les  pieds  enflés ,  &  qui  étoit  mort 
depuis  neuf  jours,  chaque  faifeeau  avoit 
^  pouces  avant  que  je  le  coupaffe; 

Mais  l’artere  coupé  avoit  4  p.  I  lign. 

La  veine,  4.  i. 

Le  nerfj  5*  5.  5^ 


/  Théorie  DES  Vi  CES.  ^oi 

6î.  Il  fuit  de  la  première  expérience 
que.  dans  les  animaux  vivans ,  la  ten- 
fion  de  l’artere  efl  à  celle  du  nerf, 
comme  15.  7.  à  3.  2. 

La  tenfion  de  l’artere  à  'celle  de  la 
veine,  comme  15.  7.  à  14.  4. 

La  tenfion  de  la  veine  à  celle  du 
nerf,  comme  14.  4.  à  3.  2. 

63.  Il  fuit  de  la  fécondé  que  la  ten¬ 
fion  de  l’artere  efl:  à  celle  du  nerf  dans 
un  cadavre ,  comme  23.  à  8.  5.' 

Celle  de  la  veine  à  celle  du  nerf, 
comme  23.  à  8.  5. 

Celle  de  l’artere  à  celle  de  la  veine 
comme  23  à  23. 

64.  Corollaire.  Dans  ce  cadavre,' 
le  nerf  eut  au  bout  de  neuf  jours  la 
même  élafticité  que  dans  le  chien  vi¬ 
vant. 

65.  Corollaire.  Dans  les  anciens 
cadavres  ,  les  arteres  &  les  veines  fe 
relâchent  davantage  à  caufe  de  leur 
tunique  mufculaire.  Les  mufcle?  dans 
ces  mêmes  cadavres ,  ont  à  peine  la 
douzième  partie  de  leur  éiafiicité  na¬ 
turelle. 

66.  ScholieI.  Comme  les  payfans 
Ont  la  plante  du  pied  extrêmement 
dure  &  calleufe ,  les  plaies  qu’on  y  fait 


401  Classe!.'  ^  ^ 
ne  s’ouvrent  point,  ou  prefqué  point.’ \ 
La  même  chofe  arrive  à  celles  des  jani*  ; 
bes  afFeâées  depuis  long-temps  d’un 
œdeme,  la  peau *fe  replie  en  dedans  & 
s’afFaiffe,  à  caufe  que  la  férofitéqui  la 
foutenoit,  &  qui  rempliffoit  lés  cellu¬ 
les  adipeuies ,  s’écoule. 

67.  Schglie  IL  La  plaie  que  l’on 
fait  dans  les  chairs  a  la  dgure  d’un 
coin ,  die  efl:  plus  large  dans  la  peau , 
elle  fe  rétrécit  à  mefure  qu’elle  péné¬ 
tré  ,  &  les  lèvres  de  la  plaie  fe  courbent. 

68.  Lorfqu’on  allonge  la  carotide  ou 
une  laniere  de  peau  également  large 
dans  toute  fon  étendue ,  en  la  faififfant 
avec  des  crochets,  les  bords  perdent 
aitfîi-tôt  leur  paralléiifme,  &  font  moins 
éloignés  dans  le  milieu  de  la  longueur 
que  dans  les  extrémités ,  je  veux  dire 
que  les  bords  s’arquent  en  dedans.  Un 
.morceau  de  l’aorte  ainli  allongé  efl;  de¬ 
venu  deux  fois  plus  étroit  dans  le  mi¬ 
lieu  que  dans  les  extrémités  peu  de 
temps  avant  de  fe  rompre  ,  &  il  n’eft 
pas  difficile  de  découvrir  la  raifoi^  mé¬ 
canique  de  ce  phénomène. 

69.  Corollaire.  Lorfqu’on  allon¬ 
ge  des  vaiffeaux ,  des  nerfs  ,  ou  tels 
autres  conduits,  leurs  fonédons  fe  re- 


Théorie  des  Vices.  403 
tréciffent  dans  le  milieu  de  leur  lon¬ 
gueur  à  proportion  que  l’on  fait  plus 
d’ertort  pour  les  allonger ,  &  lorfque 
cet  effort  augmente  à  un  certain  point, 
ils  peuvent  devenir  quatre  fois  plus 
ctroiîs. 

70.  Si  l’on  prend  les  fibres  longitu¬ 
dinales  pour  la  chaîne  J  &  les  tranfver- 
fales  pour-  la  trame  ,  pour  me  fervir 
des_  mêmes  noms  que  les  TiiTerands  , 
•la  chaîne  dans  l’homme  eû  beaucoup 
plus  tendue  que  la  trame. 

^  71.  Si  l’on  tend  égaîem.ent  une  toile 
en  tous  fens  ,  les  interfiiees  augmen¬ 
teront  proportionnellement  à  la  furface 
de  la  toile.  Que  fi  la  chaîne  ,efi  plus 
tendue  que  la  trame  ,  ou  réciproque¬ 
ment,  les  intenfiicës  ne  feront  point 
quarrés,  mais  oblongs. 

7  Z.  Lorfque  les  vaiffeaux  viennent 
à  fe  dilater ,  les  pores  ou  les  interftices 
doivent  conferver  leur  figure  naturelle , 
parce  que  les  fibres  longitudinales  ne 
font  pas  plus  tendues  que  les  tranfver- 
fales;  mais  il  n’en  eflpas  de  même  des 
tumeurs  de  la  peau. 

73.  Expérience.  J’ai  pris  la  veffie  uri¬ 
naire  d’un  jeune  hommie  mort  depuis 
peu  ,  y  ai  adapté  un  tube  de  verre 


404  Clause  I. 
divifé  par  pouces  &  demi -pouces; 
pour  pouvoir  la  remplir  d’eau.  Elle  s’eft 
auffi-tôt  enflée  ;  au  point  que  la  hau¬ 
teur  de  l’eau  contenue  dans  le  tube 
égaloit  la  hauteur  de  la  veflie  dans  foa 
fommet,  ce  qui,  félon  moi,  eft  la  plus 
grande  dilatation  que  puifle  fouffrir  la 
veflie  dans  un  homme  fain.  J’y  ai  verfé 
enfliite  autant  d’eau  qu’il  en  falloit 
pour  qu’elle  s’élevât  d’un  pouce  &  demi 
aii-defllis  de  ce  point ,  &  j’ai  entouré 
la  veflie  d’un  fil  de  145  lignes  de  long, 
dont  les  deux  extrémités  fe  touchoient; 
■il  efl;  devenu  trop  court ,  Sc  il  s’en  fal¬ 
loit  cinq  lignes  que  fes  extrémités  fe 
^  oigniflent.  J’ai  continué  à  y  verfer  de 
•l’eau  jufqu’à  la  hauteur  de  trois  pou- 
.ces ,  &  les  extrémités  du  fil  fe  font 
écartées  de  douze  lignes  &  demie ,  & 
ainfifucceflivement,  comme  on  le  voit 
dans  la  Table  fuivante. 


Théorie  des  Vices.  405 

ÿameurs  d&  V  eau 

Augmentation  de  La 

âanshtiihe. 

circonférence  de  la 
vc£k. 

I.p.l 

5.  lign. 

3* 

12.  5. 

4-  î 

1(5. 

6. 

19. 

7*  7 

21. 

9- 

23. 

10.  1 

24. 

12. 

26. 

2(5.  5r 

M* 

27-  V 

i().  i 

28.  ^ 

.  18.  " 

29.  5. 

30.  i 

21. 

31*  7 

22.  2 

33- 

24. 

34. 

:2  5-  5* 

3)- 

27. 

3(5. 

28.  5. 

37* 

38. 

31.  5- 

39- 

34. 

40. 

Et  pour  lors  la  velîie  s’eft  crevée. 


3o6  Classe  I.  “  \ 

74.  Corollaire.  La  petite  circon-  | 
férence  '  de  la  veffie ,  c'eft-à-dire,  fa 
circonférence*  trarifverfale  ,  avoit  ïorf- 
qu’elle  fut  remplie  ,  &  avant  de  fe  dif- 
tendre ,  145  -lignes  ;  elle  augmenta  dans 
îa  première  expérience  de  5  lignes, 
dans  la  fécondé  de  1 2.  5  ,  dans  la  troi- 
fieme  de  16 ,  &  ainfi  de  fuite.  Mais 
comme  les  -volumes  font  en  même 
raifon  que  les  cubes  des  circonféren¬ 
ces  ,  ces  augmentations  furent  :  ^ 


Volumes,  Forces. 


Différences, 


1.  491. 

3.  652. 

4. 

5-  3  59- 

^5.  979. 

6.  539. 

7.  077, 


2 

3 

'5 

10 

15 

20 


2.  -124.  26. 

3.  868f  i2.‘ 

4.  -488.  12. 

5.  048.  II. 
5.  586. 


75.  On  voit  par  cette  table  que  les 
volumes  augmentent  avec  les  forces 
qui  les  diftendent  ,  mais  que  les  pre¬ 
mières  augmentations  ont  été  plus  con- 
fidérables  que  les  fuivantes  ,  de  fc^e 
que  lorfqu’une  force  ,  par  exemple , 
produit  2 1  d’augmentation ,  une  force 


Théorie  des  Vices.  407 
double  ne  donne  point  une  augmenta¬ 
tion  de  42  ,  mais  de  38  ;  une  force 
triple  ,  ne  donne  point  une  augmen¬ 
tation  de  63 ,  mais  de  44  ;  une  force 
quadruple ,  non  point  de  84 ,  mais  de 
50,  &  une  quintuple,  non  point  de 
io5 ,  mais  de  5  5 ,  ou  de  la  m.oitié  plus 
petite. 

76.  Il  y  a  toute  apparence  que  les 
accroiffemens  des  longueurs  des  fibres 
fuivent  le  même  ordre  que  les  ordon¬ 
nées  d’une  courbe  logarithmique  dont 
les  abfc!fîes~  font  repréfentées  par  les 
forces  difiendantes  ;  mais  il  faudroit 
répéter  plufieurs  fois  les  expériences, 
&  y  employer  plus  de  foin  ,  pour 
voir  fi  elles  s’accordent  avec  la  théorie. 

77.  Une  caufe  interne  ne  fauroit 
occafionner-  des  tumeurs  dans  les  gros 
vaiiTeaux  artériels ,  parce  que  ,  comme 
le  démontre  M.  Haies  dans  fon  Hémaf- 
tatique ,  leur  ténacité  furpaffe  de  vingt 
fois  la  plus  grande  force  du  fang  qui  y 
circule.  Hcemajîat.  experim.  22. 

78.  Mais  il  n’en  eft  pas  de  mêm.e  des 
vaifleaux  capillaires ,  parce  que  la  té'e* 
nuité  &  la  laxité  des  parois  des  vaif- 
feaux  décroît  à  proportion  que  la  fom- 
me  des  périphéries  -  des  ,  ramea\ix 


4t^g  Classe  î. 
même  tronc  eft  plus  grande  que  la  pé-  1 
riphérie  du  tronc.  Comme  donc  la  fom-  | 
me  des  circonférences  excede  de  beau-  ' 
coup  celle  du  tronc  ,  à  caufe  de  la 
quantité  infinie  de  jyaifTeaux  capillaires 
qui  en  fortent ,  il  s’enfuit  que  la  pref-  | 
lion  du  fan  g  étant  la  même  ,  les  vaif-  ' 
féaux  capillaires  doivent  foufFrir  une 
beaucoup  plus  grande  dilatation  que  les 
groffes  arteres.  Voyez  Théorie^  du 
pouls  &  dt  la,  circulation ,  imprimée  à 
Montpellier  en  lySz.  art.  44.  47. 

79.  La  raifon  pour  laquelle  ces  vaif- 
feaux,  nonobftant  leur  foiblefle,  réfif- 
tent  à  la  preffion  du  fang  dans  un  fujet 
fain  &  ne  s’enflent  point,  efl,  que  la 
prefîion  latérale  du  fang  agit  d’autant 
moins  fur  eux  ,  qu’ils  font  plus  foibles 
que  leurs  troncs  (  théorie  du  pouls 
60.  72.)  Lors,  au  contraire ,  qu’ils 
viennent  à  s’obflnier ,  comme  le  fang 
artériel  agit  alors  fur  eux  avec  la  même 
force  qu’il  agiroit  fur  les  troncs  obdrués 
&  qu’ils  font  infiniment  plus  lâches  & 
plus  flexibles  que  ces  derniers,  il  faut 
néceffairement  qu’ils  fe  dilatent  à  un 
point  extraordinaire  ,  comme  le  mon-* 
trent  l’obfervation  &  la  théorie  du pouls'y 
10^  &  Juivans, 


Théorie  h  es  Vices.  40^ 
So.  Si  un  morceau  de  chair  égale* 
ïnent  flexible  par-tout ,  &  parfemé  de 
vaiffeaux  capillaires ,  vient  à  être  tumé¬ 
fié  par  k  fang  qui  dilate  ces  derniers  ^ 
il  augmente  de  volume  fans  changer  de 
figure.  Mais  s’il  eft  enfermé  dans  une 
capfule  flexible  qui  s’oppofe  à  fa  dila-- 
tation ,  pour  lors  la  capfule  prend  une 
fi^re  fphéroïdale ,  parce  que  fes  parois 
refiftent  moins  à  fon  expanfion  dü 
côté  où  elles  font  applaties,  &  s’éloi¬ 
gnent  j)ar  conféquent  plus  du  centre 
que  les  parties  faillantes  ;  &  l’equilibre 
n’a  lieu ,  que  lorf(^ue  toutes  les  parties 
font  également  âoignés  du  centre  , 
ou  que  le  corps  efl  devenu  fphérique, 
La  même  chofe  arrive  aux  parties  du 
corps  humain ,  aux  mufcles ,  aux  glan¬ 
des  ,  qui  font  enveloppées  de  leur 
membrane  cellulaire ,  aufli  l’obferva- 
tion  nous  apprend- elle  qu’elles  pren¬ 
nent  une  figure  fphérique  ,  lorfqu’ei- 
les  viennent  à  fe  tuméfier. 

8 1. Lorfqu’il  n’y  a  de  dilatés  que  les 
vailTeaux  de  la  membrane  cellulaire  qui 
font  fous  la  peau  ,  alors ,  comme  le 
fluide  qui  les  engorge ,  peut  fe  répan¬ 
dre  dans  les  environs  à  caufe  de  la 
communication  latérale  des  cellules 
Tome  /,  ^ 


410  C  L  A  s  s  E  I. 
la  tumeur  fe  répand  en  tout  fens ,  gj 
prend  la  figure  du  membre  afFefté ,  & 
non  point  une  figure  fphérique,  ainfi 
qu’on  en  a  la  preuve  dans  l’œdeme  & 
dans  l’emphyleme.  Il  arrive  la  même 
chofe  aux  vaiffeaux  réticulaires  de  la 
peau ,  ou  de  telle  autre  membrane ,  à 
caufe  de  la  communication  qu’ils  ont 
les  uns  avec  les  autres  fur  le  tiffu  de 
la  membrane  par  leur  entrelacement 
réticulaire  ,  &  c’eft  ce  qui  fait  que  la 
tumeur  ,  quoique  dure  eft  toujours 
fuperficielle  ,  comme  il  arrive  dans 
l’éryfipêle. 

82.  On  voit  que  le  fiege  de  l’en¬ 
gorgement  phlegmoneùx  n’efl:  .pas  le 
même  que  celui  des  engorgemens 
éryfipélateux  &  œdémateux.  Le  pre¬ 
mier  eft  dans  un  efpace  folide  ,.qui  ne 
reçoit  le  fang  qvie  par  un  petit  nombre 
d’arterés  divifées  en  une  infinité  de 
rameaux ,  d’oii  il  reflue  enfuite  dans 
un  petit  nombre  de  veines  ,  ce  qui 
fait  que  la  tumeur  prend  la  figure  d’une 
fphere  ou  d’un  fphéroïde  ;  au  lieu  que 
les  derniers  font  dans  un  même  plan 
réticulaire  de  vaiffeaux  ou  de  cellules 
quiue  peuvent  prefque  point  s’élever. 
-  83.  Les  Géomètres  nous  appren^ 


Théorie  des  Vices.  411 
nent  qu’une  toile  tendue  Sc  également 
chargée  dans  tous  fes  points,  fe courbe 
pour  légère  que  foit  la  force  qui  la 
charge,  &  cek  à  proportion  quejapref- 
fion  augmente  ;  êc  que  fi  on  lui  donne 
la  forme  d’un  fac ,  Sc  qu’on  la  difiende 
par  le  moyen  d’un  fluide  ,  elle  prend 
la  figure  d’une  fphère  ou  d’une  ellipfe 
(  Bernoulli  Je  motu  mufcular,  Herman 
f  horonom.  &c.}  &  il  revient  au  même 
que  le  fac  foit  rempli  d’eau  ou  d’épon¬ 
ges  remplies  d’eau,  car  la  prefilon  laté¬ 
rale  ocicafionnée  par  le  gonflement  des 
éponges  fera  la  même  par-tout ,  &  c’efi: 
cette  égalité  de  la  preffion .  qui  fait 
prendre  à  la  tumeur  ühe  figure  fphéri- 
que ,  lorfque  la  réfiflance  efi:  égale 
par-tout. 

84.  On  voit  par  là  d’où  vient  que 
lorfqu’il  fe  fait  un  engorgement  dans 
Un  petit  tronçon  de  quelque  vifcere, 
comme  du  poumon ,  du  foie ,  quelque 
polyhedrique  qu’il  foit,  ce  tronçon 
s’enfle  &  prend  la  figure  d’une  fphere, 
favoir  ,  parce  qu’il  efi:  formé  de  petits 
vaiffeaux  capillaires  qui  reçoivent  le 
fengd’unfeul  tronc,  &  le  verfent  dans 
une  feule  veine ,  &  que  chaque  lobe 
«ft  enfermé'dâns  une  capfule  cellulairej, 


^ii'  Classe  I. 
comme  l’anatomie  nous  l’apprend ,  ce  i 
■qui  fait  que  le  fang  peut  fe  répandre  ^ 
dans  les  rameaux  voifins  enfermés  ■ 
dans  cette  capfule  ,  mais  non  point  au  ; 
dehors  ,  de  maniéré  qu’il  lui  arrive  la 
même  chofe  qu’au  jfac  polyhedrique 
rempli  d’éponges  mouillées  ,  lequel 
prendroit  une  figure  fphérique ,  à  moins 
qu’il  ne  fût  entouré  d’autres  facs  dont 
la  force  &  la  dilatation  augmentaffent 
également. 

85.  On  peut  conclure  de  là ,  fi  je  ne 
me  trompe ,  que  les  tumeurs  fphéroïdes 
font  celles ,  dont  la  fubftance  efi:  enfer- 
mée  comme  dans  un  fac,  ou  dans  un  I 
kyfie  ,  comme  le  font  toutes  les  glan¬ 
des  &  les  yifceres  compofés  de  glan¬ 
des  au"  lieu  qüe  lès  tumeurs  éryfipé- 
lateufes  ëz  œdémateufes  fe'  forment 
dans  des  vaifFèaux  ou  des  cellules  éten¬ 
dues  comme  une  toile ,  &c  qui  par  con- 
féquent  ne  font  bornées  par  aucune  - 
enveloppe. 

86.  Les  veines  fituées  à  égale  dif- 
tance  du  cœur  ,  ont  non-  feulement 
deux  fois  plus,  de  capacité  que  les  artè¬ 
res  qui  les  accompagnent,  mais  ,  com- . 
me  nous  l’apprend  l’obferyation ,  elles 
|)nt  leurs  &res  circulaires  beaucoup 


Théorie  des  Vic-e^.  415* 
plus  duâiles  que  les  arteres  ;  ce  qui 
èit  qu’à  raifon  de  la  ténuité  de  leurs 
parois,  les  veines  dont  le  diamètre  eft 
égal  à  celui  des  arteres ,  peuvent  être 
diftendues  par  la  force  du  fluide  qui  y 
circule  un  tiers  de  plus  que  les  arteres 
(Théorie  du  pouls ,  17  jufqu’à  20.  ) 

il  fuit  de  là  que  les  tumeurs  formées 
dans  les  vifceres  qui  ont  beaucoup  de 
veines ,  peuvent  grofSr  davantage  que 
dans  ceux  qui  fontcompofés  d’arteres» 
&  fe  dilater  confidérablement ,  lorfque 
l’engorgement  pafTe  des  arteres  dans 
les  veines ,  ainfi  qu’il  paroît  arriver  dans 
l’odontalgie  catarreufe  ;  en  effet ,  dès 
que  la  matière  eft  cuite ,  &  qu’elle 
devient  fluide  ,  les  joues  s’enflent ,  ôc 
la  douleur  s’appaife ,  parce  que  les  vei¬ 
nes  font  d’un  tiffu  plus  lâche  &  moins 
fenfible  que  les  arteres. 

87.  Les  parties  ont  d’autant  plus  de 
peine  à  fe  tuméfier ,  qu’elles  ont  plus 
de  contraéfilité  (  prop.  i.  n.  23  );  & 
comme  cette  contraâiîité  efl  d’autant 
plus  grande  (§.  24.)  que  les  parois  des 
vaiffeaux  &  des  conduits  ont  plus  d’é- 
paiffeur ,  il  s’enfuit  que  plus  les  mem¬ 
branes  que  l’on  veut  diftendre  font 
épaiffes,  moins  leur  enflure  efl  grande. 


414  Classe  I.  ^  j 
Par  exemple ,  il  ell  certain  qu’il  fe  for.  ' 
me  quelquefois  des  congeftions  con- 
fidérables  dans  les  conduits offeiix,  qiy 
ne  peuvent  vaincre  la  réfiftance  que 
km;  oppofent  les  parois ,  &  de  là  vient 
qu’il  ne  fe  forme  aucune  tumeur;  au- 
lieu  que  la  moindre  preffion  latérale 
fuffit  pour  dilater  confidérabiement  les 
vaiffeaux -lymphatiques. 

88.  Plus  les  membranes  qui  entou¬ 
rent  les  vaiffeaux  &  les  vifceres  font 
denfes  &;  compaâes  ,  plus  il  faut  de 
force  pour  furmonter  leur  contrac¬ 
tilité  5  &  pour  les  tuméfier,;  &  de  là 
vient  que  les  arîeres  de  même  épaif- 
feiir  que  les  veines ,  ayant  deux  ou 
trois  fois  plus  d:e  fermeté  que  ces- -der¬ 
niers  ,  réfifient  davantage  à  la  preffîon 
interne  ,  &  ont  plus  de  peine  à  fe 
tuméfier. 

89.11  s’enfuit  donc  que  les  réfiîlanees 
que  les  parties  oppofent  à  leurs  intu- 
mefcence  ,  font  en  raifon  compofée 
de  l’épaiCeur  &  de  la  denfité  des  mem¬ 
branes  qui  compofent  kur  mafl’e  & 
leurs  vaiffeaux  ,  &c  qui  les  envelop¬ 
pent.  Comme  donc  la  rate  eff  celui  de 
tous  les  vifceres  qui  eff  le  moins  con¬ 
traint,  &;  que  fon  tiflli  eff  extrême^ 


Théorie  des  Vices.  415 
ment  lâche  &  mou ,  elle  peut  devenir 
d’une  groffeur  immenfe  ;  autant  que 
la  capacité  du  bas- ventre  peut  le  per¬ 
mettre.  Les  poumons  font  refferrés  à 
un  certain  point  par  la  poitrine  ,  mais 
leurs  lobes  font  d’ailleurs  affez  libres 
&  d’un  tiffu  extrêmement  ductile  ;  car 
pour-peu  qu’ils  foient  tiraillés ,  iis  peu¬ 
vent  devenir  deux  fois  plus  longs  qu’ils 
ne  le  font  naturellement  :  d’où  il  fuit 
qu’étant  engorgés ,  ils  peuvent  fe  tumé¬ 
fier  confîdérablement. 

90.  Toutes  chofes  étant  d’ailleurs 
égales ,  l’enflure  de  la  partie  efl  d’au¬ 
tant  plus  grande  entre  les  limites  de  fa 
ténacité ,  qu’on  fait  plus  d’effort  pour 
la  diftendre  ;  mais  cette  enflure  croît 
cependant  en  m.oindre  raifon  que  les 
forces  qui  la  diftendent  (75.) 

9 1 .  Si  un  vifcere  grofîit  au  commen¬ 
cement  du  double  à  l’aide  d’une  force 
comme  2 ,  il  ne  peut  groflir  du  triple 
que  par  le  moyen  d’une  force  cinq  fois 
plus  grande  ou  comme  10,  ainfi  qu’on 
le  voit  par  la  table  (74)  ;  d’où  il  fuit 
qu’un  vifcere  étant  une  fois  tuméfié , 
il  ne  peut  fe  tuméfier  davantage  fans 
des  douleurs  atroces ,  vu  qu’il  faut  une 
force  beaucoup  plus  grande  que  celle 


4i6  C  l  a  s  s  e  L  I 

qui  répond  à  cette  nouvelle  intumefir 
cence;  &  comme  cette  force  éprouve  1 
une  réiiflance  égale ,  &  que  la  diften-  ^ 
fion  ne  peut  augmenter  que  les  dou¬ 
leurs  n’augmentent  à  proportion ,  la  1 
tumeur  une  fois  formée  ne  îauroit  aug¬ 
menter  dans  les  vaiûeaux  de  même  1 
elpece ,  qu’il  n’en  rélulte  des  douleurs  | 
très-violentes.  | 

92.  La  dureté  &  la  rénitence  de  la  i 
partie  augmentent  à  proportion  que 
îatumeurgro Ait,  eu  égard  aux  parties  s 
qui  fe  diftendent.  Car  la  tumeur  croît 
en  moindre  raifon  que  les  forces  qui 
caufent  la  diftention  ;  &  comme  la 
«Mention  augmente  en  raifon  direâe 
de  la  force  didendante  j  &  en  raifon 
inverfe  de  l’allongement ,  il  s’enfuit  que 
fi  la  force  diftendante  augmente  en 
plus  grande  raifon  (jue  l’allongement 
des  fibres,  la  dureté  &  la  rénitence 
de  la  partie  doivent  augmenter. 

93.  ScHOLiE.  Lôrfque  la  fibre  s’al¬ 
longe  proportionnellement  à  la  fome 
qui  agit  fur  elle  ,  fa  tenfion  eft  moins 
grande  que  fi  elle  s’allongeoit  en  moin¬ 
dre  raifon  ,  comme  chacun  peut  aife- 
ment  le  concevoir. 

94.  Plus  la  fibre  approche  du  dernier 


Théorie  DES  Vices.  41^' 
terme  de  fa  tenfion ,  plus  elle  appro¬ 
che  aufîi  de  celui  de  fa  ténacité  qui  eft 
le  même  ,  &  par  conféquent  plus  la 
dureté  &  la  rénitence  de  la  tumeur  qui 
fe  forme,  ou  ce  qui  efl  le  même,  fa  ten- 
fion  augmentent  ,  plus  la  rupture  & 
l’hémorragie  qui  en  efl;  la  fuite  font  à 
craindre ,  &  il  en  réfulre  une  inflam¬ 
mation  fylb-ophique ,  &  même  un 
fphaceîe. 

95.  Pour  prévenir  dans  ce  cas  le 
fphaceîe ,  il  faut  prévenir  la  rupture  des 
vaifîeaux  par  des  émolliens  ;  il  efl  vrai 
que  la  tumeur  groflira ,  mais  la  rupture 
fera  moins  à  craindre  que  lorfque  les 
fibres  confervent  leur  rigidité  &  leur 
tenfion  ,  $c  que  la  force  diflendante 
continue  d’agir. 

■  Un  autre  moyen  de  prévenir  le 
fphaceîe  en  pareil  cas ,  c’efl;  d’aflbiblir 
la  force  diflendante  par  des  faignées 
réitérées  &  par  une  dieté  légère. 

96.  Lors  donc  que  les  tumeurs 
phlegmoneufes  ou  éryfipélateufes  font 
craindre  une  gangrené ,  il  efl  double¬ 
ment  plus  fur  d’amollir  les  fibres  par 
des  potions  &  des  fomentations  dé¬ 
layantes  ,  &  de  diminuer  la  force  du 
fang  qui  caufe  la  diflention ,  par  un^ 


4i8  Classe  I. 
dicte  légère  &  des  évacuans ,  que 
d’employer  feulement  l’un  ou  l’autre 
fe  cours* 

97.  On  appelle  remedes  repereuf- 
fifs  ceux  qui  en  condenfant  les  fibres 
&  coagulant  les  fluides  ^  empêchent 
les  tumeurs  inflammatoires  de  groflir,  , 
..Cependant  ,  comme  l’accromemeni 
de  la  timieur  inflammatoire  ,  tant 
que  les  forces  diflendantes  du  fang 
fubfiftent ,  efl:  moins  dangereux  que 
fa  rupture ,  &:  que  ces  remedes  ren¬ 
dent  fon  extenfioH  plus  difficile,  ils’en- 
,fuit  que  les  répercuffifs  font  exttême- 
ment  nuifibles  dans  le  cas*en  qüeflion. 

98*  11  fuit  du  corollaire  46^  que  la 
tenfion  des  fibres  du  corps  humain 
diminue  d’elle-même  avec  le  temps  , 
de  maniéré  que  la  tenfion  &  la  doi> 
leur  du  pblegm.on  ,  à  moins  qu’elles 
n’augmentent  journellement  ,  dimi¬ 
nuent  &  deviennent  plus  fupporîa- 
bles.  Il  vaut  donc  mieux  attendre  ,lorf- 
qu’on  le  peut ,  &  empêcher  que  la 
tenfion  n’augmente  ^  car  le  temps 
améliore  l’état  du  malade ,  lors  fur-tout 
.qu’on  emploie  les  remedes  conve* 
nables*.- 

99*  U  fuit  du  corollaire  47  que  l’air 


,  Théorie  des  Vices.  419 
chaud  &  humide  relâche  les  fibres  ; 
&  comme  la  relaxation  efl  fouvènt 
utile  dans  le  phlegmon ,  il  faut  faire 
humer  au  malade  un  air  chaud  &  hu¬ 
mide  ,  ou ,  ce  qui  revient  au  même , 
appliquer  fur  la  tumeur  des  fomenta- 
„tions  chaudes  &  émollientes. 

-  100.  L’expérience  nous  apprend  que 
les  parties  du  corps  humain  peuvent 
s’enfler  à  un  point  extraordinaire  fans 
en  fouffrir  &  fans  fe  détruire  ,  pourvu 
que  l’expanfion  fe  faflé  peu  à  peu, 
ainfi  qu’on  le  voit  dans  la  groflefTe , 
l’afcite  ,  le  bronchocèle  &c.  Mais  à 
proportion  que  la  partie  engorgée  s’en¬ 
fle  ,  les  interflices  des  tuniques  fe  dila¬ 
tent  (  7 1  )  ,,  &  pourvu  que  la  tenfion 
ne  croifTe  point  à  proportion  ,  elles 
croifTent  comme  le  tout  ;  or  les  vaif- 
feaux  venant  à  fe  dilater ,  les  fluides 
qui  les  engorgeoient ,  trouvant  le  paf- 
fage  plus  libre,  continuent  leur  cours, 
&  c’efl;  la  première  voie  qui  conduit 
à  la  réfolution.  Les  orifices  des  vaif- 
feaux  excrétoires  de  la  peau ,  &  les 
interflices  des  yaifleaux  étant  une  fois 
dilatés  ,  les  matières  diflbutes  peuvent 
s’écouler ,  fe  difliper  par  la  tranfpira- 
tion,  ce  qui  détruit  l’engorgement ,  ôc 


410  Classe  I. 
c’eft  la  fécondé  voie  de  procurer  ^ 
réfolution. 

I O I .  Il  ne  faut  pas  toujours  craindre 
que  les  parties ,  qui  ont  été  extraordi- 
nairement  diftendues  ne  reprennent 
point  leur  premier  volume  après  que 
l’engorgement  efl:  détruit  ;  car  l’expé- 
riençe  nous  apprend  que  les  parties 
font  extrêmement  duâiles  Scélaftiques, 
vu  qu’il  y  a  certains  vifceres  j  la  ma¬ 
trice  ,  par  exemple ,  qui  peuvent  ac¬ 
quérir  mille  fois  plus  de  volume  fans 
perdre  leur  élafticité  ,  fe  dilater  de 
temps  en  témps^extraorcHnairement, 
&  fe  refferrer  de  nouveau. 

I02L.  Il  y  a  cependant  des  parties 
dans  le  corps  humain ,  comme  les  ma¬ 
melles  ,  la  peau  des  aînés ,  des  parties  gé¬ 
nitales  ,  du  vifage ,  des  paupières,  fi  peu 
élafiiques ,  qu’après  s’être  fecilement 
dilatées  &  allongées ,  elles  ne  repren¬ 
nent  plus  aifément  leur  premier  ton  » 
de  maniéré  que  les  Anatomiftes  les  dif- 
tinguent  aifément  des  autres  en  y  en¬ 
fonçant  l’aiguille ,  comme  on  le  prati¬ 
que  *à  l’égard  des  cadavres  dont  on  a 
été  les  entrailles  &L  dont  on  recoud  la^ 
peau  ;  car  j’ai  remarqué  afi'ez  fouvent 
les  parties  dont  on  a  parlé  ci'd.eflus 


Théorie  des  Vices.  4tt 
font  plus  aifées  à  percer ,  que  la  peau 
du  dos ,  des  bras  &  des  autres  parties. 

103.  Les  tumeurs  qui  fe  forment 
dans  les  parties  du  corps  humain  qui 
étoit  auparavant  fain ,  font  occafion- 
nées  le  plus  fouvent  par  l’effort  des 
parties  fluides,  qui  dilatent  &  gonflent 
les  parties  contenantes. 

104.  Les  tumeurs  font  caufées  par 
les  fluides  enfermés  dans  les  vaiffeaux 
ou  réfervoirs  ,  &  ceux-ci ,  tant  qu’ils 
confervent  leur  élafticité ,  font  effort 
pour  fe  contraâer;  mais  lorfqu’ils  vien¬ 
nent  à  s’enfler,  ils  fe  portent  en  dehors 
de  tous  côtés  :  comme  donc  il  n’y  a 
que  les  fluides  qu’ils  contiennent  qui 
puiffent  les  preffer  ainfi  dans  tous  les 
fens  ,  il  s’enfuit  que  les  fluides  font  les 
feuls  inflrumens  qui  puiffent  occaflon-r 
ner  une  pareille  enflure. 

105.  On  remarquera  cependant  que 
le  poids  feui  des  fluides  ne  fatiroit  oc- 
cafionner  ces  fortes  de  tumeurs  ,  la 
colonne  du  fluide  qui  preffe  deffus  n’é¬ 
tant  point  affez  haute  pour  leur  impri¬ 
mer  la  force  néceffaire  pour  cet  effet, 
à  moins  que  les  parties  continentes  ne 
perdent  toute  leur  élaflicité.  Il  faut 
donc  chercher  la  force  de  ces  fluide^ 
dans  une  autre  fource. 


412  C  L  A  s  s  E  I.  1 

î  o6.  Il  y  a  dans  les  premières  -voies  't 
des  fluides  extrêmement  élaftiques  & 
difpofés  à  fe  raréfier ,  favoir ,  Pair,  le 
vent ,  qui  peuvent  fe  raréfier  par  la  i 
chaleur  ,  la  putréfaûion  ,  la  fermenta¬ 
tion  ,  au  point  de  difliendre  confidé- 
irablement  les  membranes  ambiantes, 
témoins  la  tympanite  ,  les  rapports, 
l’emphyferne  ,  la  pneumatofe ,  &c.  On 
doit  donc  attribuer  les  tumeurs  flatueu- 
fes.  à  la  force  expanfive  de  Pair.  II  y 
en  a  d’autres  qui  ne  recohnoiflent  pour 
.caufe  que  la  force  dufang,  ouPadion 
de  la  lymphe ,  comme  le  phlegmon , 
l’oedeme.  Or  comme  ces  fluides  n’onî  | 
aucun  refîbrt  fenfible ,  à  moins  qu’ils  , 
.ne  foient  échauffés  ,  &  qu 'alors  même 
ils  augmentent  à  peine  de  la  detix-cen- 
tieme  partie  de  leur  volume  ;  on  ne 
fauroit  attribuer  les  tumeurs  un  peu 
.confidérables  à  leur  raréfaclion  ;  mais 
/eulement  à  l’adion  du  cœur ,  fur-tout 
à  celle  du  fang  &  de  la  lymphe  ,  qui 
efl:  capable  de  gonfler  les  vaiffeaux  & 
.les  membranes  qui  les  revêtent ,  &  de 
former  des  tumeurs  confidérables. 

107. 'Le  fano  en  circulant,  diftribue 
le  fuc  nourricier  dans  les  différentes 
parties  du  corps  j  or  les  excroiffances 


Théorie  des  Vices.  413 
font  formées  par  un  fuc  npurricier  trop 
fondant  qui  s’y  attache  &  fe  durcit^; 
&  quoique  ce  lue  par  fa  ténacité  fe 
convertiffe  en  chair  &  en  os,  ce  n’efl: 
cependant  que  par  l’aâion  du  cœur 
qu’il  fe  porte  dans  les  parties  &  qu’iî 
les  diftend  ;  par  conféquent  ce  n’eâ 
.qu’aux  forces  impuliives  du  cœur  que 
l’on  doit  attribuer  cette  efpece  de  tu¬ 
meurs  ,  non  point  en  tant  que  caufe  j 
mais  feulement  comme  principe.  Si 
l’on  entend  avec  Hippocrate  par  parties 
contenues  les  fluides ,  &  par  contenantes 
.les  parties  folides  ou  membraneufes  ,  il 
eft  évident  que  les  fluides  doivent  agir 
pour  qu’il  puifle  fe  former  des  tumeurs 
dans  les  parties  contenantes  d’un  hom¬ 
me  fain. 

108.  Lorfque  la  force  des  parties  con¬ 
tenues  excede  la  contraûihté  &  la  ré- 
fiflance  des  parties  contenantes ,  il  fe 
forme  une  tumeur,  &  elle  n’a  pas  d’au¬ 
tre  caufe  que  cet  excès.  = 

109.  La  caufe  eft  ce  qui  fait  conce¬ 
voir  l’exiflence- aftueÜe  d’une  choie, 
&  le  principe  ce  qui  nous  la  fait  feule¬ 
ment  concevoir  comme  poflible  (  P4- 
thoL  method.  ai  /i .  ) ,  ou  bie  n ,  la  caufe 
;  efl.ce  qui  produit  un  effet ,  de  majiiere 


4M  C  L  A  s  S  E  I.  I 

que  celiir-ci  cefle ,  dès  qu’elle  eft  ôtée 
(  Mariottc ,  Ejfai  de  Logique  ) ,  &  elle 
n’eft  cenfée  telle  qu’autant  que  l’effet 
entier  lui  eû.  proportionnel.  ( 
Meckan.  24.') 

1 10,  Cela  étant  ainff  ,  il  eft  certain 
qu’il  y  a  un  coinbat  continuel  entre  les 
parties  contenantes  &  -les  parties  con¬ 
tenues  du  corps  bumain ,  &  la  preuve 
en  efl  que,  pour  peu  que  la  réfiftance  des 
parties  contenantes  dirninue  ,  celles-ci 
s-’éîevent  auffi  tôt  en  forme  de  tumeur; 
ainfi  ,  lorfqii’on  empêche  la  pefanteur 
de  l’air  d’agir  fur  une  partie  en  y  appli¬ 
quant  une  ventoufe,  cette  partie  s’en¬ 
fle  aufll-tôt ,  &  lorfqu’on  coupe  la  tu¬ 
nique  externe  d’uné  artere  ,  &  qu’on 
diminue  fa  force  ,  les  autres  tuniques 
fe  dilatent  &  forment  un  anévrifme, 
&c.  Au  contraire  ,  la  force,  l’élallicité 
&  la  préflion  des  parties  contenantes 
venant  à  augmenter  par  le  froid ,  un 
fpafme ,  une  préflion  &  par  des  aftrin- 
gens  ,  elles  fè  reflerrent  ;  au  heu  que 
tant  que  l’équilibre  fubfifle  entre  les 
parties  contenantes  &  les  parties  con¬ 
tenues  ,  les  unes  &  les  autres  confèr- 
vent  leur  volume.  Gr  comme  on  dit 
de  deux  puifiances  qui  reftenten  repos 


Théories  FEs  Vices; 

par  Toppofition  &  l’égalité  de  leurs  for¬ 
ces  ,  qu’elles  luttent  l’une  contre  l’au¬ 
tre  ,  6c  qu’elles  s’équilibrent,  nous  pou¬ 
vons  dire  auffi  que  les  parties  conte¬ 
nantes  &  les  parties  contenues  du 
corps  humain  font  dans  une  lutte  ré¬ 
ciproque  &  continuelle. 

111.  Comme  donc  les  parties  con¬ 
tenantes  relient  en  équilibre  avec  les 
contenues  tant  que  les  unes  ni  les  au¬ 
tres  n’augmentent  ni  ne  diminuent ,  8c 
que  leurs  forces  font  égales ,  il  s’enfuit 
qu’elles  ne  fauroient  fe  tuméfier.  Lors, 
au  contraire  que  la  force  par  laquelle 
les  parties  contenues  fe  portent  au  de¬ 
hors  ,  furmonte  la  réfiftance  de  celles 
qui  les  contiennent ,  il  faut  néceflaire- 
ment  que  celles-ci  s’élèvent  &  fe  tu¬ 
méfient  ;  &  comme  la  caufe  efficiente 
eft  ce  qui  fait  concevoir  l’exiftence 
aôuelle  d’une  chofe  ,  que  celle-ci  ne 
peut  exifler  que  l’autre  n’exifte  auffi  , 
ni  celTer  ,  qu’elle  ne  ceffe  auffi  -  tôt  ; 
il  eft  évident  que  ce  n’efl:  que  l’excès 
de  la  force  des  parties  contenues  fur 
celles  des  contenantes  qui  eft  la  caufe 
des  tumeurs. 

1 1 2.  On  comprend  aifément  encore 
que  la  tumeur  doit  augmenter  à  pro-^ 


4i6  C  l  a  s  s  e  Î. 
portion  que  la  force  qui  dlftend  les  ^ 
parties  contenantes  eft  plus  grande, 
l’emporte  fur  leur  .  réflftance  ,  quelle  ' 
que  foit  leur  force  abfolue  ,  &  quel-  , 
que  petite  que  puiffe  être  l’énergie  des  | 
contenues ,  d’où  il  fuit  que  la  tumeur 
ou  l’effet  fera  toujours  proportionnel  ! 
à  cet  excès  de  forces. 

1 1 3 .  Il  eff  évident  aufli  que  fi  les 
parties  contenantes  fe  dilatent  à  un 
point  &  avec  une  vîteffe  qui  les;  ré-  | 
duife  au  dernier  terme  de  leur  ténaci-’ 
té  ,  èc  qu’elles  fe  rompent  ,  alors  | 
i’âàion  des  contenues  ceffe ,  &  les 
.fluides  qui' en  fortent ,  n’agiffent  plus  ' 
fur  des  membranes  que  la  rupture  a  dé-  ^ 
truites ,  &:  n’exercent  plus  aucune  force 
.fur  elles.  Mais  com.me  il  ne  fauroit  y 
avoir  aucun  excès  de  force  là  où  il  n’y 
a  ni  action  ni  force  mutuelle  ;  il  s’en¬ 
fuit  que  le  vaiffeau  ,  l’anévrifme,  ou 
telle  autre  tumeur  venant  à  s’ouvrir, 
les  fluides  n’étant  plus  retenus  par  les 
folides  ,  la  tumeur  doit  s’évanouir 
aufîi-tôt. 

114.  Dans  les  excroiffances  ,  les 
fquirres  &  les  autres  tumeurs  de  cette 
efpece  ,  la  tumeur  continue  lors  même 
que  la  peau  fe  rompt,  parce  que  les 


Théorie  DES  Vices.  417 

parties  dont  la  tumeur  efl;  compofée  ne 
font  point  fluides ,  comme  celles  dont 
on  aparléjufqu’ici ,  mais  plutôt  folides 
à  caufe  de  leur  vifcofité  &  de  leur  ad¬ 
hérence  avec  leurs  petits  vaifleaux  ;  or 
ces  parties  ne  font  point  pouflees  en 
dehors  avec  une  force  fuflîfante  pour 
élever  la  tumeur ,  lorfqu’elles  font  de¬ 
venues  fquirreufes  ou  folides  ;  ôc  com¬ 
me  les  forces  qui  les  chaflent  au  de¬ 
hors  font  trop  foibles  pour  furmonter 
leur  inertie  &  leur  poids  ,  les  parties 
fquirreufes  &  endurcies  reftent  telles 
qu’elles  font  ,  vu  que  c’efl:  une  loi 
qu’un  corps  refte  dans  fon  état  jufqu’à 
tant  que  quelque  force  fupérieure  l’o¬ 
blige  d’en  fortir.  De  plus ,  fi  l’on  con- 
iidere  le  fquirre  comme  compofé  d’au¬ 
tant  de  tumeurs  qu’il  contient  de  vaif- 
feaux  ,  &  que  la  partie  fquirreufe  étant 
une  fois  endurcie,  les  fluides  épaiflis 
réfjftent  par  leur  propre  vifcofité  à  l’é- 
lafiicité  des  vaifleaux ,  &  n’ont  plus 
affez.  de  force  pour  les  diftendre  da¬ 
vantage,  on  comprendra  que  la  tumeur 
ne  doit  point  augmenter ,  mais  réfler 
dans  l’état  où  elle  efl.  A  l’égard  de  ce 
que  j’ai  dit ,  que  les  corps  relient  dans 
leur  état,  à  moins  que  quelque  force 


4i8  Classe  I.  î 

extérieure  ne  les  oblige  d’en  fortir,  ! 
n’en  fais  point  d’autre  raifon  que  la  loi  j 
de  l’Univers  ,  ou  la  volonté  confiante  i 
&  immuable  de  T'Être  fuprême. 

1 1 5.  On  appelle  effet  en  général  un 
phénomène  quelconque  en  tant  qu’il  eû 
produit  par  fa  caufe ,  &  par  conféquent 
il  n’eft  autre  qu’un  changement  ;  d’où 
il  fuit  que  là  où  il  n’y  a  point  de  chan¬ 
gement  ,  il  n’y  a  point  d’effet ,  &  que 
là  où  il  n’y  a  point  d’effet ,  il  n’y  a 
point  de  caufe.  On  ne  doit  donc  point 
regarder  comme  des  effets  les  chofes 
dans  lefquelles  on  n’apperçoit  aucun 
changement ,  ni  afîigner  d’autre  caufe 
de  la  perfévérance  des  corps  dans  leur 
état,  tant  qu’aucune  force  extérieure 
ne  les  oblige'  point  d’en  fortir ,  que  la 
loi  établie  dans  Tünivers.  Voyez  les 
Princifes  Mathém.  de  Newton  ,  liv.  /. 

116.  Il  n’y  a  point  de  changement 
dans  les  corps ,  fans  mouvement  ;  la 
caufe  du  mouvement  eft  appellée  force 
motrice^  {ffVolf  ijy.  Cojmol.')  &  c’eft 
elle  qui  fait  concevoir  la  tumeur  com¬ 
me  polîible  ;  d’où  il  fuit  que  la  force 
motrice  eft  le  principe  de  toute  tumeur, 
qu’elle  ne  peut  exifter ,  &  qu’on  ne 
peut  concevoir  qu’elle  puifîe  fe  former 
fans  ce  principe. 


Théorie  DES  Vices.  419 
C’efl:  ce  qui  fait  que  je  ne  puis  trop 
m’étonner  de  la  doûrine  des  moder¬ 
nes  ,  qui  fe  difant  Mécaniciens  ,  &  vou¬ 
lant  tout  expliquer  dans  la  Médecine 
par  le  mécanifme  ,  n’alîignent  point 
pour  la  caufe  des  tumeurs ,  ni  le  mou¬ 
vement  ,  ni  l’elFort  du  fang ,  mais  feu¬ 
lement  fon  adhérence  &  fa  flagnation  ; 
ce  que  tous  les  Mécanicis^ns  ne  peuvent 
traiter  que  d’abfurdité  parfaite. 

117.  La  ftagnaîion  efl:  un  défaut  de 
mouvement  progreffif,  ou  le  repos  des 
colonnes  de  fang  qui  doivent  circuler 
dans  les  vaiffeaux.  Mais  puifque  c’eft 
une  loi  établie  dans  TUnivers  que  les 
corps  qui  font  en  repos  ne  changent 
jamais  d’état ,  ni  encore  moins  celui 
des  parties  voifines ,  à  moins  qu’ils  n’y 
foient  forcés ,  &  que  s’ils  en  changent 
ce  n’efl:  que  parce  qu’ils  fe  meuvent, 
puifqu’on  ne  peut  concevoir  aucun 
changement  dans  les  corps  que  par  le 
mouvement  ;  il  s’enfuit  que  la  ftagna- 
tion  n’ell  point  la  caufe  de  l’enflure 
des  parties ,  ni  par  conféquent  celle 
des  tumeurs. 

118.  La  ftagnation  d’un  fluide  dans 
un  vaifleau  n’empêche  point  que  d’au- 
^îtes  caufes  ne  purent  déplacer  les  par- 


430  C  L  A  s  s  E  !.  ^1 

ties  voifines  ,  &  occafionner  des  tu¬ 
meurs.  Mais  comme  il  n’y  a  pas  moins 
de  différence  entre  la  caufe  &  le  prin¬ 
cipe  ,  qu’entre  l’aÛe  &  la  puiffance , 

&  que  la  conféquepce  de  la  puiffance 
à  l’afte  ne  fauroit  avoir  lieu  ;  il  peut 
très-bien  fe  faire  que  le  principe  de  la 
tumeur  exiffe  ,  fans  que  celle  -  ci  ait 
lieu  ,  je  veux  dire ,  que  le  principe,  ne 
iiÆt  point  pour  produire  une  tumeur. 

1 19.  Il  n’y  a  point  de  fource  d’er¬ 
reurs  plus  féconde  dans  la  Médecine, 
que  cette  confufion  des  caufes  &  des 
principes ,  &  les  Médecins  auroient 
dû  l’éviter  avec  d’autant  plus  de  foin , 
que  toute  la  théorie  de  leur  Art  ne 
roule  que  fur  la  connoiffance  des  cau¬ 
fes  des  maladies.  Galien  prétend  que 
c’eft  de  la  connoiffance  feule  des  cau¬ 
fes  &  des  principes  ,  qu’on  doit  tirer 
les  indications  curatives  ,  &  qûe  c’eft 
ce  qui  diftingue  les  Dogmatiques  des 
Empyriques.  Si  l’on  confond  indiftiric- 
tement  le  principe  avec  la  caufe ,  il  n’y 
a  rien  ~  qu’on  ne  puiffe  afligner  pour 
caufe  d’une  maladie ,  vu  qu’il  n’y  a 
prefque  rien  qui  ne  puiffe  nous  la  faire 
concevoir  comme  poflîble.  'Dèmocnh 
attribuoit  la  phrénéfie  à  un  tranfpbÀ 


Théorie  DES  Vices  131 

de  bile  dans  le  cerveau.  Polykc  ,  gen¬ 
dre  Hippocrate. ,  regardoit  le  vent  ou 
l’air  comme  la  caufe  de  toutes  les  ma¬ 
ladies  {^libro  de fl.atïbus')  ^  &  cependant 
il  n’y  a  perfonne  aujourd’hui  qui  ne 
reconnoiÔe  la  fauffeté  de  ce  fentiment. 
Que  fi  la  caufe  efl:  ce  qùi  fait  conce¬ 
voir  une  chofe  comme  pofîible ,  ou  ce 
qui  concourt  en  quelque  maniéré  que 
ce  foit  à  la  faire  exifier  ;  il  efl  certain 
dès  lors ,  que  la  bile  efl  la  caufe  de  la 
phrénéfie ,  &  l’air  celle  de  toutes  les 
maladies.  Or  ce  que  je  dis  de  la  bile,  un 
autre  le  dira  des  faburres ,  du  fang ,  de 
l’urine ,  du  fluide  nerveux  ;  de  forte 
que  la  Médecine  n’aura  pas  plus  de  cer¬ 
titude  que  i’Aflrologie  &  l’Alchimie. 

1 10.  Il  efl  vrai  que  la  flagnation  des 
fluides  efl  le  principe  des  tumeurs  , 
parce  que  le  fang  ^  ne  peut  s’arrêter  , 
pendant  que  la  circulation  continue, 
qu’il  ne  réfifle  avec  la  même  force  qui 
le  fait  arrêter  ,  à  celui  qui  le  fuit  ;  ce 
qui  l’oblige  à  s’écarter  de  l’axe  du  vaif- 
feau,  &  à  fe  jeter  fur  fes  parois,  ainfi 
que  nous  l’apprenons  de  l’hydraulique; 
card’aftion  latérale  des  fluides  efl  d’au¬ 
tant  plus  grande ,  qu’ils  trouvent  plus 
de  réfiftance  &  qu’on  les  pouffe  avec 


4yi  <5  I  A  s  s  E  l  ! 

plus  de  force.  Mais  cette  ïlagnation  eô 
Seulement l’occafion  qui  fait  que  le  fang 
fe  jette  fur  les  parois ,  &  ce  n’efl  que  la  i 
force  qui  poiiffe  le  fang  contre  celiu- 
ci  qui  doit  paffer  pour  caufe  eêiciente; 
êc  cela  ed:  fi  vrai ,  que  ,  comme  je  l’ai 
pîufieurs  fois  obfervé',  ayant  lié  une 
fois  les  arteres  carotides  d’un  chien  vi¬ 
vant  ,  une  autre  fois  l’aorte  dans  fon  tra¬ 
jet  par  le  bas- ventre ,  &  une  autre  fois 
l’artere  inteftinale  du  même  animal, 
quoique  les  uns  ayent  vécu  un  jour, 
éc  les  autres  pîufieurs  femaines ,  je  n’ai 
cependant  apperçu  aucune  tumeur  fen- 
fible  entre  le  cœur  &  la  ligature  ,  foit 
parce  que  la  preflion  latérale  qui  agit  i 
fur  les  arteres  ,  lorfque  les  forces  du  ' 
cœur  n’augmentent  point,  ne  doit  être 
comptée  pour  rien  eu  égard  à  la  réfif- 
tance  des  parois  des  arteres ,  foit  parce 
que  ces  animaux  par  crainte  ou  à  caufe 
de  la  douleur  (ils  ne  poufîbient  aucun 
cri ,  &  l’im  d’eux  avoit  un  tremblement 
continuel) ,  avoient  leurs  forces  vitales 
plus  foibles  qu’à  l’ordinaire.  U  n’en  efi 
pas  de  même  des  petits  vaifieaux  qui 
font  obftrués ,  par  les  raifons  mécani¬ 
que  dont  j’ai  parlé  (78)  ;  car  la  preflion 
^érale ,  quoique  la  même  que  dans  les 
grands  J 


Théorie  des  Vices.  431 
gîands  ,  rencontrant  une  moindre  ré- 
fiiîance  de  la  part  des  parois  qui  font 
plus  lâches  &  plus  minces ,  furmonte 
leur  ëlafticîté  ,  d’où  s’enfuit  la  tumeur 
par  la  théorie  que  je  viens  d’établir. 

121.  Mais  quoiqu’une  obltruâion 
précédente  foit  très-fpuvent  le  principe 
des  tumeurs  ,  il  eft  aifé  de  démontrer 
qu’il  furvient  tous  les  jours  des  tumeurs 
fans  obftruétion ,  -ce  que  les  modernes 
regarderont  comme  un  paradoxe.  Je 
vais  donc  les  convaincre  de  cette  vé¬ 
rité  ;  &;  comme  les  expériences  font 
plus  aifées  à  entendre  que  les  raifons 
tirées  de  l’hydraulique  ,  c’ell  par  elle 
que  je  commencerai. 

J’ai  adapté  perpendiculairement  dans 
l’urétere  d’un  cadavre  ,  tout  près  des 
reins,  un  tube  de  quelques  pieds ,  dans 
lequel  j’avois  foin  de  verfer  de  l’eau  ; 
elle  s’eft  auffi-tôt  infinuée  dans  la  vef- 
fie ,  &  quoique  fon  fphinâer  eût  perdu 
fon  ton ,  &  fût ,  comme  l’on  dit ,  pa-, 
ralytique ,  &  que  les  mufcles  des  ca¬ 
davres  confervent  une  partie  de  leur 
élafticité ,  la  veflie  s’eft  enflée  peu  à 
peu ,  &  il  n’en  eft  pas  forti  une  goutte 
par  l’uretre ,  qu’après  qu’elle  a  été  con- 
fidérablement  diftendue.  Lors  même^ 
Tome  /.  T 


434  Classe  I.  s 

que  Teau  Ibrtoit  par  i’uretre  ,  la  veffi- 
ne  s’eft  point  dégonflée  ;  &  qui  plus 
ayant  employé  un  tube  plus  haut ,  l’eau  i 
s’efl:  écoulée  en  plus  grande  quantité  & 
avec  plus  de  vîtefle  par  l’uretre ,  &  la  i 
veflie  efl;  devenue  en  même  temps  plus  | 
dure  &  plus  enflée.  On  voit  donc  que  ! 
ce  n’efl:  point  le  féjour  du  fluide  qui  a 
fait  augmenter  la  tumeur ,  puifque  le 
tube  étant  plus  haut ,  l’eau  fortoit  de 
îa  veflie  avec  plus  de  vîtelTe ,  bien  loin 
d’y  féjourner. 

122.  J’ai  réitéré  plufieurs  fois  la  mê¬ 
me  expérience  fur  le  poumon ,  en  adap¬ 
tant  dans  l’artere  pulmonaire  un  tube 
rempli  d’eau,  chaude.  L’eau  s’étant  ré¬ 
pandue  dans  les  veines  &  dans  les 
bronches  ,  en  a  tellement  emporté  le 
fang ,  que  le  poumon  étoit  auflî  blanc 
que  la  neige.  Perfonne  ne  dira  que  ces 
vaifleaux  fuffent  alors  plus  engorgés 
que  dans  l’état  de  fanté  ;  cependant  y 
ayant  fait  couler  de  l’eau  par  le  moyen 
d’un  tube  de  trois  pieds  de  hauteur; 
le  poumon  qui  étoit  d’abord  fi  fort  af- 
faifle ,  qu’il  occupoit  à  peine  îa  qua¬ 
trième  partie  de  la  cavité  de  la  poitri¬ 
ne  ,  s’efl;  enflé  au  point  de  la  remplir 
entièrement ,  &  même  de  l’excéder , 


Théorie  des  Vices.  43^ 
quoique  l’eau  fortît  à  plein  jet  par  les 
veines  pulmonaires  &  par  la  bouche  ; 
&  qui  plus  eft ,  m’étant  fervi  d’un  tube 
de  fix  pieds  de  hauteur ,  l’eau  s’écou- 
loit  plus  vite  que  le  fang  ne  circuloit 
dans  le  poumon,  pendant  la  vie  de 
l’animal.  * 

123.  Il  paroît  évidemment  parla, 
que  les  parties  peuvent  fe  tuméfier, 
lors  même  que  les  vaiffeaux  font  libres, 
&  que  les  fluides  circulent  avec  plus 
de  vîtefle  ,  &  c’efl:  vouloir  être  aveu¬ 
gle  en  plein  jour  que  de  le  nier  :  on 
ne  peut  pas  être  infliruit  avec  la  même 
évidence  par  des  expériences  faites  fur 
l’homme  vivant  ;  mais  tous  les  Méde¬ 
cins  favent  qu’un  exercice  violent*,  la 
courfe ,  par  exemple ,  engorge  les  pou¬ 
mons  &  les  fait  enfler,  comme  la  dyfp- 
née  &  l’hémoptyfie  qui  en  efl:  quel¬ 
quefois  la  fuite  le  prouvent  ;  les  jam¬ 
bes  s’enflent  lorfqu’elles  ont  été  refler- 
rées  par  le  froid;  les  fouliers,  les  ba¬ 
gues,  les  colliers  deviennent  plus  étroits 
le  foir  ,  ce  qui  a  fou  vent  obligé  à  re¬ 
lâcher  les  boucles  qui  le  matin  ne  nous 
ferroient  point  trop. 

124.  L’Hydraulique  &  l’Anatomie 
nous  apprennent  que  le  fang  étant 

T  ij 


43<5  Classe  I. 
pouffé  avec  force  dans  les  ramifications 
des  arteres,  fon  frottement  contre  les 
vaiffeaux  augmente  proportionnelle¬ 
ment  à  la  force  de  celui  qui  le  pouffe , 
ou  comme  le  quarré  de'  la  vîteffe  im-  i 
primée  ;  &c  en  effet ,  la  réaftion  du  flui-  { 
de  qui  précédé ,  fur  celui  qui  fuit ,  eft  i 
d’autant  plus  forte ,  que  raâ:ion  de  ce 
dernier  eff  plus  grande  ;  il  n’y  a  point 
de  novice  Phyficien  qui  ne  fâche  que 
l’eau  que  Pon  preffe  légèrement  avec 
îa  main  ,  cede  &c  ne  fait  prefque  au¬ 
cune  réfiftanee ,  mais  qu’étant  frappée 
fortement ,  elle  réfifte  comme  fèroit  un 
corps  dur  ,  &  c’eft  là  la  raifon  pour  ' 
laquelle  les  pierres  &  les  boulets  qui 
effleurent  obliquement  la  furface  de 
l’eau,  fe  réfléchiffent  de  même  que 
s’ils  donnoient  contre  un  corps  dur, 
au  lieu  qu’ils  la  pénètrent,  lorfque  leur 
mouvement  eff  moins  violent. 

115.  On  voit  parla  que  le  fang  qui 
fe  trouve  dans  les  vaiffeaux  rie  peut 
être  pouffé  par  celui  qui  lui  fuccede , 
qu’il  ne  lui  réfiffe  ,  ce  qui  l’oblige  à  fe 
jeter  fur  les  parois ,  quoique  le  premier 
continue  fon  cours  ;  car  les  corps  qiû 
fé  meuvent  réfiffent  à  leur  accélération, 
comme  s^Grayefandc  le  prouva  parfait* 


1 


Théorie  des  Vices.  457 
tement.  Les  pierres  plattes  que  l’on 
jette  de  biais  fur  la  furface  d’une  ri¬ 
vière  dans  le  fens  du  courant ,  rejaiî- 
liflent  autant  que  celles  que  l’on  jette 
de  travers ,  pourvu  que  leur  mouve¬ 
ment  foit  plus  rapide  que  celui  de 
l’eau. 

ii6é  II  fuit  de  là  que  pour  que  le 
fang  agiffe  avec  plus  de  force  fur  les 
parois  des  vaiffeaux,  il  luffit  qu’il  y  foit 
pouffé  avec  plus  de  force. 

1 27.  Les  modernes  fe  voyant  ferrés 
de  près ,  difent  pour  derniere  reffource 
que  cette  impétuofité  du  fang  ne  fait 
qu’augmenter  le  battement  des  gros 
vaiffeaux ,  &  ne  fauroit  occafionner 
une  tumeur  confiante  ;  que  cela  fuffit 
pour  tuméfier  tout  le  corps  ,  mais  non 
point  pour  faire  enfler  la  partie. 

128.  Mais  cette  réponfe  eft  futile, 
vu  que  l’aclion  du  cœur  venant  à  augr- 
menter ,  le  fang  circule  avec  plus  de 
vîteffe ,  foit  dans  la  diaflole  des  artè¬ 
res  ,  foit  dans  leur  fyflole  ;  car  les  ar¬ 
tères  après  s’être  dilatées  lorfque  la 
preffion  du  fang  fur  elles  vient  à  ceffer 
dans  la  diaflole  du  cœur ,  réagiffent 
plus  fortement  fim  le  fang ,  &  le  chaf- 
fent  avec  plus  de  force;  fa  vîteffe  dans 


■438  Classe!. 
î’un  dz  l’autre  temps ,  quoiqii’inégaîe  ^ 
efl:  toujours  plus  grande  que  la  vîteffe 
ordinaire  ,  &  comme  celle  du  fang  ne  i 
peut  augmenter  que  lés  parties  ne  s’en» 
fient  du  moins-un  peu ,  il  s’enfuit  qu’el¬ 
les  doivent  demeurer  enflées  tant  dans  | 
le  temps  de  la  fyflole ,  que  dans  celui  j 
de  la  diaftole,  ce  qu’il  Moit  d’abord 
prouver. 

119.  Venons  maintenant  à  l’autre 
partie  de  la  réponfe.  Il  confte  par  les 
obfervations  du  fameux  Haller  ^  qu’il 
y  a  dans  le  corps  certaines  brides  ner- 
yeufes  ,  qui  s’allongent  ou  fe  raccour- 
cifîent  au  gré  de  l’ame  (  que  ce  foit 
volontairement  ou  naturellement ,  peu 
importe  )  ,  ce  qui  fait  que  les  vaifleaux 
artériels  qu’elles  environnent  devien¬ 
nent  plus  ou  moins  larges.  Prenons 
maintenant  l’orifice  de  l’artere  méfarri- 
que,  dont  le  diamètre  efl;  de  trois  li¬ 
gnes  ,  &  fuppofons  que  les  brides  ve¬ 
nant  à  s’allonger  ,  fon  diamètre  foit  de 
quatre  lignes  ;  il  efl  certain  qu^le  fang 
circulera  dans  fes  rameaux  avec  pliw 
de  vîtefle  qu’auparavant.  Pour  enfentir 
la  raifon  j  on  obfervera  que  le  fang  en 
paflant  dû  tronc  dans  les  rameaux ,  ren¬ 
contre  dans  la  totalité  des  rameaux. 


Théorie  des  Vices.  430 
un  efpace  plus  large  ;  d’où  il  fuit  qu’il 
eft  plus  prefîe  dans  les  troncs  que 
dans  les  rameaux  ,  témoin  fon  rejail- 
liffement ,  lorfque  le  tronc  eû  percé  ; 
car  il  rejaillit  dix  fois  plus  loin  qu’il 
ne  le- fait  lorfque  ce  font  les  rameaux 
qui  le  font ,  ainfi  que  le  prouvent  les 
expériences  hydrauliques  de  MM, 
Carré  &  Mariotte.  On  voit  par  ces  ex¬ 
périences  que  la  dépenfe  d’eau  qui  fe 
fait  avec  la  même  force  par  différens 
ajutages  ,  eft  plus  grande  qu’elle  ne 
devroit  l’être  proportionnellement  à 
leur  grandeur,  parce  que  le  frotte¬ 
ment  contre  la  circonférence  fur  la¬ 
quelle  la  colonne  du  fluide  frotte ,  ell 
plus  grande  dans  les  petits  vailfeaux 
que  dans  les  grands  ,  eu  égard  au  vo¬ 
lume  d’eau  qu’ils  contiennent;  l’aju¬ 
tage  augmentant  un  peu ,  la  dépenfe 
augmente  en  plus  grasde  raifon  que 
proportionnellement  aux  ajutages, c’eft- 
à-dire  ,  qu’elle  perd  moins  par  le  frot¬ 
tement  ,  qu’elle  ne  perdoit  lorfque 
les  ajutages  étoient  plus  petits.  Par 
exemple ,  M.  Carré  obferve  (  Mémoire 
de  l’Académie  des  Sciences  ,  année 
1705  )  que  la  dépenfe  qui  fe  fait  par 
un  ajutage  de  z  Mgnes  z  tiers  de. 

T  iy 


"440  Classe!. 
diamètre ,  eft  double  de  celle  qui 
fait  par  un  ajutage  qui  a  2  lignes  de 
diamètre  ,  quoique  ces  ajutages  ne 
fbient  point  dans  le  rapport  de  72  à 
36  ,  mais  dans  celui  de  64  à  36. 

■  130.  On  voit  donc  que  les  brides 
d’une  artere  venant  à  s’allonger  >  & 
les  troncs A^oifins  à  fe  refferrer,  le  fang 
circule  avec  inliniment  plus  de  vîteffe 
dans  l’artere  déterminée,  fans  que  la 
force  du  cœur  augmente  ;  d’oii  vient 
que  certaines  parties  s’échauffent,  s’en¬ 
flamment  &  s’enflent ,  tandis  que  d’au¬ 
tres  deviennent  pâles  &  froides.  Cela 
fe  remarque  fur-tout  dans  les  paflîons 
&  les  maladies  de  l’ame.  Dans  la  honte,, 
par"  exemple,  les  bridés  qui  entourent 
î’artere  maxillaire  étant  lâchées  ,  Sc 
lés  arteres  axillaires  fe  refferrant  par 
le  moyen  du  nerf  récurrent te  fang 
que  le  cœur  y  envoie  fe  porte  prefque 
tout  au  vifage,&  communique  une  cha¬ 
leur  &  une  rougeur  fubite  aux  joues  , 
parce  que  le  fang  afflue  avec  plus  de 
vîteflTe  dans  les  artérioles  cutanées.  Il 
arrive  la  même  chofe  dans  la  paffion 
qu’excite  la  pitié ,  le  vifage  pâlit ,.  mais 
il  fur  vient  une  chaleur  &  un  tintement 
d’oreilles.  Dans  l’attaque  d’apoplexie  ^ 


Théorie  des  Vices.  441 
la  tête  &  le  vifage  fur- tout  s’enfle  pour 
l’ordinaire  ,  il  devient  rouge ,  il  fe 
bouffit  jufqu’à  devenir  livide  ;  on  y 
fent  une  grande  chaleur  ,  les  yeux 
fàillent  hors  de  la  tête ,  &c.  tandis 
que  les  extrémités  inférieures  font  tran- 
fies  de'  froid  èc  fe  retirent. 

1 3 1 .  On  a  même  obfervé  des  fievres 
partielles  ^  entr’autres  une  fîevre  d’un 
bras ,  dont  Bonnet  fait  mention  (  in 
fepuLckrcto  de  febrib.  )  dont  on  ne  peut 
rendre  raifon  que  par  ce  mécanifme. 
On  ne  peut  nier  que  dans  le  phleg¬ 
mon  &  le  panaris ,  la  chaleur,  l’enflure 
&  la  pulfatiofl  ne  foient  plus  fortes 
dans  le  bras  affeété  que  dans  l’autre; 
mais  comme  on  ne  peut  attribuer  ces 
fymptomes  à  la  flagnation  du  fang , 
comme  je  l’ai  montré  fort  au  long 
dans  la  DifFertation  qui  eft  à  la  fin  de 
mon  Hémajiatique ,  il  faut  leur  afligner 
pour  caufe  l’accélération  du  fang  dans 
la  partie  déterminée. 

132.  Les  principes  des  tumeurs  font 
ou  une  preflion  trop  forte  des  parties 
contenues  fur  celles  qui  les  contien¬ 
nent  ,  ou  la  réaâion  moins  forte  de 
celles-ci  fur  les  premières. 

133.  En  effet,  la  preflion  des  parties 

T  V 


44i  c  L  A  s  s  E  I.' 
contenues  fur  celles  qui  les  contient 
nent  venant  à  augmenter ,  i!  peut  arri¬ 
ver  qu’elles  furmontent  la  rélîftance  | 
des  parties  contenantes ,  iorfque  par 
exemple  les  forces  de  celles-ci  n’aug-  j 
mentent  point  pareillement  &  récipro* 
quement.  Ces  chofes  fuffifent  donc 
pour  faire  fentir  la  poffibiiité  des  tu¬ 
meurs  ,  Sc  par  conféqiient ,  félon  la 
définition  (  i©9  )  elles  en  font  les  prin¬ 
cipes. 

134.  Corollaire.  Comme  dans 
l’état  morbifique  ,  par  exemple ,  dans 
la  cachexie  ,  l’afcite  ,  la  chlorofe ,  la 
réaâion  des  folides  efi:  extrêmement  ' 
foible ,  &  que  la  pefanteur  des  fluides  | 
refte  la  même  ;  il  peut  arriver  que  la 
lymphe,  qui  efi:  plus  fluide  qü’à l’or¬ 
dinaire  ,  fe  fiépare  du  fang,  fe  jette  fur 
les  parties  qui  ont  le  plus  de  pente , 
furmonte  leur  contraâiliîé ,  &  y  cau- 
fe  une  tumeur  froide  ,  molle  j  pâle , 
indolente ,  &  qui  conferve  l’empreinte 
des  doigts  ,  ce  qui  efi  une  efpece 
d’œdeme. 

135.  Corollaire.  SI  la  lymphe, 
la  graifle  ,  la  mucofité  s’arrêtent  dans 
leurs  vaifi’eaux ,  à  caufe  de  l’union  des 
parties  affluentes  avec  cejles  qui 


Théorie  dès  Vices.  445 
font  déjà ,  &  que  les  vaiffeaux  ne 
puilTent  réfifter  à  la  force  avec  laquelle 
ces  molécules  s’approchent  les  unes 
des  autres ,  non  plus  qu’à  celle  de  la 
colonne  fuivante  qui  les  preffe  ,  & 
que  la  petiteffe  des  rameaux  qui  for- 
tent  de  ces  vaiffeaux  ,  ne  permette 
point  a  ce  fluide  vifqueux  de  paflTer 
plus  avant,  il  augmentera  &  s’accu¬ 
mulera  dans  cet  endroit;  &  s’il  fe 
convertit  en  fuc  nourricier,  &  qu’il 
fe  durciffe ,  il  occafionnera  une  ex- 
croiflance  ,  finon  un  fqiiirre  ,  ou  une 
tumeur  dure ,  indolente  ,  pâle  de  mê¬ 
me  couleur  que  la  peau  ,  &  fans  élaf- 
ticité,  Si  les  vaifleaux  lymphatiques 
ont  été  extraordinairement  dilatés  par 
une  phlogofe  antécédente  ,  ou  par  une 
contufion  ,  ou  qu’à  l’occafion  de  la 
rupture  des  vaiffeaux  fanguins ,  le  fang 
fe  foit  extrayafé  dans  les  cellules  , 
comme  ils  n’ont  prefque  plus  d’élafti- 
cité ,  le  fang  s’y  arrêtera ,  y  croupira , 
.  &  dans  le  premier  cas ,  la  partie  en¬ 
gorgée  fera  rouge ,  &  dans  le  fécond 
livide.  Telles  font  la  meurtriflure  , 
l’pphthalmie  invétérée  ffoide,  les  ta- 
çhes  Avides  qu’on  appelle  vibicis^  &c. 
-,  136.  Si  la  humeur  efî  circonfcrite^ 
T  vj 


1 

444  Classe  r. 

chaude,  rouge  ,  douloureufe ,  puBà, 
rive &  tendant  à  la-fiippiiràtion ,  c’eÆ  j 
un  phlegmon.  Si  eUe  occupe  plus  d’ef*  i 
pace,.  ou  fi  une  grande  partie  dé  la- 
tumeur  eÆ  rouge ,  extrêmement  dou- 
î'oureufe ,  uniforme  ,  &  qu’èlle  Blan- 
chiffe  lorfqu’on  la  preffe e’eff  une 
éryjïpeiê  ;  fi'  elle  efi:  rouge ,  étendiie ,, 
prurigineufe' ,  fàrineufe  >.  ihégalê  &. 
écailleufe  ,  c’eff  une-  lîerpe  y  ou  une- 
dartre.  On  trouvera  plufieurs  autres; 
genres  ôf  efpeces  de  tumeurs  a  la: 
fin  de  ma  Pathologie.  Ces  dernieres; 
font  ordinairement  appelléës  chaudes 
à  caufe  de  là  chaleur  extraordinaire- 
qui  les  accompagne  ;;  les  premières  y 
de  même- que  l’emphyféme  &  lé  car¬ 
cinome  ,  font  appellées  ffoidèSi- 

137.  Les  tumeurs  chaudes  ont  pour 
caufe  l’afHuence  du  fang  dans  dès  vaif- 
féaux  fouvent  obffrués  ,,  dont  la  force 
efi:  plus  grande  que  leur  éîafticité  na¬ 
turelle  ;  les  froides  viennent  au  con¬ 
traire  de  ce-  que  là  contraâilité  des& 
vaiffeaux  efi:  moindre  que  la  force 
naturelle  dès  fluides  qui  y  affluent. 

138.  La  chaleur  efi:  proportionnelle 
â  l’aâiion  dès  particulès  ignéès , 
cette  aüion,  efl  la  même  dans  la  ma- 


Théorie  des  Vices.  445 
cîsne  humaine ,  que  l*aâ:ion  mutuelle 
des  fluides  &;  des  folides.  Et  comme 
la  réaôion  efl:  proportionnelle  à  l’ac¬ 
tion,  la  chaleur  efl:  pareillement  pro¬ 
portionnelle  à  l’intenfité  de  leur  réac¬ 
tion  ,•  lorfque  la  quantité  de  fluide  igné 
efl  la  même.  Comme  il  efl  néceflaire 
pour  que  la  chaleur  devienne  plus 
grande  qu’à  l’ordinaire ,  que  la  réac¬ 
tion  des  fluides  &;  des  folides  foit  plus 
forte  que  la  réaélion  naturelle  , 
qu’elle  ne  peut  augmenter  qu’autant 
que  la  vîteflè  des  fluides  augmente , 
fans  que  l’élaflidté  des  folides  dimi¬ 
nue  ÿ  il  s’enfuit  que  la  caufe  des  tu¬ 
meurs  chaudes  n’efl  autre  chofe  que 
l’accélération  du  mouvement  du  fang, 
dans  des  vaifleaux  trop  foibles  pour  y 
réfifler. 

139.  Lorfqu’il  fe  fait  un  engorge¬ 
ment  dans  les  vaifleaux  capillaires 
pourvu  que  le  fang  ne  perde  rien  de 
fa  vîteflè  naturelle ,  la  vîteflè  refpec- 
tive  entre  les  colonnes  fuivantes ,  & 
la  colonne  obftruée  augmente  (Théo¬ 
rie  du  pouls,.  1 14.  1x3;)  &  fi  cette 
vreflè  devient  plus  grande,- non- feule- 
nie  ît  il  en  réfulte'  une  tumeur ,  mais 
encore  un  flottement  plus  confldérable^ 


446  C  L  A  S  s  E  L 
auquel  le  degré  de  la  chaleur  fera  pro¬ 
portionné. 

-  140.  Si  l’élafticité  des  vaiffeaux  & 
des  membranes  ambiantes  diminue, 
&  que  l’impulfion  des  fluides  qui  s  y 
portent  refte  la  même ,  ou  quand  mê¬ 
me  elle  diminueroit ,  pourvu  que  cette 
diminution  foit  toujours  moindre  que 
celle  de  rélaflicité  des  parties  conte¬ 
nantes  ,  l’aâion  mutuelle  diminuera , 
&  par  conféquent  la  chaleur  fera  moin¬ 
dre  qu’à  l’ordinaire  ;  d’oii  s’enfuivra  ce 
qu’on  nomme  le  froid ,  &  tel  eft  le 
principe  des  tumeurs  froides. 

1 4 1 .  L’expérience  nous  apprend  que 
les  moléaiies  du  fang  que  l’on  fait 
fécher  &  qu’on  jette  dans  le  feu ,  s’en¬ 
flamment,  ce  que  ne  font  pas  les  parties 
de  la  lymphe.  D’ailleurs  la  vîteffie  or¬ 
dinaire  du  fang ,  m.ême  dans  les  plus 
petits  vaifleaux,efl:  plus  grande  que  celle, 
de  la  lymphe  dans  fes  vaifl’eaux  ly^m- 
phatiques  ,  parce  qu’ils  font  plus  éloir 
gnésdu  cœur,  &  quelafomme  de  leurs 
capacités  efl:  plus  grande  que  celle  des 
arteres  fanguines  d’oîi  ^es  partent. 
Or  comme  l’aûion  des  particules  ignées 
eft  toujours  comme  le.  quarré  de  la 
vîtefle  du  fluide  qui  les  contient,  en 


Théorie  des  Vices.  447 
fUppofant  l’aâion  fur  les  folides  ,  & 
kurréaâion  contantes,  il  s’enfuit  que 
le  fang  efl:  plus  difpofé  à  s’échauffer 
que  la  lymphe  ;  &  de  là  vient  que  les 
tumeurs  rouges  font  fouvent  chaudes  , 
au  lieu  que  Tes  tumeurs  lymphatiques 
DU  pâles  font  froides  ordinairement. 

‘  142.  La  maladie  eft  un  concours  de 
fymptomes  notables  liés  entre  eux, 
c’eff-à-dire ,  qui  dépendent  du  même 
principe  ,  ainfique  la  Pathologie  nous 
l’apprend.  Les  maladies  dont  les  fymp¬ 
tomes  font  une  chaleur  violente ,  la 
douleur  ,  une  fievre  aiguë,  ou  ,  fi 
elles  font  externes ,  la  rougeur  &  la 
tenfion ,  ont  des  fymptomes  qui  dé¬ 
pendent  du  même  principe  d’inflam¬ 
mation  ,  &  qui  par  conséquent  font 
liés  entr’eux;  d’où  vient  qu’on  les  ap¬ 
pelle  maladies  injlammatoires  ,  &  ce 
qu’on  a  dit  jufqu’ici  fert  à  éclaircir  leur 
théorie,  il  en  efl:  de  même  des  maladies 
cachédiques ,  qui  comptent  parmi  leurs 
fyrnptomes  des  tumeurs  œdémateufes, 
fquirreufes  ,  iépreufes  ,  afeitiques  , 
froides  &  fouvent  indolentes  ,  qu’il  efl 
aifé  d’expliquer  par  la  théorie  que  je 
viens  de  donner  de  ces  fortes  de  tuq 
meurs. 


44?  C  L  A  s  S  E  t 

143 .  Les  Idftes ,  ou*  les  tumeurs  en- 
kiftées  n’ont  pas  toutes  les  mêmes 
eaufes.  Les  unes ,  comme  ranévrifme-, 
les  varices ,  la  tympanite ,  rafcite ,  la 
pneumatoeele  dépendent  de  eaufes  l 
ihécaniques  ;  les  autres  comme  l’abcès,  ' 
le  fpina  ventofa  ,  &c.  de  eaufes  phyfi» 
que.s ,  telles  que  la  diffolution  ,  îa  pu- 
tréfeâion  ,  l’érofion  ,  qui  feules  fuffi- 
fent  pour  caufer  un  abcès,  une  fup- 
puration ,  la  carie.  A  l’égard  des  ané- 
vrifmes  ,  des;  varices ,  ècc.  il  faut  en 
chercher  la  eaufe  dans  l’effort  des  Sui¬ 
des,,  qui  furmonte  la  contraâilité  des 
vaiffeaux  &  des  réfervoirs  qui  les  con^ 
tiennent ,  &  on  la  déduit  aifément  des 
principes  mécaniques.  Quant  à  ja  pra¬ 
tique  générale  &  fpéciale  de  ces  mala¬ 
dies,  ceux  qui  voudront  s’en  inftruirev 
peuvent  confuiter  Heijîer^  Platner^ 


CLASSE  PREMIERE, 


FI  CES, 

OU  AFFECTIONS 

SUPERFICIELLES. 

donne  vulgairement  à  ces 
^  O  4  maladies  l’épithete  de  Chirur^ 
gicales.,  parce  qu’elles  font  de 
peu  d’importance,  &  qu’on  en  confie  la 
cure  aux  Chirurgiens ,  ou  parce  qu’on 
ne  peut  les  guérir  fi>uvent  fans  une  opé¬ 
ration  manuelle  ;  mais  comme  elles 
font  entretenues  quelquefois  parle  vice 
du  fang  ,  elles  exigent  auffi  alors  les  fe- 
cours  de  la  Médecine.  Comme  je  traite 
de  tout  ce  qui  concerne  leur  cure  dans 
TBiftoire  des  maladies  plus  forieufes, 
je  m’arrêterai  peu  à  la  théorie  &  à  la 
pratique  de  ces  affections  fuperficieUes; 


'450  Classe  I.  Fkes, 
ceux  qui  auront  envie  d’en  favoir  da* 
vantage  ,  n’ont  qu’à  confuiter  les  Au¬ 
teurs  qui  en  ont  traité  plus  au  long  j 
entr’autres,  Hdjler^  Petit ,  &c. 


ORDRE  PREMIER. 

Ta  c  jî  e  s, 

La  Tache  efl:  un  changement  de  cou¬ 
leur  dans  la  partie-,  ou  une  altération 
de  la  couleur  qui  nous  ell  ordinaire 
lorfque  nous  fommes  en  fanté.  Les 
Phyiiciens  prétendent  que  la  variétq 
des  couleurs  dépend  de  l’épaiffeur  & 
de  la  denfité  de  la  peau,  &  des  lames 
de  l’épiderme  ;  miais  cette  théorie  n’eft 
pas  encore  affez  développée  ,  ni  les 
principes  des  couleurs  aflez  connus, 
pour  pouvoir  nous  être  de  quelque 
utilité  dans  la  pratique ,  &  c’eft  ce  qui 
fait  que  nous  déduilbns  ordinairement 
la  théorie  des  taches  de  la  couleur  des 
fluides  qui  teignent  la  peau  ou  l’épi¬ 
derme  ;  leur  couleur  jaune  ,  de  la  bile  ; 
leur  rougeur ,  du  fang;  leur  blancheur, 
de  la  lymphe  prédominante.  C’eft  ainfi 
encore  que  nous  déduifons  les  diffé-; 


Taches.  Tde. 
rens  degrés  des  couieiirs  de  l’altération 
ou  de  la  eonfîftance  de  l’humeur  don¬ 
née,  comme  la  lividité  dans  i’échy- 
mofe,  d’un  fang  coagulé  ;  la  couleur 
jaune  dans  la  même  échymofe ,  du  mê¬ 
me  fang  plus  délayé  ;  car  l’expérience 
nous  apprend  que  îorfqu’on  trempe 
un  linge  dans  de  l’eau  oii  l’on  a  délayé 
quelques  gouttes  de  fang ,  il  fe  teint 
d’une  couleur  jaune  ;  nous  attribuons 
k  blancheur  du  criflaîlin  dans  la  cata- 
raôe,  celle  de  la  cornée  dans  l’am- 
blyopie  à  l’épaiffiffement  de  la  lym¬ 
phe  ,  parce  qu’elle  blanchit  en  s’épaif- 
fiffant.'  Ceux  qui  font  verfés  dans  la 
Phyfique  ,  mépriferont  cette  théorie 
comme  grofliere  &  imparfaite  ;  mais 
il  eft  inutile  d’en  favoir  là-delTus  plus 
que  le  peuple,  d’autant  plus  qu’une 
autre  théorie  ne  rend  pas  la  pratique 
J?lus  sûre. 

•  Les  genres  des  taches  fe  réduifent 
à  fîx,,  favoir,  ja  taie  ,  le  morphée  , 
la  ronfleur  ,  là  couperofe  ,  l’envie  , 
i’échymofe.  Les  autres  décolorations , 
telles  que  les  pétéchies ,  la  chlorofe  , 
l’ictere ,  les  phîegmafies  &  les  diffé¬ 
rentes  efpeces  de  fievres,  font  com- 
prifes  dans  le  nombre  des  maladies 
graves. 


452  Classe  I.  Vices. 

I.  Leu  CO  ME  OiwTaie, 

Le  leucome  eft  une  tache  qui  {e  . 
forme  Tur  la  cornée,  | 

La  membrane  albuginée  de  l’œil 
jaunit  dans  la  jauniffe  ,  noircit  dans 
i’iûere  noir ,  &  dans  l’échymofe  de  j 
cette  partie;  au  lieu  que  la  cornée 
blanchit  dans  le  leucome  ,  jaunit  ou 
perd  fa  tranfparenee  ,  ce  qui  fuppofe  ; 
qu’elle  prend  quelque  couleur.  | 

Comme  la  tranfparenee  fuppofe  i 
une  homogénéité  parfaite ,  il  faut  nécef-  \ 
fairement  que  la  gravité  fpécifique  de 
la  lymphe  qui  nourrit  la  cornée  dans  I 
l’état  de  lanté ,  foit  la  même  que  celle 
des  lames  dont  elle  eft  compofée;  d’oît 
il  liiit  que  l’on  doit  attribuer  l’opacité 
qui  accompagne  le  leucome  à  Phétérc- 
généité  ;  Sc  comme  les  fluides  s’altèrent 
plus  aifément  que  les  folides ,  il  y  a 
lieu  de  croire  que  les  fluides  qui  arro- 
fent  la  cornée  perdent  dans  le  leucome 
leur  gravité  naturelle.  On  fait  que  la 
chaleur  épaiffit  &  blanchit  la  lymphe, 
&  la  caufe  de  l’opacité  eft  alors ,  qu’à 
mefure  que  la  lymphe  s’exhale ,  quan¬ 
tité  de  particules  d’air  prennent  & 


'Tache  s.  Taies.  453 
place;  car  l’air  étant  mille  fois  plus 
léger  que  nos  fibres  &  nos  fluides ,  il 
ne  peut  s’y  infinuer ,  qu’il  n’en  réfulte 
une  hétérogénéité  ,  qui ,  félon  l’épaif- 
leur  des  lames ,  réfléchit  confufément 
tous  les  rayons  4^  lumière  ,  ce  qui 
caufe  la  blancheur ,  ou  en  laifle  pafler 
quelques-uns  à  travers  ,  d’où  vient  la 
couleur  grifâtre ,  comme  dans  le  nuage. 

I.  Le  Teucoma  mphelium ,  appellé  par 
les  François  ombrage  ,  nuage,  par  les 
Latins  nehula  ,  &  par  les  Grecs  achlys 
&  cegys.  L. 

Eftsne  tache  tranfparente  de  laeor-* 
née ,  qui  fait  qu’on  voit  les  objets  com¬ 
me  à  travers  un  nuage  ou  de  la  fumée  , 
ce  qui  efl  caufe  qu’on  les  voit  eon- 
fufément.  Qn  la  diftingue  en  regardant 
l’œil  obliquement ,  de  l’opacité  de  l’hu¬ 
meur  aqueufe  dans  l’obfcurciffement 
de  la  vue ,  qui  accompagne  la  mydriafe  , 
la  cataraâe  laôée  rompue ,  &  la  cata- 
rafte  criftalline  naiflante.  On  la  divife 
en  achlys  &  ç^gys  ,  félon  le  degré  de 
l’obfcurité ,  mais  le  plus  ni  le  moins  ne 
change  point  l’efpece.  Le  leueome  dif- 
-fere  de  l’albugo,  en  ce  que  la  tache 
dans  celui-ci  efl:  entièrement  opaque  , 
d’un  blanc  de  craie ,  quelquefois 
un  peu  éminente* 


'454  Classe  Î.  Vices. 

Cette  taie  efl:  caufée  foiivent  par  uni 
ophthaimie  variolique  ou  humide ,  par  j 
un  excès  de  chaleur ,  une  brûlure ,  par  I 
exemple.  Les  efprits  acides  ,  tels  que 
-celui  de  nitre,  de  vitriol,  les  alcalins,  i 
comme  l’huile  de  tartre  ,  les  collyres 
âcres ,  rendent  la  cornée  opaque.  L’ef- 
pritde  vin  ne  produit  point  cet  effet, 
quoiqu’il  épaiffiffe  la  lymphe.  '  ^ 

On  excite  le  nuage  par  art ,  &  il  a  ! 
fon  utilité  dans  la  mydriafe ,  Jorfque  , 
l’ophthalmie  efl  interne  ,  pour  ecnpê-  i 
cher  que  le  trop  grand  jour  ne  blefîe  la 
ifétine. 

Le  nuage  eft  plus  ai^  à  guérir  que 
l’albugo ,  &  il  cede  aux  remedes  doux.  i 
Il  fe  diffipe  fouvent  de  lui-même  dans  | 
les  enfans  à  mefure  qu’ils  avancent  en  j 
âge.  Les  remedes  les  plus  propres  à  le 
guérir  font  le  fuc  de  mourron  bleu  ou 
rouge  ,  que  l’on  met  dans  l’œil  deux 
fois  par  jour  pendant  quelques  femai- 
nes  ;  celui  de  la  chauffe-trape  &  de 
bleuet  ed;  aufli  fort  bon.  Le  fucre  candi 
en  poudre  fudit  quelquefois  pour  le 
difliper.  Comme  le  vin  émétique  n’of- 
fenfe  point  les  yeux,  on  peut  en  mot*"' 
tre  quelques  gouttes  dedans  avec  fuc- 
cès  ;  la- -vapeur  de  l’anis  &  du  fenouil 
êft  aufli  fort  bonne. 


Taches.  Taies.  455 
î.  Lcücoma  alhugo ,  en  François  taché 
hlanchc.  Lorfqu’elle  reluit ,  les  Grecs 
l’appellent  paralampjis ,  les  Latins  marr‘ 
^arita,  les  Vrançois  perle.  L.  On  la  dit- 
tingue  en  albugo  de  faint  Yves ,  qui  eft 
rouge  fur  les  bords ,  douloureufe  &  par 
conféqueat  enflammée  ,  &  en  aJbugo 
des  autres  Auteurs ,  qui  eft  un  peu  émi¬ 
nente  ,  d’un  blanc  de  craie ,  &  fans 
inflammation. 

Ses  principes  font  les  mêmes  que 
ceux  du  nuage ,  excepté  qu’ils  font  plus 
énergiques  ,  comme  l’ophthalmie  ,  le 
chémofis  ,  l’hypofphagma  ,  la  brûlure 
de  la  chaux &c.  Elle  prive  entière¬ 
ment,  de  la  vue,  parce  qu’elle  couvre 
la  moitié  de  la  cornée ,  &  qu’elle  efl: 
épaifle  &  très-blanche.  On  la  guérit  dif¬ 
ficilement  ,  lors  fur-tout  qu’elle  efl:  in¬ 
vétérée.  Ne  la  confondez  point  avec 
Ponglet  ,  la  cataraâe  ,  l’hypopyon , 
Pempyefls. 

On  guérit  lé  leucome  de  faint  Yves, 
en  commençant  par  l’ophthalmie  ^uî 
l^accompagne.  Voyez  faint  Yves,  Trahi 
des  maladies  des  yeux. 

Quelques  uns  prétendent  qu’il  faut 
î^ler  le  leucome  vulgaire ,  ce  qui  ne 
convient qué-dans  le  drapeau  {^pannus'^ 


45<S  Classe  I.  yica:  1 

dans  le  cas  où  le  leucome  eft  accompa¬ 
gné  de  beaucoup  d’humidité.  /To/i/t 
confeille  les  fumigations  fréquentes  i 
faites  avec  l’aloès,  la  myrrhe ,  le  maftic 
les  baies  de  genievre,  que  l’on  jette  fur  j 
des^  charbons  ardents ,  &  dont  on  con¬ 
duit  la  fumée  dans  l’œil  avec  un  enton¬ 
noir.  Maiichan  veut ,  &  je  crois  que 
cela  eft  plus  fur ,  que  l’on  reçoive  la 
vapeur  de  ces  médicamens ,  de  même 
que  celle  de  l’hyfope  ,  du  ferpolet , 
de  l’origan ,  du  romarin ,  du  caffé ,  de 
la  racine  de  valériane  ,  de  la  grmne  de 
fenouil,  que  l’on  fait  bouillir  avec  un 
peu  de  camphre  dans  de  l’eau  ou  dans 
du  vin , ou  dont  on  fait  un  collyre; on 
peut  aufli  s’en  laver  les  yeux ,  &  cela 
me  paroît  plus  fur  encore. 

A  l’égard  des  collyres'  fecs  ,  on  les 
prépare  avec  des  coques  d’œufs  cal¬ 
cinées  &  réduites  en  poudre  très-fub- 
tile,  avec  l’iris  de  Florence  ,  l’agaric 
blanc ,  le  tartre  d’urine.  Les  collyres 
trop  âcres  fe  font  avec  le  fiel  de  poif- 
fon,  de  taureau,  l’axonge  devipere, 
le  fafran  de  métaux  réduit  en  poudre , 
l’huile  de  buis ,  de  cartes ,  que  l’on  édiü* 
core  avec  du  miel.  La  poudre  de  vi¬ 
triol  ,  de  verd-de-gris  ne  vaut  rien  ; 

cependant 


Taches.  Taîes.  457 
cependant  on  s’en  fert  fouvênt  en  les 
feifant  diffoudre  dans  une  grande  quan¬ 
tité  d’eau.  On  peut  employer  pour  le 
même  effet  &  de  la  même  maniéré  le 
fuc  d’eufraife  &  ((’écîaire. 

'  Boerhaave  recommande  l’ufage  réi¬ 
téré  de  l’aquila  alba ,  &  des  catharti¬ 
ques  ,  pour  diffoudre  la  lymphe  ^  & 
difîiper  le  leucome. 

3 .  Le  leucoma  cicatrix,  en  Grec  oule^tn 
François  c’eft  une  efpece  qui 

fuccede  à  la  guérifon  d’une  plaie ,  d’un 
ulcéré ,  d’un  abcès  à  la  cornée.  Celle 
qui  reffe  après  une  plaie,  fe  difîipe  pres¬ 
que  toujours  d’elle-même,  témoin  ceux 
à  qui  l’on  extrait  la  catarafte  en  in- 
cifant  la  cornée  ;  car  la  cornée  a  cela 
de  propre ,  que  les  plaies  ni  les  abcès 
n’ylaiffent  aucune  cicatrice.  Il  n’eneft 
pas  de  même  de  l’ulcere  ni  de  l’onglet, 
car  l’inflammation  &  l’acrimonie  du 
pus  laiffent  deffus  une  grande  tache 
blanche. 

On  fe  fert  pour  la  guérir  des  mêmes 
remedes  que  pour  l’albugo  ;  mais  il  eft 
rare  qu’on  y  réuffiffe.  Pour  prévenir 
les  cicatrices  de  la  cornée  que  laiffent 
les  puftules  de  la  petite  vérole  ,  il  faut 
avoir  foin  de  faire  infufer  du  fafrau 
Toms  /, 


45 s  Classe  I.  Fius. 
avec  un  peu  de  camphre,  &  d’en  mettre 
tous  les  jours  quelques  gouttes  dans  les 
yeux. 

4.  Le  Icücoma  gerontoxon  de  Maiichart 
de  macuLis  cornez^  appellé  par  les  Latins  | 
arcüs  fenilis^  L.  eft  une  tache  enferme 
d’arc ,  ou  circulaire ,  blanche  pour  l’or¬ 
dinaire  ,  qui  fe  forme  autour.de  la  cor¬ 
née  ,  &  qui  n’obfcurcit  point  la  vue  ; 
ayant  dans  le  milieu  un  petit  cercle  j 
franfparent.Elle  eû  ordinairement  eau-  ' 
fée  par  des  pullules  qui  fe  forment 
entre  les  lames  de  la  cornée ,  qui  crè¬ 
vent  en  dedans  ,  &  qui  rendent  fa  cir¬ 
conférence  opaque,  l’en  ai  vu  une,  & 
telle  eû  fouvent  l’origine  du  cératocele 
©U  hernie  de  la  cornée  :  cette  efpece 
de  leucoma  paffa  pour  incurable.  ^ 

:  Voyez  les  autres  taches ,  telles  que 
i’hypofphagma ,  l’hypohema ,  le  nuage 
laâé ,  l’onglet ,  l’hypopyon ,  le  diapye- 
fis,  l’elcoma  ,  &  l’ophthalmie  phlyâe- 
noïde,  dans  les  efpecesde  vue  oblcure 
&  d’ophthalmie.  Toutes  ces  m-aîadies 
caufent  àla  vérité  une  tache  fur  la  cor¬ 
née  ;  mais  comme  elles  font  m-oins  une 
affeélion  hmple  qu’une  vraie  maladie  , 
on  peut  coîîfulter  ce  que  je  dis  du  ca- 
îigo  OU  vue  objeure  &  de  la  cataraâe  à 


Taches.  Morphltl 
îa  Ciaffe  V  ,  &  de  l’ophthalmie  à  la 
Claffe  Vn., 

IL  MorphÉe  ^  Vidiigo, 

C’eft  une  tache  compofée  d’un  grand 
nombre  d’autres  plus  petites  ,  avec  af- 
faiffemént  de  la  peau,  qui  vient  indif- 
îinâement  fur  toutes  les  parties  du 
corps ,  mais  qui  ne  les  affede  pas  toutes 
en  meme  temps.  Les  trois  premières 
efpeces  ne  s’obferve  prefque  plus  au¬ 
jourd’hui. 

I.  VitUigo  alphus^  Morphcza  alha. ,  des 
■kïûies ,  Alguada.  d’Avicenne,  Tom.  2. 
pag.  244.  Lzpre  des  Juifs.  C.  C’efl:  une 
tache  de  couleur  pâle  ,  ou  blanche, 
compofée  de  quantité  d’autres  qui  font 
difcretes  &  rton  confluentes.  Elle  ga¬ 
gne  les  parties  voifines  à  mefure  qu’elle 
vieillit ,  elle  s’écaille  &  caufe  une  cer¬ 
taine  âpreté ,  laquelle  eft  très  -  grande 
dans  la  lepre  qui  ferpe.  La  cure  en  efl: 
impoffible ,  lorfqu’en  piquant  la  partie 
avec  une  aiguille  ,  elle  ne  rend  point 
deTang  ;  autrement  elle  eft  pbffible  , 
mais  extrêmement  difficile.  L’alphus 
^e  la  tête  ne  change  point  la  couleur 
cüaturelie  des  cheveux. 


460  Classe  I.  Fices.^ 

Z.  VitUigo  leuce;  alhara  d’Avicenne*'  i 
Lmce.  des  Grecs;  Bomti fipulchmum, 
Tom.  /.  pag.  y 64.  C.  La  couleur  eft  1 
plus  blanche  que  dans  ralphus,  &  les 
poils  de  la  partie  afFeftée  font  blancs  ;  | 

mais,  ils  tombent  dans  la  fuite  ,  &  la 
partie  refte  rafe,  au  cas  qu’elle  fut  cou¬ 
verte  de  poil  auparavant.  Le  vice  gagne 
dans  la  peau  qui  eft  deflbus,  ce  qui  fait 
qu’elle  ne  rend  point  de  fan  g  lorsqu’on 
la  coupe  ,  &:  l’on  ne  peut  la  guérir  lors  i 
fur-tout  que  le  poil  de  la  partie  eft 
tombé.  Avicenne  l’appelle  alharas  , 
lorfque  le  vice  pénétré  jufqu’aux  os. 

,  Ce  mal  a  été  obfervé  dans  des  phthifi- 
BaLLonius  Farad. 

3.  VitUigo  mdas  Gorraei  définit,  de 
alphi fpeciebus.Morphœa  /zigmAvicennæ, 
Tom.  2.. pag.  244.  cap.  20.  C. 

Cette  tache  n’eft  pas  par  grappes  ;  elle 
eft  compofée  d’un  petit  nombre  d’au¬ 
tres  difcretes ,  écailleufes  ,  de  couleur 
noirâtre.  On  l’appelle  alhara  nigra-, 
lorfque  cette  couleur  pénétré  dans  les 
chairs  jufqu’aux  os. 

Curation.  On  commencera  par  fai- 
gner  le  malade  ,  &  par  lui  prefcrire 
une  diete  de  bon  fuc  ,  après  quoi  on 
le  purgera  avec  l’épithyrne  ,  l’agariç  j 


Tac  h  e  s.  Morphle,  ^6i 
les  myrobolans  noirs  ,  le  poîypode  ^ 
le  ftœchas  ,  auxquels  on  joindra  les 
figues  &  les  faifins  fecs.  On  fera  pren¬ 
dre  tous  les  jours  au  malade  du  petit 
lait  dans  lequel  l’on  aura  fait  infiifer 
de  l’épithyme.  Avicenne  veut  qu’on 
mette  une  drachme  d’épîthyme  fur  un 
poinçon  de  petit  lait.  On  emploie  auffi 
avec  fruit  les  bains,  de  même  que  le 
collyre  doux  compofé  avec  l’épithy- 
me;  on  y  joint  les  fynapifmes  &  les 
onguens  dépilatoires  ,  qu’on  applique 
fur  la  partie  alfeûée  ,  jufqu’à  ce  que 
l’épiderme  fe  détache ,  ce  que  l’on  réi¬ 
téré  par  intervalles.  Voye^^  Avicenne 

cùrâ  morphaece  nigrce  &  albam  nigrce. 

4.  Vitiligo  hepatica  ,  Chaleur  du  foie  ; 
Maculce  Lepatlcce  de  Sennert  ;  LebeijleBG 
de  Solenandre  ;  Ephelis  de  Celfe.  L. 

On  reconnoît  cette  maladie  à  de 
grandes  taches  d’un  jaune  noirâtre  , 
qui  n’affeâent  point ,  comme  les  len¬ 
tilles  ,  les  parties  découvertes  ;  mais 
celles  qui  font  cachées  ,  '  comme 
les  aines ,  le  dos  ;  elles  font  larges 
comme  la  main  ,  &  elles  reviennent 
fouvent  périodiquement  après  une  fiè¬ 
vre  tierce ,  quarte  ;  elles  fe  joignent  à 
la  nofialgie  ou  maladie  du  pays  , 


4^2  C  L  A  s  s  £  I.  Vices, 
elles  font  lever  l’épiderme  par  petites 
écailles.  ^ 

On  les  guérit  par  le  moyen  des 
cathartiques  ;  2°.  d’une  diete  eboifie  & 
par  l’ufage  de  bons  alimens  qui  ne  foient  1 

ni  âcres  ni  falés  ;  3°.  par  des  bouillons 
légèrement  incifié  &  diurétiques  faits 
avec  des  herbes  hépatiques  ,  telles  que 
les  capillaires  ,  i’aigremoine ,  la  euf* 
cute  ,  la  chicorée ,  &c.  4°.  par  les  fac¬ 
tions  réitérées  de  la  partie  ;  5°.  les 
bains  ;  6^.  les  fynapifmes  appliqués 
fur  la  partie  ,  &  qu’on  retire  lorfqifils 
ont  fait  leur  effet ,  ou  avec  un  caîa- 
plafme  de  favon  fondu,  &c.  Voyez 
Senhert,  de  maculïs  hepaticis  ,  lib,  i* 
pan, i,  cap.  8, 

III.  Rousseur  ,  Epkelis, 

Ce  font  des  taches  noirâtres ,  liffes  I 
confluentes  qui  viennent  au  vilàge ,  aux 
mains  ,  aux  jambes ,  rarement  aux 
parties  couvertes.  Les  éphelides  font 
des  taches  acquifes  ,  au  lieu  que  les 
envies  font  des  taches  naturelles  ,  & 
c’eft  en  quoi  elles  different  les  unes 
des  autres. 

i.V^pheLis  à  Joie  ^  haie;  Nlgredo  à  fde. 


Taches.  Roujfeur.  4S5' 
Sennert  de  cutis  vitiis  ^  lib.  6.  pag.  3.’ 
RpJülis  ;  en  Grec  apo  tou  eliou^  parce 
qu’elles  fontcaufées  par  le  Soleil.  L. 

Cette  tache  noirâtre  difFere  des  au** 
très  ,  en  ce  qu’elle  n’ell  point  difcre- 
te ,  mais  continue  ;  elle  vient  au  prin*- 
temps  ,  &  les  enfans  qui  s’expofent  au 
foleil  y  font  fort  fujets. 

On  s’en  garantit  avec  des  parafol$ 
&  des  gants ,  &c.  L’épiderme  que  le 
foleil  a  brûlé,  fe  détache  avec  le  temps. 
Les  filles  de  Montpellier  fe  fervent  d’o- 
xycrat  pour  diffiper  cette  noirceur; 
d’autres  de  pâte  d’amandes  ameres  ; 
d’autres  d’eau  rofe  avec  un  peu  de 
camphre  ou  de  gomme  de  cerifier  dif- 
foute  dans  du  vinaigre  ,  ou  bien  elle§ 
fe  frottent  avec  des  feuilles  de  cerifieç, 
récentes. 

2.  Epheiis  graviiarum.  Sennert,  ïbïd^ 
cap.  2.  Ephélides  des  femmes  grof- 
fes  ;  L. 

Ce  font  des  taches  noirâtres,  dif- 
cretes ,  larges  comme  la  main  qui  vien¬ 
nent  au  front  des  femmes  grofîes  &C 
des  filles  qui  font  opiîées.  Elles  difpa- 
roiffent  dès  que  les  ordinaires  repren¬ 
nent  leur  cours. 


464  Classe  I.  Vkcs. 
décoûion  de  baie  dé  laurier,  avec  du 
miel ,  ou  avec  une  émulfion  de  graine 
de  chanvre ,  ou  avec  le  fuc  de  racine 
de  buglofe ,  &c. 

3  .  Ephdis  Lmtigo.  Taches  de  roujfeur^ 
lentilles.  L. 

C’eft  une  tache  confluente  compo- 
fée  de  plufieurs  autres  qui  reflèmblent 
aux  lentilles  par  leur  couleur  &  leur 
grandeur ,  &  qui ,  de  même  que  la 
roufléur ,  alFeâe  les  parties  expofées 
au  foîeil ,  quoiqu’elle  aflede  auffi  les 
filles  qui  n’y  vont  point ,  qui  aug¬ 
mente  en  été  ,  &;  qui  diminue  l’hiver. 
Les  perfonnes  qui  ont  la  peau  blanche 
&  délicate,  fur-tout  les  blondes  &  les 
cheveux  ardens  ,  y  font  extrêmement 
fujettes. 

On  emploie ,  pour  effacer  les  len¬ 
tilles  ,  l’eau  de  fleur  de  fureau ,  celle 
de  feves  diftiliée ,  la  pâte  d’amandes 
ameres  ,  &  de  graine  de  chou.  Ballo- 
nius  obferve  que  les  perfonnes  fujettes 
aux  lentilles  font  cacochymes ,  &  que 
les  ulcérés  qu’elles  ont  font  de  mau¬ 
vais  caraftere. 

4.  Ephelis  ab  igné.  Taches  de  brâlu* 
re.  L. 

Ces  taches  font  caufées ,  ou  par  une 


Taches.  Couperofe.  Envie.  4(35 
Brûlure ,  &  elles  font  jaunâtres  ,  noi¬ 
râtres  ,  &  quelquefois  cicaîrifëes  ,  & 
elles  ne  s’effacent  jamais  ,  on  ne  peut 
que  les  farder  ,  ou  bien  par  une  cha¬ 
leur  '  exceffive  qui  brûle  l’épiderme, 
comme  font  celles  qui  viennent  aux 
euiffes  &  aux  jambes  des  femmes  qui 
fe  fervent  de  chauffettes  en  hiver. 

5.  EpheLis  Lutea.  Ephélide  jaiine  ,  ou 
couleur  iâérique  des  enfans.  Color  iBerodes 
infantum,  Junckeri.  B.  * 

C’efl  une  tache  jaune  iélérique ,  qui 
affeâe  une  ou  deux  parties ,  à  laquelle 
les  enfans  nouveaux  nés  font  fujets.  ‘ 
I  .  6.  Ephelis  fcorbutica.  Ephélide  fcorbu- 
tique. 

C’eft  une  tache  livide  de  la  largeur 
de  la  main ,  qui  vient  aux  jambes  ,  aux 
lombes ,  &;  aux  autres  parties  ,  &  qui 
accompagne  fouvent  la  maladie  du 
pays.  Elle  appartient  au  fcorbut ,  de 
même  que  V ephelis  vibex ,  ou  les  vibices 
aux  échymofes. 

YV  .Goutte-rose^Couperose.^ 

Rougeurs  j  Gutta  rofacea. 

=  Ce  font  des  taches  rouffes  en  forme 
de  gouttes,  Ôc  peu  élevees  ,  qui  vien- 
V  V 


Classe  I. .  Vices', 

Kent  au  vifage  ;  elles  font,  quelquefois 
raboteufes,  &  elles  durent  long-temps, 
C’efl  par  la  durée  qu’on  diûingue  la 
couperofe  de  l’érylipele, 

I.  Gutta  rofaUa  jimplex.\  tacius  hi- 
pat'iques,  Verduc,  Pathol,  tom.i.pa^. 
i,q)X.  Turner  &  les  François,  l’appel¬ 
lent  goutte- rofipLm^\e.mti\t.. h.:  .  . 

Ce  font  des  taches  raboteufes,  émi¬ 
nentes  ,  rouges ,  confluentes,  qui  vien¬ 
nent  le  plus  fouvent  au  vifage  ,  quel¬ 
quefois  au  bras ,  au  cou  ,  à  la  poitrine , 
fans  defquamation ,  &  fans  démangeai¬ 
son  confidérable.  Elles  forment  fouvent. 
des  tubercules  fur  le  nez  des  ivrognes. 
On  les  guérit  difficilement  ;  il  faut  em¬ 
ployer  les  remedes  qui.adouciflent  l’a¬ 
crimonie  ,  &  qui  appaifent  l’effervef- 
cence  du  fang  ,  tels  que  les  bouillons 
rafraîchiflans ,  antifcorbutiques ,  le  pe¬ 
tit  lait,  le  laitage,  les  aigrelets-^  les 
bouiUons-  d’écrevifles  ,  de  cloportes. 
On  en  vient  enfuite  aux  topiques,  tels- 
que  les  coquillages  diflbus  dans  le  jus 
de  citron  ;  les  cofmétiques ,  tels  que 
le  lait  virginal ,  les  pommades ,  &;c.  . 

i.  Gutta  rofacea  herpsdcai  Couperofi 
4artreufe.  Sennert ,  cap.  6.  f.  i.  Üb.S^  L. 
On  la  connoît  à  la  déraangeaifon^ 


T  XCH'S.S.  Couperofe.  ÊmU. 
sus  puftules  iquameufes  qui  défigurer^ 
le  ,vifege  ,  le  nez. 

On  la  guérit  comme  la  dartre.  Voyez 
lur  cette  efpece  Gabdchover.  . 

3.  Gutta  rofaua  fyphilitica.  Courcnm. 
de  Vénus.  Elle  vient  fur- tout  au  front 
&  aux  tempes.  C. 

Ce  font  des  pulfuies  rouges  comme 
des  boutons  de  rofe ,  dures ,  calleufes , 
circulaires  ,  peu  élevées ,  ulcérées  à 
leur  pointe  ,  feches  ,  fans  pus  ,  quel¬ 
quefois  humides  ,  fluentes ,  fquameu- 
fes  ^furfuracées ,  jaunes ,  qui  viennent 
aux  levres ,  au  nez ,  plus  fouvent  aii 
front, aux  tempes  &i  derrière  les  oreil¬ 
les  ,  ou  elles  forment  comme  un  cha^ 
pekt,  ce  qui  fait  qu’on  l’appelle  vul¬ 
gairement  ainli.  Aflruc  ,  des  maladies 
^vénériennes liv.  4.  chap.  1.  n.  4. 

Ces  pullules  font  un  figne  de  vérole 
confirmée ,  &  elles  demandent  le  m.ê- 
me  trait emenî. 

4.  Gutta  rofiafebrilis  ;  couperofi  fébrile, 
Meferey ,  tom.  2.  n.  241.  B. 

Dans  les  fie  vres  malignes  on  obfcrve 
quelquefois  une  couperofe  ,  dans  la¬ 
quelle  le  nez  devient  pourpré  ,  brun  , 
noirâtre ,  gonfié ,  puftuleux  ;  ces  fymp- 
tomes  annoncent  ordinairement  um 
V  vj 


^68  Classe  I.  Vices,.  ’ 

mort  prochaine  ;  de  vingt-cinq  mafe. 
des  dans  qui  cet  Auteur  lés  a  obfervés 
à  peine  en  a-t-il  pu  échapper  un  ou 
deux  ;  il  furvient  ordinairement  une 
gangrené  qu’il  faut  traiter  par  des  aro-  i 
matiques ,  &  non  par  des  fcarifîcations. 

V.  Envie,  Nœvus. 

On  appelle  mvïcs  certaines  taches  j 
que  les  enfans  apportent  en  naiffant. 
On  les  attribue  vulgairement  aux  en¬ 
vies  que  les  femmes  ont  eues  dans  les 
premiers  temps  de  leur  grolTeffe  ;  elles 
îbnt  quelquefois  élevées  au-  deffus  du 
niveau  de  la  partie. 

I.  Ncevus  Jîgillum;  navus  lenticularU , 
Sennert ,  le  fâny  L.  Efl:  une  tache  noi¬ 
râtre  ,  ronde ,  petite ,  feule  ou  accom¬ 
pagnée  de  plufieurs  autres ,  qui  a  quel¬ 
quefois  du  relief,  comme  une  verrue. 
Ces  taches  font  quelquefois  unies ,  elles 
n’ont  rien  de  nuifible  ,  &  quelquefois 
elles  vont  fi  bien  au  vifage ,  que  les 
filles  qui  n’en  ont  point,  les  imitent 
avec  des  mouches. 

1.  Ncevus  maternusy  Sennert,  L.  P. 
Ce  font  des  taches  qu’on  apporte  en 
naiffant ,  qui  difparoiffent  ou  diminuent 


Taches.  £nvzV.  4^^ 
dans  certains  temps ,  &  qui  reviennent 
dans  d’autres ,  &  qui  reffemblent  tou¬ 
jours  ,  à  ce  qu’on  prétend  ,  à  ce  que 
la  mere  a  déilré  avec  ardeur  pendant 
fa  groffeffe  ,  &  qu’elle  n’a  pu  obtenir. 
Elles  repréfentent  des  poiffons ,  des 
figues ,  des  mûres ,  de  la  chair  de  fan- 
glier;  &  dans  la  faifon  où  les  figues  , 
les  mûres  ,  les  fraifes  font  dans  leur 
maturité,  elles  font  d’une  couleur  plus 
vive ,  &  elles  groffiffent  dans  les  filles 
dont  les  réglés  font  fupprimées.  Les 
Allemands  prétendent  qu’on  les  fait 
difparoître  ,  en  appliquant  defilis  la 
main  d’un  cadavre  humain,  au  mo¬ 
ment  que  la  perfonne  qui  les  a  ne  s’y 
attend  point. 

VI.  Echymose^  Echymoma, 

C’efl;  une  tâche  noirâtre ,  ou  d’un 
rouge  noirâtre  ou  livide ,  qui  jaunit 
avec  le  temps ,  qu’on  n’apporte  point 
en  naiffant ,  qui  n’eft  point  inégale  9 
mais  unie  ,  ou  peu  éminente ,  &  foli- 
taire. 

I.  Ediymoma  ab  ichiy  livor.  Sennert» 
Meurtrijfurc  ,  tontufion  ;  en  Latin  , 
%illatio  ;  gn  Grec ,  pclidns  ;  chez  les 


470  Classe  I.  Vlcts,  ^ 
Auteurs  ,  tchymojis.  D.  Elle  différé  des 
autres  efpeces,  en  ce  qu’elle -eft  caufée 
par  un  corps  contendanî  qui  frappe  la 
partie  ,  en  quoi  elle  différé  du  vikx,. 

On  la  connoît  encore  à  la  douleur, 
à  l’inflammation ,  à  la  plaie  ,  &c.  dont 
elle  eff  quelquefois  accompagnée ,  & 
elle  eft  caufée  par  un  épanchement  de 
fan  g  dans  le  tiffu  cellulaire,  dont  la 
couleur  perce  à  travers  la  peau  ou  l’é¬ 
piderme. 

On  la  guérit  par  le  moyen  d’une 
faignée  copieufe  ou  réitérée ,  de  po-, 
tions  réfoiuîives  chaudes ,  &  par  des 
fomentations  de.  même  nature  ,  par 
exemple  ,  avec  de  la  pariétaire  pilée, 
avec  de  l’eau  de  vie,  du  vin  chaud.  . 
Lorfque  la  conîufion  eff  légère ,  il  fuffit 
fouvenî  d’appliquer  deffus  un  morceau 
de  papier  trempé  dans  l’eau  froide ,  ou 
de.  l’onguent  blanc  de  Rhafis..  Dans  le 
cas  cil  l’on  appréhende  la  gangrené  ,• 
on  applique  deffus  de  l’eau  de  vie  cam¬ 
phrée  ,  de  l’eau  de  la  Reine  de  Hon¬ 
grie ,  du  favon  de  Venife  diffous  dans 
de  Turine  ,  du  vin  ou  de  l’eau  de  vie, 
&  l’on  emploie  même  les  foarincaîions. 
Voyez  là  àeSxis  Hüjiêr.  Ohirurg.  de  conr 
tufione^  cap.  j.S.  &  delà  fcdgnée  qui 
fuivie  d^une  échymojé^ 


Taches.  Eckymofc.  471^, 

1,  Echymofa  mdafma  Galen.  en  La-, 
tin  ,  niÿror^Ë.  Eâ  une  efpece  d’échy- 
jîiofe  opiniâtre  ,  fixe  ,  ordinaire  aux 
vieillards ,  qui  vient  principâlement  aux 
jambes ,  iàns  aucune  caufe  évidente  , 
en  quoi  elle  différé  de  la  première  efi- 
pece^  Les  femmes  dont  les  ordinaires 
ceffent  y.  font  également  fujettes. 

3.,  EckymoTm.  yibex ,  vulgairement 
vïbiu&.  A. 

Ce  font  des  taches  pourprées  qui 
viennent  naturellement  dans  les  mala¬ 
dies  aiguës,  telles  que  le  typhus  ,  la 
pefte  ,  la  petite  vérole  ;  elles  font  lon¬ 
gues  comme  celles  que  laifient  les  coups 
de  fouet,  &  elles  demandent  le  même 
traitement  que  les  maladies  aiguës. 

4.  Echymoma  fcorbudcum.  Echymofe 
fcorbutiqùe.G. 

Outre  les  petites  taches  jaunes  ,  le 
feorbut  éâ  accompagné  de  vergetiires 
&  de  lentilles  nelrltres  ou  livides-  aux 
pmbes  ,  .auffi-bienque  de  taches  de  la 
largeur  de  la  main,  noirâtres  ou  livides 
aux  jambes ,  aux  lombes  &  au  dos. 

■  EctTymoma  à  compr&^om,  Echy-.- 
tnofe  par:  compreiïïon.  D. 

Lorfque  les  malades  reâent  long-* 
temps  :  appuyés  fur  les  felTes,  le  00  c»? 


47  i  '  C  L  A  s  s  e'  I.  Vîcesl 
.  cyx ,  le  dos  dans  les  maladies  aigües 
ou  chroniques ,  ces  parties  noirciffent  ■ 
s’excorient  par  la  comprelSon  qu’elles  i 
foufFrent ,  l’épiderme  &  la  peau  fe  gan¬ 
grènent  ,  &  le  mal  fait  fouvent  des  | 
progrès  en  profondeur. 

'  On  les  guérit ,  i  ^ ,  par  le  changement 
de  fituation  ,  &;  en  mettant  des  oreil-  , 
1ers  fous  la  partie  ,  pour  diminuer  la 
compreffion;  2®.  en  appliquant  delTus 
du  vin  dans  lequel  on  a  fait  bouillir 
des  rofes  de  Provins,  que  l’on  met 
fur  la  partie  ;  3°.  par  des  remedes  pro¬ 
pres  à  prévenir  la  gangrené. 

6.  Echymoma  hypopyon  de  Paul  Æ<-, 
ginette ,  L.  ou  Vhypophtkalmia  d’Hippo¬ 
crate  ,  eft  une  affeètion  légère  ,  très- 
différente  de  l’hypopyon. 

7.  Echymoma paLpebrarum.  Echymofe 
des  paupières. 

Echymoma  hypofphagma  d’Æginet- 
te  ,  echymoma  paLpebrarum ,  fugillatio  ; 
Echymoje  des  paupières,  L.  Ùhcemalops 
d’Hippocrate  doit  être  rangé  parmi  les 
caligo ,  (  vue  obfcure.  ) 

8.  Echymoma  hyponychon  ;  fuhun^ 
guium  de  Sennert ,  Lib.  i.  ne  différé 
point  de  la  première  efpece. 

Les  autres  efpeces  de  taches  appar- 


1 


T  A  C  H  E  S.  Echymofe.  473 
beonent au  caligo  (vue obfcure  )  dans 
les  dyfefthéfies ,  aux  pétéchies  dans  les 
maladies  exanthémateufes ,  &  aux  dé¬ 
colorations  dans  les  cacheftiques. 

ORDRE  SECOND. 

Elevures^  Efflorescences, 
Eÿiorefuntm. 

E  Lles  different  des  taches  ,  en  ce 
que  ,  indépendamment  du  change¬ 
ment  de  couleur ,  la  peau  eft  élevée  & 
couverte  de  phlydenes,  de  bourgeons, 
de  boutons ,  &  d’autres  femblables  vi¬ 
ces  cutanés. 

Les  puflules  ou  bubes ,  {^pujtulcz  )  font 
de  petites  tumeurs  d’une  ligne  envi¬ 
ron  de  diamètre  ,  a  dont  la  pointe  fup- 
pure ,  &  qui  rendent  du  pus  ou  qui 
s’écaillent. 

Les  boutons ,  (^papula')  en  Grec  dey 
dria^  different  des  pullules,  en  ce  qu’ils 
ne  fuppurent  point ,  mais  qu’ils  ren¬ 
dent  une  efpece  d’humeur  ;  ils  tom¬ 
bent  dans  la  fuite  par  écailles  furfu- 
racées.  ^ 

Les phlyUems,  {^phlyBm^')  font  de 


474  Classe  I.  Vices, 
petites  tumeurs  d’une  ligne  de  diame-  1 
tre  ,  tranfparentes ,  remplies  d’eau  ou 
de  firofiîé.  Elles  fe  deffechent  après  | 
qu’elles  ont  percé ,  &  elles  s’excorient; 

Les  Bourgeons ,  (  vari  )  font  des  tu-  I 
meurs  dures,  colorées ,  opiniâtres, qui 
fabf  ftent  long-temps  fans  fuppurer  ni 
s’écailler  ,  de  même  que  les  tubercu¬ 
les  fquirreux.  Les  Grecs  les  appellent 
ionthoi. 

Toutes  ces  affections  font  compo- 
fées  d’un  certain  nombre  de  petites 
tumeurs  femblables ,  &  elles  ont  beau¬ 
coup  de  rapport  avec  les  maladies  exan- 
thémateufes  inflammatoires ,  telles  que 
la  petite  vérole,  la  miliaire,  la  rougeo¬ 
le  ,  &c.  de  même  qu’avec  les  maladies 
cachectiques  ,  telles  que  la  gale ,  la  lè¬ 
pre  ,  le  pian  ,  la  teigne ,  &c.  mais  elles 
font  de  trop  peu  d’importance  pour  les 
mettre  au  rang  des  maladies. 

VIL  Dartre  ,  ou  Dertre  , 
ou  Herpe  ,  Herpes, 

La  dartre  eff  un  amas  de  boutons  f 
ou  une  efïïorefcence  compofée  de 
quantité  de  petites  tumeurs  rouges  pru- 
rigineufes  ,  qui  tombent  par  écailles 


E-levuris.  475 

du  fon  ,' DU  par  croûtes,  ce  qui 
eû.  afez  rare. 

I.  Partre  farineufe  ;  dartre  fechei 
Jîerpes  Jimpkx  ^  Sennert  ,  L.  P.  Elle  eâ 
formée  par  des  boutons  rouges  pruri¬ 
gineux  qui  ont  peu  de  relief,  qui  ne 
s’excorient  point ,  ni  ne  tombent  point 
par  croûte. 

Elle  différé  des  autres  en  ce  qu’elle 
ed  facile  à  guérir  ,  tant  que  le  vice  ne 
réfide  que  dans  la  partie  ,  &  n’infeâe 
point  la  maffe  du  fang.  Elle  eft  caufée 
par  une  matière  âcre  ,  qui  n’ayant  pu 
s’évacuer  par  la  perfpiraîion ,  s’amaffe 
dans  les  glandes  iébacées  de  la  peau  & 
du  vifage,  fermente  &  acquiert  uné 
plus  grande  acrimonie, 

■  Les  Empyriqües  la  giiériffent  fou- 
vent  avec  des  remedes  alcalins  ,  tels 
que  l’huile  de  tartre  par  défaillance  , 
l’huile  de  cartes  ,  de .  linge  ,  de  bois 
brûlé ,  laquelle  eft  rougeâtre  ,  âcre  , 
amere  ;  on  la  délaye  avec  la  .faiive 
d’un  jeune  homme  à  jeun ,  &  on  en 
oint  la  partie. 

2,.  Dartre  encroûtée  ;  Herpes  firpigo 
Turneri.  a.  Jpecies  d&  morbis  cutands  , 
^‘ip-  J.  Formica  ambulatona  Celfi.  L. 

'  Xes  boutons  font  malins ,  carrofifs  , 


476  Classe  I.  P1,us.  ^ 
entafles  circulairement ,  poignants  8j  ‘ 
accompagnés  d’une  grande  démangeai- 
fon.  Ces  boutons  gagnent  les  parties 
voifines ,  &  font  extrêmement  opiniâ- 
très.  Ils  rendent  fouvent  une  humeur  i 
ténue  &  âcre  ;  mais  ils  ne  fe  refolvent 
ni  ne  viennent  à  fuppuration.  feafen- 
fibilité  &  l’acrimonie  font  plus  grandes 
que  dans  la  dartre  farineufe. 

Cette  efpece  exige  des  remedes  lixi- 
viels  &:  adouciffaris  ,  comme  la  dartre 
miliaire  ,  auffi-bien  que  des  topiques 
îénitifs,  tels  que  le  cérat  de  Galien, 
ou  l’onguent  rofat,  auquel  on  joint 
une  dixième  partie  de  foufre  ou  de  ben¬ 
join  ,  ou  un  douzième  de  mercure  pré¬ 
cipité  blanc. 

3.  Dartre  miliaire  ;  Herpès  miliaris^txi- 
nerti ,  lïb.  5.  cap.  ly.  Turner,  fpecies 
Amati  Lufitani.^  cent.  //.  cur.  37.  Frid. 
HofFmanni,  tom.  2.  pag.  426!  L. 

Suivant  Sennert ,  cette  efpece  con- 
fifte  dans  des  hydatides  ou  petites  ve- 
ficides  de  la  groffeur  d’un  grain  de  mil¬ 
let  ,  &  fuivant  Turner ,  dans  des  petits 
boutons  confluens  ,  qui  viennent  au 
cou ,  aux  lombes  ,  à  la  poitrine  ,  aux 
cuiffes  ,ils  font  enflammés  tout  autour, 
&  accompagnés  d’une  petite  fievre. 


Elevures.  Dartre.  47^ 
Lorfqu’ils  viennent  à  crever ,  iî  fe  for¬ 
me  à  leur  extrémité  une  petite  croûte 
roûde  ,  jaune ,  fèmblable  à  un  grain  de 
millet ,  ce  qui  leur  a  fait  donner  leur 
nom.  La  pointe  du  bouton  blanchit  ^ 
lorfqu’il  vient  à  fuppuration  ;  mais  le 
pus  eft  vifqueux,  cruftacé.  Lorfqu’on 
applique  deffus  des  onguens ,  la  ma¬ 
tière  qui  s’exhale  par  la  perfpiraîion , 
de  même  que  l’onguent  s’attachent  aux 
linges ,  &  venant  à  fe  détacher  de  la, 
peau  pour  peu  qu’on  remue  ,  l’épider¬ 
me  s’excorie  ,  ce  qui  caufe  des  dou¬ 
leurs  fort  incommodes.  La  fenfibilité, 
l’acrimonie  &  l’ardeur  font  plus  gran-- 
des  que  dans  la  dartre  encroûtée. 

La  curation  de  la  dartre  encroûtée,’ 
de  même  que  celle  de  la  miliaire,  fe 
réduit  à  adoucir  le  fang  &  à  le  cal¬ 
mer.  Pour  cet  effet ,  on  commencera 
par  la  faignée  &  la  purgation ,  après 
quoi  l’on  prefcrira  au  malade  des  bouil¬ 
lons  de  poulets ,  de  grenouilles  ,  dans 
lefquels  on  mettra  quelques  écreviffes 
ou  quelques  cloportes,,,  de  la  racine 
d’énule ,  de  patience  ,  des  feuilles  de 
chicorée,  de  becabunga,  de  creffon 
d’eau  ,  de  fumeterre  ,  d’ofeille  ,  &c. 
^  on  en  continuera  l’ufage.  On  lui 


47§  Cl.  kss^  l.  Fices^  . 
fera  prendre  auffi  le  petit  lait  mêlé 
avec  le  fuc  de  ces  plantes  pendant 
lin  temps  confidérable;  après  quoi  on 
lui  prefcrira  alternativement  les  bains 
&  la  diete  blanche.  Mais  rien  n’ell 
riieilleur  que  de  purger  le  malade  pen¬ 
dant  trois  jours ,  &  avant  de  lui  faire 
prendre  les  bains  ,  avec  les  eaux  aigre¬ 
lettes  de  Walls ,  ou  telles  autres  fembîa- 
bles  ;  mais  il  faut  le  faire  dans  une  fai-, 
fon  convenable ,  &  cela  vaut  inilini- 
îïîéht  mieux  que  tous  les  topiques.  Le 
malade  doit  ufer  d’alimens  inripides  ôc  ' 
rafraîchiffans ,  de  fruits  charnus  bien 
mûrs ,  &  ne  boire  que  de  l’eau  ;  il  faut 
qu’il  renonce  au  cafté  ,  au  chocolat  , 
&  aux  liquèurs  fpiritueufes  ;  &  à  l’é¬ 
gard  des  topiques  ,  le  plus  sûr  peut- 
être  ed  de  n’ufer  que  de  ceux  qui  em¬ 
pêchent  la  peau  de  s’attacher  au  linge> 
tel  que  le  cérat  de  Galien,  que  l’on 
renouvellera  deux  fois  par  jour.  Pour 
calmer,  l’ardeur  ,  on  emploiera,  la  li¬ 
queur  de  Saturne,  ou  fonfel  ,  que  l’on 
mêlera  avec  le  cérat ,  prenant  garde 
cependant  de  ne  point  répercuter  en¬ 
tièrement  la  fanie  ,  qui  eft  d’autant 
plus  dangereufe  ,  que  le  mal  eft  plus 
invétéré.  De  là  vient  qu’on  doit  ufer 


E LEVURES.  Dartre.  47^ 
avec  précaution  des  topiques  acides  & 
répercuffifs  que  les  Auteurs  recomman¬ 
dent  ,  dans  lefquels  il  entre  du  vinaigre, 
du  mercure ,  de  i’alun ,  &  autres  cho- 
fes  femblables. 

4.  Dartre  rongeante.  Herpès  ejlhiomsi- 
nos  Galen.  Herpes  exedens  vel  depafeens 
Turneri,  fpec.  4.  Herpes  Galen.  Method. 
med.  cap.  ly.  C.  Elle  différé  de  l’éry- 
^ipele  ulcéré ,  en  ce  qu’elle  n’uIcere 
que  la  peau  ,  au  lieu  que  l’éryfipele 
ronge  les  chairs  lorfqu’il  vient  à  s’ul¬ 
cérer.  Cette  eipece  demande  l’iifage 
des  remedes  internes  dont  j’ai  parlé 
à  l’article  de  la  dartre  miliaire  ,  mais  il 
faut  les  continuer  plulieurs  mois ,  & 
baffiner  pendant  ce  temps-là  l’ulcere 
avec  de  l’eau  d’orge  &  du  miel ,  ou 
de  l’eau  aigrelette  tiede  ;  on  couvre 
enfuite  la  partie  avec  le  cérat  de  Ga¬ 
lien  ,  ou  avec  un  onguent  compofé 
avec  la  cérufe  &  la  litharge.  On  eû 
fouvent  obligé  d’en  venir  £<ies  reme¬ 
des  plus  forts  ,  tels  que  le  précipité 
blanc  ,  l’aerhiops  minéral ,  le  verd-de- 
gris ,  les  efearotiques  ,  qui  procurent 
une  luppuration  louable  ,  que  l’on  gué¬ 
rit  par  les  moyens  ordinaires. 

Y  Dartre  vérolique  i  Herpes  fyphUi^ 


4^0  ^  C  L  A  S  S  E  t  Vices, 

tiens.  Herpès  venereus ,  Aftruc.  lih,  4.  C. 
On  ne  la  connoît  que  par  les  fignes 
véroliques  qui  l’accompagnent ,  foit 
que  la  dartre  foit  fimple  ,  &  vienne 
aux  oreilles  ,  &  fur  la  partie  de  la  tête 
qui  eft  couverte  de  cheveux  ,  foit 
qu’elle  foit  rongeante.  Elle  marque  une 
vérole  confirmée;  elle  réfifte  aux  re- 
medes  ordinaires,  &  elle  ne  cede  qu’au 
mercure  ou  à  tel  autre  fpécifique  dont 
on  fe  fert  pour  guérir  la  vérole.  C’eft 
pourquoi,  après  avoir  employé  les  re- 
medes  généraux  qui  précèdent  les  fric¬ 
tions  ,  tels  que  la  faignée  ,  la  purgation, 
l’ufage  des  bains  &  du  laitage  pendant 
trente  à  quarante  jours  ,  &c.  il  faut  en 
venir  aux  friâions  mercurielles  ,  & 
joindre  aux  onguens  l’ufage  des  pré¬ 
parations  mercurielles  douces ,  telles 
que.l’æthiops,  l’aquila  alba,  le  préci¬ 
pité  blanc.  Quelques  -  uns  recomman¬ 
dent  les  pilules  de  Bellofte  ,  &  elles 
ne  font  point  à  méprifer, 

6.  La  jarretière;  Herpes perifeelis  des 
Grecs;  Zo/zÆ  6*  lojiora de  quelques  Aur 
teurs.  L.  C’eft  une  dartre  farineufe , 
feche ,  fimple ,  qui  vient  à  l’endroit  du 
jarret ,  ou  l’on  met  les  jarretières. 

7,  Le  collier,  Herpes  collaris,  L. 

Le 


Elevures.  Danrt.  4§î 
Le  collet  que  nosEccléfîaftiques  por¬ 
tent  ,  étant  teint  avec  une  compofition 
où  il  entre  de  la  chaux,  leur  caufe  fou¬ 
lent  une  dartre  au  cou.  On  la  didi^f^s 
des  autres  efpeces  qui  ^ffeclent  cette 
partie,  en  ce  qu’elle  eft  de  figure  cir¬ 
culaire  comme  le  collet.  Cette  efpece 
prouve  que  la  dartre  peut  venir  d’une 
caufe  externe ,  &:  on  la  guérit  en  ôtant 
îa  caufe. 

8.  Dartres  feoutonnées.  Herpes  pujld 
iofus.  L. 

C’eft  un  afîembîage  de  pullules  dif- 
crettes  ,  rarement  confluentes ,  de  la 
groffeur  d’un  pois  environ  ,  d’uii  rouge 
noir  ,  accompagnées  d’un  prurit  extrê¬ 
mement  douloureux,  difperfées  fur  le 
cou,  fur  les  mamelles ,  &c.  leur  pointe 
fe  noircit  promptement ,  perd  le  fenti- 
•ment,  &  tombent  en  gangrené  feche. 
On  guérit  cette  affeâion  avec  le  cérat 
de  Galien  ,  ou  bien  on  fait  tomber  la 
croûte  gangreneufe  en  y  appliquant  du 
beurre  frais. 

9.  Ceinture  dartreufe.  Herpes  ^ofier; 
^na  ignea.  Fr.  Hoffm.  tom.  2.  pag.  426”’. 
ZonaRnJ^ellide  ufu  aquce  marince,  p.iz^, 
The  fingUs  English. 

C’efl  une  dartre  d’un  mauvais  carac* 

Tome  /,  X 


4Si  Cl.  KSS^l.  Vices. 
îere ,  qui  attaque  principalement  la  poi¬ 
trine  ,  &  qui  eft  accompagnée  de  car- 
dialgie ,  de  chaleur  morbifique ,  de  Pin- 
flariftnation  &  de  l’ulcération  doulou- 
reufe  de  la  peau  ;  elle  eft  formée  d’un 
afl’emblage  de  petites  pullules  tranfpa- 
rentes,  qui  entourent  la  poitrine  en 
forme  de  zone ,  de  la  largeur  de  la 
main.  Voyez  Severinum  de  abfcejfîbus , 
l.  c.^.  Tulpium ,  3.  Langium ,  qui 

a  vu  cette  efpece  de  tartre  être  la  fuite 
d’un  ulcéré  de  la  jambe  guéri  trop 
tôt. 

yiIL  Epinyctide  ^  EpinyBis. 

L’épinyûide  eft  un  amas  de  phlyc- 
tenes  d’un  rouge  noirâtre ,  de  trois  ou 
quatre  lignes  de  diamètre ,  qui  vien¬ 
nent  principalement  aux  jambes  ,  -& 
qui  caufent  des  douleurs  poignantes , 
fur-tout  pendant  la  nuit. 

1.  EpinyBisvulgaris.  Epinyûide  vul¬ 
gaire.  B.  P. 

A  en  juger  parle  premier  coup  d’œlI, 
ce  font  des  pullules  grolTes  &  larges, 
mais  elles  me  paroiftent  des  phlyélenes 
peu  éminentes,  accompagnées  d’une 
chaleur  brûlante  pendant  la  nuit ,  dont 


E  L  E  V  ü  R  E  s .  Epinyatd&s.  4^5 
la  pointe  s’ouvre  &  répand  de  la  fa¬ 
rde  ,  &  qui  diminuent  îe  matin.  Elles 
deviennent  plus  rouges  vers  le  foir. 
Elles  caufent  une  petite  fievre,  des 
anxiétés,  des  infomnies  ,  &  une  ef- 
pece  de  maladie  qui  dure  plufieurs 
jours. 

On  les  guérit  par  la  faignée ,  une 
diete  rafraîchiflante  ,  les  purgatife  an- 
tiphlogidiques ,  les  bouillons  émoi- 
liens.  On  applique  fur  la  partie  un  ca- 
taplafme  émollient  compofé  avec  la 
fleur  de  mauve ,  la  graine  de  lin ,  & 
autres  chofes  femblables.  Après  que 
la  douleur  a  eefle ,  l’épiderme  fe  dé¬ 
tache  par  petits  morceaux.  C’efl:  aux 
autres  à  voir  fi  elles  appartiennent  aux 
éruptions ,  car  ces  genres  ne  font  point 
encore  affez  déterminés. 

•  2.  EpinyBis  pruriginofa  ,  malum  eu- 
tantum  jingularc,  D.  Billebaut.  Vander- 
monde  17  5  6. 3  40.  Epi  nyftide  pru- 
rigineufe,  maladie  cutanée  finguliere.L. 

Ce  font  des  taches  d’un  rouge  vif 
qui  viennent  aux  bras  &  aux  jambes  , 
qui  fe  manifeftent  au  fortir  du  lit  avec 
une  démangeaifon  incommode,  qui  dif- 
paroiflent  le  foir  lorfqu’on  fe  couche  y 
&  qui  durent  des  années  entières.  J’ai 


4^4  Classe  L  Viusi 
connu  une  femme  ,  à  laquelle,  après 
qu’elle  eut  accouché ,  il  vint  de  pa¬ 
reilles  taches  d’un  pouce  ou  d’un  demi- 
pouce  de  diamètre,  accompagnées  d’u¬ 
ne  déniangeaifon  infupportable.  Elles 
difparurent  lorsqu’elle  fut  grofîe ,  & 
elles  continuèrent  depuis ,  elles  difpa» 
roiffoient  le  foir ,  Sc  elles  revenoient 
le  matin.  Le  mot  Êlpinyûïdc  eft  dé¬ 
rivé  è^lpi  avant ,  &  nyUis  nuit ,  parce 
qu’elles  paroiffent  principalement  pen¬ 
dant  la  nuit. 

Je  ne  dis  rien  du  thcrminthc ,  parce 
que  je  ne  le  eonnois  point;  mais  je 
le  crois  du  même  genre  que  l’épinyc- 
tide ,  peut-être  n’efl-il  qu’un  furoncle 
étendu. 

IX.  Eruption  ,  Pfydracia, 

Galien  dit  qu’on  définit  l’éruption 
(^pjydracium  )  ,  une  eifervefcence  qui 
l'urvient  dans  diverSes  parties  du  corps, 
êc  qui  eft  accompagnée  d’une  rougeur 
confidéràble,  il  donne  à  entendre  ail¬ 
leurs  que  ce  font  des  véficules  ou  des 
phlyûenes;  mais  il  arrive  fouvent  que 
î’effervefeenee  commence  par, une  rou¬ 
geur  .accompagnée  d’une  dureté 


ÈLEVüRES.  Eruption.  4S5 
Éit  détacher  l’épiderme  de  la  peau, 
de  forte  que  celle-ci  eft  creufe ,  vuide, 
ou  pleine  d’une  léroiité  jaune.  Je  join¬ 
drai  à  cette  efpece  celles  qui  fuivent. 

1.  La  porcelaine  de  Montpellier.  Pfy- 
dracia  porcellana;  Roja  fahans  d’ Avi¬ 
cenne  ,  B.  On  ignore  fi  c’efl  Vejfera 
de  Sennèrt.  * 

Cette  maladie  %onfîfte  dans  des  ef- 
florelcences  difcretes ,  d’un  pouce  ou 
plus  de  diamètre ,  qui  viennent  fubite- 
ment  à  la  poitrine  ,  aux  bras  &  aux 
autres  parties  couvertes,  qui  s’en  vont 
&  qui  reviennent;  elles  font  rouges, 
répandues  &:  nombreufes. 

Cette  afteéiion  eft  rarement  accom¬ 
pagnée  de  la  fîevre;  elle  attaque  indif- 
tinélement  les  perfonnes  de  tout  âge 
&  de  tout  fexe  ,  celles  principalement 
d’un  tempérament  vif  &  bilieux,  8c 
elle  fe  guérit  en  peu  de  jours  par  ré- 
folution  ,  à  l’aide  d’une  dicte  légère , 
fafraichifl'ante  ,  &  en  cas  de  befoin  par 
la  faignée  ;  mais  jamais  par  fuppuration , 
excoriation ,  ni  évaaiation. 

2.  Piqûres  de'guêpes ,  coufins  ,&c. 
PJ'ydracia  à  vefpis.  B. 

La  piqûre  des  confins  ,  '  des  abeil¬ 
les  ,  des  guêpes  eft  faivie  d’une  éle- 
X  iij 


Classe  I.  Vices, 
vure  d’un  rouge  couleur  de'  rofe ,  éiy-ï 
fipélateufe  &  accompagnée  d’une 
douleur  poignante  très-vive  ;  &  fi  l’on 
examine  i’efflorefcence  avec  attention, 
on  apperçoit  un  point  dans  lequel  l’ai¬ 
guillon  de  l’infeâe  efi:  fouvent  enfermé. 

M.  de  Réaumur  prétend  qu’il  n’y  a 
pas  de  meilleur  remede  pour  la  piqûre 
des  abeilles  ,  que  de  baifiner  à  plu- 
fieurs  reprifes  la  partie  avec  de  l’eau 
froide.  Les  Payfans  ont  coutume  de 
frotter  la  partie  avec  trois  différentes 
herbes.  Ceux  qui  ont  la  vue  bonne 
ont  foin  de  retirer  l’aiguillon  ;  mais  la 
douleur  efi:  caufée  par  un  venin  acide 
corrofif,  qui  s’infinue  dans  la  partie 
avec  l’aiguillon,  La  piqûre  de  la  guêpe, 
du  frelon ,  du  coufin  ,  du  moucheron, 
produit  le  même  effet. 

3.  Eruption  caufée  par  l’orlie.  Tfy^ 
âracia  unie  ata.  B. 

L’ortie  efi:  armée  de  piquans  très- 
fubtils  &;  venimeux ,  qui  caufent  des 
éruptions  poignantes  &  éryfipélateufes. 

Le  phaféole  pruriginéux  de  l’Amé¬ 
rique  ,  caufe  pendant  quelques  heures 
une  démangeaifon  infupportable ,  & 
fes  piquans  font  fi  fubtils ,  qu’ils  échap¬ 
pent  à  .  la  vue. 


El  E  vu  R  ES.  Eruption.  487 

Les  artichauts  font  aulE  armés  de 
piquans  ;  mais  ils  ne  font  point  ve¬ 
nimeux. 

4.  Cirons.  Pjydracîa.  ab  acaris  , 
rones  vulgb.  B. 

On  donne  le  nom  de  ciron  auflî-bien. 
au  bouton  qu’à  l’infeâe  qui  le  caufe. 
Cet  infecte  s’infinuant  dans  la  peau  des 
mains  &  des  pieds  ,  y  excite  des  puf- 
rules  rouges  ,  prurigineufes  ,  qui  s’ul¬ 
cèrent.  Mais  indépendamment  de  cette 
efpece  ,  il  y  a  plufieurs  autres  infeftes 
qui  nous  attaquent ,  &  qui  caufent  di- 
verfes  efHorefcences.  De  ce  nombre 
font  la  fourmi  roufle ,  la  fourmi  rouge , 
le  morpion,  le  pou  ordinaire,  lapunaife 
de  lit,  la  puce,  &  quantité  d’autres,  dont 
les  piqûres  reffemblent  fouvent  fi  fort 
aux  efflorefcences  fpontanées ,  que  les 
Médecins  ne  favent  qu’en  penfer ,  fur- 
tput  lorfque  les  malades  ont  été  piqués 
de  ces  infeûes  pendant  leur  fommeil, 
&  qu’ils  ignorent  la  caufe  de  ces  érup¬ 
tions.  On  peut  voir  parmi  les  cachec¬ 
tiques  &  les  lépreux  un  grand  nombre 
d’autres  maladies  occafionnées  par  les 
infeûes. 

On  tire  les  cirons  avec  la  pointe 
d’une  aiguille ,  &  l’on  baffine  la  partie^ 
X  iv. 


4În  Classe  L  riceû 
avec  du  vin  ou  du  vinaigre  dans  lêqueE 
on  a  fait  diffoudre  un  peu  de  nitre , 
ou  de  fel  marin ,  ou  bien  on  /e  ferî 
d’une  leffive  de  cendre  ordinaire.  On 
applique  enfuiîe  deffus  un  onguent 
amer  compofé  avec  de  l’abfynthe  ,  la; 
tanaife ,  la  myrrhe ,  ou  l’aloès ,  &  fi  le 
mal  efi:  opiniâtre  ,  on  y  joint  une  di* 
xieme  partie  de  mercure. 

5.  Bourgeons.  Pfjdracia  achne  Aitily 
Achna;  Vari  Sennerti ,  üh.  6.  cap,  23^ 
Jomhos  en  Grec.  L. 

'  Les  bourgeons  du  vifage  y  fi  l’on  en 
croit  Sennert ,  ont  beaucoup  de  rap¬ 
port  avec  les  éruptions.  On  appelle 
ainfi  de  petites  tumeurs  rouges ,  dures,, 
opini|tres  ,  qui  fuppurent  rarement ,, 
^li  ne  caufent  ni  douleur ,  ni  déman- 
geaifon &  qui  défigurent  feulement  le 
ti'ifage.  Ils  different  effentiellement  des; 
tubercules  du  front,  dont  j’ai  parlé  aux 
articles  de  la  goutte-rofe  vérolique,. 
de  même  que  de  la  lepre ,  qui  fe  ma- 
nifeffe  par  renrouement ,  l’enflüre  du. 
vifage ,  &  par  des  tubercules  rongeSi 

On  les  attribue  à  l’ufage  des  alimens. 
greffiers.  Il  y  a  des  enfans  qui  les  con- 
fervent  jufqu’à  l’âge  d’adblefcence ,  &Ç 
oui  n’en  ont  plus  dans  la  fuiîe^ 


E  L  £  V  U  R  E  S.  Eruption.  48  9 

Jé  laiffe  à  décider  s’ils  appartiennent 
à  la  goutte -rofe ,  de  même  que  ceux  des 
perlonnes  adonnées  au  vin.  On  peut 
voir  pour  les  remedes  qui  leur  con¬ 
viennent,  Sennert  ,  cap.  aj.  Lib.  J, 
pag.  ,.  _ 

6.  Eruption  diurne.  Pfydracia  diuma. 

Journal  de  Méd.  Nov.  lySG.L. 

On  a  vu  une  femme  ,  qui  depuis 
l’enfance  jufqu’à  l’âge  de  vingt-quatre 
ans ,  étoit  fujette  à  des  taches  rouges  , 
luifantes  ,  accompagnées  de  prurit  , 
d’une  chaleur  âcre  ,  d’une  tumeur  fu- 
perficielle  ,  qui  après  un  certain  temps 
avoit  un  pouce  d’étendue.  Ces  taches 
fe  répandoient  le  matin  fur  tout  le 
corps,  Ô£  difparoiffoient  le  foir. 

X.  Echauboulûre  ^  Rydroa, 

On  appelle  ainfi  des  exanthèmes  de 
ïa  groffeur  d’un  grain-  de  millet ,  qui 
paroHfenf  tout  à  coup  fur  la  peau.  Les 
puftules  font  confluentes  .,  paflageres, 
•détachées  &  phlyûénoïdes. 

I ,  Echauboulure  ou  échaubouillure. 
Les.'  Languedociens  les  appellent 
hroul\  ébullition  de-  fang.  Sennert ,  hy~ 
droa  fudamen  fiidaminçt ,ies .  Grecs^ 
ecjefmata  &  idroa.  X  v 


490  Classe  î.  Vices:  '  ' 

Ces  exanthèmes  viennent  au  do's' 
à  la  poitrine  ,  aux  bras ,  &  plus  fou- 
vent  aux  jambes.  Ils  font  nombreux  , 
rouges  ,  poignans  &  très-dculoureux. 
Les  jeunes  gens  &  les  perfonnes  d’un 
tempérament  chaud  ,  y  font  fort  fu- 
jets  ,  fur-tout  en  été. 

Cette  affeâion  demande  un  régime 
rafraîchiffant ,  &  elle  fe  guérit  d’elle- 
même.  On  peut  cependant  baffiner 
les  exanthèmes  avec  de  l’eau  de  rofe 
oude  planîin,  dans  laquelle  on  a  fait 
diffoudre  un  ou  deux  grains  de  cam¬ 
phre.  Ils  codent  auffi  aux  bains  domef- 
tiques ,  fouvenî  auiîi  ils  ne  deviennent 
que  plus  nombreux.  Ces  pullules  fe 
deffechenî  enfin,  &  tombent. 

2.  Hvdroa  alha.  Echauboulure  blan¬ 
che.  B. 

La  peau  efi;  fujette  en  été  à  des 
échauboulures  pareilles  aux  premières; 
elles  font  de  même  couleur  que  la 
peau ,  tranfparentes ,  véficuîaires ,  de 
la  groffeur  d’un  grain  de  millet,  poi¬ 
gnantes  J  pleines  de  férofité  ,  pâfla- 
geres ,  &  ferablables  aux  miliaires. 

Le  froid,  lorfqu’il  efi;  fubit,  irrite  aufli 
la  peau ,  &  fait  naître  fous  l’épiderme 
#e  petites  veflies  moindres  qu’un  grma 


EievurèS.  Echduboulures.  491 
de  imilet.  Les  François  appellent  la 
peau  qui  eft  dans  cet  état  ,  peau  de 
poule. 

-  3 .  Echauboulure  fympîomatique  ; 
hydroa  Jÿmptomatica.  B. 

C’eft  un  affemblage  de  piiftules  rou¬ 
ges  ,  avec  démangeaifon  ,  qui  fortenC 
avec  la  fueur  dans  plufieurs  maladies, 
comme  dans  la  rachialgie  végétale  ; 
cette  fueur  fent  alors  l’acide. 


ORDRE  TROISIEME. 

P  H  Y  M  A  TA. 

L  E  S  Phyma  ,  auxquels  on  donne 
vulgairement  le  nom  de  tumeurs.^  {ont 
des  protubérances  notables  ,  fouvent 
feules ,  occalionnées  par  une  Bagna- 
tion  des  fluides  dans  les  plus  petits 
vaifleaux.  Ils  different  des  taches  ôc 
des  exanthèmes ,  qui  n’ont  que  peu  ou 
point  de  relief,  mais  plutôt  de  la  ru- 
defle ,  à  caufe  des  inégalités  de  la  peau; 
des  kyjîes ,  qui  font  formés  par  un 
amas  de  fluide  dans  les  gros  vaifleaux, 
d’ou  vient  leur  fluftuation  ;  des  excroij^ 
fancesy  dans  lefquelles  les  chairs  font 


492:  Classe  I.  Vices.. 

auÆ  dures  que  les  os;  des  dejcentes--,. 
qui  font  caufees  par  le  déplacement 
des  parties  folides.  Les  Galéniftes  ont 
mis  mai  à  propos  toutes  les  protubé¬ 
rances  au  rang  des  phyma  ,  .  çonr  fe 
conformer  à  la  divifion  qu’ils  ont  faite.' 
des  humeurs  ,  auxquels  iis  attribuoient 
les  différentes  efpeces  des  tumeurs 
d’oii  vient  qu’ils  en  ont  exclu  l’em- 
phyfeme ,  parce  qu’ils  n’ont  pu  rap¬ 
porter  l’air  à  la  pituite,  à  la  bile , .à  la; 
mélancolie ,  ni  au  fang. 

Les  phyma  fe  terminent  par  réfo- 
lution  ,  defquamation ,  décprtieation , , 
fuppuration ,  induration,  gangrené  ,  ou? 
ramoliiflémenî.- 

-  La  meilleure  terminaifon  lorfque- 
la  matière  morbifique  n’eft  point  ve- 
nimeufe  ,  eff  la  rifolution  ; ,  lorfqii’elle? 
l’eff  ,  c’eft  la  fuppuration  <y^  l’efchare,;. 
que  l’on  excite  par  le  moyen  du  feu  ,, 
ce  qui  eff  une  efpece  de  fphacele  fec- 
La  defquamation  a  lieu  à  l’égard  de 
plufieurs  exanthèmes ,  tels  que  la  rou¬ 
geole  ,  la  dartre,- La  cm4r^,vqui  eff  une' 
ffippuration  dtfféchée,  dans  les  affec- 
rions  accompagnées  de  puffules,  com¬ 
me  la  petite  vérole ,  la  teigne  ;  la  décor^: 
ücation.  dans  i’éryfipele  ,  la  rouge iir  dUv 
vriage,  &c. 


Phym^A.  EryJîpsLè.  49'^ 

Xr.  Ery&ifele  y.Erytkema» 

L’Eryfipele  eft  urre  maladie  dange*- 
feufe  ^accompagnée  dr’une  fievre  aiguë^- 
au  lieu  que  'C&îyth&ma.vit^  accompagné; 
d’aucune  fîevre  ni  d’aucun  fymptome- 
notabie.  C’eft  une  tumeur  fuperficielle  ^ 
folitaire  ,  étendue  ,  d’un  rouge  cou¬ 
leur  de  rofe qui  difparoît  quand  oa 
îapreffe  avec  le  doigt,  unie,  à  moins 
que  les  phlyâenes  ne  la  rendent  iné-- 
gale  accompagnée  d’une  chaleur  âcre 
&  brûlante  ,  &  de  démangeaifon  ,  qui 
ne  tend  point  d’elle-même  à  luppu- 
mtion  ,  mais  à  la  féparation  de  l’épi^ 
derme.. 

I .  Eryfipele  commun ,  crythcma  fpon^ 
tanmm.  B. 

C’eilune  tumeur  éryfipélateufe  occa-* 
fîonnée  par  une  caufe  interne.  Il  différé 
de  la  dartre ,  en  ce  qu’il  eff  paflager^  au 
lieu  que  celle-ci  efl  opiniâtre  ;  qu’il  eft 
uniforme,  au  lieu  que  la  dartre  eft  cou¬ 
verte  de  boutons  ou  de  puftules  rouges. 
Il  fe.  manifefte  fouvent  en  forme  de 
erife  à  l’occafion  d’un  froid  léger  ,  au 
quel  la  chaleur  fuccede  ;  il  eft  de  la  lar¬ 
geur  ,  environ  d’un,  écu  ou  il 


■494  •  C  L  A  s  s  E  I.  Vices» 
autour  des  plaies.  II  eft  caufé  par  une 
matière  âcre ,  un  fang  fluide ,  ou ,  com¬ 
me  on  dit,  bilieux,  qui  s’amaflè  dans 
les  vaiffeaux  réticulaires  de  la  peau ,  & 
jamais  dans  les  glandes.  De  là  vient 
que  la  rougeur  difparoît ,  lorfqu^on 
preffe  la  partie  avec  le  doigt,  &  qu’elle 
revient  dès  que  la  prefllon  celle ,  ce‘ 
qui  marque  qu’il  n’y  a  aucune  Hagna- 
tion  de  fang.  Toutes  les  membranes 
du  corps  ont  leurs  vaiffeaux  capillaires 
difpofés  en  forme  de  réfeau  ,  &  ce 
réfeau  eft  le  fiege  de  l’éryfipele  ,  ou 
cutané  ou  intérieur.  La  matière  du  der¬ 
nier  eft  d’autant  plus  mauvaife  qu’elle 
a  plus  d’acrimonie  ;  fi  la  férofité  acri- 
monieufe  s’épanche  fous  l’épiderme, 
il  furvient  une  phlyâene ,  qui  fe  déta¬ 
che  par  croûte  en  fe  defféchant ,  ce 
qui  forme  un  éryfipele  cruftacé. 

Hippocrate  emploie  le  mot  cTcrythema 
dans  les  coaques  &  les  épidémiques  , 
pour  défîgner  toute  rougeur  éryfipéla- 
teufe.  Celle  qui  vient  autour  du  nez, 
indique  ,  félon  lui ,  un  flux  de  ventre 
abondant.  Duret  rend  ce  mot  par  fuf- 
fiifion  éryfipélaîeufe. 

•  La  nature  guérit  fouvent  toute  feule 
«ette  efpece,  d’éryfîpele,  La  matière 


P  H  Y  M  A.  Eryppde,  ^ 

tcre  ,  réfoute  par  la  chaleur ,  s’évacue 
par  la  perfpiration  ;  ia  partie  h  plus 
épaiffe's’en  va  lorfque  la  peau  sMcailie. 
Il  eft  donc  du  devoir  du  Médecin  ,  de 
favoriler  cette  excrétion  ,  de  l’aider  , 
en  commençant  par  les  remedes  géné¬ 
raux  ,  tels  que  la  faignée  &  les  cathar¬ 
tiques.  Il  arrive  fouvent  que  le  fang 
qu’on  tire  au  malade  fe  ége  dans  la 
palette ,  &  cela  eft  très-fréquent  dans 
le  phlegmon  ;  le  plus  fouvent  encore  un 
caillot  jaunâtre  &féreux  fumage.  L’éry- 
fipele  affede  plus  fouvent  le  vifage  que 
les  autres  parties.  Il  faut  s’abftenir  des 
répercuffifs  froids  ;  les  fubftances  âcres 
&  chaudes  augmentent  la  douleur  & 
l’ardeur  ;  les  liquides ,  quoique  tiedes 
au  commencement  ,  fe  refroidilTent 
en  peu  de  temps,  &  peuvent  devenir 
nuifibles  ,  de  forte  qu’il  vaut  mieux 
Tenoncer  aux  topiques. On  peut  cepen¬ 
dant  appliqner  fur  la  partie  un  linge 
trempé  dans  une  décodion  de  fleurs 
de  fureau  &  d’eau ,  ou  dans  du  vin 
trempé.  Les  potiojîs  délayantes  &  dia- 
■phorétiques  facilitent  la  perfpiration, 
pourvu  qu’elles  n’ayent  aucune:  âcre  té. 
L’épiderme  fe  détache  par  lambeaux  au 
bout  de  quelques  jours,  &  i’éryiçeli^ 


4^6  C  L  A  s  s  É  1,  F'kef:^ 
fe  guérit.  Foyei  touchant  i’éry{îpele' 
ce  que  i’en  dis  à  la  claffe  dés  nialadies'- 
indammatoires  exanthémateufey. 

Z.  Brûlure.  Êrytiiema.  ambufio.  Heif- 
ter.  Chinirg.  lib.  4.  cap.  16. 

Tous  les  fluides  bouillants,  les  folir 
des  que  Bon  a  fait  rougir  ou  chauffer  h 
un  certain  degré,  le  feu ,  le  foleil  même, 
îorfqu’ii  eil  au  méridien ,  &  qu’on  aug¬ 
mente  fa  force  avec  une  loupe  ou  un 
miroir  ardent,  brûlent  félon  leur  degré- 
de  chaleur  ëc leur  durée;  &  felou  que 
là  partie  eft  plus  au  moins  fenfible ,  il  en 
réfulte  divers  phénomènes ,  comme 
une  brûlure ,  une  efchare ,  un  ulcéré  , 
un  fphacele  ,  &e. 

'  Cet  éryfipele  différé  du  commun, 
©n  ce  qu’il  eft  caufé  par  un  principe 
évident ,  favoir  par  l’application  d’un 
corps  brûlant..Les  particules  ignées  qui 
s’infinuent  dans  la  peau  ,,  enflamment 
lé  fang  ,  raréflentlà  lymphe  ;  de  Jà  lés 
phlyâenes ,.  les  empailles ,  la  rougeur 
excelSve  de  la  peau ,  la  douleur  aiguë  , 
lés  tumeurs  étendues.- 

Comme  les  particules  ignéesL  s’at- 
tachentplus  fortement  aux  corps  froids 
&  idenfés ,  qu’à  ceux  qui  fant  chau'dà 
^  raréfiés-^  on.  foulage:  ia:  partie,  en 


P  •  Y  M  A.  Eryfipete,  4'’y7 
fexpofant  à  un  air  froid.  Godefroy  veut 
qu’on  trempe  la  partie  dans  l’eau  froide 
à  différentes  reprifes ,  &  qu’après  que 
la  douleur  efr  appaifée  ,  on  applique 
deffus  un  Uniment  fait  avec  de  la  cerufe,. 
de  l’huile  &  du  blanc  de  baleine.  Lorf- 
qu’il  n’y  a  point  d’excoriation  ,  je  me 
fers  de  vin  tiede  pur  ou  trempé ,  ou  de 
fuc  d’oignon  ,  ou  d^encre ,,  ou  de  fubf- 
tances  huiîeufes  ,  par  exemple  y  d’huile 
battue  avec  de  l’eau ,  jufqu’à  ce  qu’elle 
ait  acquis  une  certaine  confiftanee.  lî 
ne  faut  point  percer  les  phlycfeneSs, 
on  rendroit  la  douleur  beaucoup  plus 
vive;  &  au  cas  qu’elles  s’ouvrent  d’elles- 
mêmes,  on  ne  doit  appliquer  deffus  que 
des  émolliens ,  tels  que  le  blanc  d’œuf 
battu  avec  de  l’huile  d’olive,  de  lin  ou 
d’amande  douce ,  la  pulpe  d’une  pom¬ 
me  cuite, la  bouillie  d’orge,  de  riz,  &c. 

Au  cas  qu’il  y  ait  un  ulcéré  ou  une 
efchare  ,  confultez  la  clafle  des  ulcérés 
&  du  fphacele.  Lorfque  la  brûlure  eÆ 
confidérabîe  &  fort  étendue ,  il  con¬ 
vient  d’ufer  d’alimens  légers  &  rafraî- 
chiffans,  de  potions  dans  lefqueiles 
on  aura- délayé  de  l’efpritde  fel,  indé¬ 
pendamment  des  narcotiques  ,  de  la 
^gnéej  &  des  autres  précaïuions  ufl- 


^49^  Classe  I.  Viast 
tées  en  pareil  cas ,  lorfque  la  vië^  du 
malade  eft  en  danger.  Lorfque  la  brû¬ 
lure  alFede  les  yeux ,  elle  peut  priver 
de  la  vue  de  plufieurs  façons  ;  fi  c’efl;  le 
eou ,  elle  peut  rendre  la  tête  immobile. 
La  brûlure  caufée  par  l’huile  bouillante, 
la  chaux  vive ,  par  des  métaux  fondus , 
efi:  infiniment  plus  dangereufe  que  celle 
de  la  paille ,  du  chaume  ,  de  l’efprit  de 
vin,  &c. 

Enfin ,  le  danger  de  la  brûlure  eft 
proportionné,  à  l’intenfité  de  la 
chaleur  ;  à  la  grofieur  &  à  la  dignité 
de  la  partie  affedée  ;  3^.  au  temps  pen¬ 
dant  lequel  le  feu  a  été  appliqué.  L’in¬ 
tenfité  de  la  chaleur  eft  d’autant  plus 
grande ,  que  le  corps  brûlant  eft  plus 
denfe  &  plus  échauffé,  &  la  durée  de 
l’aâion  du  feu  d’autant  plus  confidéra- 
ble  ,  que  le  corps  ardent ,  par  exem¬ 
ple  ,  l’huile  bouillante  ,  eft  reftée  plus 
long- temps  attachée  à  la  partie. 

3.  Feu  volage.  Erythema  volaticum; 
maculai  volaticac  S&nneri  ;  Æjlus  volatil 
eus.  Eft-ce  le  der  ilug  de  Gabdchovtr?  L. 

Les  enfans  à  la  mammelle  ont  fou- 
vent  au  vifage  des  éryfipeles  opiniâtres 
rouges,  uniformes,  circulaires,  de  la 
grandeur  d’une  petite  pie  ce  de  monnoie. 


P  H  Ÿ  M  Â.  EryjipcU.  49^ 
kfqueîs  fe  fixent  autour  des  joues  , 
des  levres.  J’ai  fouvent  vu  au  milieu  de 
ia  tache  une  ouverture  feche  &  noi¬ 
râtre. 

Lorfque  ces  taches  fe  couvrent  de 
croûte ,  difierent-elies  de  la  croûte  de 
fait  ?  Sennert  avoue  n’en  auoir  jamais 
vu,  &  il  tient  pour  mortelles  celles 
qui  viennent  autour  de  la  bouche  ,  des 
yeux,  des  oreilles;  mais  Verduc  prouve 
clairement  que  cela  efl  faux.  Nous  n’a¬ 
vons  point  encore  d’hifioire  exaôe 
de  cette  maladie.  Lorfqu’elle  n’efi:  ac¬ 
compagnée  ni  de  chaleur  ni  de  rougeur, 
c’efi:  une^gouîte- rofe.  Celles  que  j’ai 
vues  n’avoient  point  de  croûte ,  &  par 
conféquent  elles  diftéroient  de  la  croûte 
de  lait. 

4.  Engelure ,  mule  aux  talons.  Erytke^ 
ma psrnio.h.  On  appelle  ainfi  une  enflure 
rouge  ,  unie  ,  prurigineufe  ,  opiniâtre 
qui  vient  fur-tout  en  hiver  aux  extré¬ 
mités  ,  comme  aux  mains  ,  aux  pieds  : 
elle  eft  accompagnée  de  chaleur  ,  quel¬ 
quefois  d’excoriation  ,  &  elle  ne  fe 
termine  ni  par  fuppuration  ,  ni  par 
defquamation.  Quant  à  l’engelure  du 
nez,  voyez  Bïblioth,  med.  Mangea ,  r.J» 

pag.  4^2. 


50ô  C  L  A  s  S  È.  ï.  Ÿîc&f. 

Elle  entretenue  par  Facrîmoaiè 
du  làng,.  &  elle  eü  excitée  par  la  cha¬ 
leur  lubite  que  l’on,  proeure  aux  pieds^ 
&  aux  mains  lorfqü’il  fait  froid  càf 
les  parties  caie  l’on  chauffe  par  degrés- 
font  moins,  fujettes  aux  engelures,  La 
matière  âcre  ,  dont  la  perfpiration  a  été 
interceptée ,  ocrafionne  la  rougeur,  la 
chaleur  &:  la  démangeaifon  que  l’on  ref- 
fent,  &  cette  derniere  augmente  par  la 
chaleur  du  lit. 

Lorfque  les  engelures  ne  font  point 
ouvertes  ,  on  les  guérit,  parfaitement^, 
en  arrofant  fréquemment  la  partie  avec 
de  l’efprit  de  fel  qui  détruit  racrimo^ 
nie  alcaline  de  la  matière  morbifique  5. 
mais  lorfqu’elles  font  excoriées ,  il  faut 
appliquer  deffus  un  emplâtre  mucila- 
gineux.  On  peut  fiibllituer  à  Eefprit  de 
lel  la  foluîion  d’alun ,  tes  fomentations- 
aromatiques  faites  avec  dirvin  rouge, 
les  afiringens  toniques,  la  décoélion 
de  baies  de  genievre  ,de  châtaigne, 

Il  y  a  plufieurs  Médecins  qui  confeil- 
lent  d’appliquer  for  l’engelure  une  rave 
cuite ,  une  peau  de  lievre  ,  de  la  neige,, 
-de  la  faumure.  Koye^  Tiffot  ,  Avis  a» 
Peuple ,  ch.  X XX.  n.  462 

5.  Érythema  intertrigo,  Ecorchurq^ 
éryfipélateufe.  L. 


P  H  Y  M  Â.  EryJipeU^  fot 
C’efl:  une  rougeur  qui  vient  aux  cuif- 
ies  &  au  périné  des  enfans ,  &  qui  eft 
occailonnée  par  i’ürine  dont  leurs  lan¬ 
ges  font  teints;  les  enfans  à  la  mamelle 
y  font  très-dlijets,  elle  leur  caufe  des 
inquiétudes  &  des  infomnies ,  &  elle 
efl  fouvent  accompagnée  d’excoriation 
dans  les  plis  que  forment  les  parties. 

On  la  guérit  en  répandant  dèffus 
deux  fois  par  jour  de  ta  cérufe  en  pou¬ 
dre  d’autres  y  appliquent  de  la  ver¬ 
moulure  de  laule  carié  ;  mais  il  faut 
outre  cela  tenir  les  langes  bien  nets, 
les  mettre  fouvent  à  la  leffive ,  &  les^ 
bien  rinfer  dans  l’eau  pour  empêcher 
qu’ils  ne  les  blelTent. 

<j.  Eryt%.ma  parattima  ,  paratrima 
Græcis.  B. 

C’eil  une  rougeur  qui  vient  au  der¬ 
rière.  de  ceux  qui  vont  à  cheval ,  aux 
pieds  des  voyageurs ,  aux  mains  des 
ouvriers, au  dos  des  malades,  laquelle 
efl:  caufée  par  la  contufîon  ou  la  com- 
preffion  continuelle  des  parties  :  elles 
s’excorient ,  elles  deviennent  doulou- 
reufes ,  elles  s’attachent  aux  hardes  &  au 
linge ,  &  lorfqu’on  vient  à  changer  de 
fituation  on  fent  des  douleurs  violentes 
^coccyx;  cette  rougeur  devient  queir 


çoi  Classe  î.  Vices: 
quefois  livide ,  &  eft  fuivie  de  la  gan¬ 
grené.  Cette  efpece  eft  paffagere ,  & 
elle  fe  dilîîpe  dès  que  le  principe  pro- 
catartique  eft  ôté ,  à  moins  qu’elle  ne 
dépende  d’un  principe  interne,  &  alors 
il  furvient  une  gangrené  feche ,  qu’on 
rend  fouvent  mortelle  par  un  mauvais 
traitement ,  plutôt  que  par  i’omilîion 
des  remedes. 

On  guérit  l’&orchure  fuperficielle 
des  pieds  de  ceux  qui  voyagent ,  en 
appliquant  deffus  des  feuilles  d’aune 
vertes,  &  en  cas  d’excoriation,  du 
fuif  fondu. 

Quant  à  celle  du  coccyx  ,  on  la  fait 
ceffer ,  en  mettant  des  oreillers  fous 
les  reins  &  les  cuiffes  du  Malade,  & 
en  balEnant  la  partie  avec  une  décoc¬ 
tion  de  feuilles  de  rofes  de  provins, 
dans  du  vin,  avec  de  l’eau-de-vie  cam¬ 
phrée,  &c. 

7.  Eryfipele  gangreneufe  ;  Erythema, 
gangrcenofum.  D.  Quefnay ,  de  la  gan¬ 
grené  ;  A. 

Cette  efpece  eft  d’un  rouge  moins 
vif ,  qui  dégénéré  promptement  en 
lividité  ;  il  fe  forme  autour  de  la  partie 
gangrénée  un  cercle  de  couleur  rouge  , 
qui  eft  l’avant- coureur  de  le  gangrené; 


P  H  y  M  A.  EryjipcU.  503 
la  partie  n’eft  point  tuméfiée  &  ne  tend 
pas  à  la  fuppuration  ;  quoiqu’un  peu 
ferme  ,  elle  conferve  l’impreffion  du 
doigt ,  fi  on  la  prefie.Les  plaies  d’armes 
à  feu ,  les  plaies  contufes  font  fujettes 
à  cette  efpece  d’éryfipele  ;  elle  attaque 
aufli  des  parties  où  il  n’y  a  point  de 
plaie  ;  elle  n’efi:  au  refie  accompagnée 
ni  de  tenfion ,  ni  de  chaleur  confidé- 
rable;  fa  cure  efi  la  même  que  celle  de 
la  gangrené  dont  efie  efi  un  fymptome. 
D.  Quefnay  de.  la  Gangrené  ,  pag.  40 , 
3 ai  ,  333.  elle  furvient  aulfi  quelque¬ 
fois  aux  piqûres  venimeufes. 

8.  Feux  du  vifage.  Erythema  volans 
Tulpii,  lib.  3.  obferv.  c^y.  B. 

Cet  accident  paffager  accompagne 
fouvent  l’affeâion  hyfiérique  &  la  fup- 
prefîion  des  réglés.  C’efi  une  rougeur, 
accompagnée  de  chaleur,  qui,  de  temps 
en  temps  ,  s’élève  fubitement  depuis 
la  poitrine  jufqu’au  vifage ,  &  difparoît 
peu  de  temps  après  ;  elle  excite  quel¬ 
quefois  une  légère  fueur  accompagnée 
de  vertige. 

9.  Eryfipele  occafionné  par  une 
piqûre.  Erythema  à  punUurd.  B. 

Les  piqûres  venimeufes ,  telles  que 
celles  des  abeilles ,  des  guêpes ,  det 


504  Classe  I.  Vlm: 

confins  ,  des  frelons ,  &:c.  font  naitm 
une  efpece  à'érjûpele  ,  fur-tout  aux 
paupières  &  aux  autres  parties  de  la 
face.  Si  ces  parties  ont  été  piquées, 
le  fuc  venimeux  infinué  dans  la  plaie  paf 
l’aiguillon  fiftuleux  de  ces  infeéles 
fait  élever  une  tumeur  rouge,  unie, 
fuperficielle  ,  tachetée  avec  un  grand 
nombre  de  pullules ,  qui  excitent  des 
douleurs  aigues ,  la  fievre ,  l’infomnie  , 
îa  convulfîon  ;  ces  fymptomes  ne  font 
pas  mortels ,  ils  difparoiffent  en  peu 
de  jours. 

M.  de  Rèaumur  qui  a  éprouvé  diffé- 
rens  remedes  contre  ces  fortes  de 
piqûres ,  prétend  qu’il  n’y  en  a  pas  de 
meilleur ,  enie  de  baiîiner  la  partie  affec¬ 
tée  avec  de  l’eau  froide ,  qu’on  renou¬ 
velle  continuellement. 

M.  Tijfot ,  Avis  au  Peuple ,  /z.  2^4 
confeiiie  1°.  de  retirer  d’abord  l’aiguil¬ 
lon  de  l’animal ,  s’il  ell  relié  ;  2°.  d’ap¬ 
pliquer  fur  la  partie  du  fuc  de  cerfeuil , 
de  perfil ,  ou  de  l’herbe  à  Robert ,  ou 
d’y  appliquer  des  flanelles  trempées 
dans  l’infiifion  îiede  de  fleurs  de  fureau , 
dans  laquelle  on  peut  délayer  un  peu 
de  thériaque  ;  ou  de  couvrir  le  mal 
aveo  un  cataplafme  de  inie_  de  pain , 


P  H  Y  M  A.  Eryjlpeh.  505 

de  lait ,  de  miel  èc  d’un  peu  de  thé¬ 
riaque  ;  3°.  de  faire  prendre  quelques 
hains  de  jambes  ;  4"?.  de  faire  boire  de 
l’inflifion  de  fleurs  de  fureau  nitrée. 
Les  Payfans  emploient  en  forme  de 
cataplafme  les  trois  premières  herbes 
qu’ils  rencontrent ,  de  quelque  efpece 
qu’elles  foient, 

XII.  Œdeme  ,  Infil  tra  tion  , 
Enflure  ,  Œdema, 

On  appelle  ainfi  une  tumeur  éten¬ 
due  ,  froide  ,  pâle ,  molle ,  indolente  , 
occafionnée  par  un  épanchement  de 
férofité  dans  le  tiflu  cellulaire ,  à  caufe 
de  fon  défaut  de  circulation  dans  les 
vaiffeaux  lymphatiques. 

I .  (Edeme  commun ,  œdématié  ,  in¬ 
filtration,  œdema  jlaccidum.  L. 

Cette  efpece  conferve  quelque 
temps  l’impreflion  du  doigt,  ce  qui 
prouve  qu’elle  eft  caufée ,  non-feule¬ 
ment  par  un  amas  de  lymphe  dans  le 
tiflu  cellulaire ,  mais  encore  par  le  re¬ 
lâchement  des  parties  fibreufes ,  que 
la  lymphe  humefte  &  dont  elles  s’im¬ 
bibent ,  ce  qui  détruit  leur  élaflicité, 
les  rend  molles  &  prefque  infenfibles. 

Tome  L  Y 


5o6  ChhSS-E  l.  Victs. 

Lorfque  cette  tumeur  œdémateufe 
afFefte  les  pieds,  les  jambes,  les  cüiffes, 
ou  un  grand  nombre  de  parfies  à  la 
fois,  on  appelle  cette  maladie  œdémaâc; 
&  fi  elle  affefte  généralement  tout  le 
corps,  anafarque.  Ce  fymptome  accom¬ 
pagne  fouvent  l’hydropifie  de  bas- 
ventre  ,  de  poitrine  ,  la  cachexie,  la 
chlorofe ,  l’empyeme ,  la  phthifîe  invé¬ 
térée  ,  la  groiTéüe  &  lès  autres  mala¬ 
dies  chroniques.  V'oye:^  pour  ce  qui 
concerne  l’anafarque ,  la  ciafle  des  ma¬ 
ladies  cacheéfiques. 

a.  La  criftalline  ,  œd^ma  crifiallU 
num.  C.  _ 

C’efi  une  tumeur  œdémateufe  de  la 
verge  &  des  parties  génitales ,  caufée 
par  un  virus  vérolique  elle  demande 
le  même  traitement  que  la  vérole. 
Voyez  ci-deflbus  le  mot  hydrouk,  ^ 
l’article  de  Vofchloncek,  La  crifialline 
attaque  le  plus  fouvent  le  prépuce ,  qui 
s’enfle  &  devient  tranlparent  comme 
du  criftal.  Voyez  Cockbum^  lihr.  de 
Gonorrhæa  ;  eft-ce  la  carie  Ant.  Mufee? 
Efi-ce  le  taroli  des  Italiens  ?  Voyez  la 
cure  dans  Cockbum ,  cap.  S. 

3.  Œdema  periojîœi ,  Petit  ,  maladies 
des  os,  des  Jignes  de  l^exofiofi  ,  pag, 

438.  r.  5..  c. 


Phyma.  Œ.d&me.  Enjhire,  “507 

Lorque  la  tumeur  qui  afFeâe  les 
parties  a  la  même  couleur  que  la  peau  ^ 
qu’elle  eft  indolente ,  ou  prefque  in¬ 
dolente  ,  circonfcrite  ,  foiitaire  ,  ôc 
qu’elle  eft  immédiatement  Ctuée  fur 
les  os ,  comme  dans  la  partie  antérieure 
du  tibia ,  on  juge  que  c’efl:  un  œdeme 
du  période ,  lors  mr-tout  que  la  peau 
vacille  &  remue ,  &  qu’elle  ne  retient 
point  la  marque  du  doigt  lorfqu’on  la 
preffe  ;  mais  lorfque  la  preffion  ed  for¬ 
te  ,  l’impredion  paroît  audi-tôt ,  elle 
fe  manifede  peu  au-dehors ,  mais  on 
fent  au  tad  la  dépredion  du  période. 

4.  (Edema  fcrpintina. ,  que  les  Pro¬ 
vençaux  appellent  f&rpmtim ,  ed  un 
cedeme  qui  vient  aux  pieds  des  enfans 
qui  naident  ;  mais  j’ignore  l’étymologie 
de  ce  mot.  On  la  guérit  en  appliquant 
des  linges  chauds  fiir  la  partie ,  &  en 
donnant  à  l’enfant  de  la  confedion 
d’hyacinthe.  On  ne  connoît  point  en¬ 
core  les  principes  de  cette  maladie. 

5.  Œdema  hyjlmcum  Sydenhami  ^ 
tpijt.  de.  hyjîeria  ;  Raulin ,  de  morbis  va- 
porojîs  ;  gondement  hydérique ,  L.  i^. 
il  affede  les  deux  jambes  ,  favoir  les 
péronés  ;  i°.  il  ne  defcend  ni  aux  pieds 
lü  aux  tarfes ,  &  ne  commence  point 


5oS  '  Classe  I.  Flces» 
par  euxjçommeie  gonflement  ordinaire* 
3  il  ne  conferve  point  l’impreffion  du 
doigt  ;  4°.  il  n’afFefte  que  les  hyftériques. 

6.  (Edema  variolofum.  Bouffifure.  A. 
C’efl:  une  tumeurœdémateufe  qui  af- 
feâe  le  vifage  &  les  paupières  dans  la 
petite  vérole  confluente ,  lorfque  le 
ptyalifme  cefîe  ,  &  qui  eft  fuivie  d’une 
tumeur  critique  aux  mains.  Cette  tu¬ 
meur  eft  fouvent  parfemée  de  pété'* 
chies  dans  la  petite  vérole  maligne, 
Foyci  au  fujet  de  l’oedeme  qui  fticçede 
à  la  rougeole  ,  le  mot  Phlegmatu. 

‘  y.  (Edema  laUeum.  Infiltration  laiteu- 
fe  ,  lait  répandu.  Voye^^  Us  Mémoires  de 
Çkimrgie  de  Paris ,  tom.  2.  C. 

Les  accouchées  &  les  femmes  en¬ 
ceintes  font  fujettes  à  cette  maladie  ; 
mais  les  dernieres  plus  rarement  que 
les  autres.  Elle  gonfle  le  tiffu  cellulaire; 
elle  eft  accomjpâgnée  de  douleur,  ÔC 
elle  affeâe  principalement  les  aines. 
Elle  fe  guérit  par  la  faignée ,  les  diu¬ 
rétiques  &  les  fomentations  réfoluti- 
ves.  Voyez  les  articles  de  la  douleur 
des  mamelles  &  de  la  fciatique  caufées 
par  le  lait, 

8.  (Edeme  urîneux.  (Edema  urinofum* 
Raulin ,  Objervations  de  Médecine 


Phyma.  ^icrm.  Emphyfime.  509 
i^c).  Cet  œdemeetoit  venu  à  la  fuite 
d’une  rétention  d’urine. 

9.  Œdema  puridentum.  <Edeme  puru* 
lent ,  Haller,  PhyJioLog.  lib.  /.  pag,  14 
&  164^  C. 

XI IL  Emphysème  ,  Bour^ 

SOUFFLURE  ,  Emphyfcma, 
L’emphyfeme  efl:  une  tumeur  fla- 
lueufe  ,  étendue ,  élaftique ,  de  même 
couleur  que  la  peau ,  qui ,  quand  on 
la  comprime  ,  fait  une  crépitation  com¬ 
me  le  parchemin  fec. 

Celui  qui  accompagne  les  plaies  de 
la  poitrine ,  ell:  caufé  par  l’air  qui  s’efl: 
infinué  dans  le  tiffu  cellulaire  de  la 
peau.  On  peut  aufli  l’exciter  par  art , 
en  foiifîlant  avec  un  foufflet  dans  le 
tilTu  cellulaire ,  ainfi  que  l’ont  fait  au¬ 
trefois  des  Bouchers  fur  le  corps  d’un 
foldat  ;  mais  ce  dernier  appartient  à  la 
Pneumatofe ,  de  même  que  l’emphy¬ 
feme  des  animaux  que  l’on  enferme 
dans  la  machine  pneumatique.  Haller 
expofe  dans  fa  Phy fiol.  lib.  8 .  fecî.  3 .  art. 
€.  les  maladies  dans  lefquelles  l’emphy¬ 
feme  peut  avoir  lieu.  Ces  maladies  font 
la  gangrené  ,  la  dyffenterie  des  bœufs, 
la  petite  vérole ,  le  rachitis ,  l’affeélion 


510  Classe  I.  Vius. 
hyftérlque  ,  le  fcorbut ,  la  firpprelTioiî 
des  lochies’,  &c.  &  le  plus  fouventles 
plaies  de  la  poitrine.  Voyez  la  Bouffi/. 
Jure  dans  la  dixième  claffe. 

I.  Emph.yfema  fpontancum.  Emphy- 
feme  fpontané.  C. 

Il  àiÈeïe  de  la  tympanite  &  du  mé- 
téorifme ,  en  ce  qu’il  a  fon  fiege  dans 
la  peau  ,  &:  que  l’air  elî:  enfermé  dans 
le  tîfîu  cellulaire.  L’air  fe  fépare  du 
fang ,  ou  par  un  mouvement  de  pu- 
tréfaâion ,  d’oti  vient ,  comme  l’ob- 
ferve  Pringlius ,  que  toutes  les  chairs 
qui  fe  corrompent  flottent  fur  l’eau'; 
ou  par  la  fermentation ,  qui  a  lieu  dans 
l’état  morbifique.  Voyez  les  Expérien¬ 
ces  de  Mrs.  Haies  &  Cotes,  de  dèrh 
pToduaione,  \ 

L’emphyfeme  te  guérit  par  la  def- 
truâion  ou  l’évacuation  de  l’air.  L’aiï 
fe  détruit  ou  perd  fon  élafticité  au- 
moyen  de  la  vapeur  qui  s’exhale  du 
corps  de  l’animal,  comme  le  prouvent 
les  expériences  de  Mayow  &;  de  Haies; 
de  maniéré  qu’il  fe  diflipe  par  la  feule 
chaleur  de  la  partie ,  à  moins  que  la 
caufe  qui  le  produit  ne  fubfîfte.  Rien 
n’efl:  meilleur  pour  hâter  fa  deftruftion 
que  les  fachets  remplis  d’herbes  &  de 


r 

I  Phyma.  Squirre.  5;ii 

femenees  aromatiques  &  carminatives, 
f  telles  que  le  fenouil,  l’aneth ,  le  cumin, 
[  l’abiynthe  ,  la  camomille  ,  le  laurier  , 

I  cuits  dans  du  vin  avec  de  la  fleur  de 

!  fureau.  Voyez  la  Pathologie  de  Verduc, 
à  l'article  ae  VEmphyfcmc ,  pag.  i^q. 
art.  6.  Voyez  aufli  la  Pneumatofe  à  l’ar¬ 
ticle  des  maladies  cachétiques  ;  la  dou¬ 
leur  des  mamelles ,  à  celui  des  mala^, 
dies  de  douleur ,  l’ofchéonceie  flatueu- 
fe,  ci-defîbus,  Sic. 

'XIV.  SqviRRE.^  Skirrus.  Scirrho 
fis  5  Ct^lii  A urelianL 

On  définit  ordinairement  le  fquirre 
une  tumeur  dure  ,  rénitente ,  indolen¬ 
te  ;  il  aiFeâe  le  foie  ou  la  rsîe  ;  mais 
_ cette  définition  efl  trop  générale,  & 
l’on  ne  doit  point  confondre  avec  le 
fquirre  les  écrouelles ,  les  bubons  ,  ni 
encore  moins  les  excroiffances  calleu- 
fes ,  dures  ,  offeufes  ,  les  verrues  ,  les 
efcharres,lesfclérifmes.  Je  réduirai  donc 
ce  genre  aux  efpeces  fuivantes,  laifiant 
à  ceux  qui  en  favent  plus  que  moi  à 
déterminer  plus  exaûement  les  autres. 

1 .  Squirre  au  foie.  Skirrus  hepatis.  C. 

Le  fquirre  a  lieu ,  à  ce  qu’on  pré- 
Y  iv 


512  Classe  I.  Fîces, 
tend ,  toutes  les  fois  que  l’on  fent  fous 
les  tégumens  de  l’hypocondre  droit 
une  réMance  plus  grande  qu  a  l’ordi¬ 
naire  ,  confiante  ,  avec  diminution  du 
fentiment ,  ou  fans  autre  douleur  que 
celle  que  caufentle  poids  &  l’augmen¬ 
tation  de  la  partie. 

Lorfque  la  rélîfiance  efi  petite ,  mais 
confiante  &  fans  douleur,  on  appelle 
la  maladie  ohjtniUion  du  foie ,  ou  fquirre 
imparfait.  Lorfqu’il  n’y  a  point  ^  tu¬ 
meur ,  mais  feulement  une  dureté ,  qui,, 
au  rapport  de  Bonnet,  a  fouvent  fieu,, 
quoique  le  volume  de  la  partie  dimi¬ 
nue  ;  on  l’appelle  fckrifma ,  tumeur  ré- 
nitente  ;  mais  lè  Médèdn  ne  peut  dif- 
tinguer  le  fquirre  des  vifceres  du  fcU- 
rifme  qu’après  que  le  cadavre  efi  ou¬ 
vert  ,  vu  qu’on  ignore  le  volume  des 
vifceres ,  &  qu’on  ne  peut  connoître 
au  tact  fi  la  dureté  affede  le  vifcere, 
ou  totalement,  ou  feulement  en  parties 

Ce  que  les  Anciens  nous  difent  de 
l’épaiflilTement  de  l’humeur  mélancolie 
que  &  pituiteufe  ,  efi  une  fable  &  une 
preuve  de  leur  ignorance  dans  la  Phy- 
fique.  Toutes  les  fois  que  j’ai  difféqué 
le  foie  ou  la  rate  des  fujets  morts  de 
phthifie,  que  l’on  avoit  foupçonné  être 


Phyma.  Squim.  513 
affeftés  d’un  fquirre  ,  à  caufe  de  leur 
dureté  ,  j’ai  feulement  trouvé  leurs 
chairs  plus  denfes  ,  ainfi  qu’il  arrive  à 
la  chair  de  cochon  falée  ,  ou  à  celle 
que  l’on  fait  fécher  à  la  fumée ,  &  leurs 
vifceres  n’étoient  point  enflés  ;  d’oii  il 
fuit  que  cette  dureté  peut  venir  de 
toute  autre  caufe  que  de  l’amas  ou  de 
la  congeftion  d’une  humeur  étrangère. 

Il  fuffit  pour  la  caufer ,  1  que  les  flui* 
des  contenus  dans  les  vaifleaux  s’épaif- 
liflent  &  deviennent  plus  vifqueux  ; 

que  les  vaifleaux  foient  plus  refler- 
rés  &  plus  nombreux ,  ou  que  les  flui¬ 
des  s’écoulent  du  vifcere  avec  plus  de 
lenteur  &  de  difficulté;  une  feule  de 
ces  caufes  fuffit  pour  endurcir  le  vif¬ 
cere. 

Le  foie  efl:  fouventaffefté  d’un  fquir-  . 
re  à  la  'fuite  de  l’hépatite ,  de  l’iftere  , 
de  la  fie vre  quarte ,  de  l’afcite ,  comme 
on  peut  le  voir  aux  articles  de  ces  ma¬ 
ladies.  Je  confidere  ici  le  fquirre  Am¬ 
ple  ,  non  point  comme  un  principe  des- 
maladies  ,  mais  comme  un  vice  ou  un 
fymptome  de  l’altération  des  qualités, 
dont  la  curation  efl  la  même  que  celle 
dit  fquirre  fuivant. 

a^Squirre  à  IdimiQ^  Shirruslienis»  Q 


^4  ClASSE  ï.  vices. 

li  conMe  dans  la  réfiftance  &  fou- 
vent  dans  l’enflure  de  la  région  hypo- 
condriaqüe  gauche  :  cette  tumeur  s’é¬ 
tend  quelquefois  au  long  &  au  large  ; 
elle  ne  caufe  d’autre  fenfation  que  celle 
d’une  pefanteur  incommode ,  qui  dure 
long-temps.  Lorfque  la  dureté  de  la 
région  de  la  rate  efl:  peu  confidérable, 
on  appelle  ce  vice  une  objimUion  de  la 
rate.  Elle  caufe  pour  l’ordinaire  diffé¬ 
rentes  maladies ,  telles  que  le  gonfle¬ 
ment  de  la  rate  ,  la  fievre  quarte ,  l’ic- 
tere  noir ,  l’afcite ,  la  cachexie ,  dont 
je  parierai  en  fon  lieu. 

11  efl;  diflicile  de  connoître  le  prin¬ 
cipe  du  fquirre  de  la  rate  &  du  foie. 
On  prétend  vulgairement  qu’il  efl:  oc- 
cafionné  par  un  fang  épais  ,  vifqueux 
&  plein  de  tartre ,  mais  cette  théorie 
efl:  fort  aventurée  ;  car  il  ne  ‘s’enfuit 
pas  de  ce  que  le  foie  efl:  plus  ferme 
que  la  rate  ^  &  celle-ci  plus  que  les 
poumons  &  le  cerveau ,  qu’il  s’amaffe 
des  humeurs  çralFes  &  vifqueufes  dans 
le  foie  ;  car  la  dureté  des  vifeeres  efl 
fouvent  occafionnée  par  leur  preflioa 
mutuelle  ,  fans  pour  cela  que  les  hu¬ 
meurs  foient  épaiflies.  C’eft  de  quoi  je 
traiterai  aux  articles  des  maladies  du 
foie  5  de  la  rate  du  bas-ventre. 


Phymâ.  Squirre.  515 

Littré  (^Hijioire  de  P  Académie  Royale, 
des  Sciences^  lyoo.  )  a  obfervé  une  rate 
fquirreufe,  dont  le  volume  n’étoit  pas 
augmenté  ;  mais  qui  étant  putréfiée  , 
ne  pefoit  qu’une  once  &  demie.  Il  ar¬ 
rive  cependant  plus  fouvent ,  que  le 
volume  de  la  rate  augmente  ,  fans  qua 
ce  vifeere  acquière  plus  de  dureté.  On 
a  vu  des  rates  qui  pefoient  plus  de  20  , 
&  même  plus  de  30  Hvres,  quoique 
ce  vifeere  ne  pefe  guere  en  état  de 
fanté,  qu’une  demi -livre.  Morgagni  ^ 
epifi.  XXXVI.  18. 

3 .  Loupe ,  glande ,  tumeur  ferophu- 
leufe  ,  fquirreufe.  Skirrus  lupia ,  Glan^ 
dula  Avicenri.  Lupia  Caflelii.  L. 

C’ell:  une  tumeur  dure ,  indolente  , 
folitaire ,  de  même  couleur  que  la  peau, 
&  qui  fe  forme  fous  elle  dans  différen¬ 
tes  parties  du  corps.  Elle  différé  des 
écrouelles ,  en  ce  qu’elle  eff  feule , 
qu’elle  groffit  peu  à  peu ,  &  qu’elle 
vient  aux  articles  des  genoux ,  des  m⬠
choires  ,  autour  de  la  tête  &  ailleurs. 
Elle  différé  des  excroiffances,  par  exem¬ 
ple  ,  du  farcome ,  parce  qu’elle  eff  eau- 
fée  par  un  amas  d’humeurs ,  &  non 
point  par  un  excès  de  nourriture  dans 
la  partie,  La  glande  différé  de  la  loupe. 


5i6  Classe  î. 
en  ce  {fu’elle  n’eft  point  enkyftée  ,  à 
moins  qu’elle  ne  devienne  telle  par  la 
fuite  ;  elle  dégénéré  quelquefois  en 
cancer.  Lorfqu/elle  eiî:  petite  on  lui 
donne  le  nom  de  glande  ^  &  elle  ne 
tend-  point  à  fuppuration.. 

XV.  FBLEGMon  y  Pklegm^nei, 

Le  phlegmon  efoune  tumeur  ronde  ^ 
dure  ,  accompagnée  de  rougeur ,  de 
chaleur  &  de  puifation  ,  qui  vient  d’el- 
le-même  à  fuppurâtion.  Ce  mot  vient 
de  phUgo ,  je  brûle ,  j’allume ,  j’enflam¬ 
me.  11.  différé  des  pullules  inflamma¬ 
toires  ,  par  exemple ,  de  la  petite  vé^ 
rôle ,  &c.  en  ce  que  la  tumeur  eft  feule: 
&  beaucoup  plus  greffe  da  bubon  ,, 
de  la  parotide  J  du  panaris  ,  de  l’oph- 
thalmie  parce  qu’il  n’a  point  de  fiege 
déterminé. 

11  eft  eaufé:  par  une  abondance  de 
fang  arrêté  &  accumulé  par  fluxion 
dans  les  vaa-ffeaux  de  la  partie  tumé- 
flée,  &  arrêté  dans  les  glandes  ou  la 
membrane  cellulaire  ;  car  fi  cet  engor¬ 
gement  fe  formoit  dans  les.  ramifica¬ 
tions  des  vaiffeaux  ,  la  tumeur  ne 
feroit  ni  ronde  ,  ni.  circonferite  ^ 


Phyma.  Fhhgmoït, 
mats  répandue  de  même  que  Pér^- 
pele.- 

I.  Phlegmon  dos  mamelles  ^  vulgai¬ 
rement  appellé Vojqtl  F  article  de. 
la  douleur  des  mamelles. 

a.  Phkgmone  oculi.  Plegmon  de  l’œiL 
Voyez  Ophthalmie  interne. 

-3.  Piegmone  tejlis ,  vulgairement  gO’- 
norrhée  tombée  dans  les  bourfes.  A. 

Elle  efl;  ainfi  appellée  du  principe 
auquel  elle  eil;  due.  Outre  les  remedes 
généraux,  tels  que  la  faignée  ,  la  dicte 
légère  ,  les  fomentations  émollientes 
&  réfolutives  ,  elle  exige  ceux  quidé- 
truifent  le  virus  vérolique. 

4.  Phkgmone  mufçulorum  .^mmor  phleg^ 
monodes;  Phlegmon ,  tumeur  phlegmo- 
neufe  des  mufcles.  A. 

Ce  phlegmon  n’a  ni  figure  ni  grof« 
feur  déterminée.  11  eft  ordinairement 
dû  à  des  principes  procatartiques,  tels 
qu’une  fraâure  ^  une  contufion  ,  une 
plaie  :  il  exige  des  remedes  réfolutifs^ 
ték,  que  les  ïaignées  réitérées  ,  fuivant 
l’étendue  de  la  tumeur  ,  la  violence 
des  fymptomes les  forces ,  l’âge  du 
malade  de  même  qu’une  diete  légè¬ 
re  ,  rafraîchifiante  &  humeâante  ,  les 
eataplafines  émoUiens  feiîs  avec  les 


5i8  Classe  L  Vices. 
feuilles  de  mauves ,  de  violettes ,  d’o- 
feilie  ;  les  bubes  de  lis ,  la  mie  de  paia 
cuite  avec  du  lait ,  le  fafran ,  la  graiffe 
récente ,  la  moelle  des  animaux ,  l’hui¬ 
le  ,  la  pulpe  de  guimauve.  Ces  reme- 
des  diminuent  la  douleur  ,  la  chaleur 
&  la  tenfion ,  rendent  le  îang  fluide , 
relâchent  les  vaiffeaux ,  les  membranes 
affeftées  de  contraftions  fpafmodiqués, 
&  rétabliffent  la  circulation.  Si  malgré 
ces  remedes ,  le  phlegmon  vient  à  fup- 
puration ,  ou  dégénéré  en  fphacele ,  on 
n’a  qu’à  voir  les  remedes  que  j’indique 
pour  tes  apoftemes ,  le  fphacele  ,  &c. 

5.  Phdegmone  axillaris  ;  vulgô  bubo 
axiüaris  ;  Bubon  des  aiffelles.  Voye^ 
Bubon. 

6.  Phlegmone  tejliculi;  Plegmon  du 
teflicule.  River.  Obfcrvat.  cent.  2. 
&  obfervat.  2.  obfcrvat.  comm.  L. 

XVI.  Bubon  y  Buha. 

Le  bubon  efl  une  tumeur,  partie 
fquirreufe  &  partie  phlegmoneufe  ,  ac¬ 
compagnée  d’une  douleur  fourde  &:  à 
peine  lancinante  ,  de  chaleur  ,  de  rou¬ 
geur  ,  &  d’une  moindre  rénitence  que 
fe  phlegmon,,  qui  vient  ordinairement 


Phyma.  Buhon,  51^ 
aux  glandes  des  aînés.  Elle  eft  auffi 
lente  à  venir  qu’à  s’en  aller ,  &  elle 
empêche  de  marcher  jufqu’à  un  cer¬ 
tain  point. 

Il  eû  caufé  par  l’abondance  du  fang 
&  par  le  ralentiffement  de  la  circula¬ 
tion  dans  les  vaiffeaux  lymphatiques 
des  glandes  à  caufe  de  leur  engorge¬ 
ment.  Il  différé  du  bubonocele  en  ce 
qu’il  a  fon  flege  dans  les  glandes  des 
aînés ,  au  lieu  que  l’autre  a  le  fien  dans 
Panneau  des  mufcles  épigaftriques  & 
de  pouppart  ;  fans  compter  que  le  bu¬ 
bonocele  vient  tout  à  coup  ,  &  que  le 
bubon  efl  lent  à  fe  former,  que  le  pre¬ 
mier  eft  fouvent  fuivi  du  miferere  ,  & 
que  le  bubon  n’eft  point  fujet  à  cet 
accident. 

1 .  Bubon  ;  BuBo  fimplex,  D. 

Les  Grecs  l’appellent  inguen^  parce 
qu’il  vient  aux  aînés.  On  l’appelle  lim- 
ple  ,  parce  qu’il  n’accompagne  ni  la 
fievre  ,  ni  la  pefte  ,  ni  la  vérole.  On 
le  guérit  de  même  que  le  phlegmon  , 
mais  fur-tout  avec  des  réfolutifs. 

2.  Poulain  ;  Bubo  JyphiUticus,  Aftruc, 
lib^  J.  cap.  S.  Cambuca  de  Paracelfe.  C, 

Le  poulain  efl  produit  immédiate¬ 
ment  ou  au  bout  de  quelques  jours 


çio  Classe  r.  Vlas, 
par  un  commerce  impur  ,  ou  par  la 
îuppreffion  d’une  gonorrhée;  c’eft  la 
fa  première  caufe.  Celui  qui  vient  fim- 
plement  de  l’infeûion  invétérée  du 
lang  ,  eft  appellé  poulain  de  la  fécondé 
efpece.  Ils  font  tous  deux  ou  plegmo- 
neux ,  ou  oedémateux ,  ou  fqiiirreux , 
mais  de  différente  groffeur.  Les  uns 
font  gros  comme  un  œuf  de  pigeon, 
les  autres  comme  le  poing.  Le  phleg- 
moneux  efl:  plus  aifé  à  réfoudre ,  & 
vient  plutôt  à  fuppuration  ;  l’œdémar 
teux  fe  réfout  &  ne  fuppure  point; 
le  fquirreux  réfifte  aux  réfolutifs  &  ne 
fuppure  jamais.  Il  différé  des  autres 
efpeces  par  fon  principe.  Il  efl  un  ligne 
infaillible  de  vérole  ,  &  il  demande  le 
même  traitement. 

Si  le  bubon  fyphilique  ed:  fquirreux,.. 
on  y  appliquera  ,  pendant  le  temps  des^ 
fridions ,  une  emplâtre  de  vigo  avec 
le  mercure  ;  s’il  s’enflamme  ,  on  le  cou¬ 
vrira  d’un  cataplafme  de  mie.  de  pain 
&  de  lait,;  lorfque  le  pus  efl  formé,: 
®n  doit  l’ouvrir ,  &  fi  le  pus  efl  loua^ 
ble ,  appliquer  fur  l’uîcere  de  l’onguent 
bafilicum ,,  auquel  on  ajoutera  du  dir 
geflif,  fi  le  pris  eflfanieux  &  peu  abon¬ 
dant;  fi  l’ulcere  efl  calleux ,  on  em^^r 
ploiera  le  eauflique,. 


PhymA»  Bîibon.  521 

3.  Bubon  fcrophuleux;  Bubo  jim- 
mojhs.  C. 

li  différé  des  autres  efpeees  par  les 
figues  fcrophuleux  qui  fe  manifeftenî 
au  cou ,  au  méfentere ,  lorfque  ceux 
du  bubon  vérolique  &  peililentiel  man¬ 
quent.  Foye^  ce  qui  concerne  les 
écrouelles  à  l’article  des  maladies  ca- 
cheâiques.  Je  doute  qu’on  ait  vu  de 
bubon  fcorbutique  ,  vu  que  les  mo¬ 
dernes  qui  ont  écrit  de  cette  maladie , 
entr’autres  Lindius,  ne  font  nulle  men¬ 
tion  de  ce  fymptome. 

4.  Bubon  peftiientiel  ;  BuBo  pejfl- 
hns.  A.  C’eft  une  tumeur  critique  qui 
vient  aux  aînés  des  peffiférés  ,  &  qui 
annonce  leur  guérifon. 

Il  faut  quelquefois  l’ouvrir  &  le  faire 
fuppurer  ,  quoiqu’il  ne  foit  pas  mûr  , 
pour  évacuer  le  virus  peftiientiel.  Foy, 
le  mot  Pefic.  Clafli  3 . 

5.  Les  croiftances  ou  croiffans  ;  Buba 
crejcentium.  B.  C’eft  une  tumeur  dou- 
loureufe,  rénitente  j  de  même  couleur 
que  la  peau  ,  qui  vient  aux  aines  des 
jeunes  gens  qui  grandiffent ,  &  qui  les 
fait  maigrir.  Elle  fe  réfout  d’elle-même» 
&  elle  n’a  rien  de  dangereux. 

6.  Bubo  fcorbuticus  ;  Bubon  fcorbi^ 
tique.  Foye^  Pefte  fcorbutique. 


5ii  Classe  I. 

7.  Buho  axillaris  ;  Bubon  axillaire, 
îl  efl  critique  dans  la  rougeole.  Hatté, 
Journal  de  Médecine ,  Mai  iyS6. 

XVIL  Par  OTiDE ,  Parotis  ^ 
Oreïllon, 

Elle  différé  du  bubon  en  ce  qu’elle 
affeûe  les  glandes  fituées  derrière  les 
oreilles.  C’eft  une  tumeur  fquirreufe 
&  phlegmoneufe  de  la  glande  paroti¬ 
de,  qui  eft  long'temps  àfappurer;  fes 
variétés  font  les  mêmes  que  celles  du 
bubon ,  mais  fes  efpeces  ne  font  pas 
fi  nombreufes. 

I .  Parotide  fimple  ;  Parods  benigna.  B.’ 
Elle  n’efi  accompagnée  ni  de  nevré, 
ni  d’aucun  autre  fymptome  notable. 

2.  Parotide  fébrile;  Parods  fehnlis. 
D.  Elle  furvient  dans  les  maladies  ai¬ 
guës  &  dans  la  pefte ,  ou  d’une  ma¬ 
niéré  critique  ou  fymptomatiqiie ,  & 
elle  caufe  fouvent  la  furdité.  Elle  fur¬ 
vient  auffi  dans  la  pleuréfie  maligne. 
River,  cent.  /.  Obf.  72.  Elle  efl:  critique 
dans  la  fievre  miliaire ,  Journal  de  Mé¬ 
decine  ,  Mai  iy3â ,  ainfî  que  dans  les 
maladies  des  prifons ,  Pringle ,  tom.  2. 
chap.  G.  Voyez  la  cure  dans  la  Suettz 
des  Picards. 


Phyma.  Furoncle.  523 

XVin.  Furoncle^  Clou  , 

Furunculus, 

C’eft  une  tumeur  cutanée  inflam¬ 
matoire  ,  qui  s’élève  en  pointe ,  dure  , 
d’un  rouge  tirant  fur  le  noir;  dans  le 
milieu  de  laquelle  on  trouve  ,  après 
qu’elle  efl:  venue  à  fuppuration  ,  un 
petit  paquet  de  fibres  qui  n’ont  pu  fe 
réfbudre.  Il  y  a  des  furoncles  de  la  grof- 
feur  &  de  la  figure  d’un  œuf  de  pigeon, 
il  y  en  a  d’autres  plus  gros  &  d’une 
figure  fphéroïde. 

Le  paquet  de  fibres  qu’on  trouve 
dans  l’axe  du  furoncle  qui  s’abfcede , 
s’appelle  bourbillon. 

Ses  efpeces  ou  fes  variétés  font  : 

I®.  Le  clou  axàixTiïixQ furunculus 
dothien  ^  Galen.  B.  Celui-ci  exige  le 
même  traitement  que  le  phlegmon , 
mais  il  efl:  plus  dur  &  plus  rond. 

2.  Le  furoncle  therminthe  ;  furuncu¬ 
lus  therminthus  ,  Gorræi  définit ,  efl  , 
fuivant  Oribafe ,  une  efpece  de  phyma, 
furmonté  d’une  puflule  noire ,  qui  , 
étant  ouvert ,  efl  écailleux  au-deflbus  , 
&  qui ,  lorfqu’on  l’ouvre  ,  efl  rempU 
de  pus.  Cette  defcription  efl  très- 
obfcure. 


5^4  C'Lk^S'El.  vîcei, 

Furunculus  ^  appellé  par  les  Grecs 
phyguhlon  ,  &  par  les  Latins  panus  ôc 
punis ,  efl:  un  furoncle  éryfipélateux 
large ,  qui  a  fon  fiege  dans  les  glandes 
cutanées ,  qui  vient  rarement  à  fup- 
puration ,  &  qui  eft  accompagné  d’une 
douleur  &  d’une  chaleur  brûlante. 
Nous  n’avons  encore  aucune  tûftoire 
exade  de  cette  maladie. 

XIX.  Charbon,  Anthrax, 

Le  Charbon  ed  une  tumeur  qui  a 
pour  l’ordinaire  fon  fiege  dans  les 
chairs ,  dont  la  pointe  efi  couverte 
d’une  puftule  griîe  ,  fphacelé  en  de¬ 
dans  ,  dont  le  tour  efl:  rouge  &  dou¬ 
loureux,  &  qui  venant  à  s’excorier  ou 
à  s’abfcéder ,  gagne  les  parties  voifi- 
nes,  &:  devient  d’un  rouge  extrême¬ 
ment  vif. 

Pline  &  Celfe  nous  en  donnent 
une  difcription-  fort  exade.  Lorfqu’il 
établit  fon  fiege  fur  le  cou  ou  dans  la 
gorge  ,  qu’il  n’efi:  accompagné  ni  d’en¬ 
flure  ni  de  douleur ,  que  la  puftule  ou 
l’épiderme  eft  livide  ,  &  la  chair  noi¬ 
râtre  ,  il  y  a  fphacele  ;  &  alors  le  mar 
lade  languit ,  il  tombe  dans  l’aftbur 


Phyma.  Charbon.  515 
piflement ,  fon  pouîs  eft  foibîe ,  rare , 
&  il  meurt  en  peu  de  temps.  Lorfque 
le  charbon  eft  moins  malin  ,  il  le  forme 
autour  de  la  pullule  une  tumeur  phleg- 
moneufe  ,  accompagnée  d’une  petite 
jfievre  ;  &;  lorfque  la  tumeur  eft  ou¬ 
verte,  &  qu’on  écarte  fes  levres,  on 
apperçoit  un  ulcéré  d’un  rouge  noi¬ 
râtre  ,  fec,  chaud ,  brûlant ,  qui  gagnç 
les  parties  voilines. 

Le  charbon  eft  une  maladie  três- 
£-équente  chez  les  pauvres  gens  qui 
vivent  dans  la  mal-propreté ,  qui  fe 
Bourriffent  de  viande  de  mouton  mort 
de  cette  maladie ,  qui  travaillent  leur 
laine ,  &  qui  fondent  leur  grailTe  pour 
en  faire  de  la  chandelle  ;  ce  qui  fait 
que  les  Bouchers,  les  Corroyeurs  & 
les  chandeliers  y  font  fouvent  fujets. 

On  appelle  rarement  les  Médecins 
pour  traiter  cette  maladie  ;  les  gens  de 
la  campagne  ont  leurs  fpécifiques  , 
appliquent  deffus  un  cauftique ,  &  pré¬ 
tendent  l’avoir  guéri. 

I.  Le  Charbon  fimple  ;  Anthrax  fim* 
fUx ,  A.  efl  celui  qui  n’efl  point  pan- 
dénûque ,  mais  fporadique  ;  il  a  beau¬ 
coup  de  relief,  &  il  eft  accompagne 
de  la  fievre  &  de  légers  fymptomes. 


5r5  Classe  I.  ricM. 

Sa  cure  confiée  à  appliquer  fans 
délai  fur  fa  pointe  fphacelée  un  caufti-^ 
que  ,  tel  que  la  pierre  infernale,  pour 
détruire  le  virus  gangreneux,  qui  peut 
ronger  les  parties  voifines ,  ou  rentrer 
&  occafîonner  les  fymptomes  les  plus 
funeftes,  comme  la  fyncope ,  le  délire, 
^c.  On  prefcrit  rarement  la  faignçe  ; 
mais  elle  ne  fauroit  nuire  lorfque  le 
pouls  eft  fort.  Il  faut  cependant  hâter 
la  chute  de  l’efcharre  ,  &  la  fuppura- 
tion  pour  évacuer  le  virus  &  purifier 
le  fang ,  à  quoi  contribuent  les  fuppu- 
ratifs  ordinaires,  &  prefcrire  au  ma¬ 
lade  des  remedes  internes  propres  à 
accélérer  la  circulation ,  au  cas  qu’elle 
langüiffe ,  à  l’entretenir  fi  elle  eft  mo¬ 
dérée ,  &  à  augmenter  la  perfpiration. 

2.  Charbon  pefiilentiel  ;  Jnthrax 
malignus.  A.  Voyez  l’article  de  la  pelle, 
à  la  clafîe  des  maladies  exanthéma- 
teufes. 

3.  Le  mal  des  ardens;  Anthrax  per* 
Jicus.  Pruna  &  ignis  perjîcus  AvicennaCè 

THiftoire  de  France  de  Mezerai. 
C’efi  une  efpece  de  pelle.  Le  feu  Saint 
Antoine.  Voyez  l’Hilloire  de  Philippe  I. 
année  1090.  A. 

Le  mot  carbo  défigne  un  bois  bnilc 


Phyma,  Charbon. 

&  réduit  en  charbon ,  &;  celui  de  car- 
bunculus  une  pierre  précieufe ,  &  ils 
I  valent  par  conféquent  moins  que  celui 
^anthrax. 

I  /^.Anthrax tarantatus^z^^tVii  malvat 
par  les  Languedociens.  A. 

C’efl  fuivanî  P.  Borelli  ,  centur.  7... 
pbf.  17.  une  efpece  extraordinaire  de 
!  charbon ,  lequel  eil  très-fréquent  à 

I  Roquecourbe  près  de  Cajtres ,  &  qui 

‘  îue  le  malade,  à  moins  qu’il  ne  paf- 

1  ie  neuf  jours  entiers  fans  dormir. 

Pour  cet  effet,  fes  parens  &  fes  amis 
I  5’affemblent  chez  lui ,  &  l’eng^ent  à 
i  chanter ,  à  danfer  &  à  fe  divertir  avec 
I  ,  eux.  Sera  prétend  que  les  perfonnes 
qui  ont  été  piquées  par  la  tarentule  , 
tombent  dans  un  affoupiffement  pro¬ 
fond,  &  de  là  vient  qu’on  les  &it 
danfer ,  pour  empêcher  qu’ils  ne  s’en¬ 
dorment.  Voyez  le  Janon. 

X  X.  Carcinome  ^  Cancer  , 
Carcinoma.Carcinosen  gxec.Tu- 
meur  chancreufe ,  cancer  occulte» 

Le  bas  peuple  s’imagine  que  ce  mal 
s’aigrit  comme  le  charbon ,  lorfqu’on 
le  nomme  par  fon  nom ,  de  de  là  vient 

a. 


5îS  Cl  AS  SE  I.  Vices. 
qu’il  ne  le  nomme  point ,  ou  qu’il  le 
■nomme  limplémenî  k  méchant. 

Dans  cette  maladie  ,  de  même  que 
dans  toute  efpece  de  phyma  ,  il  y  a 
■deux  états  à  conlidérer  ;  celui  de  la  tic- 
meur  dans  fon  entier,  &  qui  n’eû  pas 
■encore  ouverte ,  &  celui  de  Vulcerc , 
de  l’excoriation  &  de  l’ouverture  , 
qui  ell  plus  ou  moins  tardive  ,  car  l’ul- 
cere  ri’eft  pas  un  genre  diHind,  mais 
.une  modification  du  phyma. 

On  le  définit  une  tumeur  dure ,  tu- 
l)ereufe  ,  lancinante  extrêmement  opi¬ 
niâtre.  IldifFere  du  fquirre  par  la  dou¬ 
leur  lancinante  ,  &  l’inégalité  de  fa  fu- 
perficie  ;  du  phlegmon ,  par  fa  durée  , 
&  la  couleur  naturelle  de  la  peau,  à 
moins  que  la  tumeur  ne  foit  environ¬ 
née  de  tumeurs  variqueufes  noires. 

Le  cancer  ulcéré ,  ou  l’ulcere  chan- 
creux  différé  des  autres  par  la  mau- 
vaife  odeur  qu’il  rend, le  renverfement 
des  levres ,  la  dureté -de  la  chair,  la 
fanie  âcre  qu’il  rend  par  fon  opini⬠
treté.,  de  la  douleur  lancinante  dont  il 
eft  accompagné. 

On  ri’a  point  encore  de  diflinéHon 
exaéle  de  fes  efpeces.  On  obfervera 
cependant  que  les  carcinomes  font  oc- 
cafionnéi 


Phyma.  Cancer.  5x^ 

cafionnés  par  des  verruès ,  telles,  que 
celles  qui  vienRent  aux  mamelles;  d’au¬ 
tres  ,  par  des  points ,  ou  des.  varices 
noirâtres  &:  dures  ,  comme  des  foiir- 
.îîiis,  &  de  ce  nombre  font  les  myr- 
•jnccia  des  -Grecs  ;  d’autres  viennent  de 
l’irritation  des  loupes  ou  des  fquirres 
qui  affedent  le  cou ,  la  glande  lacry¬ 
male  ;  d’autres  commencent  par  une 
pullule,  qui  s’ulcere' en  peu  de  temps 
■&  qui  gagne  les  parties  voilines,  & 
tels  font  ceux  dont  Saint  Yves  donne 
ides  exemples ,  mais  non  point  une  def- 
cription  exaôe  dans  fon  Traité  des  ma¬ 
ladies  des- yeux,  cap.  C.  Voici  fes  ef- 
peces. 

1 .  Carcïnoma  vcrrucofum ,  vcrruca  can- 
■crofa.  Saint  Yves,  cap.  J.  C. 

2.  Carcinoma  myrmccia  ;  tr/yiîîsqie 
efpece  de  Saint  Yves ,  cap.  6. part.  t.  C. 

P  Carcinoma  lupus ,  appellëe  vulgai¬ 
rement cancrofa;  loupe  chaiicreu- 
.  fe.  C  . 

4.  Carcinoma phagezdcna;  Garcinome 
phagédenique ,  quatrième  efpece  de 
Saint  Yves ,  pullule  chaacreufe.  C.  On 
ignore  li  leur  pronoitic  &  leur  cure 
font  les  mêmes  ,  fur-tout  s’il  ell,  vrai , 
comme  l’aflure  Saint  Yves ,  qu’il  ai^ 
Toîik  /,  Z 


'5 P  Classe  I.  Vices, 
guéri  la  première  efpece  par  îe  moyen 
d’une  eau  qui  n’a  pu  guérir  les  autres 
elpeces. 

Hippocrate 'affure  que  ceux  qu’on 
guérit  d’un  cancer  ,  meurent  en  peu 
de  temps;  c’efl;  pourquoi  la  cure  de 
cette  maladie  doit  être  omiluve ,  c’efl- 
à'dire ,  qu’on  doit  cmettre^tout  c^e  que 
l’on  juge  capable  de  détruire  fes  prin¬ 
cipes  ;  car  leur  wuience  eft  telle ,  qu’ils 
s’irritent  par  les  altérans  &  les  éva- 
cuans,  fi  l’on' en  excepte,  les  délayans 
&  les  adoucifians  internes.  On  ne  doit 
point  toucher  aux  cancers  occultes, 
n’y  mettre  ni  onguens  ni  cataplafmes , 
&  les  couvrir  de  coton  pour  les  ga¬ 
rantir  de  la  preflion.  Au  cas  qu’ils  s’ul¬ 
cèrent  ,  il  faut  les  déterger  fans  vio¬ 
lence  ,  ou  plutôt  appliquer  defius  le 
cérat  de  Galien  ,  du  beurre  fans  fel , 
des  rouelles  de  veau ,  &  des^onguens 
anodins.  . .  _ 

Dans  l’un  &  l’autre  cas  ,  on  doit 
faire  ufage  des  bouillons  rafraîchifians, 
du  petit  lait ,  du  lait ,  des  tifanes ,  & 
des  bains  ,  pour  tempérer  l’acrimonie 
du  fang.  Il  y  a  des  carcinomes  déta¬ 
chés,  qui  ne  tiennent  ni  aux  parties 
foiides ,  ni  aux  gros  vaifieaux ,  que 


9 


Phymâ.  Cancer.  53  E, 

fon  peut  extirper  avec  fuccès  ,  après 
avoir  fait  précéder  les  dépuratifs  &C  les 
anodins. 

J’ai  vu  un  cancer  fort  gros  à  la  ma¬ 
melle  d’une  femme  ,  occafionné  par 
une  petite  verrue  profondément  enra- 
j  cinée ,  plutôt  que  par  aucun  virus  vé- 
rolique ,  que  i’ufage  du  mercure  rédui- 
fit  à  la  dixième  partie. 

Vandermonde  prétend ,  dans  fon 
.  Journal  de  Médecine ,  que  l’ufage  in¬ 
terne  des  feuilles  de  la  belle-dame, 
guérit  le  carcinom.e. 

J’ai  vu  guérir  un  carcinome  phagé- 
deniqiie  au  vifage  avec  de  l’huile  cor- 
roiive  de  plombagine.  Voyez  les  Mé¬ 
moires  de  V  Académie  des  Sciences  de  Pa¬ 
ris.  Quant  à  la  guérifon  du  carcinome 
par  l’ufage  interne  de  la  grande  ciguë- 
de  Tournefort ,  Foye^  les  Expériences 
de  Storck. 

5 .  Cancer  Jyphilitiçus.  Cambuca  Para-i 
celji  ;  Cancer  vérolique  ,  C, 

Une  fille  âgée  de  trente  ans  ,  qui 
ufoit  depuis  plufieurs  mois  de  l’extrait 
de  jufquiame  blanc ,  avoit  aux  deux 
mamelles  une  tumeur  grofl'e  comme  un 
œuf  de  poule ,  dure  ,  tubéreufe ,  pro¬ 
fonde  ,  .accompagnée  de  douleurs  laa- 


532.  Classe  I.  Fic&s. 
einantes  qui  s’étendoient  par  interval¬ 
les  depuis  raiffeile  jufqu’à  la  mamelle  ; 
elle  le  plaignoit  en  même  temps  d’ul- 
eeres  à  la  bouche  &  au  vagin  ;  lefquels 
étoient  des  relies  d’une  vérole  acquife 
depuis  dix  ans.  Les  circondances  ne 
permettant  pas  d’employer  les  friftions,  % 
i’eus  recours  aux  pilules  de  Keifer, 
dont  l’ufage  continué  pendant  un  mois 
&  demi  fit  difparoître  la  tumeur  &  la 
douleur  des  mamelles  ,  ainli  que  tous 
les  autres  fymptomes  de  la  vérole ,  qui 
n’ont  plus  reparu  depuis, 

XXL  Panaris  ,  Paronychia, 

Le  panaris  ell  une  tumeur  phlegmo- 
neufe  qui  vient  à  l’extrémité  des  doigts, 

&:  qui  eft  accompagnée  d’une  douleur 
pulfative  très-aigue  ,  d’une  grande  rou¬ 
geur,  d’une  chaleur  brûlante  ,  &  d’une 
•  tenlion  excelîive, 

I .  Panaris  cutané  ;  Paronychia  cuta.- 
ma^  Heifter.  Chirurg.  c.  lyo.  B. 

La  tumeur  qui  fe  forme  à  l’extré¬ 
mité  du  doigt  eft  d’abord  peu  douloü- 
reufe,  elle  grolîit  enl'uite  &  devient 
rouge ,  la  douleur  &  la  rougeur  aug¬ 
mentent  J  di  «es  fymptomes  ne  p^^ 


PhyMA.  Panarh.  553 
jfent  pas  outre  ,  &  font  fupportables 
mais  la  douleur  pulfative  augmentant , 
elle  vient  à  fuppuration  ,  l’extrénuté 
du  doigt  devient  blanche  ,  molle  ,  & 
Pabcès  ayant  percé ,  il  le  termine  par 
la  déterfion  &  la  confolidation. 

On  achevé  la  cure  avec  des  émoî- 
liens ,  propres  à  faire  venir  la  tumeur 
à  maturité  ;  on  extrait  le  corps  étran¬ 
ger  qui  l’a  occafionnée ,  comme  peut 
être  une  épine  ,  une  pointe  d’aiguille  ; 
on  met  deflus  un  caîaplafme  fait  de  la 
mie  de  pain  ,  du  lait  &  du  fafran ,  de 
la  pommade  de  colimaçon ,  de  la  pulpe 
de  feuilles  de  mauve  ,  de  violette ,  de 
racine  de  guimauve  ,  de  la  bulbe  de  Iis  , 
&  au  cas  que  la  douleur  &  la  chaleur 
foient  peu  conlidérables ,  on  peut  fe 
fervir  d’un  emplâtre  de  diachylom  avec 
les  gommes,  de  celui  de  mucilage,  &c. 
la  fuppuration  faite ,  on  ouvre  l’abcès, 
&  on  le  traite  â  la  maniéré  ordinaire. 

Il  arrive  Souvent  que  l’ongle  tombe  , 
lorfqu’il  s’eÜ  formé  du  pus  delTous  ,  èc 
alors  la  cure  eft  beaucoup  plus  longue. 

Z.  'Panaris  du  périofte  ,  paronychia. 
pzriofîizi  Heilier.  ibid.  Garengeot,  Ope-  , 
rations  de  Chirurgie ,  du  panaris.  A. 

Cette  efpece  différé  de  la  première 
Z  iij 


534  T;  LAS  SE  1.  F7ces. 

’€n  ce  que  la  douleur  Si  la  chaleur  font 
beaucoup  plus  grandes  qu’on  ne  de- 
vroit  l’attendre  d’une  tumeur  :  elle  elt 
accompagnée  de  fievre^  d’infomnie ,, 
de  convulfions  ,  &  même  de  délire/ 
Elle  dilFere  de  la  îroifieme  en  ce  que 
la  douleur  ne  s’étend  point  jufqu’au 
condyle  intérieur  du  bras ,  je  veux 
dire  jufqu’au  coude. 

Cette  efpece  ed:  occafionnée  par 
quelque  peu  de  fanie  âcre  &c  corrofive  ' 
qui  s’amaffe  fous  le  période ,  &  qui 
carie  fouvent  l’os ,  &  lorfqu’on  néglige 
le  mal ,  il  gagne  la  main  ;  de  forte  qu’on 
eü  obligé  de  faire  une  incliion  à  l’ex¬ 
trémité  du  doigt  ,  ou  latéralement  , 
fuivant  Garengeot ,  ou  dans  le  milieu, 
oh  le  tendon  âéchifîeur  n’aboutit  point, 
comme  le  veut  Heider ,  pour  procu¬ 
rer  une  ifîue  à  cette  goutte  de  pus  ou 
de  fanie.  Il  fe  forme  fouvent  îe  len¬ 
demain  une  excroiflance  de  chair  fou- 
gueufe ,  que  l’on  coupe  ou  que  l’on 
mange ,  après  quoi  l’on  panfe  la  plaie 
à'  l’ordinaire. 

3.  Paronychia  undinis ^  fpec.  Heif- 
ter.  ibid.  panaris^u  tendon.  A. 

Cette  efpece  a  fon  dege  dans  la 
gaine  du  tendon  déçhiiïeur  du  doigt. 


Phyma.  Panans."-  53  f 
ôii  il  s’amaffe  du  pus ,  ou  de  la  fanie 
âcre*  &  ccrrofîve.  La  tumeur  qui  fe 
forme  à  l’extrémité  du  doigt ,  efl  mo- 
diqrîe ,  quelquefois  même  il  n’y  eu 
a  point  ,  ce  qui  n’empêche  pas  que 
la  douleur  ne  l’oit  infupportable.  Elle 
fe  fait  fentir  dans  la  main,  le  carpe, 
&  dans  tout  le  bras  jufqu’au  condyle 
interne  de  l’humerus  ,  d’où  s’enfuivent 
la  ùevre ,  les  infomnies  ,  les  fpafmes  ; 
il  furyient  une  enflure  au  bras ,  à  la 
main  &  aux  articles  des  phalanges  des 
doigts. 

Cette  efpece  efl:  infiniment  plus  dan-; 
gereufe  ^ue  les  autres  ,  &  fouvent  le 
lùiet  efl:  emporté  par  la  fîevre ,  l’in- 
fornnie ,  la  fuppuraîion  &:  la  gàngrene. 

Les  remedes  font  inutiles ,  &  il  faut 
en  venir  à  l’inciflon  du  doigt  &  de  la 
gaine  du  tendon  ;  &  qui  plus  efl , 
faire  l’inclflon  profonde,  au  cas  que 
le  pus  ait  pénétré  bien  avant ,  comme 
dans  le  tendon  annulaire  du  carpe  , 
dans  le  ligament  tranfverfai  qui  unit 
l’os  du  coude  avec  le  rayon.  Cette 
curation  efl  décrite^ort  au  long  dans 
Heifler  &  Garengeot ,  &  on  peut  voir, 
ce  qu’ils  en  difent. 

4.  Paronychia  araura  J^inncEi  , 
morbôriim,  L,  Z  iy 


5 Classe  I.  Vices,  - 

On  donne  ce  nom  à  l’inflammation 
du  doigt  accompagnée  d’une  ulcéra¬ 
tion  latérale  &  d’une  douleur  médio¬ 
cre  ^  produite  par  l’ongle  qui  coupe 
latéralement  la  peau. 

5. ^  Paronychia  digitium,.C,  Digitium 
ilL  Linnæi ,  gen,  morborum.  227. 

Cette  efoece  fe  manifefte  par  une 
douleur  aiguë  &  périodique  à  l’articu¬ 
lation  d’un  doigt ,  fans  qu’il  paroiffe 
aucun  ligne  d’inflammation  ÿ  le  doigt 
maigrit  confidérablement  à  l’endroit  de 
la  douleur  ,  laquelle  dure  des  mois  & 
de^  années  entières ,  revenant  plufîeurs 
fois  le  jour  par  accès  de  deux  pu  trois^ 
minutes. 

On  giiérit  le  malade  en  amputant  le 
doigt. 

L’os  ne  paroît  pas  rongé  ,  mais  fria¬ 
ble  ,  comme  de  la  farine  coagulée.  Ce 
mal  efl:  commun  en  Suede. 

6.  Paronychia  prejfura.  L.  Prejfura  ilL 
Linnæi ,  gcn,  morborum.  260. 

C’efl  une  efpece  de  phlegmon  qui 
naît  à  la  racine  de  l’ongle  y  lorfque  le 
doigt ,  gelé  par  le  froid ,  efl:  expofé 
à  une  chaleur  fubiîe  ,  la  douleur  efl 
médiocre  ;  il  furvient  fouvent  une  uî- 
çération  ,  l’ongle  tombe  ,  il  en  vient 


f' 

Phyma.  Panaris.  537 
tine  autre  qui  eft  épaiffe  &  raboteufe» 
Cette  efpece  diiFere  du  panaris  cutané 
par  la  différence  de  fon  fiege. 

7.  Panaris  artificiel ,  paronychia  ar- 
ttficialis  ^  Ephemer.  Nat.  Cur,  dec,  a., 
ann.  10.  ohf.  i8y.  pag.  y6'4. 

Cette  efpece  efl  produite  par  îa  li¬ 
gature  qu’on  fait  à  un  doigt  avec  la 
peiiicnle  d’un  œuf  frais.  On  croit  que 
cette  ligature  guérit  la  fievre  tierce. 

XXîL  Phimosis. 

Les  modernes  définiffent  le  pbimo-  ■ 
fis  ,  une  tumeur  phlegmoneufe  du  pré¬ 
puce  ,  fou  vent  même  du  gland, 

qui  empêche  le  inouvement  du  pre¬ 
mier. 

Les  anciens  Grecs  appelloient  gé¬ 
néralement  de  ce  nom  toute  obfiruc- 
tion  des  conduits  ;  d’où  vient  qu’ils 
ont  reconnu  un  phimofis  des  paupiè¬ 
res  ,  des  levres  ,  de  l’uterus  ,  des  nari¬ 
nes  ;  mais  nous  entendons  aujourd’hui 
par  là  une  inflammation  du  prépuce 
qui  l’empêche  de  fe  renverfer  pour 
découvrir  le  gland,  fi  c’efi;  un  vrai 
phimofis  ,  ou  qui  le  reflerre  tellement 
qu’il  fe  forme  un  étranglement  autour 


538  ChKSS^l.  Vices: 
de  la  couronne  du  gland ,  comme  dans 
le  faux  phimofis  ,  ou  le  paraphimofis 
des  modernes. 

I.  Phimojis  vcra  ,  phimojis  Fleiiler. 
Çhirurg^  cap.  1^0.  A. 

C’efî  une  inflammation  violente  du 
prépuce  ,  qui  l’empêche  de  fe  renver- 
îer  pour  découvrir  le  gland.  Elle  efl 
caufée  par  k  fécrétion  d’un  fluide  acri¬ 
monieux,  jaune,  vifqueux  ,  qui  arroie 
le  prépuce  ,  &  qui  fe  forme  dans  les 
glandes  odoriférantes  du  gland.  La 
furface intérieure  du  prépuce,  de  même 
que  le  gland,  s’enfiamnrent ,  &  cette 
infiamniatiôn  efl  accompagnée  de  dou¬ 
leur  &  de  la  difficulté  d’uriner ,  à  caiife 
de  l’irritation  que  le  prépuce  fouffre 
de  la  part  de  Purin e.  Cette  maladie 
eû.  la  môme  que  la  gonorrhée  du  pré¬ 
puce  dans  ceux  qui  l’ont  fort  long. 
Voyez  Gonorrhée.  J’ai  connu  des  ffijets 
qui  ont  été  guéris  d’une  ophthalmie 
par  le  retour  de  cette  excrétion  ,  ce 
qui  prouve  que  la  mucoiité  qui  fuinte 
par  la  couronne  du  gland  ,  efî:  la  même 
que  celle  qui  fuinte  par  les  glandes  de 
Meibcmiüs.  Sennert  obferve  qué  les 
enfans  font  très-fujets  à  cette  maladie. 

0n  la  guérit  avec  des  bouilloîis  ra- 


Pkt?ÆA.  Pklmojiè^ 

fïaichilîans ,  le  petit  lait ,  les  bains  , 
les  eaux  aigrelettes  ,  bien  entendu  que 
la  faignée  &  la  purgation  ayent  pré¬ 
cédé.  On  -appaife  la  douleur  &  la  rou¬ 
geur  ,  en  baffinant  le  gland  avec  de 
l’eau  rofe,  de  l’eau  de  Saturne',  &c. 

2v  Phimojis  hydrocdica.  C. 

Les  perfonnes  qui  ont  une  hydro- 
pilie  ,  une  anafarque ,  un  afciîe  gu  une 
fimpie  hydroceie,  ont  fouventle  gland 
&  le  prépuce  fi  fort  enflés ,  que  la 
glaru^efl:  entièrement  couvert  ,  & 
qu’oiî  a  peine  à  trouver  fon  ouver¬ 
ture.  J’ai  vu  même  plus  d’une  fois  s’y 
former  un  amas  d’humeurs  qui  mena- 
çoit  de  l’infiammaticn  &  de  la  gan¬ 
grené,  Lorfque  ce  cas  arrive,  le  re- 
tîiede  le  plus  prompt  eft  d’incifer  avec 
des  cifeaux  le  limbe  du  prépuce  en 
plufieurs  endroits  ,  ainfi  que  je  l’ai  vu 
pratiquer  à  un  fameux  Chirurgien  nom¬ 
mé  Serres  ;  on  détruit  par  là  l’engor¬ 
gement,  &  l’on  prévient  le  fphacele 
en  baflinant  la  partie  avec  de  feau  de 
vie  camphrée. 

3.  Phimofis  vérolique.  Phimojis  fy^ 
philitica.  C. 

II  efl:  caufé  par  des  ulcérés  véroli- 
ques  oui  fe  forment  fur  la  couronne 


540  Classe  L  FzVef. 
du  gland ,  d’où  s’enfuit  l’inflammatioir 
du  prépuce^  lors  fur- tout  que  fon 
limbe  efl  affeâé  de  pareils  ulcérés, 
auxquels  on  donne  vulgairem.ent  le 
Tüom.  ,àt  chancres.  Comme  on  ne  peut 
déterger  ces  ulcérés  ,,  l’érofibn  aug¬ 
mente,  &  il  en  réfulte  plufieurs  autres^  * 
^mptomes  fâcheux.  . 

Dans  le  cas  où  la  maladie  n’a  point 
encore  £ait  de  progrès  ,  on  commence 
pair  la  faignée  ,ia  purgation  &  les  bains, 
d’où  l’on  paffe  aux  frifîions-  ^rcu- 
rielles.  On  emploie  en  même  Kmps 
les  fomentations  faites  avec  le  lait  , 
les  fleurs  de  mauve,  de  mélilot  &C'. 
©n  ramene  le  prépuce  ,  &  l’on  fait 
en  forte  de  mondiner  &  de  déterger- 
ces  petits  ulcérés  mais  s’ils,  font  pro¬ 
fonds  ,  &  que  l’on  craigne  qu’ils  ne 
rongent  entièrement  le  gland  ,  on 
coupe  entièrement  le  prépuce  ,  vu 
qu’une  ou  deux  incifions  ne  fufliroient 
point  pour  découvrir  ces  ulcérés  ;  on 
continue  les  ffiâions.,  &  tout  réuflit 
à  fouhait  dès  que  le  virus  efl;  une  fois 
évacué. 

Le  phimofis  èc  le  paraphimofis  acr- 
compagnés  de  chancres  véroliques 
caûfent  quelquefois  la  gangrené,.  Hiaut 


Phyma.  Pkîmojîs.  ^,.4.1. 
alors  faire  une  faignée  ,  fcarifier  la  par¬ 
tie  ,  &  faire  prendre  du  kina  à  forte 
dofe  :1a  fanté  fe  rétablit  par  ces  moyens 
il  furvient  une  fuppuration.  qa’on  en¬ 
tretient  avec  le  digeftif ,  &:  lorfque 
l’efcarre  gangreneufe  eft  enlevée  ,  om 
emploie  les  friûions  ou  L’efprit  anti- 
vérolique, 

4.  Phimofis  avec  étranglement.  PA/- 
mojîs  cireumtigata  ,  Aftruc  des  malad,^ 
véner.  liv.  chap.  8.  du  phimojîs 
pelle  par  les  Latins  circumligaturci ,  & 
par  les  Grecs  par aphimojis.  A, 

Cette  efpece  eft  plus  fôuvent  fim-^ 
pie  que  vérolique.  Elle  eft  caufée  paï^ 
l’inflammation  &.  l’enflure  du  gland 
dans  l’éredion  de  la  verge lors  fur- 
tout  que  le  prépuce  a  été  repoufte  avec 
violence ,  ainft  que  cela  arrive  lorf- 
qu’on  déflore  une  fille  y  ou  par  telle: 
autre  caufe  femblable  ;  c§r  fbit  que  le 
prépuce  qui  a  été  renverfé  s’enflamme 
&  refîerre  le  gland  ,  foit  que  celui-ci 
s’enfle  davantage  que  le  prépuce ,  il 
en  réfulte  l’efpece  dont  nous  parlons  y 
qui  fe  guérit  par  la  faignée  ,  en  trem¬ 
pant  la  verge  dans  du  lait ,  &  enfuite 
dans  une  décodion  réfolutive  faite  avec' 
la  fleur  de  mélilot»  de  fureau,  &c» 


542.  Classe  î.  Vices, 

J’ai  va  dans  l’Hôpitai  général  trois  ou 
quatre  paraphimoüs  femblables ,  occa- 
iîonnés  par  une  ligature  qu’on  avoit 
faite  à  la  verge  a’vec  un  fil ,  d’cii  s’é- 
toient  enfuivies  la  fuppreffion  de  l’u- 
rine  &;  i’inflamniation  -de  la  verge.  J’ai 
cependaint  vu  ‘deux  enfans  dans  qui 
le  fil  avoit  traverfé  peu  à  peu  la  verge  , 
fans  îaiiTer  aucun  veltige  après  lui. 

5.  Phimojis  vaginiz  ;  Pbimofis  du  va¬ 
gin,  des  maladies  vlnmennes  ^ 

lib.  2.  cap.  8. 72.  I.  h. 

Il  efl:  caufé  par  l’inilamrnation  vé- 
rolique  dés  levres  ,  des  nymphes ,  & 
celle-ci  par  des  ulcérés  véroüques  car¬ 
cinomateux.  II  aitecle  de  même  le  fon¬ 
dement  des  catamites ,  &  les  mame¬ 
lons  ds«  nourrices  ,  &  tous  ces  vices 
exigent  les  mêmes  remedes  que  le  phi- 
mcfis  véroiiqiiê  ,  favoir ,  la  déterfion 
des  ulcérés  la  deftrudion  du  virus.  ^ 

6.  Phimojîs  infantiam,  Manget,  Bt- 
hlioth.  praB.  pag.  9.  d’après  Hiidaniis.  L, 

îl  efl:  caufé  parl’acrimonie  de  î’upne, 
&  par  le  mauvais  régime  des  nourrices,' 
&;  les  enfans  à  la  mamelle  n’en  font 
point  exempts. 

Il  fe  guérit  à  l’aide  d’une  ciete  légère 
&  rafraîchüTante ,  d’une  purgation  lé- 


PîIYMA.  Phimôjis.  Ç45 
gere  ,  &  avec  un  cataplafme  compofé 
avec  de  la  mie  de  pain  ,  des  fleurs  de 
balauiles  pulvérifées ,  du  fafran  ,  du 
beurre  frais  &:  du  lait  de  vache. 


OPcDRE  QUATPvIEME. 


EXCB.GISSANCES ,  Excrcfceraîcz, 

C  E  font  dés  tumeurs  qui  dÜrerenî 
des  phyma,  î  en  ce  qu’elles  font  pro¬ 
duites  par  un  fuc  nourricier  trop  abon¬ 
dant  qui  fe  convertit  en  partie  foîide  ; 
d’cii  vient  qu'elles  font  long-temps 
à  fe  former ,  &  qu’elles  grofliffent  fans 
qu’on  s’en  apperçoive  ;  3*^.  en  ce  qu’el¬ 
les  ne  viennent  point  d’elles- mêmes  à 
fuppuraîion  ,  qu’elles  font  Axes ,  de 
même  couleur  que  la  peau  ,  indolentes 
&  conftantes.  »La  lordofe  efl:  la  feule 
qui  réponde  moins  à  cet  ordre.  Elles 
font  caufees  par  l’abondance  du  fuc 
nourricier  qui  s’attache  aux  vaifleaux 
de  la  partie  affeôée ,  qui  s’affimile  à  elle  , 
&  fe  convertit  en  fa  propre  fubflance; 
au  lieu  que  dans  les  phyma  les  fluides 
confervenî  leur  fluidité,  &  fe  conver- 


'^44  Classe  I.  Vlus,i 
tiffent  aifément  en  pus  ôî  eh  fanie.  Les 
excroiffances  varient  félon  leur  confif- 
tance  &  la  place  qu’elles  occupent ,  &: 
on  peut  les  réduire  aux  genres  fuivansr 

XXIIî.  S  AR  CO  ME ,  S  arcoma^ 

C’efl:  une  excroiCance  qui  a  à  peu- 
près  la  même  confiftance  que  la  chair,- 
1,  Excroiffance  charnue ,  Sarcomct 
vulgare  Sennert.  L. 

Elle  vient  indiilinâement  par  tout 
&  elle  eli  ou  naturelle  ou  accidentelle^ 
Elle  ne  différé  de  la  loupe  qu’en  ce 
qu’elle  eff  indolente  y  &  qu’elle  nuit 
par  fa  groffeur  &  par  la  place  qu’elle 
occupe.  La  loupe  a  fon  liege  dans  les 
glandes ,  au  lieu  qu’il  n’en  eff  pas  de 
même  du  farcome. 
j.  ,  2.  Polype  du  nez,  Sarcoma  nariurru 
C’eff  une  excroiffance  qui  a  fon 
fiege  dans  la  membrane,  qui  taplffe  le 
dedans  des  narines ,  &  qui  nuit  à  l’odo¬ 
rat  ,  à  la  refpiration  &  à  la  '^zrolt.Voye^ 
Anofmic ,  dyfpnée ,  qui  ont  ce  farcome 
pour  principe. 

3.  Sarcome  des  yeux  ,  Sarcoma  06U--_ 
rw/zz.  Saint  Yves,  chap.  74.  6*  18.  L. 
C’eff  une  excroiffance  fouvent  adi- 


Excroissances.  Sarcome.  •  ^45- 
peufe  qui  fait  corps  avec  les  paupières 
du  côté  du  petit  angle  de  Fœil.  Celle 
qui  efl:  du  côté  du  grand  angle  efl;  d’une 
autre  couleur  que  la  partie  ,  &  appar¬ 
tient  au  pterygion  ou  à  i’encanthis.  Ce 
larcome  nuit  à  vifion  ou  à  la  vue»^ 
Fqyq  Obfaircifîement  de  la  vue. 

4.  Sarcome  épulie  .  Sarcoma  epulîs 
Heifter,  cap.  86.  L, 

C’efl  une  excroiflance  qui  vient  dans- 
la  cavité  de  la  bouche  ,  &:  principale¬ 
ment  aux  gencives^  en  quoi  elle  différé 
de  la  paruiie,  ou  de  i’apoff eme  des  gen¬ 
cives.  £  avaler  y  b'égaie-. 

ment. 

5 .  Polype  de  î’uterus  ,  Sarcoma  cer- 
cqjis ,  polypus  uteri ,  cercojïs  Aëtii.  L. 

C’eff  une  excroiffance  charnue  fort 
groffe  ,  qui  fort  hors  de  l’utérus  ou  du 
vagin,  &  qui  reffemble  quelquefois  à 
une  hyfférocele.  Elle  nuit  à  la  généra¬ 
tion  ,  à  l’accouchement ,  &c.  Voye^ 
DyfiGcie  ,  jîériUti^  &c.  on  l’appelle  Cer- 
cojis ,  à  eaufe  qu’elle  a  une  queue  ou 
un  piffile. 

6.  Sarcoma  natta  ,  napra  dorfi.  L. 

Le  gros  farcome  pendant  du  dos  elt 

une  excroiffance  à  queue  qui  groffit 
beaucoup  ,  qui  tient  au  dos,  qui  eff 


54^'  Classe  î.  Fîces. 
fort  pefante  ,  &  qui  empêché'  qifon 
ne  püiffe  fe  coucher ,  tant  par  fa  grof- 
feur ,  que  par  la  place  qu’elle  occupe, 

7.  Sarcoma  bicephalium,  L.  G’efl:  une 
excroiffance  qui  vient  à  la  tête ,  &  qui 
eft  fi  grofle ,  /qu’on  la  prendroit  pour 
une  fécondé  tête.  Ne  diîFere-telie  de 
ia  loupe  que  par  fon  volume  t 

8.  Sarcome  fongueux ,  Sarcoma  fun- 
gofum ,  appeilé  par  les  Grecs  hyperfar- 
cojîs.  C’eft  une  excroiffance  molle  & 
fongueufe  qui  fe  forme  autour  des 
plaies  &  des  ulcérés. 

9.  Sarcocele  5  Sarcoma  fcrod  Heiffer. 
Cher.  cap.  i2i  6"  12S.  enGrecJarcocde,h. 
C’eff  une  excroiffance  du  te'fficule  qu’il 
ne  faut  pas  confondre  avec  le  fquirre 
ni  avec  l’inffam.mation  de  cette  partie. 
Dans  le  fquirre,  le  îefficuîe  eff  plus 
dur  qu’il  ne  l’eff  naturellement ,  ce 
qui  n’arrive  point  dans  le  farcocele. 
Dans  le  phlegmon,  le  tefficiile  s’enfle, 
&  on  y  fent  une  douleur  extrêmement 
aiguë.,  au  lieu  que'  le  farcocele  grofflt 
lentement  &  ne  caufe  auomie  douleur. 

Gn  donne  vulgairement  le  m.ême 
nom  au  fquirre  du  tefticule;  mais  celui- 
ci  fe  réfout  par  les  topiques ,  ce  que  le 
farcocele  ne  fait  jamais. 


Excroissances.  Sarcome,  547 

10.  Sarcoma  varicocèle,  cirjbceles  Heif» 
ter.  cap.  izo.  Ramex  varicofus ,  du 
même.  L. 

Il  appartient  plutôt  aux  varices  des 
vaiffeaux  fpermatiques  qu’aux  far  co¬ 
rnes,  quoique  quelquès'-uns  les  con¬ 
fondent  eniemble. 

11.  Sarcoma  enchhntis ,  faint  Yve» 
chap.  18.  pag.  /J  (T.  en  François  mûre.  L. 

Cette  maladie  eft  de  deux  efpeces, 
eu  égard  au  fiege  qu’elle  occupe.  L’une 
eft  une  excroiffance  de  la  caroncule 
lachrymale ,  l’autre  ,  qui  eft  beaucoup 
plus  greffe  ,  fe  forme  entre  la  paupière 
&  le  globe  de  l’œil.  La  fuperficie  de 
l’une  &  de  l’autre  eff  couverte  de  petits 
grains  ,  comme  une  mûre ,  d’où  lui 
vient  fon  nom ,  leur  couleur  eil  tantôt 
rougeâtre ,  oc  tantôt  plombée. 

On  la  guérit  de  deux  façons ,  i^.  en 
y  appliquant  la  pierre  infernale  ,  2.^.  en 
y  faifant  une  ligature ,  ou  ,  ce  qui  vaut 
encore  mieux  ,  en  la  coupant  avec  une 
lancette ,  après  quoi  l’on  mange  le  reffe 
avec  une  poudre  compofée  de  huit 
parties  d’alun  &:  d’une  de  fucre. 


54^  Classe  î.  Vices, 

XXIV.  Condylome^ 

Condyloma^  " 

C’eft  une  exeroiffance  ferme  pîus 
dure  que  les  chairs  &  plus  molle  que 
les  os. 

^  ï.  Durillon^  c allô fitè,  Condyloma  dlus^ 
en  Grec  Tyioma.  L. 

C’eft  une  excroifTance  de  Tépider- 
me  qui  vient  aux  mains  &:  aux  pieds  y 
&  qui  n’eft  adhérente  ni  aux  tendons,, 
ni  au  périofte.  Les  ouvriers,  qui  ma¬ 
nient  des  initruments  greffiers ,  &  ceux 
qui  marchent  nus  pieds  y  font  fujets  , 
&  elle  ôte  le  fentiment  de  la  partie. 

2.  Cor  des  pieds,  Coniyloma  clavusXj* 

C’eft  une  excroiffance  dure,  calleufe^ 
adhérente  aux  tendons  &  au  périofle. 
des  pieds  &  des  mains.  La  preffion  la 
rend  douloureufe ,  &  elle  eft  le  plus, 
fouvent  caufée  par  lacompreffion  des 
fouliers.  Les  cors  different  des  ver¬ 
rues  &  des  poireaux  ,  en  ce  qu’ils  ont 
dans  leur  milieu  un  cal  très-dur,  qui 
lorfqu’on  l’arrache  ,  fait  ceifer  la  dou¬ 
leur  ,  Jufqu’d  ce  qu’il  s’en  foit  formé  urï 
nouveau.  Poiîr  les  amollir,  on  com¬ 
mence  par  tremper  le  pied  dans  l’eaî 


r 


Excroissances.  Condylome.  549 
-îiede ,  après  quoi  l’on  applique  deflfes 
de  lafeuille  de  joubarbe ,  de  telephium, 
ou  un  emplâtre  de  mucilage. 

3,  Callus  ou  cal,  Condyloma  cdllus, 
Foye:^SennQn.  Vib.6.  pag.  6.  cap.  S.  L. 

C’efl:  une  tumeur  qui  le  forme  dans 
les  i^mmifl’ures  des  os  fraâurés ,  ou  un 
fondement  du  périofte  qui  joint  les  frac¬ 
tures  ,  qui  nuit  par  fon  volume ,  ou  qui 
défigure  les  membres.  Il  différé  de  ?e- 
xoftofe  par  fon  origine. 

4.  Ganglion  ,  Condyloma  ganglion  , 
Heiffer.  de  ganglio ,  cap.  1^1.  h. 

Le  ganglion  eft  une  tumeur  dure  , 
indolente  ,  blanche  ,  adhérente  aux 
tendons  ou  aux  os ,  mais  oui  fe  meut 
latéralement ,  de  la  groffeur  d’un  pois, 
qui  vient  aux  mains  &  aux  pieds.  Elle 
fe  réfout ,  quoique  difficilement  par  des 
fr.ûions  fréquentes ,  en  la  comprimant 
avec  une  lame  de  plomb ,  avec  l’em¬ 
plâtre  de  vigo  ,  avec  le  mercure ,  par 
des  coups  de  maillet  réitérés.  On  peut 
auffi  l’extirper  par  incifion ,  mais  il  nuit 
li  peu ,  qu’on  en  vient  rarement  à  cette 
opération. 

:  5.  .Fie.,  Condyloma  ficus  ,  en  Grec 

Sycofis.  L.  - 

On  donne  le  nom  de  des  aux  çondy- 


550  Classe  I.  Fîus. 

•iomes  du  fondement  ou  des  parties  na- 
tiireiles ,  qui  ont  la  Hgure  d’une  mûre. 
Martial  les  a  cpnnus  long-temps  avant 
qu’on  connut  la  vérole,  mais  il  y  en  a 
aujourd’hui  de  véroliques. 

6.  Crêtes ,  pendeloques , 

thymus,  &c.  D.  ^ 

Les  condylomes  véroliques  du  fon¬ 
dement  &:  des  parties  naturelles  varient; 
ies  uns  reffemblent  à  des  crêtes ,  les 
autres  à  la  fleur  de  thim  ,  les  autres  à 
un  chou-fleur;  leur  figure  Sc  ieur  cou¬ 
leur  varient  aufli ,  ce  qui  leur  a  fait 
donner  différens  noms. 

Ces  diverfes  excroiflpnces  véroliques 
font  indolentes  ,  &  tombent  quelque¬ 
fois  par  l’ufage  du  bain ,  du  moins  lorf- 
qu’on  fe  fert  du  mercure.  Dans  le  cas 
oh  elles' réfiflent,  il  faut  les  confumer 
avec  des  cathérétiques  ,  ou  les  couper 
avec  des  cifeaux  pendant  qu’on  ufe  de 
frisions  meramelles. 

Ne  confondez  point  lés  condylomes 
du  fsndement  avec  les  marifca. 
l’article  des  HémOrrho ides,  clafT.  IX. 

7.  Poireau,  Condyloma porrum,  D.  Le 
=poireau  efr  enfoncé  dans  les  chairs  ,  & 
déborde  à  peine  la  peau,  il  d’ailleurs 
'femJblàble-à  la  verrue.  îl  y  en  a  de^fim-: 


Excroissances.  Verrue.  551 
pîes  &  de  véroliques  qui  viennent  aux 
parties  naturelles.  Iis  demandent  le  mê¬ 
me  traitement  que  les  verrues. 

XXV.  Verrue  ,  Vermca, 

On  donne  ce  nom  à  une  petite  ex- 
croiffance  charnue  dure,  indolente  , 
élevée  fur  la  peau,  plus  petite  que  le 
condylome-,  à  moins  qu’on  ne  la  con¬ 
fonde  avec  le  carcinome  de  la  première 
cfpece. 

La  feule  différence  qu’il  y  a  entre  la 
verrue  &  les  condylomes  eff  que  la 
verrue  fe  fonne  fur  la  peau ,  &  qu’on 
la  croit  formée  par  l’endurcifferaent  des 
papilles  nerveufes ,  d’où  vient  qu’il  eff 
très-diiScile  de  les  diftinguer.  Elle  eff 
^e  la.groffeur  d’un  pois  ,  elle'  en  a  la 
figure,  di  elle  eff  de  laxnême couleur 
•que  la  peaUjà  moins  qu’elle  ne  foiî  com¬ 
pliquée  avec  quelque  envie  ou  quelque 
leing,  ce  qui  n’eft  pas  rare.  Elle  différé 
xiu poireau  en  ce  qu’elle  eft  failiànte  êc 
•qu’elle  -a  un  pédicule ,  au  lieu-  que  le 
poireau ,  de  même  que  tous  les  çondy- 
îoihes ,  ri’ont  point  de  relief. 

I.  V çxrx&^^'Verriicu  fimplex en  Grec 
acrochordon.X*.  -  ' 


552.  Classe  L  Vlus. 

Cette  efpece  de  verrue  tient  à  îa 
peau  par  un  pédicule  fort  mince  ;  elle 
eft  feule ,  foiivent  naturelle ,  de  la  grof- 
feur  d’un  pois ,  &  elle  vient  au  cou  & 
aux  autres  parties  du.  corps.  Elle  différé 
du  carcinome ,  de  l’acrochordon  &  des 
autres  efpeces ,  en  ce  qu’elle  ed  indo¬ 
lente  ,  &  qu’on  peut  la  couper  fans 
qu’onlefente.  Ils’en  forme  quelquefois 
dans  le  corps ,  mais  elles  font  fèparées 
les  unes  des  autres. 

2.  Vcrnica  gregalis  ;  efl-ce  la  formica 
■des  Latins  ?  L. 

Il  vient  fou  vent  au  vifage  &  aux 
autres  parties  du  corps  de  petites  ver¬ 
rues  entaffées  les  imes  fur  les  autres  , 
groffes  comme  des  têtes  d’épingles , 
noires  à  leur  extrémité ,  fouvent  natur- 
relies ,  indolentes ,  &  fembiables  d’ail¬ 
leurs  en  tout  aux  myrrnecies.  •- 

3  .  Verrue  vérolique  ,  yerruca  jyphî^ 
litîca.  Allruc.  lib.  3.  cap.  C. 

'  Cette  efpece  de  verrue  vient  au 
■fondement  &  aux  parties  naturelles  de 
l’un  &  de  l’autre  fexe ,  &  elle  eft  ac- 
^uife,  parce  qu’elle  eft  caufée  parun 
virus  vérolique.  Lorfqu’elle  efi  affaiffée 
&  enfoncée  dans  les  chairs ,  on  lui 
donne  le  nom  de . 

Qtk 


ExCROISSAîîCES.  Verrue.  555. 

P  On  lie  les  verrues  iimples  avec  de 
la  foie,  ou  avec  un  crin  de  chçval,  ou 
bien  on  les  extirpe  avec  la  lenette  ;  ou 
^  bien ,  on  ratifie  leur  pointe  ,  &c  l’on 
I  applique  defius  de  d’elprit  de  fel,  de 
l’huile  de  vitriol  ou  de  l’eau-forte ,  ou 
bien  on  ies  per^e  avec  une  aiguille  que 
l’on  a  fait  rougir  à  la  flamme  d’une 
chandelle  ,  ou  on  les  confume  avec 
la  pierre  infernale,  prenant  garde  toute¬ 
fois  que  le  cathérétique  ni  le  caufiique 
n’offenfe  les  parties  voifines.  A  l’égard 
des  verrues  véroliques ,  on  commen¬ 
cera  par  les  friûions  mercurielles  ,  ou 
,  après  avoir  ratifie  la  pointe  des  verrues, 

I  on  les  confumera  peu  à  peu  avec  de 
la  poudre  de  fabine  pure,  ou  mêlée 
avec  un  peu  d’ochre.  Confultez  là-def-, 
fus  l’ouvrage  à^AJlruc. 

XXVI.  Onglet,  Puryglunu 

L’onglet  eft  une  excroiflance  char¬ 
nue  ,  QU  membraneufe  &  vafculeufe, 
qui  s’étend  en  forme  d^le  depuis  un 
angle  de  l’ceil  vers  la  cornée. 

,  Elle  différé  de  l’Encanthis,  en  ce 
qu’elle  efl:  membraneufe  ,  &  qu’elle 
n’eft  ni  ronde  m  grenue  j  du  farcome  , 
Tome  J,  A -a 


554  Classe  L  T^ues. 
en  ce  que  celui-ci  vient  aux  {iaiipieres 
&  eft  de  figure  fphérique  ,  au  lieu 
que  Tonglet  commencé  à  pulluler  le 
plus  fouvent  au  grand  angle  de  rœii, 

I.  Onglet ,  Saint  Yves  ca^.  23.  Pre- 
ry^ium  unguia.  Heifter.  Chir.  cap.  5y  .  L. 

Il  différé  extrêmement  de  Fobfcur- 
cifiement  de  îa  vue ,  que  caufe  l’onyx 
ou  l’onglet ,  quoiqu’ils  paroilienî  con¬ 
tenir  par  le  nom. 

On  les  guérit  par  lés  remedes  ou 
par  l’opération.  Les  remedes  font  les 
cathérétiques  doux  ,  tels  que  l’alun  cal¬ 
ciné,  le  vitriol  blanc,  &  même  le  verd- 
de-gris,  que  l’on  mêle  avec  du  fucre , 
que  f  on  réduit  en  poudre ,  &  dont  ort 
faupoudre  l’onglet  une  fois  par  jour , 
ce  qui  le  diffipe  lorfqu’il  ne  fait  que 
commencer. 

Loïfqu’il  efi:  grand  &  invétéré  ,  on 
l’enfile  adroitement,  &  on  le  coupe 
avec  des  cifeaux  ,  &  l’on  confume.  ce 
qui  en  refie  avec  des  cathérétiques 
légers.  L’opération  faite  ,  il  fuffit  dé 
bafiiner  l’ulcere  foif  &  matin  avec  de 
l’eau  de  vie.  Voyt^^  Obfcurcifîement  de 
la  vue. 

l.  Le  drapeau ,  Pterygium  pannus.  L, 

Gn  appelle  comununément  ainfi  cette 


Excroissances.  Ôngîee,  .  5  5  J 
€fpece  d’onglet ,  dans  lequel  la  peau 
qui  joint  les  paupières  ëc  qui  s’étend 
versia  prunelle  ,'de  mênie  eue  les  vei¬ 
nes  ,ïbnt.rôugës  &  eûâée's.7'%'é£  Obf- 
curciffement  de  la  vtiei  On  le  traite  de 
même  que  le  premier ,  excepté  qu’on 
faifit  adrbiteme  nt  les  veines  variqueufes 
de  la  main  droite  ,  qu’on  les  détach^, 
qu’on'  les  coripe ,  &  qu’on  les  féparé 
des  paupières.  ' 

On  confond  mal  à  propos  avec  les 
onglets  différens  carcinomes  des  yeux> 
qui  n’ont  rien  de  commua  avec  eux, 

X  X  y  I  L  O  RG  E  O  LE  Ty 
i  7  Hardeolum. 

Uorg^éplèt,.  ëil.uné  tumeur  dure  J 
ptèfque  îndolénté  j  déimême  couleur 
que  la  peau  ,. rarement;  rouge 5  qui  vient 
aux  extrémités  des  paupières ,  ronde 
pîds  pefite 'qü’un  pois.- 

I .  Grain  dè" grêlé ,  Hardeotum  grando 
Aëtii,  en  Grec  Krith.h.Otâ.  un.orgeo- 
lét-  ddf  y  fqüirréux ,  immobile  qui  vient 
en  dedans  des  paupières ,  &  qui  renfer¬ 
mé  un  çorps,tranfparent. 

a.  ffordioïian  chala'^uTn  Heifler. 
fUfg,  cap.  1,.  C’ed  uii  taberciilp 
Aa  ij 


55<S’  Classe!.  Vices. 
mobile  &  fquirreux ,  qui.  vient  aux 
extrémités  des  paupières. .  •  :  j  - 

3  .''CirQn  dés  paupières  ,  Hordèolu^ 
Jyro.  L.  C-efl;  un  tubercule  phlejnu>? 
peux  ^  iquirréux/  nr  , 

‘  '  4.  Otgiieil  ,  Hor4eolum_fleatomcitofum. 
C’eft  une  petitè  loupe  qui.  vient  aux 
extrémités  des  paupières ,  &  qui  eft 
remplie  d’une  humeur  fébacée  &  ,ap- 
procbanté  dumîeî/  '  ' 

-5. ,  Verrue  des-  pau|ûéres,, 
lüm  vérrUcofum,  L.  -  i  .  ^  , 

6.  tlordealum  hydatidofum  ,  Aquula 

Sèiinert.  L. 

On  peut  confulter  ^e^erfur  Ip  trai¬ 
tement  de  ces  maladies-  Le  ciron  des 
paupières  fe  réfout  &  vient  à  fuppura- 
tion  au  iftoVen  d’un  emplâtre  de  mu¬ 
cilage,  ou  de  diachyium.  Pri'^rcèl’orr 
geolet  Üéatomateux  aVec  une  lancette , 
&  l’on  en  fait  fortir  la  matière  ;  on  perce 
ou  l’on  coupe  les  autres ,  du  bien  dp,, 
y,  applique  la  piètte  inferrialé.  7  _  - 

XXVIÏL  Ç 0/  TME  7  /4»: 

"  Le  goitre  eft  une  exéroiflançè  dii. 
une  tumeur  fquîrreufe"'qüi'  a  fdn'ftege 
dans  la  partie  antérieure  du  çoiî ,  ~on 


Excroissances.  Goitre.  557 
a^peilé:  ceux  qui  en  font  attaqués  goî- 
V£Q.\tJi{§mmrones'), 

I.  Bronchocek  Botium  ,  Roncalli  Me- 
die.  Europee,  pag.  x:iB  &  to^.:  L. 

Les  HdDÎtans  de  Bergame  y  font  fort 
fujets,;  Ô£  c’eft  une  tumeur  ftéatoma- 
teufe  où  fquirreufe  des  glandes  thyroï¬ 
diennes.  Les  habiîans  de  la  campagne 
y  font  plus  fujets  que  ceux  des  villes, 
&  les  femmes  plus  que  les  hommes; 
ce  que  le  lavant  Pajia  attribue  à  la  foi- 
blefle  de  ces  parties,  laquelle  eft  occa- 
fionnëe  par  les  fréquens  vomiffemens 
auxquels  les  femmes  enceintes  font 
fujettes.  Cette  tumeur  a  fouvent  la  fi¬ 
gure  d’une  poire  qui  pend  à  la  gorge  ; 
elle  vient  quelquefois  à  fuppuration  ; 
fouvent  aufii  elle  devient  aufli  dure 
qu’un  cartilage. 

Quoique  cette  maladie  défigure 
l’homme ,  qu’ elle  nuife  à  la  voix ,  qu  'elle 
le  rende  hébété ,  &  qu’elle  l’empêche 
de  refpirer ,  il  y  a  cependant  peu  de 
gens  qui  veuillent  employer  le  fer 
ou  le  feu  pour  la  guérir ,  de  peur  qu’il 
n’en  réfulte  des  tumeurs  confidérables 
&  des  maladies  de  poitrine ,  telles  que 
la  toux ,  l’afthme ,  la  phthifie  ,  à  moins 
qu’elle  ne  foit  récente,  car  alors  on  peut 
Aa  iij 


55S  ClAS'S  E  \,  ViU5,-  y 
en  entreprendre  la  cure  en  toute  fureté; 
Les  femmes  y  font  plus  fujettes  que  les 
filles.  '  ■  V  ■ .  , 

Curation.  Gn  a  éprouvé  que  rien 
n’efl  meilleur  pour  diffiper  le  goitre , 
que  d’avaler  de  la  cendre  d’éponge  de 
mer  calcinée,  lly  a  des'gens  qui  mfent 
^aflringens.  tels  que  la  noix  de  galle, 
îa  moelle  d’églantier  ^  la  pomme  de  cy¬ 
près  ,  l’alun  ;  d’autres  de  femelles  de 
fouliers  calcinées  ;  mais  Pajha  prétend 
que  les  meilleurs  remedes  ,  après  la 
daignée  &  la  purgation ,  font  le  fel 
de  prunelle  ,  dont  on  met  -  deux  fcru- 
pules  dans  quatre  onces  d’éau  de  pluie , 
dont  on  boit  deux  fois  parjonr  pen¬ 
dant  quarante  jours,  On  frotte  tous 

les  jours  la  tumeur  ,  &  l’on  applique 
delTus  un  morceau  d’éponge  trempé 
dans  de  l’urine  tiede  ,  dans  laquelle  on 
a  .mis  unaiiûtieme  partie  de  fel  de  pru¬ 
nelle.  3"^.  U  confeilie  aufïi  de  boire  tous 
les  matins  pendant  un  mois  &  demi  un 
verre  d’eau  de  mer ,  &  d’en  bailiner 
le  goitre,  &  peut-être  eft-ce  de  lui 
que  Rujfdl  Médecin  Anglois ,  a  pris  ce 
fecret  pour  la  guérifon  des  écrouelles. 
M  a  fubdimé  k  ce  remede  pour  celle 
de  i’afcite  &  de  i’idere  ,  l’urine  dent 


Excroissances.  Goh-t,  55^ 

les  gens  de  la  campagne  fe  fervent ,  & 
que  Schroder  vante  beaucoup.  4^.  En¬ 
fin,  dans  les  cas  qui  exigent  des  reme- 
des  plus  énergiques ,  l’Auteur  prefcrit 
deux  fcrupules  de  favon  diiToûs  dans 
quatre  onces  d’eau,  ou  un  bol  de  favon  , 
fur  lequel  il  veut  qu’on  boive  de  la 
décocbon  de  faponaire ,  dont  il  fe  fert 
pareillement  pour  l’afthme  humide  ; 
en  effet  le  favon  diffout  la  croûte  blan¬ 
che  qui  fe  forme  fur  le  fang  dans  la  pa¬ 
lette.  5'?.  Enfin,  il  prétend  que  rien 
n’eil  meilleur  que  de  boire  un  mois 
durant  deux  cuillerées  de  vinaigre  fcil- 
litique ,  &  d’en  baffiner  le  goitre,  bien 
entendu  qu’il  nefoitpas  trop  invétéré  ; 
Car  dans  ce  cas,  il  ne  cede  qu’aux  fup- 
puratift  ,  ou  à  la  tenette. 

2.  Bronckocdt  ventofa ,  Roncalli  Me-^ 
die.  Europce  ,  pag.  loc).  Hernia  colU 
emphyfimatofa  Plater.  Botium  Bron¬ 
chocèle  flatueux  ,  hernie  emphyféma- 
teiîfe  du  cou ,  L. 

On  le  guérit  avec  des  emplâtres  car- 
minatifs ,  ou  au  cas  qu’ils  foient  inuti¬ 
les  ,  avec  des  fomentations  fpiritueu- 
fes.  La  cure  ne  réufîît  point  fur  ceux 
qui  ont  le  cou  fort  gros  dès  leur  en¬ 
fance. 


Aa  iy 


5^0  Classe  î.  Vkes. 

3 .  Brochoncdefarcoma,  Roncall. 
Europ(z^pag,^6^.U 

Cette  efpece  n’efl  point  occafîonnée 
par  un  amas  de  lymphe  épaiffie  &  amaf. 
lée  dans  les  interftices  des  mufcles , 
ni  dans  le  tiflii  des  glandes ,  mais  par 
1- excroiffance  des  parties  ;  auffi  eft-elle 
pref^uo  incurable.  Roncall  n’indique 
point  les  lignes  auxquels  dn  peut  la 
connoître.  Cette  maladie  ell  fort  com¬ 
mune  en  Suiffe ,  en  Allemagne ,  près 
de  Gollar,  en  Piémont  ^  en  Brefce 
dans  l’Etat  de  -Venife.  Ne  viendroit- 
elle  point  des  eaux  de  neige  &  des 
châtaignes  dont  les  habitans  font  leur 
nourriture  ? 

4.  Bronchocèle  aquofa  ,  Montalti  Sy 
nopf.  Bronchocèle  aqueux.  On  con- 
noît  l’hydropifie  du  golier  au  ta£l: ,  & 
on  doit  employer  pour  la  guérir  les 
diurétiques  ,  &  fur- tout  le  vinaigre 
fcillitique ,  indépendamment  des  ca¬ 
thartiques  qui  doivent  précéder.  La 
fumée  d’éponge  brûlée  eft  auffi  fort 
bonne. 


Excroissances.  Exofiofes.  561 

XXîX.  Eparviin^  Exostose^ 
Epine  venteuse;  Exoflôfis ^ 
P œdarthrocace ,  Nodus ,  F reind  , 
Hijîoire  de  la  Médecine, 

L’exoftofe  eft  une  tumeur  de  l’os ,  - 
oft  totale ,  6u  partielle. 

Les  offelets  du  carpe ,  du  tarfe ,  &c. 
font  fujets  aux  exoflofes.  L’os  s’enfle 
entièrement.  Lés  exoflofes  des  gros  os, 
tels  que  le  tibia  ,  le  fémur,  l’humérus, 
les -os  du  crâne  j  du  balîin  ,  &c.  font 
partielles.  Tantôt  l’enflure  afFeâte  îacir- 
cônférencè  de  l’os  ;  tantôt  fa  partie 
antérieure  ,  &  tantôt  fa  partie  pofté- 
rieure. 

Les  unes  afFeâentla  moelle  des  os, 
d’autres  leur  lame  externe  ;  les  unest 
font  douloureufes  ,  les  autres  indolen¬ 
tes,  excèpté  lôrfque  les  mufcles  agif- 
fent,  parce  que  les  os  les  bleffént  par 
leur  figure  conique  ou  aiguë. 

Lorfque  l’enfliire  affeâie  les  lames 
internes  des  os  du  crâne ,  du  baflin 
elle  caufe  quantité  de  phénomènes  , 
dont  la  cure  efl:  fouvent  inutile  ,  parce 
que  fon  principe  eft  très  -  difficile  à 
Cônnôître. 


Aa  V 


562  ,  Cl  ASSE  L  Fices, 

La  fubfîance  de  Tes  ne  s’enfle  jV 
mais  qu’elle  n’ait  été  ramollie  jil  n’ea 
eâ  pas  ü€  même  du  périofie  interne  * 
où  externe.  . 

'i.  Exofiofé  Hënigne  ;  Exojîcjîs  le- 
jirgna  ;  Pefit ,  Maladk  des'  es ,  tonz.-  2. 
^^^430.  L.  .  ■  .  ...  • 

Cette  exoftofe:  n’eit  aecompagnée  . 
d’aucuns  .fympîomes ,  ou  du  moins 
n’ont-ils  rien  de  dangereux,  ce  qui 
vient  de  la  iituaîion,.de  la  figure,  de 
ia  groiTeur  de  la  tumeur,  aufii-bien 
que  de  i’-ufage  des  parties  adjacentes.. 
Îlu  contraire ,  les  exoftofes  malignes  , 
font  fuivies  de  fy-mptomes  qu’on  ne 
peut  expliquer  qu’on  ne  connoifié  la 
qualité  vicieufe  des  humeurs  ;  oC  ils 
.  font  entretenus  par  la  dyrerafie  véroü- 
que  ,  feprbufique  ,-  carcinqmaîe.ufe  de 
ceS'piêmes  humeurs.  On  connoi-tL’e- 
txoftcle  bénigne  ,  en  :ce  qu’qa- ne  re¬ 
marqué  aucun iigne  de  ces  .dyfcrafies. 

Les  principes  procathartiques  de  Te- 
xoftofe  font  les  plaies-,  les  coups ,  les 
contufipns  ,  îes.œdemes ,  les  varices 
lés  ulcérés  dont ks  patîies  ont  été  afi^ 
fectées. ,  qui  privent  le  pérlofie  de-fon 
fuc  nourricier,  ce  qui  eû  caufe.  que  les- 
fibres  çfieufes  fe  relâchent  ^  le  ramc^ 


ExCROîSSAKCES.  Êxojlojès. 
lifent ,  que  le  fuc  s’amaffe  dans  leurs 
vaiffeaux,  &  caufe  une  tumeur. 

Celles  qui  fur^ûennent  aux  os  des 
membres,  gênent  quelquefois  leur  mou¬ 
vement  par  leur  figure ,  leur  groHeur, 
leur  fîtuation.  Il  y  en  a  d’autres  qui 
n’ont  rien  de  nuifible.  Celles  qui  fe 
forment  auprès  des  organes  de  la  vue  ,, 
de  l’ouie,  de  la  parole,  blelFent  ces 
fonctions  de  plufieurs  maniérés. 

Les  exofiofes  ne  caufent  ni  rougeur,' 
ni  enflure  à  la  peau  qui  eft  au  defiiis  ; 
mais  celles  qui  proviennent  d’un  ul¬ 
céré  ,  font  fuivies  de  la  carie  ,  &  fou- 
vent  d’un  farcome  ofTeux. 

On  ne  doit  point  toucher  â  cette 
efpece  ,  qu’autant  qu’il  en  réfuîte  de 
grands  inconvéniens  ;  dans  ce  cas,  il 
faut  couper  l’os  avec  une  fcie  ,  &  en 
procurer  l’exfoliatiGn  par  les  moyens 
que  l’art  fournit. 

•  Z.  Exoftoie  rachitîqu-e  ;  Exofio^sra-^ 
chuica.  Petit ,  Maladie  des  os ,  pag.  440. 
Fωarthrocace  Severini.  L. 

I®.  Elle  attaque  les  enfans,  &  non 
les  adultes.  2®.  Cependant  ceux  qu’elle 
ar  âffedés ,  n’en  font  point  délivrés  Iqrf- 
qu’ils  font  adultes  ,  -quoique- ierachitis 
ait  été  guéri.  3®. Elle  afiecÈe  les  os  fpQi^ 
Aa 


564  Classe.!.  Vïcts.. 
gieux  de  l’épine  ,  des  articles.  4^.  On 
n’y  fent  aucune  douleur  ni  au  eom- 
mencement,  ni  dans  l’état  ;  mais  les 
douleurs  deviennent  cruelles ,  lorfque 
les  exodofes  fe  dilîipent  :  cela  arrive 
fur-tout  aux  enfans  dont  les  nodus  dif- 
paroiffent.  Ges  douleurs  font  ou  in¬ 
termittentes  ou  continues ,  Scelles  ont 
leur  fiege  dans  le  période. 

Lorfque  la  douleur  ed  interne,  ac¬ 
compagnée  de  carie  6c  d’exodofe ,  on 
nomme  la  maladie  pœdarthrocacc.  Elle 
ne  cede  à  aucun  remede  ;  mais  lorf¬ 
que  l’os  s’abfcede ,  il  en  réduite  une 
ddule ,  une  fievre  lente  ;  6c  c’ed  inu¬ 
tilement  qu’on  en  viendfoit  à  l’ampu¬ 
tation  ,.vu  que  le  vice  du  fang  affeâie 
les  autres  os  du  corps- 

3.  Exodofe  chancreufe  \  Exofiojh 
cancrofa  ^  Petit  ,  ibid.pag.  4y8.  C. 

Oh  la  reconnoît  aux  douleurs  lan¬ 
cinantes  qui  fe  font  fentir  par  interval¬ 
les  dans  le  période.  La  tumeur  ed  noi¬ 
râtre;  elle  ed  d’abord  petite  6c  circonf- 
crite ,  mais  elle  grodit  infenfiblement. 
Les  veines  des  environs  font  variqueu-, 
fes  ,  mais  on  la  |‘eeonriGÎt:  principale-; 
ment  aux  .Garcinomes  qui  affeclent  leS’^ 
autres  parties, 


Excroissances.  Exojlofes.  5^5 

Le  lait ,  les  bains  &  les  narcotiques 
font  îes-feuls  moyens  qu’on  puifîe  em¬ 
ployer  pour  calmer  la  violence  du 
mal. 

4,  Exoftofe  fcropHuleufe  ;  Exojîofis 
f&rophulofa  ^  Petit ,  Malad.  d&s  os ,  pag. 
4^0.  tom.  X,  C,- 

On  la  reconnoît  aux  lignes  fcrophu- 
leux ,  favoir,  1*^.  aux  glandes  fquirreu- 
fes  du  cou ,  des  aifl’elles  ,  des  aines , 
du  méfentere  à  l’enflure  du  vifa- 
ge  ,  des  levres  ,  du  nez ,  des  joues  ; 

au  larmoyement  des  yeux ,  au  flux 
des  narines,- 

Lorfque  la  maladie  efl:  récente ,  on 
la- guérit  quelquefois  par- un  long  ufage 
du  lait,,  des-  décoélions  fudoriflques, 
&  des  friâions  mercurielles.  , 

5'.  Exoftofe  fcorbutique  ;  Exofiojîs 
fcorbutica  ,  V eût  ^  Maladie-  des  oSypag, 
4:43.ro/w.  2;  G. 

On  la  reconnoît  aux-  Agnes  qui  ac¬ 
compagnent  les  alFeélions  hypocon¬ 
driaques  ,  aux  lafîitudes  fpontanées  , 
aux  douleurs  des  membres  ,,  à  la  fpu- 
tation  fréquente ,-  à  la  mobilité  &  a  la 
noirceur  des  dents ,  à  l’enflure  ,-la  cou¬ 
leur  livide,  de  faignement  ,  la  mauvaife 
odeur  des  gencives,,  aux  taches  de  la 


^66  C  l  a  s  s  e  I.  Vîcss. 
peau ,  &  fur- tout  à  celles  des  jambes  ' 
qui  font ,  i^.  amples,  violettes  - 
rouges  ,  confluentes  ,  miliaires  ,  poi¬ 
gnantes  ou  pmrigineufes  ;  3*^.  fem.bîa- 
Mes  aux  boutons  que  caufenî  les  cou- 
fins,  lefqueis  font  très- rouges  dans  le 
milieu  ;  4^.  jaunes  ou  jaunâtres , 
fouvent  fquameulès. 

L’exoflofe  efl;  plus  rare  dans  les  lu- 
jets  fcorbutiques  que  la  carie  ;  elle  n'a 
Heu  que  dans  le  fcorbut  récent ,  de 
même  que  la  carie  dans  celui  qui  efl 
invétéré;  d’oii  vient  que  les  apophy- 
fes  fe  diflblvent,  fe  brifent,  &  fe  rem- 
pliflent  de  matière  corrompue. 

6.  Exoftofe  vérclique  ;  Exèjiirjîs  fy~ 
philitica  ,  Petit ,  Maladie  des  os  ,  pag. 
473.  tom.Q..  C. 

On  la  connoît  aux  fymptomes  vé- 
roliques  ,  tels-  que  les  ulcérés ,  lès  p'oùi 
lains,  les  pufîiiles  ,  les  poireaux ,  les- 
deuieurs  nocturnes  qui  fuccederrt  à  la 
fupprelSon  d’une  gonorrhée ,  ou  à  im 
commerce  impur.  Voyelles  fymptomes 
de  la  vérole.  Ces  exoflofes 'viennent 


suk  os  des  jambes ,  &  fur-tout  à  ceux' 
du  crâne  ;  efies  caufent  des  douleurs' 
cruelles  dans  la  moelle  des  os  ,  ré-' 
fifient  ibuvent  aux  friétions  mér-cür-iei-;'- 


Z^c^oissmc^s,  Exopfis.  5^^' 
leè.  Elles  font  un  figne  d’une  vérole 
invétéréei 

Lorfque  l’exoflofe  eft  récente ,  & 
qvi’il  n’y  a  point  de  carie  ,  elle  cede 
a’4x  remedes  généraux  &  iaux  frictions 
niereurieliss.  Si  la  carie  ou  le  nodus 
eft  externe  ,  il  faiît  la  ratiifer:  avec  un. 
fer  rougi  au  feti,  ou  la  côniumer  avec 
d’auîres  cauftiques.  En  cas-d’épine.vEn- 
teuîe  ,  &  il  la  carie  eft  interne  ,  il  faut 
percer  l’os  avec  le  trépan, '&  le  dé- 
terger.  ^  Heifter ,  Chirurg.  Lib.  S* 
<ap.  ^  ^  ’ 

17.  iixofto.fe  variolique  ;  Exo^ojzs  vcb- 
nplcfa  ^  Ÿeii%  Maladie  des  os ,  pag.  ^8 
Hildan.  cent.  4.  obf.  çjS.  Q.  . 

Elle  affeâe  ies  genoux  &  les  autres 
apophyfes  5  6c  les  fait  enfler ,  bientôt 
après  une.  ipetiîe  vérole,  maligne  ;  elle 
eft  aufîiftôî  ftiivié  de  la  fup.puratiorï  Sc 
de  la  carie,  d’où  s’enfuirent  jdesftftules 
èc,  des^peddârthrocaces.  incurables. 

-  Elle  réfifte  à  tous  les  remedes,  &: 
tout  ce  qu’on  .peut  âire  ,  eft  de  fou- 
lager  lé  malade  par  la  diete  blanche. 
::Si.  :Exo^(gîs:^icria.  Lud#ig.  Gheir* 
Fâufte.  exoftofe.'L. 

;•  C’eft  Une  eixcroiftance  du  périofte 
^des  Rgamensi-  quivu’afeSe  les  os^ 


Classe  l.  Vices: 


en  aurane  maniéré  ;  cette  tumeur  eft 
molle  ,  cédant  à  la  prefîion  du  doigt , 
&  accompagnée' de  douleur.  Elle  fup- 
pure  quelquefois ,  &  alors  l’os  fe  carie. 

9.  Èxojlojis  o^sojleatoma  ,  Ludwigii , 
ihid^ 

C’efï  une  tumeur' fongueufe ,  fituée 
fous  le  périofle ,  qui  s’infinue  dans  le 
tiffu  des  fibres-  ofTeufesv 


XXX.  La  Bosse  y  Gihhojîtas, 

C’efl  une  faillie  défeéiueufe  des  os 
de  la-  poitrine  ,  'Occafionnée  par  une 
tumeur  ,,  une  luxation  , -une  diflorfion  , 
GU  tel  autre  principe; 

Ceux  qui  ont  ce  défaut  font  appel- 
lés  bofiüs  ,  &  Héifteir  donne 

à  lamala:die  même  le  nom  de  gibbus.  ' 
1=.  Gibbojîtas  fiinalh  ,  qïi  grec  cypho*  ' 
^^^  boffe  de  l’épine/ 

Elle -  confïfte-  dans  la  diflorfion  de' 
Mpine  du  dos ,  &  -elle  efl  de  deux 
efpeces.  Dans  l’une ,  les  finusde  l’épine^ 
s’incEnent  vers  la  droite  ou  vers  la  gau* 
che  ;  dans  l’autre ,  ils  pronnnenfou 'en 
avant  ou  en- arriéré,;  de  forte  que  le'. 
mMadé  ne  peut  remuer  la  tête  ,  &:  a 
Jb;  vifàge  paàcbé  -en  ayant  ou  renÿerf# 


ExCRmSSANGES.  Bcjfe.  féÿ 
en  arriéré.  Gette  aâeôion  eft  caufée 
par  l’accroiffement  mégal  des  vertè¬ 
bres  ,  tantôt  en  avant  ôc  tantôt  de 
côté ,  comme  on  peut  le  voir  par  les 
figures  des  fqûelettes  boffus  du  Cabi¬ 
net  du  Roi ,  que  MM.  BufFon  &  Dau- 
benton  ont  inférées  dans  leur  Hifioire 
naturelle, 

La  boffe  dépend  fouvent  d’un  prin¬ 
cipe  rachitique  ,  &  dans  ce  cas  elle 
vient  aux.enfans  fans  aucune  caufe  évi^^ 
dente  ;  du  bien  elle  eft  héréditaire  ^ 
ou  caufée  par  un  coup,  une  chute  ,  ou 
par  des  corps  ferrés  ou  garnis  de  ba¬ 
leines  ,  ou  mal  faits  ,  qui  ont  compri¬ 
mé  la  poitrine. 

J^qyei  le  Commentaire  de  Galien  ^ 
fur  le  fécond  Livre  des  articles  d’Hip¬ 
pocrate  ,  oii  il  fait  le  dénombrement 
des  efpeces,  à  l’art.  3. 

Z.  Boffe  de  l’omoplate  ;  gibbofitas^ 
Jcapularis ,  gihbus  alatus.  L. 

On  ne  doit  pas  confondre  cette  boffe 
avec  la  prominence  relmive  des  tabi- 
des  ,  dans  lefquels  la  confomption  des 
chairs  fait  paroître  les  omoplates  plus 
élevées,  par  le  défaut  de  graiffe.  Celle 
dont  il  s’agit  ici  eft  caufée  ou  par  le 
déplacement  de  l’omoplate  ,,  ou  pat 


570  Classe,!.  Tices. 

une  esoflofe  ,  ou  per  un  fquirre  cachl 

qui  ia  fmî  faillir  en  dehors. 

3 .  Bofie  du  ôernum  ;  gibbojitas  fier- 
nalis.  L. 

Elle  eiil  pour  l’ordinaire  produite  par 
un  principe  interne  dans  les  enfans,  de 
même  que  dans  le  foetus  ;  par  exemple  j 
par  un  fquirre,  qui  caufanî  une  tenfion 
inégale  dans  les  mufcles  ,  fait  que  le 
fiernum  fe  porte  en  avant.  Elle  eu  fou- 
vent  précédée  dans  les  enfans  par 
l’afthme  ou  la  dyfpnée  ,  &  ceux  qui 
deviennent  bofliis  enfuite  d’un  aflhme, 
meurent ,  fuivant  Hippocrate  ,  avant 
l’âge  de  puberté. 

5 .  Gibbofuas  lordojis.  Gouée ,  Chirurg* 
pag.  I GG.  Mémoires  de  Trévoux,  /722.L. 

Si  après  qu’un  bolTu  efl  mort ,  on 
lui  coupe  les  mufcles  droits  de  la  poi¬ 
trine  ,  fon  corps  fe  redreffe  auffi-tôt , 
Ce  qui  donne  lieu  de  croire  que  la  cour¬ 
bure  de  l’épine  du  dos ,  6ç‘par  confé- 
quen'î  ia  ]x>ffe ,  ne  viennent  que  de  la 
tenfion  trop  forte  de  ces  mufcles  ;  & 
lorfque  l’on  connoît  î’efpece  ,  il  eft  fa¬ 
cile  d’y  apporter  ks  remedes  conve¬ 
nables. 

6.  Bofle  fquirreufe  :  gibhojîtas  skir- 
rûfa,  L.  '* 


^  ExCROïSSANCES. 

,  Elle  eit  caufée  par  une  loupe  ou  un 
fercome  ^ui  vient  au  dos ,  ou  par  une 
tameujr  fquirreufej  qui  a  îa  figure  d’une 
boffe.  On  peut  voir  dans  Heifier  à  Fen- 
droiî  cité,  les  fecours  chirurgiques  qui 
conviennent  à  ces  fortes  d’afFedtions  ; 
&  à  l’égard  des  remedes ,  voye^  l’article 
du  Rachiîis. 

XXXL  Lordose  ;  Lordofi^ 

C’eR  une  diftorfion  des  os,,  qui  fait 
que  les  membres  fe  courbent  en  de¬ 
hors  ou  en  dedans ,  que.les  os  fe  cour¬ 
bent  &  changent  de  fiîuaticn. 

1.  Lordcfis  coviptmitim  I  les  malades 
font  appelles  comperms  ,  en  François 
caîgmux,  L. 

On  appelle  caign  eux  ceux  qui  ont 
les  pieds  tournés  en  dedans ,  eu ,  félon 
quelques-uns  ,  ceux  qui  ayant  les  jam¬ 
bes  droites ,  ont  les  genoux  qui  fe  tou¬ 
chent  ,  &  les  jambes  écartées  par  en 
bas. 

2.  Lordojis  valgorum.  L. 

Ceux-ci  different  des  caigneux,  en 

ce  qu’iis  n’ont  point  les  jambes  droites  , 
mais  courbées  en  dehors ,  &  les  pieds  & 
les  cuiîfes  rapprochées  l’une  de  l’autre;» 


G  E  A  S  SE  î. 

3 .  Lordofi^  var&rum.  lM  :  '  ^ 
Ge  font  ceux  qui  ,oi>t  les  jairibes 
pliées  en  dedans  j  les  pieds  &  les  ge¬ 
noux  écartés  l’un  de  l’autre ,,  &  les 
mollets  qui  fe  touchent. 

Les  fecours  mécaniques  qu’on  em¬ 
ploie  pour  corriger  ces  défauts ,  foni 
les  botiries  de  cuir  ;  mais  elles  ne  fer¬ 
vent  à  rien  ,  &  fouvent  même  elles 
font  miifibies^  lorfqu’elies  fontroidés^ 
étroites  ou  mal  faites.- 


fin  du  Tome  premîerr 


T  À  B  L  E 


"‘DES  ORDRES 

Et  genres  de  Maladies  contenus 
‘  dans  ce  premier  Volume. 

E  Pitre  Dédicatoire,  P3g«  i 

Kloge.  de  M.  di  Sauvages.  ^ 

Difeours  Préliminaire.  59 

Fondement  de  la  Nofologie  hifiorique.  95 
De  la  Méthode  Nojblogique,  97 

Expofé  de  la  Méthode  de  Jonflon  &  de 
Sennert.  .  :  105 

Nomenclature  Nofologique.  146 

Fondemens  de  la  Nofologie  philofa- 
phique.  I<58 

Des  Forces  animées.  zi6 

Des  Forces  inanimées.  *-55 

Des  Principes  des  maladies.  289 

Clef , des  ClaJJes.  .  3x1 

Méthodepourreconnoitre  les  maladies.  3  24 
Difeours  aux  Amateurs  dé  la  Méde- 
.  cine.  -  ;  334 

Sommaire  des  Claffes  pr  des  Ordres,  36c>_ 
Spmjhdirc  dé  la  prsmieré  Clafè^  ,  i^9l 


574  TABLE. 

THÉORIE  DE  LA  I.  CLASSE. 

V'i CES  OU  maladies JupcrjiticUcs,  '^.  373 

Ordre  I.  Taches .  4.50 

Leucomi  ou  Taie,  Leucoma.  452 

Morphk^'SliTp.go,  -.45S> 

Rbujfeur,  Epheiis.  ty  .  :  462 

Gouttkroje  ,Couperofe ,  Rougeurs,  GiUta 
rofâcea.  ■  _  465. 

'Envie  ,  Sein  ,  Naevus.  •  ■ .  46^. 

Echymofe ,  Echymoma.  ,  4,6  9  _ 

Ordre  IL  Ekvures ,,  E^orcfcences-^ 
EISorefcentia.-  4-7 j' 

Rujlules  ou  Bubes  yVvAvàcS.,  .  ibld. 

Boutons ,  Papulse.: . ^  ;  ibid-.- 

,  Phty.âens.  •>  ibid^- 

Bourgeons ,  Vari.  474 

Darire,  Denre  ou  Herpe  ibid* 

Epitiyclidd:,  Epinyâis;;  .  -48i- 

Pfydiada.  A:  •  4S4 

Echauhoulure  ,lAyàxoz.  .  ~ 

Ordre  Jll.  Phymata.  '  ■  -4^^ 

Eryjîpele  ,  Ejythema..  ”'"'"49  % 

Œ.dime\  Infiltration  ' ^  >-Enfiùre ^ T 
-  '^la. 


TABLE.  575" 

'Emphyfeme  ^  Bourfoujlurc  ,  Eniphyfe- 

ma.  _  pa|.  509 

ùquirrc  y  bkirrus.  511 

Phlegmon,  Phlegmone.  516 

Bubon ,  Bubo.  51g 

Parotide ,  Parotis.  522 

Éqroncle,  Clou,  Furunculus.  525 

Charbon  ,  Antrax.  5  24 

Carcinome,  Cancer,  Carcinoma.  517 
Panaris ,  Paronychia.  532 

Phimojîs ,  Phimofis.  537 

OtiDRE.  I V.  Excroijfances  ,  Excref- 
centiæ.  543 

Sarcome ,  Sarcoma.  544 

Condylome,  Condyloma.  54B 

Verrue,  Verruca,  551 

Onglet ,  Pterygium.  5.5  3 

Orgeolet,  Hor^olum.  555 

Bronchocèle.  '  556 

Epar  vin  ,  Exofiofe  ,  Epine  venteufe  , 
Exoûoûs  ,  Pædarthrocace ,  nodus. 


La  BoJJe,  Gibbofitas. 
Lordofe,  Lordoüs. 


568 

57t 


Fin  de  la  Table  du  premier  Volume  %